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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 17:06

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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J'en étais là de mon chemin semé de chausse-trapes, désenchantée, abîmeuse en douleur, et je me défublai à jamais de tout espoir.

J'avais cru m'approcher si près du but ; la déception était d'autant plus cruelle.

"Où fuir ? Où ne pas fuir ?"* me dis-je. "Devrais-je désormais comme le Juif errant ** parcourir les contrées, sans repos ? les contrées  que dis-je  l'espace clos, arrêté de murailles invisibles qui m'enserraient irrémédiablement, moi et les captifs ignorants du piège qu'un jour on leur avait tendu."

Je cherchais en vain l'ardeur qui m'avait animée pendant de si longs mois, en quête d'une échappatoire. Et soudain j'avais cru entrevoir une lumière ; elle était là, brillante, au bout d'un tunnel. Chimère ! J'avais été dupée, embabouinée. Tout me sembla illusoire, vide de sens, insupportable. À moi, il y a peu, la jeune fille au courage à tous crins. J'eusse abatailler les fantômes.

Prétatou m'avait rejointe lorsque j'étais ressortie de la caverne innommable, l'enfer ignominieux où les hommes se ravalent au niveau le plus bas, celui de l'esclave, celui de la bête, l'oppresseur n'étant que la contrepartie de l'opprimé, l'exigence impitoyable de l'un contrebalançant la docilité pitoyable de l'autre.

"Où fuir ? Où ne pas fuir ?"

Prétatou, à mes côtés, la queue basse et le flair aux aguets, n'osait piper ; lui, si loquace, si disert en toutes circonstances, en avait perdu la voix. Qui l'eût cru ? J'esquissai un pâle sourire à son endroit. Il rabattit les deux oreilles sur ses yeux pour voiler son désabusement.

"No future" lâchai-je, trahissant sans vergogne ma langue natale.

Les bras m'en tombèrent. C'est à peine si je me reconnus.

.............................................................................

*"Où fuir ? Où ne pas fuir ?"

Où courir ? Où ne pas courir ? Molière


**Le Juif errant, personnage légendaire.

http://www.universalis.fr/encyclopedie/mythe-du-juif-errant/

Le Juif errant, roman de Eugène Sue 1844-1845

 

NOTES

Titre : Délires sans issue

Issue, issu, dérivés du verbe issir (vieux et rare) sortir.


J'en étais là de mon chemin semé de chausse-trapes, abîmeuse en douleur

Chausse-trape ou chausse-trappe, piège, embûche.

Abîmeux, abismeux en douleur, qui plonge dans la douleur - Cf. D.M.F. Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500)


je me défublai à jamais de tout espoir.

S'affubler, s'habiller d'une manière bizarre, ridicule.

se défubler/desfubler, se désaffubler, enlever ce qui affuble.

 

en quête d'une échappatoire.

Une échappatoire - Littré : Excuse frivole, subterfuge pour s'échapper, pour sortir d'embarras.

 

J'avais été dupée, embabouinée.

Embabouiner, familier - embobeliner, embobiner, entortiller

 

la jeune fille au courage à tous crins

À tous crins, énergique, à toute épreuve

 

J'eusse abatailler les fantômes.

Abatailler, combattre - Cf. D.M.F.

J'aurais combattu les fantômes.

 

les hommes se ravalent au niveau le plus bas

Se ravaler, s'abaisser, s'avilir – Littré

 

Prétatou [...] n'osait piper

Piper, piper mot, dire un mot

 

Qui l'eût cru ?

Subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

Qui aurait cru cela ?

>> L'enseignement du français n'est plus ce qu'il était. Money Drop, Le Cid, Mauriac.


"No future !" lâchai-je, trahissant sans vergogne ma langue natale.

Langue natale, langue maternelle.

Sans vergogne, sans scrupule, sans honte.

 

Les bras m'en tombèrent.

Familièrement. Les bras m'en tombent, ma surprise est extrême. Littré

 

<< 186 Délires dans un univers impitoyable

 

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 16:11

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Tous les QUIZ

 

Texte écrit pour qui aime les difficultés orthographiques suivies d'explications :

tournures grammaticales, expressions, mots peu usités ou archaïques.

 

 

LES DÉLIRES

 

Un conte surréaliste en plus de 180 épisodes commentés

qui peuvent servir de dictées

 

 Une jeune fille amnésique arrive dans un monde étrange

qu'elle essaie de décrypter

 

À la fin de l'article :

la liste des personnages du conte rencontrés pour la première fois

au fil des Délires

 

 

1 Délires engendrés par un traumatisme irréversible -"Honni soit qui mal y pense !"

2 Délires schizophrènes -"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !"

3 Délires évanescents -"Fais ce que dois, advienne que pourra !"

4 Délires inopérants - "Immodérées et charmeresses blandices de la volupté"

5 Délires moralisateurs avec un artiodactyle - Je bats ma coulpe. Mea culpa !

6 Délires inconsidérés - Je n'en peux mais !

7 Délires bucoliques - J'ai la berlue !

8 Délires zoologiquement inattendus - Comme un cheveu sur la soupe° 

9 Délires amicalement compatibles - Faire contre mauvaise fortune bon coeur° - Le mot-valise

10 Délires intrinsèquemment nocturnes - "Cette obscure clarté qui tombe des étoiles"

11 Délires pascaliens - « L'homme n'est qu'un roseau... »

12 Délires confidentiels - Quand on n'a pas ce que l'on aime...

13 Délires spectaculaires - « Ô temps, suspends ton vol ! »

14 Délires chargés d'une émotion incommensurable -"It's a long way to Tipperary*"

15 Délires pour un bestiaire. QUIZ 3 - Ces animaux qui nous parlent -Animals are such agreeable friends*

16 Délires sur la recherche intempestive d'un havre -"Nous ne sommes pas nés seulement de notre mère. La terre aussi est notre mère*"

17 Délires autour de ma soif de connaissances -"Ho ! vous en voulez trop savoir."*

18 Délires sur une cueillette aromatique et médicinale. Écrire les nombres sans fautes

19 Délires de la vieille Marie toute bouleversée -"L'amour n'a point d'âge : il est toujours naissant."

20 Délires d'une laie toute laide à force d'être jalouse -"Jealousy is a green-eyed monster*"

21 Délires que l'on pourrait croire sans grandes conséquences - There's always tomorrow

22 Délires éthiques -"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme."

23 Délires d'une Marie bien chiche -"Le riche avare est semblable à un âne chargé d'or, qui mange de la paille."

24 Délires d'une cuisinière assassine - *Tant va pot à l'eve que brise.°

25 Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse -" Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?"

26 Délires sur une mise à l'écart -"Qu'est-ce que la vie sinon une série de folies inspirées ?"

27 Délires sur le jeu des possibles*-" Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison."

28 Délires sur un départ annoncé -"Il faut beaucoup de hardiesse pour oser être soi."

29 Délires sur la plasticité et l'élasticité architecturale d'une habitation pour le moins étrange -"Le Soleil noir de la Mélancolie"

30 Délires à ne pas mettre sous les yeux des enfants -"Double, double toil and trouble"

31 Délires sur la suite de la visite singulière -"Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?"

32 Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer -"Es la libertad de tiranizar, que es lo contrario de la libertad."

33 Délires sur les"orages désirés"- J'ai pris un purgatif et je suis allé.

34 Délires d'une prisonnière en sursis -"Cogito ergo sum"

35 Délires inattendus à l'adresse d'une compagne fidèle -" Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel.*"

36 Délires de la pauvre enfant que je suis, près de mourir d'inanition - La faim justifie les moyens*

37 Délires d'une rescapée -"Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient folle."

38 Délires d'une ressuscitée ou c'est tout comme

39 Délires libérateurs - "Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèles."

40 Délires remplis de bonnes résolutions - "Du passé faisons table rase !"

41 Délires un peu calculateurs, mais pas seulement - Foin des habits de malheurs !"

42 Délires sur les prémices d'une révélation - "What and Why and When and How and Where and Who*

43 Délires sur une fugace digression tout à mon avantage

44 Délires en abyme* (Un conte dans le conte) Le bal de Madame de Saint-Ange

45 Délires de Marie qui me laisse brûler à petit feu°

46 Délires de ma persécutrice qui veut encore m'épater + QUIZ N°5 Complétez les citations (1re série)

47 Délires sur les effets d'une dictature inédite. "Il ne faut ni art ni science pour exercer la tyrannie."

48 Délires qui n'attirent aucune bénédiction - "Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate." 

49 Délires qui se caractérisent par une flagrante insensibilité à la menace

50 Délires occasionnés par la perspective d'un départ douloureux. "Il est fort dangereux de s'accoutumer à une bonne compagnie ; la séparation en est étrange."

51 Délires en partance pour d'autres cieux - "Live free or die : Death is not the worst of evils."

52 Délires rencontrés en chemin + QUIZ n°7 Le jeu des prénoms (1re série)

53 Délires d'une ville, la nuit + QUIZ n°8 Le jeu des prénoms (2e série)

54 Délires d'ISMA – "C'est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire." + QUIZ n°9 Mots contenant l'élément"culture"

55 Délires sur une faim incontournable – Dieux grecs et romains

56 Délires autour d'un acte de grivèlerie + QUIZ 11 Que de douceurs pour flatter notre gourmandise ! Savez-vous d'où elles viennent ?

57 Délires sur un crime abominable + QUIZ 12 Complétez les citations (2e série)

58 Délires sur une punition pour le moins sévère + À propos du nom des lettres

59 Délires conjugaux chez Alcmène et Amphi - "Plus je songe à la vie humaine, plus je crois qu'il faut lui donner pour témoins et pour juges l'ironie et la pitié."
60 Délires salvateurs – "Celui qui sauve une vie sauve le monde entier."

61 Délires hégéliens* + QUIZ 13 Au revoir Monsieur Chabrol

62 Délires en costume adéquat – Vouloir, c'est pouvoir

63 Délires sur Big Brother "Les meilleurs livres sont ceux qui racontent ce que l'on sait déjà."

64 Délires qui n'admettent aucune échappatoire – N'avoue jamais

65 Délires sur une scandaleuse impunité

66 Délires après le choc

67 Délires qui surgissent inopinément au terme d'une journée d'enfer + Nos trois cerveaux

68 Délires morphiques

69 Délires dans un drôle de pays de cocagne - La métanalyse

70 Délires près de dévoiler un secret

71 Délires à vous donner des frissons, à votre corps défendant - QUIZ 14 Trouvez les proverbes à partir de leur définition - Retrouvez les expressions incomplètes

72 Délires qui mettent la patience à rude épreuve + 000 Délires qui soulèvent un coin du voile - Une parenthèse autobiographique sur laquelle vous pouvez faire l'impasse

73 Délires à décrypter sans plus attendre

74 Délires kafkaïens* - QUIZ 15 Trouvez les hommes et les femmes célèbres dont le nom commence par PA

75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

77 Délires qui vont m'amener à affronter l'inconnu + Les babets

78 Délires qui promettent d'étranges rencontres - QUIZ 16  "Rends à César ce qui est à César."

79 Délires où l'on ne s'amuse guère

80 Délires d'une ratiocineuse invétérée

81 Délires céruléens, entre autres - Les Couleurs

82 Délires qui sont près de nous émouvoir - QUIZ 17 Des tirades fameuses à retrouver pour le plaisir

83 Délires qui torturent l'entendement

84 Délires justifiant un amollissement bien compréhensible

85 Délires qui confinent au mystère

86 Délires où le charme opère

87 Délires tout empreints du principe kantien : "Handle so, daß die Maxime deines Willens jederzeit zugleich als Prinzip einer allgemeinen Gesetzgebung gelten könne." 

88 Délires que l'épuisement exacerbe - "Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre" 

89 Délires que l'on croit rêver + QUIZ 18 Quatorze personnages en quête d'auteurs

90 Délires autour d'une impatience caractérisée + QUIZ 19 (1re partie) Ces écrivains et ces écrivaines dont on ne connaît parfois que les pseudonymes

91 Délires à n'y pas croire - "Je peux croire toutes les choses pourvu qu'elles soient incroyables."*

92 Délires sur le désir de conserver sa jeunesse à tout prix - anima sana in corpore sano + QUIZ 19 (2e partie) Retrouvez les pseudonymes de 12 écrivains et écrivaines

93 Délires sur l'enfermement

94 Délires sur la perspective d'une balade avec Prétatou + QUIZ 19 (3e partie)

95 Délires qui s'annoncent paradisiaques

96 Délires sur l'hypothétique prestation d'un robotus plein de bonne volonté. 

97 Délires sur une inadéquation sentimentale - "D'amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux..."

98 Délires sur des questions existentielles en attente 

99 Délires sur la relativité calendaire

100 Délires à te mettre l'eau à la bouche + QUIZ 20 Trouvez les personnages réels ou imaginaires dont le nom commence par PI 

101 Délires sur des congratulations plurilingues - L'euphonie, la cacophonie 

102 Délires sur la satisfaction que produit un travail bien fait - "Tout désir est une illusion..."*

103 Délires qui me chassèrent du lit fort matin 

104 Délires sur l'incongruité de la jalousie + QUIZ 21 - Des inventeurs et des inventions - Tu n'as pas inventé le fil à couper le beurre

105 Délires sur une réponse qui se fait attendre + Les sentences chères à Montaigne

106 Délires où je me retrouve enfin

107 Délires suaves et foudroyants

108 Délires qui me torturent

109 Délires de bibliolâtre

110 Délires imprudents - "Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime"*

111 Délires hitchcockiens - QUIZ 22 - Mots contenant l'élément phobie

112 Délires sur une description qui met à mal la patience du lecteur - Le torche-cul de Gargantua

113 Délires sur les beaux livres

114 Délires cervantesques

115 Intermède - Desocupado lector, lector carisimo, lector suave, lector prudente

116 Délires shakespeariens (Suite de mes pérégrinations livresques dans La Bibliothèque du Jardin des Délices)

117 Délires de Cadavres Exquis*- "Le cadavre exquis boira le vin nouveau."

118 Délires de mon robotus toujours pendu à mes basques° - Digression autour d'un mot : SE MISTIFRISER

119 Délires d'où l'on se sort pas indemne - la syllepse

120 Délires au commissariat + Des aphorismes incongrus

121 Délires où "tout vient à point à qui sait attendre.°"

122 Délires où l'on me laissa mijoter encore et encore

123 Délires de sbires et consorts - "Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caliborgnon, punais."

124 Délires des plus funestes + Le roi Candaule

125 Délires qui n'ont rien de désopilant + Vieux proverbes

126 Délires sur un coup de théâtre + Verlan et Louchébem

127 Délires touchants d'une pauvre dupée + Les distinctions de la phrase interrogative

128 Délires bien faits pour tourner la page + L'érotomanie + Les formes disjointes de l'attribut

129 Délires sur la folie du consumérisme + « Prêt à jeter » l'obsolescence programmée

130 Délires sur une recherche d'emploi + De l'énergie à la graisse d'andouille

131 Délires sur une chatte échaudée qui craint l'eau froide

132 Délires d'un monde qui n'offre jamais aucune tranquillité + On ne peut pas faire plus de deux choses à la fois

133 Délires sur des conduites peu exemplaires - "La politesse est à l'esprit ce que la grâce est au visage" + Le séquençage du génome humain

134 Délires d'Oli et de Lio + L'anagramme

135 Délires pédagogiques + Test sur la politesse, le savoir-vivre et l'art de la table QUIZ 25

136 Délires sur le décryptage du monde + Poèmes holorimes

137 Délires sur la guérison souhaitable et programmée de ceux qui n'hésitent pas à manquer gravement à la bienséance. L'École des Hommes

138 Délires dans la triste froidure

139 Délires d'une fuite éperdue - "Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel."

140 Délires sur la visite inopinée de Monsieur Pro. "La vie est une grande surprise..."

141 Délires qui plongent dans l'inconscient - "On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur..."

142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire.

144 Délires à vous couper bras et jambes°- "Quel entortillement dans tout ce discours !"

145 Délires autour d'une inéluctable séparation - Feu le Roi - Feu la Reine - La feue Reine

146 Délires inassouvis - "Rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre..."

147 Délires troublants - "Ce n'est point ici le pays de la vérité : elle erre inconnue parmi les hommes."

148 Délires audacieux - "À coeur vaillant, rien d'impossible !*"

149 Délires qui froissent l'amour-propre- "Ainsi en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure"*  

150 Délires ursins

151 Délires où Prétatou trahit son nom

152 Délires sylvestres - "Lève-toi et marche !"

153 Délires sur l'amour que d'aucuns portent aux animaux - "Jusques à quand" 

154 Délires dans la plus pénétrante obscurité de l'avenir

155 Délires inquiétants - "La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles..."*

156 Délires autour d'une rencontre fantomatique

157 Délires où l'on doit inventer son chemin*

158 Délires sur de froides retrouvailles dans la forêt obscure -la selva oscura*

159 Délires où la prudence est de rigueur

160 Délires de la vieille houhou - vieille haha

161 Délires où ma joie demeure

162 Délires autour d'une petite goutte

163 Délires sur les agissements ambigus de Marie Cratère "Le soleil est nouveau chaque jour*."

164 Délires aux larmes de crocodile "Pleurez , pleurez mes yeux et fondez-vous en eau."

165 Délires sur l'amour "Il n’y a qu’une loi en sentiment, c’est de faire le bonheur de ce qu‘on aime."*

166 Délires au bord du gouffre

167 Délires sur un point de non-retour

168 Délires autour de mes amitiés tôt envolées ; "je crois le vent les m'a ôtées"

169 Délires où la recherche de Sissi n'est point une mince affaire

170 Délires sur une rencontre imprévue, si ce n'est qu'elle était inespérable

171 Délires manifestés lors de touchantes retrouvailles

172 Délires lors une réprimande doublée d'un déluge de pleurs

173 Délires autour d'une curiosité qui n'en finit pas

 

Les personnages rencontrés au fil des Délires

L'article cité est celui

où l'on rencontre le personnage pour la première fois.

 

Notre héroïne, Oli, raconte sa propre histoire.

1 Délires engendrés par un traumatisme irréversible - Honni soit qui mal y pense !

 

Sissi, la laie

4 Délires inopérants - Immodérées et charmeresses blandices de la volupté

 

Marie Cratère

16 Délires sur la recherche intempestive d'un havre - Nous ne sommes pas nés seulement de notre mère. La terre aussi est notre mère

 

Prétatou, le chien

56 Délires autour d'un acte de grivèlerie

 

Alcmène

57 Délires sur un crime abominable

 

Amphi

59 Délires conjugaux chez Alcmène et Amphi - Plus je songe à la vie humaine, plus je crois qu'il faut lui donner pour témoins et pour juges l'ironie et la pitié.

 

Roboland, le robotus

95 Délires qui s'annoncent paradisiaques

 

Alcofribas

106 Délires où je me retrouve enfin

 

Marisa-Loup de Saint-Ange

42 Délires sur les prémices d'une révélation - What and Why and When and How and Where and Who

 

Monsieur Pro

81 Délires céruléens, entre autres - Les Couleurs

 

Carat, le sbire

123 Délires de sbires et consorts - Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caliborgnon, punais.

 

Un importun 

130 Délires sur une recherche d'emploi

 

L'ours

150 Délires ursins

 

Lio

133 Délires sur des conduites peu exemplaires - La politesse est à l'esprit ce que la grâce est au visage.

134 Délires d'Oli et de Lio + L'anagramme

 

Un tout jeune homme, Carloman

183 Délires tout empreints d'angoisse

 

Retour au début de la page 

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L'auteur, qui reste propriétaire de ses textes,

autorise leur téléchargement et leur copie.

Citer la référence : [Le Blog de Mamiehiou]

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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 09:33

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J'eus tôt fait de prendre connaissance de ce qui se passait dans cet antre où le chaos faisait loi. C'était à qui s'imposait avec sa force particulière et les brutes dominaient sans conteste. La moindre dissension donnait lieu à un pugilat exponentiel. Les faibles étaient vite écrasés, anéantis, parfois occis sans états d'âme. Nul tribunal pour juger les violateurs des droits dus d'ordinaire à autrui. C'était comme si les malfrats sans vergogne, les voyous de tous acabits, les truands invétérés, les chenapans éhontés, les gredins sans moralité, sans compter les vauriens, les fripouilles, ni les infâmes canailles doublées de crapules débauchées, bref, la lie de la société s'était donné, ici, rendez-vous. Toute une truandaille de misérables sans principes faisait régner la terreur. Et là, parmi eux, des innocents terrorisés n'avaient qu'à se taire et à obéir. C'étaient eux qui devaient accomplir les basses besognes ; résignés, ils s'en acquittaient de mauvaise grâce, sans rechigner, sans gémir sur leur injuste condition et cependant sans perdre l'espoir qu'un jour viendrait où ils recouvreraient leur liberté.

Elle apparaîtrait soudainement au bout du tunnel que ces pauvres esclaves creusaient sans relâche depuis des décennies, depuis des siècles peut-être. On avait bien tenté de creuser sporadiquement des cheminées pour remonter à la surface afin de voir si l'on était toujours sur la terre d'Utopinambourg ; les amères déceptions s'enchaînaient sans repos.

Bien que la gent asservie et tyrannisée se jurât de ne pas céder au désespoir, elle continuait, courbant l'échine, à charrier incessamment des tonnes de gravats au fur et à mesure de son avancée souterraine. Qu'ils fussent souffreteux, malingres, égrotants ou perclus de maux multiples - certains innommables - on ne les tenait pas à ne rien faire.

Néanmoins on mourait peu si l'on n'était pas récalcitrant ni battu à mort.

Quelques émissaires triés sur le volet° sortaient, à la nuit tombée, pour rendre visite à Marie Cratère qui, avec une générosité qu'on ne lui connaissait guère, leur prodiguait ses mixtures bien faites pour maintenir en vie tout ce petit monde composé de pauvres diables piteux, miteux, marmiteux et calamiteux*. Je compris alors que les visiteurs qui s'invitaient chez Marie pour y faire ribote étaient ceux-là mêmes qui se plaisaient à exercer une autorité impérieuse sur les moins robustes. N'avais-je pas entrevu chez elle les reliefs de toute une gargotaille qui étaient restés pour moi, jusque là, un mystère ?

Ainsi donc ne pouvais-je rester plus longtemps dans ce lieu où je me disais que je m'étais fourvoyée noirement et je résolus de m'en évader sans plus attendre.

...............................................

*[ce petit monde] composé de pauvres diables piteux, miteux, marmiteux et calamiteux. Anatole France, Le Lys rouge,1894

 

NOTES

J'eus tôt fait de prendre connaissance de ce qui se passait dans cet antre

J'eus tôt fait, j'eus vite fait

cet antre, substantif masculin, sens figuré - ici, lieu sordide

> CET ou CETTE - H aspiré & H muet - Quiz

 

les brutes dominaient sans conteste

sans conteste, incontestablement, indiscutablement.

 

La moindre dissension donnait lieu à un pugilat exponentiel

la moindre, superlatif relatif de petit

la moindre dissension, la plus petite discorde causée par une diversité d'intérêt, Littré.

un pugilat exponentiel, une bagarre à coups de poings qui grossissait à chaque minute.

 

Les faibles étaient parfois occis sans états d'âme

occire, tuer - vieux verbe défectif

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

juger les violateurs des droits dus d'ordinaire à autrui

un violateur, celui qui viole les droits, les lois, les traités, etc. Littré

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

les malfrats

argot et populaire - les malfaiteurs

 

sans vergogne - éhontés

sans aucune honte de ce qu'ils faisaient

 

Les voyous de tous acabits

de tous les acabits, de tout acabit.

 

les chenapans

de l'allemand schnapp Hahn - de schnappen, attraper, et Hahn, coq.

 

les infâmes canailles doublées de crapules débauchées

Doublées, qui sont aussi et en même temps des crapules débauchées

 

Toute une truandaille de misérables

Truandaille, synonymes truanderie, canaillerie. Gens méprisables. Littré

 

C'étaient eux qui devaient accomplir les basses besognes

c'étaient eux

> C'est ou ce sont ? C'était ou c'étaient ? Ce sera ou ce seront ? Etc

les basses besognes un travail matériellement ou moralement ignoble, sordide.

 

sans perdre l'espoir qu'un jour viendrait où ils recouvreraient leur liberté

recouvrer, rentrer en possession de ce qu'on a perdu Littré

On recouvre la liberté, la vue, l'ouïe, etc.

 

Bien que la gent asservie et tyrannisée se jurât de ne pas céder au désespoir

> la gent, les gens, gentil, gentillesse, Gente Dame, un gentilhomme etc.

Bien que locution conjonctive suivie du subjonctif

[elle] se jurât subjonctif imparfait

 

Qu'ils fussent souffreteux, malingres, égrotants ou perclus de maux multiples - certains innommables - on ne les tenait pas à ne rien faire.

égrotant, littéraire – souffrant d'une maladie permanente

innommables : qu'on ne peut nommer ni qualifier.

 

les visiteurs qui venaient le soir chez Marie pour y faire ribote étaient ceux-là mêmes qui se plaisaient à exercer une autorité impérieuse

faire ribote, boire et manger avec excès.

Il était en ribote, il était ivre.

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes

 

N'avais-je pas entrevu chez elle les reliefs de toute une gargotaille

les reliefs, généralement au pluriel, mais le singulier se dit aussi - ce qui reste d'un repas, d'un mets.

Dans > 29 Délires sur la plasticité et l'élasticité architecturale d'une habitation pour le moins étrange

une gargotaille, mets de mauvaise qualité.

 

Dans ce lieu où je m'étais fourvoyée noirement

où je m'étais égarée

noirement, rare, littéraire > Hapax - de façon inquiétante

 

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>> 187 Délires sans issue

 

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 13:24

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Pourvu, me dis-je, que ce Carloman, aux trop aimables manières, ne soit pas un hypocrite déguisé, un séducteur retors, un rusé suborneur.

Ma naïveté coutumière m'avait souvent précipitée dans des chausse-trapes d'où je n'étais pas sortie indemne. J'avais été naguère bien échaudée et je me jurais de ne point m'attacher à quiconque se montrerait enjoué et charmeur. Cependant, il m'aurait été bien doux de jouir de la compagnie de Carloman au visage d'ange lors même que je me serais laissé bercer par les douceurs qu'il me susurrait. Je ne cessais de me demander comment il se faisait qu'il débusquât, sous la crasse et les haillons qui me recouvraient, mes moindres appas.

Il va sans dire que l'endroit où nous nous trouvions ne se prêtait en rien aux roucoulades. Et notre préoccupation première aurait dû être de nous demander comment nous viendrions à bout de notre galère.

Je ne pris pas au pied de la lettre ses escobarderies si tant est que ses propos fussent fallacieux comme je le craignais et je le laissai escobarder tout son saoul. Il semblait se divertir fort à faire la chattemite et je n'aurais voulu en aucun cas lui casser son délire.

Le badinage n'était-il pas ici hors de saison ?

J'aurais pu lui faire aimablement remarquer que ce n'était ni le moment ni l'heure de batifoler mais je m'en gardai bien, à voir le plaisir évident qu'il y prenait. Tout juste s'il avait conscience de notre position éminemment périlleuse.

Je me fusse accommodée d'un ami réfléchi ; peu s'en fallut que son attitude primesautière ne m'incommodât. Je ne savais que penser.

Je crus un moment qu'il me prenait pour une pimpesouée. Ce que jamais je ne fus.

Quand une situation est au pire,

il faut qu’elle cesse ou qu’elle se relève...*

...................................................................

*When things are at their worst they have to stop, or else improve to the way things were before.

William Shakespeare, Macbeth

 

NOTES

Pourvu, me dis-je, que ce Carloman ne soit pas un hypocrite

> Pourvu que locution conjonctive qui exprime une condition avec une nuance de souhait.

 

Ma naïveté m'avait souvent précipitée dans des chausse-trapes

chausse-trape ou chausse-trappe

Sens figuré : piège

précipitée, participe passé employé avec l'auxiliaire avoir, il s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : m' (me élidé) mis pour la narratrice Oli.

 

d'où je n'étais pas sortie indemne

indemne et pas indemme

dilemme et pas dilemne

> Écrire et ne pas écrire - Les fautes d'orthographe les plus usuelles

 

 

J'avais été naguère échaudée et je me défendais de m'attacher à quiconque

Naguère, il y a peu, il y a peu de temps

Échaudé, sens figuré : déçu dans une affaire

Proverbes :

Chat échaudé craint l'eau froide.

Chien échaudé ne revient pas en cuisine. Même sens.

> Proverbes animaliers 1ère partie – Retrouvez le nom de l'animal QUIZ 103

 

lors même que je me laissais bercer par les douceurs qu'il me susurrait

Lorsque - Lors même que

Tmèse : Séparation par un ou plusieurs mots des éléments d'une conjonction ou d'une locution conjonctive. Exemple : Lorsque > Lors même que.

Le grammairien Paul Dupré signale : "la tmèse n'est possible qu'à titre d'archaïsme, lorsqu'elle sépare deux éléments aujourd'hui soudés, mais jadis autonomes."

Voir aussi > Lors que, lors même que

Mots soudés, agglutinés : lorsque, puisque, parce que, quoique, sitôt, etc.

Qu'est-ce que l'agglutination ? > L'agglutination

les douceurs qu'il me susurrait

susurrer : chuchoter, murmurer doucement avec une voix légèrement sifflante.

Susurrement, murmure

susurration (littéraire) bruit léger accompagné d'un doux sifflement

> QUIZ Plus de 100 bruits et leurs nuances : bacchanal crépitation stridulation brondissement etc.

 

comment il se faisait qu'il débusquât mes moindres appas.

il débusquât, subjonctif imparfait

des appas, style noble

Cf. Littré : Appas est le pluriel de appât. L'ancienne orthographe était appast ; au pluriel, appasts ou appas. La faute a été de faire de ce mot unique deux mots différents. De là toute sorte d'irrégularités qu'on trouve dans les auteurs ; d'abord la plus forte de toutes, qui est appas au singulier.

La Nouvelle Orthographe donne : appâts au lieu de appas

> Réforme de l'orthographe – Lexique

 

Il semblait se divertir fort à faire la chattemite

la chattemite : Terme familier qui désigne une personne agissant de manière humble et flatteuse dans le but de tromper quelqu'un. De chatte et mite, nom enfantin et populaire de la chatte au Moyen Age. Synonymes : chafouin, doucereux, fourbe, hypocrite, madré, matois, papelard, patelin, retors, roublard, roué, rusé, tartufe, trompeur. Cf. Le Gardien des mots

 

Je ne pris pas au pied de la lettre ses escobarderies.

escobarderie, familier & péjoratif - action, propos hypocrites

 

et je le laissai escobarder tout son saoul/soûl/

Escobarder, parler en escobar (en hypocrite). Utiliser des mots à double sens, des équivoques pour tromper.

Soûl, saoul, adjectif et substantif

Tout son soûl - Littré : Substantivement, avec mon, ton, son, leur : autant qu'on veut, autant que cela est suffisant.

 

je n'aurais voulu en aucun cas lui casser son délire

Casser le délire, casser le plan (argot), arrêter une situation agréable.

 

Je me fusse accommodée d'un ami réfléchi

fusse accommodée, verbe s'accommoder au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé : je me serais accommodée.

 

Peu s'en fallut que son attitude primesautière ne m'incommodât

peu s'en fallut, il s'en fallut de peu

> Ne pas confondre : Pour un peu, un peu plus, il s'en faut peu de choses, il s'en faut beaucoup, il ne s'en est fallu guère, il s'en faudrait peu, il s'en faut de beaucoup, de peu...

Primesautier, primesautière, adjectif et substantif. Qui a un caractère spontané, irréfléchi, impulsif.

Comme susurrer, on a la lettre S entre deux voyelles qui se prononce [z].

> Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

m'incommodât, me gênât - subjonctif imparfait

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

Je crus un moment qu'il me prenait pour une pimpesouée

pimpesouée, terme vieilli qui se dit dans le style familier, en parlant d'une femme qui a des manières précieuses et ridicules.

 

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 16:51

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La descente fut rude - longue, longue, longue*.

Si interminable qu'elle parût, je ne doutais pas qu'elle s'achèverait.

Elle s'acheva.

Je me retrouvai au fond, tout au fond d'une cheminée ; c'est pour le moins la sensation que j'éprouvais. Et je n'étais pas seule, loin s'en faut* que dis-je, loin de là. Dans la cavité qui s'élargissait, un peuple souterrain grouillait, celui-là même dont Utopinambourg avait voulu se débarrasser, dont il s'était débarrassé définitivement, en tout cas le croyait-il, sans crainte de voir revenir ces parias précipités sans merci dans les oubliettes. Mais voilà, ils ne s'y étaient pas abîmés une fois pour toutes. Ils étaient là, bien vivants, blessés, mutilés, meurtris, crapoteux, mais déterminés à passer dans un monde qu'ils espéraient meilleur, un monde qu'ils étaient près d'atteindre, de découvrir, enfin.

Mon sauveur me prit par la main et m'accompagna dans un coin où l'on pouvait se rafraîchir. Je le remerciai et il me sourit. Une source claire jaillissait de la paroi rocheuse et prodiguait ses bienfaits. Nous recueillîmes l'eau bienfaisante dans nos mains jointes en coupes et nous la bûmes, lentement, avec délices.

J'étais dans un état de malpropreté à nulle autre pareille. J'aurais voulu au plus tôt me désaffubler, me débarrasser de l'accoutrement qui me mettait au supplice, mais la situation ne s'y prêtait guère. Non que j'eusse, à ce moment-là, l'envie de coqueter pour plaire à mon nouvel ami, mais j'imaginais avec horreur l'image qu'il avait de moi. Je m'étais appliquée à ressembler à une gueuse et j'y avais réussi. Comment m'y prendrais-je pour l'ôter d'un doute sans trahir le rôle que j'avais joué dans cette affaire ?

Carloman, c'était son nom, était aux petits soins pour moi. Comme il m'avait sauvée d'une mort certaine, il se sentait redevable. Il était rien de moins que reconnaissant de m'avoir tiré d'un mauvais pas. Vous me direz que j'inverse ici les rôles et que c'était moi qui étais son obligée. Que nenni ! Ne lui avais-je pas permis d'être plus heureux qu'il ne l'était ? Pour rien au monde il n'eût voulu se faire gloire d'être mon bienfaiteur.

La gorge nouée, il grasseya : "Que ne vous ai-je rencontrée plus tôt !" Il me laissa deviner la suite, me donna un baiser du bout des lèvres et fut, sur-le-champ, absous de son audace.

.................................................................................

*La descente fut rude - longue, longue, longue*.

Phrase inspirée par Charles Cros.

Voir son poème à la fin de l'article : Le Hareng saur

 

Notes

Si interminable qu'elle parût, je ne doutai pas qu'elle s'achèverait.

Voir > Si... que §2° expression de la concession

 

*Je n'étais pas seule, tant s'en faut / loin de là

> Loin s'en faut

C'est une faute que d'écrire l'expression Loin s'en faut ; elle vient de la confusion entre les expressions Loin de là et Tant s'en faut.

 

ces parias précipités sans merci dans les oubliettes

sans merci, sans pitié.

 

ils ne s'y étaient pas abîmés une fois pour toutes

ils n'étaient pas tombés dans un abîme, dans un gouffre

 

Ils étaient là, bien vivants, blessés, mutilés, meurtris, crapoteux

crapoteux – Larousse donne crasseux, sordide.

Crapoteux n'est pas admis dans le Trésor ni dans L'Académie

 

un monde qu'ils étaient près d'atteindre

qu'ils étaient sur le point d'atteindre

> près de, prêt à

 

J'étais dans un état de malpropreté à nulle autre pareille

à nulle autre pareil(le), littéraire.

sans pareil(le), sans égal(e), incomparable.

 

J'aurais voulu au plus tôt me désaffubler

ou me défubler, ôter mon affublement, enlever mon accoutrement.

 

Non que j'eusse, à ce moment-là, l'envie de coqueter pour plaire à mon nouvel ami, mais...

Non que introduit la négation d'une cause > Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

coqueter, faire la coquette.je coquette, elle coquettera...

 

Il était rien de moins que reconnaissant

= Il était reconnaissant

Voir > Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

 §9  rien moins que – rien de moins que

 

Pour rien au monde il n'eût voulu se faire gloire d'être mon bienfaiteur.

eût voulu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé.

Pour rien au monde il n'aurait voulu se vanter/se fait fort d'être mon bienfaiteur.

 

La gorge nouée, il grasseya : "Que ne vous ai-je rencontrée plus tôt !"

Grasseyer Littré - Prononcer les r d'une manière vicieuse. Ceux qui grasseyent ou parlent gras ont de la peine à prononcer la lettre r, et ils lui substituent souvent la lettre l.

Je grasseye, tu grasseyais, ils grasseyeront...

Que ne vous ai-je... : Pourquoi ne vous ai-je pas rencontrée plus tôt ?

 

[il] fut sur le champ absous de son audace.

Le participe passé du verbe absoudre : absous, absoute.

La Nouvelle Orthographe (réforme de 1990) recommande : Il est absout

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

<< 183 Délires tout empreints d'angoisse

>> 185 Délires d'un badin qui semble avoir perdu le sens des réalités

 

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  Charles Cros
(1842-1888)

Le hareng saur
 

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.
 
Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.
 
Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur nu - nu, nu, nu.
 
Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.
 
Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.
 
Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.
 
J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,

Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,

Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

 

> FLORILÈGE - LA PENSÉE DES AUTRES

 

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 17:30

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J'étais entourée d'un monde de traîne-misère affichant guenilles et mâchoires démeublées. Ces infortunés avaient perdu tout souci de civilité et, pour avoir souffert mille maux, manifestaient une rancœur mordicante. Amers étaient leurs propos sibyllins, bégayés le plus souvent.

Ils étaient si nombreux que je ne retrouvai pas Alcmène et je tâchai de m'introduire le plus discrètement possible dans la horde qui se dirigeait lentement vers le gouffre.

Il fallut descendre périlleusement dans l'antre obscur en s'accrochant à des échelles de fortune, craignant à chaque pas de perdre pied, s'écorchant à la paroi rocheuse. Quelques rares flambeaux supportant des flammes tremblotantes, brandons enduits de résine, fumelaient dans l'atmosphère empuantie.

Je me sentais accablée, obnubilée par une sensation cenesthésique qui m'ôtait toute aptitude à réfléchir, une impression confuse de malaise que j'avais de mon corps.

Soudain, je sentis mon pied glisser. Je voulus me retenir et m'agriffai désespérément aux aspérités de la roche. Je craignis pour ma vie. N'allais-je pas tomber sur le malheureux qui était sur le degré au-dessous de moi ? N'allais-je pas l'entraîner dans ma chute inéluctable ? Au moment de lâcher, je ne pus retenir un cri. Je sentis alors qu'on m'empoignait une jambe, suffisamment fermement pour m'éviter de choir, et je pus sitôt recouvrer mon assiette. Je penchai la tête pour apercevoir celui qui venait de m'agripper avec tant d'efficacité ; et je distinguai, sous mes pieds, un tout jeune homme au visage crasseux qu'on eût dit pénombré, et qui me souriait. Je doutai qu'il eût entendu mon merci à peine marmotté.

 

Une chaleur subite envahit tout mon être, une douceur que seule peut procurer la compassion qu'on devine dans le regard d'autrui.

 

Notes

Titre : Délires tout empreints d'angoisse

empreints (littéraire) marqués par l'angoisse.

Participe passé du verbe empreindre

tout, adverbe

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

 

un monde de traîne-misère affichant guenilles et mâchoires démeublées

un monde de gueusaille, de miséreux vêtus de loques, de sans-dents.

 

pour avoir souffert mille maux

parce qu'ils avaient souffert mille maux

Expression de la cause - La préposition pour est suivie d'un infinitif passé (avoir souffert)

 

leurs propos sibyllins

sibyllins, mystérieux, hermétiques, difficiles à comprendre, comme ceux de la sibylle, ceux des oracles.

 

Ils manifestaient une rancœur mordicante

mordicant, âcre, picotant, corrosif ; au figuré, acerbe

 

obnubilée par une sensation cenesthésique ou coenesthésique

Oli est privée de lucidité, hypnotisée par une sensation qui l'envahit.

Cénesthésie - Terme de physiologie. L'espèce de sentiment vague que nous avons de notre être, indépendamment du concours des sens. Littré

 

Quelques rares flambeaux fumelaient

fumeler (hapax), dégager de la fumée.

> Hapax, mots-valises, mots fantômes et autres mots étranges

 

Je m'agriffai désespérément

s'agriffer, s'accrocher avec ses griffes, ses ongles.

 

le malheureux qui était sur le degré au-dessous de moi

au-dessous de, locution prépositive.

au-dessous, adverbe.

Y a-t-il un trait d'union ou pas ? Au delà ou au-delà ? Par delà ou par-delà ? AU ou PAR ou EN etc. + deçà, delà, devant, derrière, avant, arrière, dessus, dessous, dedans, dehors, haut, bas

 

je pus sitôt recouvrer mon assiette

sitôt, à l'instant même, aussitôt.

recouvrer (littéraire) récupérer ce qui était perdu, recouvrer la vue, la santé, la liberté...

l'assiette, manière de se poser, d'être posé. Littré

 

Un visage crasseux qu'on eût dit pénombré

pénombré, néologisme rare : orné d'une pénombre

qu'on eût dit, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

qu'on aurait dit

 

Je doutai qu'il eût entendu mon merci à peine marmotté.

Douter que est suivi du subjonctif

qu'il eût entendu subjonctif plus-que-parfait

Douter que, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que

marmotter, parler confusément entre ses dents. Littré

 

Une chaleur subite envahit tout mon être

subit, subite : adjectif, brusque, soudain, soudaine.

Ne pas confondre avec le participe passé de subir : subi, subie

Voyez les épreuves qu'elle a subies.

 

<< 182 Délires sur un retour à Utopinambourg

>> 184 Délires au fond de l'abîme

 

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 18:24

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Ce disant, nous nous chuchotâmes au revoir, espérant que l'avenir nous réunirait de nouveau. Nous nous retînmes de nous serrer dans les bras l'une de l'autre pour ne donner à voir aucun signe d'aucune sorte aux yeux alentour.

Je m'enfuis en catimini et retournai pressément sur mes pas, échappant tout juste à l'attention des hommes oryctères qui retournaient creuser leur galerie souterraine.

Prétatou n'était pas loin, à l'affût de me voir revenir. Il avança mollement vers moi, l'air chagrin.

"Cher Prétatou, que t'arrive-t-il ? Tu me sembles t'être bien cotonisé. As-tu cru me perdre ?"

Mais rien ne sortit de la gueule de mon chien d'ordinaire si loquace. Je ne m'aventurai pas à lui dire quoi que ce fût sur son aphasie que je n'aurais su blâmer ― Plût à Dieu qu'elle ne fût que temporaire !  car je ne voulais en aucun cas froisser son ego. Ne l'avais-je pas laissé là, à ronger son frein, sans qu'il sût de quoi il retournait. Peut-être avait-il imaginé que j'étais partie sans retour.

"Nous rentrons à Utopinambourg", lui dis-je.

Je sursautai comme il me répondit : "Enfin !"

Nous traversâmes sans embûches l'obscure forêt inhospitalière*, que nous connaissions comme notre poche. Que de lieues y avions-nous déjà parcourues !

 

Je ne retrouvai pas la Cité telle que je l'avais laissée.

Le bruit qui courait avait enflé : on n'était pas libre dans ce coin du monde ; et personne ne semblait expliquer les disparitions mystérieuses.

Quelques Utopinambourgeois déchaînés jusqu'à l'hystérie avaient essayé de forcer les frontières qui s'étaient révélées comme les murs d'une prison invisibles, inattingibles ; le mystère s'épaississait. On en vint à croiser dans les rues des gens au comportement somnambulesque, hagards et stupéfiés, perdus, incapables de retrouver leur chemin. Le nombre des harangueurs s'était décuplé, et résonnaient de toutes parts les mots d'Isma** : "rationalisma, impérialisma, nihilisma, anarchisma, machiavelisma, amoralisma, fétichisma..." Le souffle de la révolution emportait les plus fidèles hier à l'ordre établi. Seuls quelques traditionalistes, mainteneurs de la Règle tentaient de juguler les débordements. D'autres, pétrifiés, béaient de stupeur. Divaguaient çà et là des hommes et des femmes contus, hurlant et gémissant. Quel charivari !

Et comme il en est ainsi lors des périodes troublées, on assassinait à tout va, qui le représentant de l'autorité, qui le donneur de leçon, qui son voisin, qui son frère même. Qui eût dit que la Cité naguère opulente et policée décherrait ainsi ?

Je me précipitai vers l'école où j'avais enseigné tout ce qu'il fallait savoir pour vivre en bonne intelligence avec les autres, leçons qui semblaient, à l'évidence, ne pas avoir porté de fruits.***

J'éclatai en sanglots. Le bâtiment était rasé et les fumerolles qui s'élevaient de la place où, il y a peu, il se dressait si fièrement, témoignaient du désastre.

Je pensai à Lio, mon alter ego. Avait-elle échappé aux flammes ? Où la retrouverais-je ?

J'aurais bien voulu me faire entendre et crier : "Ah çà, allez-vous cesser de vous entretuer, vauriens, scélérats, assassineurs, égorgeurs sans foi ni loi !" Mais ma voix se serait perdue et je n'aurais pas donné cher de ma peau.

De guerre lasse, je décidai de quitter cet enfer et de rebrousser chemin.

..............................................

*La forêt obscure, la selva oscura. Dante La Divine Comédie

Durante degli Alighieri (Durante, le prénom, syncopé en Dante)

La selva oscura, voir la note du texte 158 Délires sur de froides retrouvailles dans la forêt obscure

**"rationalisma, impérialisma, nihilisma, anarchisma, machiavelisma, amoralisma, fétichisma..."

Retrouver les harangueurs dans l'article : 180 Délires sur la conquête de la liberté

***QUIZ 25 Test sur la politesse, le savoir-vivre et l'art de la table

 

NOTES

Nous nous retînmes de nous serrer dans les bras.

retînmes, passé simple de retenir.

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

l'avenir nous réunirait de nouveau

Ne pas confondre À NOUVEAU et DE NOUVEAU

DE NOUVEAU, Locution adverbiale, une fois de plus, encore une fois, derechef.

À NOUVEAU, Locution adverbiale, pour la seconde fois, de façon complètement différente. L'Académie

 

je retournai pressément sur mes pas

pressément, dans le dictionnaire du Moyen français : d'une manière pressante.

Le terme est désuet.

 

Je m'enfuis en catimini

en cachette, sans se faire voir

Littré.- Étymologie : catamini a signifié les menstrues des femmes

Les femmes cachant avec soin cet état, catamini, ou par altération catimini, a pu prendre le sens de cachette, mystère [...]

Lu sur le site Le garde-mots :

Étymologie : soit du grec katamênia, menstrues, règles, lui-même pluriel substantivé de katamênios, de chaque mois -  du fait que, traditionnellement, les femmes cachent avec soin leur état à ce sujet ; soit du picard catte-mini, chatteminette, avec la même idée d’hypocrisie que chattemite.
Synonymes : à la dérobée, à la sourdine, à l’insu de, à huis clos, à muche-pot (en se cachant, synonyme : musse-pot), clandestinement, dans l'ombre, discrètement, à titre privé, en cachette, en catifaillons (sans bruit), en catimuchon (en se cachant), clandestinement, dans sa barbe, de manière confidentielle, en contrebande, en douce, en secret, en sourdine, en sous-main, en tapinois, furtivement,  incognito, in petto, par en-dessous, sans tambour ni trompette, sournoisement, sous cape, sous le manteau,  sous la table, subrepticement.

Chattemite :

C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un Chat faisant la chattemite,
Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.

Jean de la Fontaine, Le chat, la belette et le petit lapin

 

des hommes oryctères qui retournaient creuser leur galerie souterraine

oryctère, terme de zoologie. Qui creuse la terre. Insectes oryctères.

 

Il avança mollement vers moi, l'air chagrin.

L'air triste, mélancolique.

 

Tu me sembles t'être bien cotonisé

se cotoniser Littré.- Néologisme. Devenir semblable à du coton, devenir mou, sans ressort.

 

son aphasie que je n'aurais su blâmer

aphasie, les fonctions du langage sont atteintes. Prétatou ne peut plus parler.

 

Ronger son frein

L'Académie : Retenir son dépit, son ressentiment en soi-même et n'en laisser rien éclater au-dehors.

 

Que de lieues y avions-nous déjà parcourues !

Une lieue, environ quatre kilomètres.

parcourues : le participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : lieues.

 

les murs d'une prison, invisibles, inattingibles

inattingibles, littéraire pour inatteignables, que l'on ne peut atteindre.

 

D'autres, pétrifiés, béaient de stupeur.

béer, regarder bouche ouverte, en proie à un sentiment, ici la stupeur.

 

des hommes et des femmes contus

contus du verbe contondre (défectif rare) contusionnés, qui ont reçu des coups.

Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

Quel charivari !

bruit discordant et tumultueux. Littré

 

Qui eût dit que la Cité naguère opulente et policée décherrait ainsi ?

opulent, prospère, riche.

Policée, disciplinée. N'oublions pas qu'elle devait suivre la Règle à la lettre.

Qui aurait dit que la Cité décherrait ainsi ?

Décherrait ou déchoirait, conditionnel présent de déchoir, verbe défectif.

déchoir, se dégrader, Littré : Tomber dans un état inférieur à celui où l'on était.

 

tout ce qu'il fallait savoir pour vivre en bonne intelligence avec les autres

Cours qui fut donné par Oli et Lio : Test sur la politesse et le savoir-vivre

 

où, il y a peu, il se dressait si fièrement

il y a peu, il y a peu de temps, naguère.

 

Je n'aurais pas donné cher de ma peau

cher, adverbe.

Ne pas confondre les homophones : (adjectif) cher, (adverbe) cher, substantifs) la chère, la chair, la chaire, la cheire.

 

De guerre lasse, je décidai de quitter cet enfer

de guerre lasse

Autrefois on prononçait le S de las comme dans hélas.

Dictionnaire étymologique de la langue française par Léon Clédat (1914)

Page 332

LAS, latin lassum. Dérivés : lassitude lasser, d'où délasser, délassement, inlassable. L'interjection Hélas contient l'adjectif las au sens ancien de malheureux.

Dans l'expression De guerre lasse, lasse est toujours au féminin.

Il semblerait qu'on ait confondu l'adjectif las au masculin avec lasse au féminin.

Las de la guerre.

Littré : Fig. Faire quelque chose de guerre lasse, le faire après avoir longtemps résisté. Je lui ai cédé de guerre lasse.

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

 

<< 181 Délires sur la marche à suivre - Quand la poire est mûre il faut qu'elle tombe.

>> 183 Délires tout empreints d'angoisse

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 19:31

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Ainsi devisant, Alcmène et moi déambulions dans la forêt obscure*. Parfois la file s'alentissait. L'un de nos congénères s'en écartait ; après un fouillement nerveux sur le sol, il cueillait, voisines de l'ancolie et de l'ortie jaune, quelques rares fraises, ou de grosses airelles bleues. Brusquement un autre se précipitait pour les lui ravir. Une courte altercation s'ensuivait, et une bousculade, qui le plus souvent faisait choir le précieux butin.

L'un d'eux me toisa en ricanant : "En voilà une qui ferait mieux de basourdir ses gaux !" me lança-t-il. Un autre, au regard effaré, cabalisait, haraguant à la cantonade. Deux femmes, donnant les signes d'une grande faiblesse, se soutenaient l'une l'autre et heurtaient, à chaque pas, ici une racine, là un rocher, plus loin une branche tombée.

Mon regard parcourait la scène et je ne pus retenir mes larmes.

"Ne te laisse pas t'émotionner ainsi, murmura Alcmène, garde tes forces, tu en auras besoin. Ici, c'est chacun pour soi. Le malheur nous a aguerris. Il faut survivre."

 

Je m'interrogeais maintenant sur ce qu'il me fallait décider. Devais-je suivre Alcmène jusqu'à ce que ses compagnons d'infortune eussent ouvert enfin la porte sur le monde d'où nous avions été arrachés, à notre corps défendant jusqu'à ce que notre mémoire l'eût effacé  ou rebrousserais-je chemin ?

Alcmène devina ma pensée.

"Viens avec nous. Notre guide a décidé que nous nous enfuirions sans laisser aucune trace qui pourrait nous être préjudiciable. Personne à Utopinambourg ne doit savoir ce qu'il est advenu de nous. Personne ne nous cherche. Pour tous, nous sommes disparus."

Je lui répondis après quelques instants :

"Non, je ne le puis. Il faut que je reste. Il faut que dans cette cité inhumaine je leur dise la nouvelle. Tous doivent être sauvés. Tous. Quand la poire est mûre il faut qu'elle tombe**

Pardonne-moi, chère Oli, d'avoir parlé en égoïste ; mais les épreuves si douloureuses que je viens de vivre m'ont altéré le jugement. Il faut, tu l'as dit, propager la nouvelle à ceux qui croient que leurs frontières sont infranchissables, si tant est qu'ils soupçonnent encore qu'il y ait des frontières dans leur cité.

Peut-être, continuai-je, trouverons-nous là-bas un monde dévasté.

Peut-être, marmotta Alcmène, l'idée que nous nous faisons de ce paradis perdu sera-t-elle balayée quand nous l'atteindrons ; car enfin, n'était-ce pas pour le fuir que les Maîtres d'Utopinambourg avaient construit leur ville et imbécilliser les habitants ?

Et nous réduire en esclavage, incapables de prendre en main notre destin. Secouons nos chaînes. Ne nous laissons pas finir notre vie jetés comme gringuenaudes."

.................................................

*La forêt obscure, la selva oscura

Dante, La Divine comédie voir la note du texte des 158 Délires sur de froides retrouvailles dans la forêt obscure - la selva oscura

Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura,
ché la diritta via era smarrita.

 

**Quand la poire est mûre il faut qu'elle tombe - Proverbe

> Expressions & proverbes contenant des fruits – cerises, pêches, prunes, pommes, poires...

 

Notes

Ainsi devisant, en devisant ainsi.

Ainsi disant

 

parfois la file s'alentissait

parfois la file se ralentissait

alentir (vieux, littéraire) ralentir

 

après un fouillement nerveux sur le sol

fouillement, action de fouiller.

 

un autre se précipitait pour les lui ravir

> De la difficulté de bien placer les pronoms personnels compléments dans la phrase. Dites-le-moi ou dites-moi-le.

 

Une courte altercation s'ensuivait

s'ensuivre

> L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

En voilà une qui ferait mieux de basourdir ses gaux !

Argot : Basourdir ses gaux ou basourdir ses gaux picantis : chercher ses poux et les tuer.

 

Un autre, au regard effaré, cabalisait, haraguant à la cantonade

cabaliser, se servir de l'art prétendu de la cabale.

haranguant, participe présent de haranguer, le U du radical est conservé.

> Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, en fatiguant fatigant – en convainquant convaincant – en émergeant émergent – en résidant résident...

 

parler à la cantonade, sans s'adresser à quelqu'un de précis.

cantonade, un seul N

> Les mots finissant par ON et leurs dérivés – QUIZ 101 - détoner ou détonner

 

Ne te laisse pas t'émotionner ainsi

ÉMOTIONNER & ÉMOUVOIR

Émotionner, émotionné, familier, implique un choc, une perturbation.

Émouvoir, ému, moins démonstratif qu'émotionner. Se rapporte à quelque chose qui touche le coeur, qui rend triste.

reprise de la note du texte 21 Délires

 

Le malheur nous a aguerris

aguerris prend un S car il s'accorde avec le complément d'objet direct NOUS placé avant le participe passé.

 

jusqu'à ce que ses compagnons d'infortune eussent ouvert enfin la porte sur le monde

jusqu'à ce que, locution conjonctive de temps suivie du subjonctif

> Jusqu'à ce que, jusqu'à tant que

eussent ouvert, subjonctif plus-que-parfait du verbe ouvrir

Mais qu'est-ce donc que le subjonctif plus-que-parfait ? > L'enseignement du français n'est plus ce qu'il était. Money Drop, Le Cid, Mauriac.

& > La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

le monde d'où nous avions été arrachés, à notre corps défendant

sans que nous l'eussions voulu - malgré nous.

 

savoir ce qu'il est advenu de nous

ou : savoir ce qui est advenu de nous

> (CE) QUI ou (CE) QU'IL suivi d'un verbe impersonnel

 

Pour tous, nous sommes disparus

Ou : nous avons disparu

> Vous hésitez entre l'auxiliaire être et l'auxiliaire avoir ?

 

Non, je ne le puis. Il faut que je reste

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je..

 

si tant est qu'ils croient encore qu'il y ait des frontières dans leur monde

Si tant est que

ou : si tant est qu'ils croient encore qu'il y a des frontières dans leur monde

qu'il y ait des frontières, subjonctif

QUE remplaçant Si dans une suite de propositions conditionnelles coordonnées. Que est suivi du subjonctif (style soigné) mais aussi de l'indicatif >§60 dans > Valeurs et emplois du subjonctif

 

Peut-être, continuai-je, trouverons-nous un monde dévasté.

L'inversion après peut-être n'est pas obligatoire.

> Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, en fatiguant fatigant – en convainquant convaincant – en émergeant émergent – en résidant résident...

 

n'était-ce pas pour le fuir que les Maîtres d'Utopinambourg avaient construit leur ville et imbécilliser les habitants ?

les Maîtres d'Utopinambourg > 142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire.

 

imbécilliser, verbe rare, rendre imbécile.

imbécile : 1L

imbécilement 1L

imbécillité 2L - La Nouvelle orthographe donne imbécilité

imbécilliser 2L

 

Ne nous laissons pas finir notre vie jetés comme gringuenaudes.

Gringuenaude, sens dans le texte : ordure, crotte. On se souvient qu'Alcmène et ses compagnons d'infortune furent jetés sans ménagement dans les oubliettes du Château.

 

<< 180 Délires sur la conquête de la liberté

>> 182 Délires sur un retour à Utopinambourg

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 17:23

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Il me fallait bien m'approcher d'Alcmène et manifester ma présence. Je tendis le bras et lui effleurai doucement l'épaule. Elle se retourna prestement comme mue sous l'effet d'une décharge électrique.

"Est-ce toi, susurra-t-elle, est-ce toi ?"

Elle écarquillait les yeux à les faire jaillir de leur orbite. Je l'exhortai ex abrupto de garder son calme et de ne rien laisser paraître. Comme elle semblait près de s'évanouir, je dus la soutenir de crainte qu'elle ne s'effondrât de stupeur.

"Je t'ai retrouvée, ma chère Alcmène", lui glissai-je tendrement à l'oreille. "je t'ai retrouvée, enfin !"

Reprenant peu à peu ses esprits, elle en vint à déplorer que je fusse, comme elle, tombée dans les griffes scélérates qui l'avaient condamnée à une mort certaine.

"Ainsi, tu en as réchappée... tu en as réchappée.", hoqueta-t-elle. "Prends garde qu'on ne te découvre. Ils auraient tôt fait de t'occire, ma chère Oli ; oh, ma chère Oli, ma compagne d'infortune."

 

Comme je m'étais grimée à l'excès pour ressembler au mieux à une gueuse en guenilles, je ne doutais pas qu'on fût incapable de me débusquer. Je m'étais bien cochonnément vêtue et m'étais peinte habilement sur le corps des pustules qui seraient passées pour un pouillotement. Ainsi faite, j'étais assurée que nul n'allait tenter de m'aborder.

Nous avions repris notre déambulation, et conversions tout bas.

Qu'était-il advenu d'Amphi ? Il n'avait pas survécu à l'infâme traitement qu'on lui avait fait subir.

Je n'osais interroger Alcmène sur la grièveté de son crime, assavoir pourquoi elle avait été si durement condamnée. Elle ne me laissa pas ignorante bien longtemps.

"J'étais entrée en résistance, me confia-t-elle. Comment aurais-je pu ne pas te ressembler ?" Elle ajouta dans un souffle : "Tu as ouvert la voie à bon nombre d'entre nous. C'est toi qui nous a dessillé les yeux et tu nous as insufflé le désir de nous libérer. Nous sommes sur le point de réussir."

J'étais abasourdie. Bien que j'eusse toujours espéré qu'un jour ou l'autre nous serions parvenus à franchir les rives du Styx*, j'avais encore des doutes sur le temps qu'il faudrait. Ce jour béni était-il donc proche ?

"Le tunnel que nous creusons arrive à sa fin, m'expliqua Alcmène. Nous aurons bientôt dépassé les frontières de la Cité. Il nous reste plus qu'à remonter pour atteindre une sortie qui nous amènera au jour."

Je continuai : "Et nous serons ainsi hors d'atteinte des geoliers d'Utopinambourg. Quel monde découvrirons-nous alors, Alcmène ? Dans quel monde devrons-nous vivre ?"

..................................................

Les rives du Styx : l'enfer. Ici, l'enfer, c'est la cité d'Utopinambourg.

 

 Notes

"Est-ce toi, susurra-t-elle, est-ce toi ?"

susurra : ici, le s entre deux voyelles se prononce [s] et pas [z]

> Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

Je l'exhortai ex abrupto de garder son calme

je lui demandai, je la persuadai sans préambule de garder son calme

 

Comme elle semblait près de s'évanouir,

Les homophones : près (de) - prêt (à)

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si - près de, prêt à

 

je dus la soutenir de crainte qu'elle ne s'effondrât de stupeur.

De crainte que, locution conjonctive suivie du subjonctif.

> De crainte que

ici le subjonctif imparfait dû à la concordance des temps.

> La concordance des temps dans les propositions subordonnées

Stupeur

Littré- sens figuré : Espèce d'immobilité causée par une grande surprise ou par une frayeur subite.

 

Je t'ai retrouvée, ma chère Alcmène

retrouvée, participe passé qui s'accorde avec le pronom personnel t', complément d'objet direct placé avant.

> Règles de l'accord des participes passés

 

Prends garde qu'on ne te découvre.

Tâche d'éviter qu'on ne te découvre.

Prendre garde que suivi du subjonctif + l'explétif NE

> Espérer que - J'espère que, je n'espère pas que, espérez-vous que - Prendre garde que - Inutile que - Prendre garde que, à ce que - Faire attention que, à ce que + subjonctif ou indicatif ?

 

Ils auraient tôt fait de t'occire, ma chère Oli

ils auraient vite fait de te tuer

occire, vieux verbe

 

Ainsi, tu en as réchappée

réchapper de quelque chose, échapper à un danger.

 

je m'étais grimée à l'excès pour ressembler au mieux à une gueuse en guenilles,

grimée, maquillée

une gueuse, une pauvre misérable.

 

je ne doutais pas qu'on fût incapable de me débusquer.

j'étais sûre qu'on serait incapable de me découvrir.

> Douter que, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

Je m'étais bien cochonnément vêtue

cochonnément, adverbe rare

> Les adverbes en -MENT + Quiz 109

 

des pustules qui seraient passées pour un pouillotement.

Littré - Terme populaire, maladie causée par le développement des poux, surtout chez les bestiaux.

 

Je n'osais interroger Alcmène sur la grièveté de son crime

grièveté (littéraire) énormité, gravité.

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

grave, gravement, grièvement, etc.

 

assavoir pourquoi elle avait été si durement condamnée

assavoir : synonyme de c'est-à-dire

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

 

tu nous as dessillé les yeux

La Nouvelle orthographe donne déciller.

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

J'étais abasourdie.

Le s se prononce [z].

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

Bien que j'eusse toujours espéré qu'un jour ou l'autre nous serions parvenus à franchir les rives du Styx*

bien que , locution conjonctive suivie du subjonctif

> Bien que

j'eusse espéré, plus-que-parfait du subjonctif

Le Styx était, chez les Grecs, le fleuve qu'il fallait franchir pour aller aux enfers.

 

Les geoliers d'Utopinambourg

prononcer [jo]

un geolier, un gardien de prison.

Une geole, une prison.

Utopinambourg, la cité où se passe l'histoire des Délires.

 

<< 179 Délires propices à l'audace

>> 181 Délires sur la marche à suivre

 

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 17:26

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Le problème était de savoir si je serais capable d'attirer l'attention d'Alcmène sans pour autant me faire remarquer des autres, problème qui me sembla aussi insoluble que de résoudre la quadrature du cercle ou le dernier théorème de Fermat – dans la théorie arithmétique, il va sans dire. J'observai, avec toute l'acuité qui m'était coutumière, la topographie des lieux et le rythme cahoteux de la file qui avançait, lequel laissait parfois s'entrouvrir, entre certains va-nu-pieds*, un intervalle qui me permettrait possiblement de m'y glisser. Mais l'affaire était hasardeuse. Alcmène ne jetterait-elle pas un cri de surprise en me voyant et n'ameuterait-elle pas ainsi ses pauvres mais vigilants compagnons d'infortune, toujours aux aguets et anxieux de n'être pas repérés ?

Il me fallut sauter le pas. Je me jetai sur la tête ma capuche, bien faite pour me camoufler le visage, et je fus assez habile pour m'introduire subrepticement dans la file, juste derrière mon amie, profitant de ce que le pauvre jeune homme qui la suivait, arrivant aux dernières extrémités de sa fatigue, s'était effondré. Je tirai avantage du temps qu'il mit à se relever, personne ne venant lui porter secours, pour me caler au plus près d'Alcmène qui n'avait pas soupçonné ma présence. La manoeuvre était téméraire. Je la réussis avec brio, sans faire de bruit, et j'eusse été marrie qu'on m'eût applaudie.

J'en étais là de mes réflexions lorsque j'assistai soudain à un branle-bas* de combat ; les acteurs de la scène insolite se mirent soudain, clochant et clopinant, à courir éperdument à la poursuite de quelque chose que je ne voyais pas encore. J'écarquillai les yeux, mon regard se faufilant avec peine entre les arbres et les fourrés ; et ce qui s'offrit à ma vue me stupéfia.

C'était Sissi, ma chère Sissi, ma laie fidèle, qui faisait diversion.

A-t-on jamais vu amie si généreuse ? Elle mettait pour moi sa vie en péril.

« Que me vaut donc tant de sollicitude ? m'interrogeai-je attendrie. »

Comme elle savait qu'elle représentait un mets de choix pour ces affamés, elle n'avait pas hésité à se sacrifier ; et cette batelée de gueux, sprinters improvisés battant le briquet, gémissant muettement de plaisir à la vue du repas convoité, haletaient, si épuisante était leur course. Leurs yeux, vides il y a peu, se mirent à lancer des regards chargés de cochonnaille : jambons, terrines, civets et autres saucisses.

C'est à qui serait le vainqueur. C'eût pu être un moment tintamarresque. Ce ne le fut point, chacun s'efforçant d'être le plus discret ; nul besoin de dire pourquoi.

« Bigre ! me dis-je, ces parias sans foi ni loi seraient bien capables d'étriper et de croquer ma bienfaitrice s'ils parvenaient à l'attraper. »

C'est à ce moment que surgirent trois gros sangliers, trois ragots menaçants aux défenses acérées, battant l'air de leurs grandes oreilles. Il semblaient assez belliqueux pour terrasser un régiment ; la Grande Armée ne les eût point fait reculer.

« Mais que vois-je ? Ne sont-ce point ici, venant à la rescousse, les petits de Sissi : Sou, Ci et Souci ? Dieu, qu'ils ont forci ! »

Les coquins s'égaillèrent illico tous azimuts. Les sangliers eussent-ils chargé, il y aurait eu, à coup sûr, maints enragés d'embrochés.

Je profitai de cet heureux instant pour m'approcher d'Alcmène que je n'avais pas perdue de vue.

...........................................................

*un va-nu-pieds

Nouvelle orthographe (ou Orthographe réformée) un vanupied, des vanupieds

> Réforme de l'orthographe - Lexique

*branle-bas, branlebas, branle bas

 

NOTES

Le problème était de savoir si je serais capable d'attirer l'attention d'Alcmène

Le style indirect et la concordance des temps

La proposition principale est au passé, la proposition subordonnée interrogative indirecte est au futur du passé (conditionnel présent)

Question directe « Serai-je capable d'attirer l'attention d'Alcmène ? »

Voir *La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style ou le discours direct et indirect

 

le rythme cahoteux de la file qui avançait

Ne pas confondre cahot avec chaos.

Chaotique existe mais pas cahotique.

Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

 

il me fallut sauter le pas

Littré : au figuré et familièrement. Sauter le pas, le fossé, prendre une résolution extrême, hasardeuse.

 

je me jetai sur la tête ma capuche

Adjectifs possessifs - Emplois particuliers - J'ai mal à la tête ou à ma tête ? Ils ont pris leur chapeau ou leurs chapeaux ?

 

et j'eusse été marrie qu'on m'eût applaudie.

eusse été, subjonctif plus-que-parfait de être, à valeur de conditionnel passé, j'aurais été

► marri(e), désolé(e)

eût applaudie, subjonctif plus-que-parfait de applaudir

Voir le § 4 et 5 > Valeurs et emplois du subjonctif

applaudie, participe passé qui s'accorde avec ME le complément d'objet direct placé avant lui.

Voir §B, 1 > Règles de l'accord des participes passés

 

J'en étais là de mes réflexions lorsque j'assistai soudain à un branle-bas de combat

Littré : − En être là (de...). Être parvenu à un certain point, à un certain résultat. Nous n'en sommes pas là; nous en sommes tous là; vous n'en êtes encore que là?

 

elle représentait un mets de choix

le substantif METS prend un s au singulier

Les noms au singulier finissant par -S (ds, ts, cs, ps, rs, ns, ls, etc.)

 

et cette batelée de gueux, sprinters improvisés battant le briquet, gémissant muettement de plaisir à la vue du repas convoité, haletaient

Littré : une batelée. Une certaine quantité de gens réunis, quoique inconnus.

Un sprinter, en sport, se dit d'un coureur spécialiste des courses de vitesse

battre le briquet, Littré : Familièrement et figurément, battre le briquet, se frapper les chevilles des pieds en marchant.

gémissant muettement, sans dire une parole

 

Bigre !

Littré : Jurement adouci. Très familier

Bougre - Jurement très grossier. Ah ! b.... je me suis fait mal. Dans ce sens, ce mot ne s'écrit jamais que par sa première lettre ; et, quand il s'écrit, il se prononce bé.

 

trois ragots menaçants aux défenses acérées

Les ragots sont des sangliers mâles de deux ou trois ans

Les défenses sont de longues dents saillantes

 

ils semblaient assez belliqueux

belliqueux

Littré : 1-Qui se plaît à la guerre. Peuple sauvage et belliqueux. Cité belliqueuse. Ardeur belliqueuse. 2-Qui excite à la guerre. Des accents, des sons belliqueux.

 

la Grande Armée ne les eût pas fait reculer.

L'armée de Napoléon ne les aurait pas fait reculer.

 

Les coquins s'égaillèrent illico tous azimuts

ils se dispersèrent immédiatement dans toutes les directions

illico, tous azimuts, expressions familières.

 

Ne sont-ce point ici les petits de Sissi, Sou, Ci et Souci ? Dieu, qu'ils ont forci !

quelques adverbes de négation archaïques

> Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

on notera l'allitération de la sifflante [s]

ils ont forci, ils sont devenus plus gros et plus vigoureux.

Vous hésitez entre forci, forcis,ou forcit ?

> Verbes se terminant par I, IE, IS, IES, IT, ou ÎT

 

il y aurait eu, à coup sûr, maints enragés d'embrochés.

Littré : Des grammairiens modernes ont prétendu qu'il n'était pas correct de dire : il y a eu cent hommes de tués, et que le de devait être supprimé. La question avait été agitée déjà du temps de Vaugelas qui déclare que le de est appuyé par de bons auteurs. Aujourd'hui l'usage l'a consacré, usage qui d'ailleurs n'a rien d'inexplicable grammaticalement. Il n'y a rien qui paraisse de plus insensé à ceux qui ne sont pas éclairés d'en haut, [Bossuet, Hist. II, 11] On remarquera cette tournure : Bossuet ayant à construire rien de plus insensé avec paraître, a mis le verbe au milieu ; construction qui peut sembler insolite, mais qui est bonne et à imiter.

 

Je profitai de cet heureux instant

La place de l'adjectif heureux détermine (généralement) son sens.

1) antéposé, c'est-à-dire placé avant le substantif

cet heureux instant, cet instant favorisé par le hasard annonce quelque chose de favorable.

2) postposé, placé après le substantif

cet instant heureux, cet instant de bonheur.

 

<< 178 Délires qui laissent entrevoir une lueur d'espoir

>> 180 Délires sur la conquête de la liberté

> QCM Vocabulaire rencontré dans les Délires du 170 au 179

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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