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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 15:54

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Je savais que Marie Cratère ne supporterait pas longtemps cette façon que nous avions, Prétatou et moi, de vivre à ses dépens. Ne nous avait-elle pas fait remarquer, d'une aigre trogne, que son chez-elle n'était pas une auberge et que nous ne pourrions pas continuer à y demeurer ainsi sans contrepartie. Elle en avait assez de prodiguer ses largesses sans qu'on lui témoignât quelque reconnaissance. Il nous faudrait un jour ou l'autre payer en retour. Mais payer comment ? Je n'avais pas un sou vaillant. Elle me tenait à sa merci. J'eus peur qu'elle usât d'un abus de pouvoir et se livrât à un chantage.

Il me traversa l'esprit que le mieux serait de m'en retourner à Utopinambourg où la vie m'était facile ; mais il me faudrait alors renoncer à étancher ma soif de curiosité.

Prétatou enfonça le clou : « Ne pourrais-tu te décider une fois pour toutes à ne plus te risquer dans des aventures périlleuses et à quitter cette forêt hostile ?

Non, je ne pouvais faire table rase de ces derniers jours que j'avais vécu, de ces longues heures que je n'avais pas dormi, de ces longs mois qu'avait duré ma quête de la vérité. Il me fallait aller de l'avant. J'eusse jouer matoisement pour arriver à mes fins, c'est dire !

Il me vint l'idée subite de me fondre, dès que je l'apercevrais, dans la file improbable des claque-faim qui cheminaient craintivement. Certes, je n'étais pas experte en feintise, mais aucun doute que j'aurais tôt fait d'y exceller. Je m'en convainquis, si ferme était ma détermination.

Prétatou pensa si fort que je l'entendis :

« Quelle folie ! Toi que je croyais si pleine de raison et de bon sens. Tu cours à ta perte, tu le sais, et quoi que j'en dise, rien ne pourra te faire changer d'avis, je le déplore.

Tu as la comprenette prompte, m'esclaffai-je, histoire de détendre l'atmosphère pesante. Allons, mon bon chien, tu vas te découvrir une fermeté de cœur que tu ne soupçonnes pas. Cependant, sache-le, il te faudra te cacher et m'observer de loin, sans aucun désir d'intervenir. »

J'en étais là de mes réflexions lorsque Marie Cratère surgit brusquement, abandonnant pour un temps ses fourneaux où mijotait sa macrabouillasse.

« Il va falloir me dire ce que tu comptes faire présentement ! tonna-t-elle. J'ai ouï dire que tu espionnes de pauvres hères que tu ne connais ni d'Ève ni d'Adam. Si l'un d'eux t'entraperçoit, ma pauvre fille, ton sort est scellé. Nul ne doit savoir qu'ils existent, et les espions, s'il s'en trouvait, seraient légion à les dénoncer. Mais ces malheureux traqués veillent et ils auront tôt fait d'occire illico tout intrus qui se mêlerait de leurs affaires.

Qu'est-ce à dire, Marie ? Ce sont des brigands ? Ils sont recherchés ?

Tout le mal qu'ils ont fait, c'est de connaître la vérité. Et comme tu le sais, celui qui clame la vérité à la face du monde doit mourir. Tu connais la chanson.

Sois plus claire, Marie, de quelle vérité parles-tu ?

De celle que l'on doit taire, petite sotte ; ne sommes-nous pas sous le joug tyrannique des gouvernants qui ont décidé une fois pour toutes de notre sort ? T'es-tu demandé comment on pourrait s'évader impunément d'Utopinambourg s'il nous en prenait l'envie ? Mais, je crois, vois-tu, que ces va-nu-pieds sont en train de trouver un moyen de sortir de cet enfer. Je ne te dirai rien à ce sujet ; pour peu que tu y ailles fourrer le nez, il pourrait t'en cuire ; et je veux te protéger malgré toi, bien que tu n'en vailles pas la peine, je le crains. »

C'était bien là le ton affectueux de Marie !

« Tu en as déjà trop dit, Marie. D'où viennent-ils donc, ces meurt-la faim ?

Ils ont été précipités dans les culs-de-basse-fosse du Château, ma petite. C'est le sort que tu aurais subi si Monsieur Pro ne t'avait tendu une perche salvatrice. Quelle chance tu as eue ! Cela sert parfois d'être jeune, et belle, et charmante, comme toi. Une pauvre laide y serait passée, répondit Marie en lâchant un gros soupir. »

Je m'exclamai avec horreur : « Ils ont été jetés dans les oubliettes et ils ont survécu ! »

Je n'en croyais pas mes oreilles.

« Un sur mille a survécu, reprit Marie Cratère, Peut-être moins encore. Mais il y a si longtemps qu'on les y abîme, qu'un matelas de chairs putréfiées a amorti leur chute. Qu'ont-ils fait alors pour subsister dans cette cloaca maxima d'où nul ne devait revenir ? Ils se sont livrés au cannibalisme. Il en est ainsi depuis que le monde est monde : l'instinct de survie est plus fort que tout. Ils ont ruminé leur misérable sort dans un hypogée qui serait devenu leur tombe jusqu'à ce qu'ils se déterminent à vouloir en sortir. Il a fallu qu'ils usent leurs ongles à creuser la terre, et les os des morts, racles improvisées, leur ont été bien utiles. Il s'agissait de percer un tunnel, un tunnel qui les ramènerait au jour. Et tu les vois aujourd'hui qui errent sans but, et cherchent à conserver le peu de vie qu'ils ont gagné. Comprends-tu maintenant pourquoi ils feraient n'importe quoi pour se cacher des intrus ? »

J'étais atterrée.

« Comment sais-tu tout cela ? Dis-moi, Marie, comment le sais-tu ? »

Le silence qui s'ensuivit ne fut perturbé que par les grincements de dents de mon interlocutrice. Je soupçonnais fortement qu'elle entretenait son bruxisme pour m'exaspérer. Elle ne voulut pas m'en dire plus ; et, une fois encore, je restai sur ma faim. Marie ne distillait les révélations qu'au goutte à goutte pour mieux jouir de leurs effets. Je n'insistai pas de crainte qu'elle se courrouçât.

 

NOTES

Le titre.- Délires édifiants. Édifiant, qui renseigne, qui instruit.

Littré : édifier [dans le sens d'instruire] Je veux vous édifier là-dessus.


une aigre trogne

la trogne (familier), la tête, le visage, la tronche (argot)

 

sans qu'on lui témoignât quelque reconnaissance

sans que, locution conjonctive suivie du subjonctif

> Sans que

 

je ne pouvais faire table rase de ces derniers jours que j'avais vécu, de ces longues heures que je n'avais pas dormi, de ces longs mois qu'avait duré ma quête de la vérité.

Les participes passés vécu, dormi, duré n'ont pas de complément d'objet direct mais des compléments adverbiaux de mesure (compléments circonstanciels). Ils sont invariables.

Autres verbes accompagnés de compléments adverbiaux de mesure : coûter, valoir, peser, mesurer, marcher, courir, vivre, dormir, régner, durer, reposer, etc.

faire table rase : ne rien laisser de ce qui existait


J'eus peur qu'elle usât d'un abus de pouvoir

usât subjonctif imparfait – le subjonctif s'emploie dans une subordonnée quand la principale comporte un verbe exprimant la crainte.

> Valeurs et emplois du subjonctif

L'emploi du Ne explétif est possible : J'eus peur qu'elle n'usât...

> NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains...

 

j'eusse joué matoisement

j'eusse joué, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé – j'aurais joué.

matoisement, d'une façon matoise.

matois, rusé, futé, sans le laisser paraître et sous un air débonnaire.

 

Il me vint l'idée subite de me fondre dans la file improbable des claque-faim qui cheminaient peureusement

Subir > subi (ie) est un participe passé, subit (te) est un adjectif :

Il a subi des dommages - Une mort subite (qui surgit inopinément). J'ai eu alors une inspiration subite.

Les claque-faim, les affamés, les meurt-la faim.

 

Je n'étais pas experte en feintise

Feintise, synonyme de feinte (dissimulation, déguisement) vient du verbe feindre, faire semblant.

Littré donne aussi : habitude de la feinte. Le sens dans lequel je l'ai employé dans le texte ci-dessus.

 

je m'en convainquis

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

quoi que j'en dise

> Ne pas confondre : quoique et quoi que – quelque, quelque... que, et quel que

 

Tu as la comprenette prompte, m'esclaffai-je

Comprenette, comprenoire, variante : comprenure. Faculté de comprendre rapide ou non selon le cas.

 

ses fourneaux où mijotait sa macrabouillasse

macrabouillasse, terme inventé par le poète Frankétienne. J'aime bien ce mot que j'ai détourné de son sens.

 

Si l'un d'eux t'entraperçoit, ma pauvre fille, ton sort est scellé

entrapercevoir

> L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

Ton sort est scellé, ton compte est bon, tu vas mourir, ou tu vas être condamné.

 

les espions, s'ils s'en trouvait, seraient légion à les dénoncer

s'ils s'en trouvait, s'il y en avait.

légion au singulier

être légion, être très nombreux (emploi littéraire)


ils auraient tôt fait d'occire illico tout intrus

occire, verbe défectif - tuer.

illico (familier) sur le champ, tout de suite. .

 

Et comme tu le sais, celui qui clame la vérité doit mourir. Tu connais la chanson.

« Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté. »
Guy Béart

 

il pourrait t'en cuire

Littré : En cuire, Verbe impersonnel. Être l'occasion d'un désagrément, d'un regret, d'un repentir. Il vous en cuira quelque jour. Il pourra bien vous en cuire.


Une pauvre laide y serait passée

passer verbe intransitif : mourir, passer de vie à trépas.

Elle est passée, elle est morte


Ils ont été précipités dans les culs-de-basse-fosse du Château

dans les oubliettes

singulier : un cul-de-basse-fosse

> Les noms composés - Quiz 97 Ma soirée avec Jojo


il y a si longtemps qu'on les y abîme

abîmer - Littré : Précipiter dans un abîme.

 

Qu'ont-ils fait alors dans cette cloaca maxima d'où nul ne devait revenir ?

La Cloaca Maxima était le nom du grand égout de la Rome antique.

 

Ils ont vécu longtemps dans un hypogée qui serait devenu leur tombe

un hypogée, sens propre : construction destinée à une sépulture - littéraire, construction souterraine

 

elle entretenait son bruxisme pour m'exaspérer

bruxisme : grincement des dents

 

Je n'insistai pas de crainte qu'elle se courrouçât

OU de crainte qu'elle ne se courrouçât

> NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne...

 

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 18:13

 

 

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Lorsque je réapparus à l'air libre, mon Prétatou était là, si heureux de me revoir que sa queue se mit à lui battre les flancs comme baguettes de tambour. Plût à Dieu que personne ne l'entendît ! Son poil étant touffu et frisé, aucun son n'en sortit. Je le calmai d'une caresse opportune. Il ne m'en sut pas mauvais gré dès lors que je l'ouïs ronronner de contentement.

« Chère Oli, » susurra-t-il, suffisamment distinctement pour que je pusse l'entendre, « j'ai bien cru que je t'avais perdue. Ce grand trou ne me dit rien qui vaille et pour rien au monde je n'y avancerais une patte. Quand cesseras-tu donc de te mettre en danger ? Que ferais-je sans toi s'il t'arrivait malheur ? Où courrais-je pour trouver une compagne qui te ressemble ? »

Je l'interrompis séance tenante.

« Chacun à sa place, Prétatou ! Je ne suis point ta compagne, sache-le, mais ta maîtresse. Cesse tes jérémiades. Je n'en ai cure. »

Il se mit à gémir de plus belle pour m'attendrir ; mais sa geinte ne m'émut guère.

Il fallut faire diversion.

« Je meurs de faim », essayai-je. « Je me suis laissé dire que toi aussi. »

Je le vis perdre un filet de salive à dégouline que veux-tu.

Il n'était plus temps d'hésitailler.

« Allons ! Pressons, mon chien, avant que l'heure du dîner ne passe. Marie Cratère dénichera bien quelque chose pour rétablir nos forces. »

Mais nous nous étions bien éloignés de la cabane de Marie et le retour promettait d'être long. Notre chemin ventoyait parmi les fûts qui se dressaient devant nous, à chaque pas, comme s'ils s'étaient donné le mot pour entraver notre course, et nous zigzaguions, trébuchant sans y prendre garde sur les racines et les bois morts qui la rendaient plus difficile encore.

Bientôt, la forêt s'obscurcissant, des cris d'animaux nous accompagnèrent. Un cerf réa ; des chats-huants huèrent en se répondant de la cime des arbres ; une troupe de grands paons, fatigués d'avoir trop longtemps fait vibrer leurs plumes tectrices pour attirer la paonne, braillèrent, avant de se jucher sur leur arbre pour la nuit ; un ours grogna : était-ce Lokis ?

Nous ne parvînmes à notre but qu'à potron-minet.

« Mais où étais-tu donc si longtemps disparue, Oli ? » semonça Marie Cratère.

Je ne lui répondis pas. J'étais libre, après tout, de faire ce que bon me semblait.


Notes

Plût à Dieu que que personne ne l'entendît !

LittréPLAIRE - Plaise à Dieu, plût à Dieu que... ! formules de souhait. Plaise à Dieu qu'il en soit ainsi ! Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles [comme mes mains] ! [Racine,Phèdre, I, 3] Plût à Dieu que l'histoire parlât davantage des hommes de génie, et moins de la méchanceté ou de l'imbécillité puissante, si ce n'est pour faire abhorrer l'une et mépriser l'autre ! [ D'Alembert, Éloges]


Cesse tes jérémiades.

Jérémiade vient du nom du Prophète Jérémie ; allusion à ses lamentations.

 

Il ne m'en sut pas mauvais gré dès lors que je l'entendis ronronner de contentement.

Savoir gré, savoir bon gré, savoir mauvais gré.

Dès lors que, puisque.

 

pour que je pusse l'entendre

pusse, subjonctif imparfait de pouvoir après la locution conjonctive de but > Pour que

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je..

 

Où courrais-je pour trouver une compagne qui te ressemble?

Où irais-je ?

Je courrais, conditionnel présent (2r) - je courais indicatif imparfait (1r)
 

sa geinte ne m'émut guère

Geinte substantif féminin rare - verbe geindre, synonyme gémir.
 

Il n'était plus temps d'hésitailler.

Hésitailler, familier pour hésiter.
 

Je me suis laissé dire que toi aussi

laissé, participe passé invariable lorsqu'il est suivi d'un infinitif.

L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...
 

à dégouline que veux-tu (locution), sans arrêt, abondamment.
 

Notre chemin ventoyait parmi les fûts

Ventoyer, suivre une trace sinueuse

 

comme s'ils s'étaient donné le mot

Le participe passé ne s'accorde pas parce que le complément d'objet direct est un substantif masculin placé après lui

> Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux
 

les plumes tectices

Cf. Wikipédia Les tectrices sont des plumes courtes de couverture.
 

était-ce Lokis ?
Épisodes où Oli rencontre l'ours Lokis :

150 Délires ursins

170 Délires sur une rencontre imprévue, si ce n'est qu'elle était inespérable

171 Délires manifestés lors de touchantes retrouvailles

 

Nous ne parvînmes à notre but qu'à potron-minet.

Nous vînmes, nous parvînmes, passé simple

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 10:54

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L'antre était sombre, humide et malodorant. Était-ce un pourrissement de chairs humaines ou animales qui emplissait l'air d'exhalaisons nauséabondes ? On les recevait en pleine figure sitôt qu'on s'approchait du bord. Un réflexe me rejeta en arrière et je fus prise d'un haut-le-coeur irrépressible. Des sons lugubres et rocailleux sourdaient du gouffre béant, tels des râles caverneux et crépitants. N'eût été le désir insensé que j'éprouvais à vouloir découvrir ce qui se cachait tout en bas, je me serais enfuie en courant, comme si c'eût été l'enfer ; car je me doutais bien que ce ne pouvait être autre chose qu'un enfer d'où s'échappait le remugle fétide à tel point que je me demandais quelle force était capable de m'animer pour y descendre, empêchée que je serais bientôt par l'air irrespirable.

Avais-je eu, un bref instant, un mouvement de recul, par instinct ou frappée d'un éclair de lucidité la conscience aiguë que je rabêtissais dans mon obstination ? Non, aucun doute ne m'eût arrêtée.

Ainsi étais-je près de découvrir un monde qu'ignoraient la plupart de mes semblables, un monde où se terraient des malheureux que je devinais traqués. Ils étaient nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de bric et de broc, le chef orné de cheveux en broussaille. Je les avais suivis jusqu'à leur repaire où ils s'étaient abîmés soudain comme par enchantement.

Où trouvais- je donc la force d'avancer ? Et ce, au péril de ma vie, j'en avais la certitude. D'où tenais-je cette volonté opiniâtre qui me poussait déraisonnablement ? Il fallait que je susse jusqu'où cette horde immonde de gueux m'entraînerait et, retenant mon souffle, je m'engageai dans le gouffre obscur.

La pente était raide, grasse et glissante et l'on avait quelque peine à s'assurer de mettre les pieds sur les marches grossièrement taillées dans le granite. Mais l'oeil, s'accommodant petit à petit à la lumière de plus en plus ténue, rendit la tâche moins périlleuse. La file qui avait déambulé devant moi tout à l'heure était depuis peu disparue et j'eusse craint de ne plus pouvoir la rejoindre, puis de me perdre à jamais dans les entrailles de la terre, si la rumeur gémissante n'était parvenue jusqu'à moi, guidant ainsi mes pas incertains.

J'avais bien descendu pendant une heure quand soudainement le couloir se rétrécit comme peau de chagrin. Je dus me faufiler quelques mètres encore, et là, brusquement, je me heurtai à un mur. Mes mains glissèrent sur toute sa surface pour y trouver quelque aspérité me permettant de déclencher un quelconque mécanisme qui m'eût ouvert la porte, car ce devait bien être une porte qui séparait le monde des vivants et celui des moribonds. Que m'eût-il servi de crier Sésame ? À n'en pas douter, ces pauvres hères se préservaient ainsi de toute intrusion ennemie.

Il ne me restait plus qu'à rebrousser chemin.

 

NOTES

Le titre

Délires abyssaux - Les abysses sont les endroits les plus profonds des mers et des océans.

abyssal : qui caractérise un abîme ou un abysse.

« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !  » Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

 

L'antre était sombre, humide et malodorant.

On peut hésiter sur le genre de ANTRE. Un antre.

Féminin ou masculin ? Le genre des noms dont on n'est pas sûr + Quiz

Voir dans Le Trésor : ANTRE

 

sitôt qu'on s'approchait du bord  > Sitôt que langue soignée


Des sons lugubres et rocailleux sourdaient du gouffre béant, tels des râles caverneux et crépitants.

Verbe sourdre, jaillir, sortir de terre.

béant qui a une grande ouverture. Du verbe béer, bouche bée (la bouche grande ouverte).

Les râles crépitants, suite de bruits secs de la respiration (d'un moribond par exemple).

 

N'eût été le désir insensé que j'éprouvais à vouloir découvrir ce qui se cachait tout en bas, je me serais enfuie en courant, comme si c'eût été l'enfer ;

N'eût été le désir insensé, si ce n’avait été le désir insensé, s’il n’y avait pas eu le désir insensé

Propositions conditionnelles commençant par : n'était, n'étaient, n'eût été, n'eussent été - Variations syntaxiques

comme si c'eût été l'enfer, subjonctif plus-que parfait dans une subordonnée conditionnelle introduite par si ou comme si > Comme si

comme si cela avait été l'enfer.

empêchée que je serais bientôt par l'air irrespirable, je serais bientôt empêchée... Empêcher, (ici) arrêté par une entrave Littré.


la conscience aiguë que je rabêtissais dans mon obstination

aigu masculin, aiguë féminin.

L'orthographe rectifiée de 1990 donne pour le féminin : aigüe, ambigüe, etc.

Sachez quelle orthographe on enseigne à nos enfants

abêtir : Préfixe RE+abêtir

Littré - rabêtir

1 V. a. Rendre bête, stupide

2 V. n. Redevenir bête ; devenir plus bête. Au lieu de profiter au collége, il rabêtit.

Il a rabêti ou il est rabêti, suivant que l'on considère l'action ou l'état.

rabêti, ie

(ra-bê-ti, tie) part. passé de rabêtir

Des enfants rabêtis par de mauvais traitements.

Mais Le préfixe RE ne marque pas forcément une répétition ou un retour – QUIZ


Non, aucun doute ne m'eût arrêtée.

Subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme)

Non, aucun doute ne m'aurait arrêtée (1re forme)


Ainsi étais-je près de découvrir un monde qu'ignoraient la plupart de mes semblables,

L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

près de, sur le point de

Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

Ils étaient nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de bric et de broc, le chef orné de cheveux en broussaille.

Il était nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales, le chef orné de longs cheveux. [Voltaire, L'Ingénu]

Les adjectifs FEU, NU, DEMI placés avant ou après les substantifs

De bric et de broc, de choses disparates.

le chef, la tête.


Je les avais suivis jusqu'à leur repaire où ils s'étaient abîmés soudain comme par enchantement.

Règles de l'accord des participes passés

je les avais suivis : le participe passé suivis s'accorde avec le complément d'objet direct LES placé avant le verbe conjugué avec avoir.

Ils s'étaient abîmés

le participe passé du verbe pronominal réfléchi s'abîmer s'accorde avec le pronom réfléchi SE (COD)

s'abîmer, tomber dans une cavité profonde
On trouve chez Littré : Fig. Tout s'abîme dans l'oubli. S'abîmer dans l'étude. Il s'abîme dans de tristes pensées. S'abîmer dans le désespoir.

Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux


D'où tenais-je cette volonté opiniâtre qui me poussait déraisonnablement ?

opiniâtre, Fortement attaché à son opinion, à sa volonté. La mule est un animal opiniâtre. Littré

déraisonnablement, adverbe rare.


Il fallait que je susse jusqu'où cette horde immonde de gueux m'entraînerait et, retenant mon souffle, je m'engageai dans le gouffre obscur.

que je susse, subjonctif (après la principale contenant falloir), imparfait (concordance des temps, la principale étant à l'imparfait.)

La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style ou le discours direct et indirect

Le subjonctif imparfait et plus-que-parfait s'emploient dans la langue soutenue (littéraire). On emploie plus couramment le subjonctif présent ou passé : Il fallait que je sache...


les marches grossièrement taillées dans le granite,

ou le granit


La file qui avait déambulé devant moi tout à l'heure était depuis peu disparue

OU avait depuis peu disparu

Certains verbes conjugués le plus souvent avec avoir peuvent également être conjugués avec être, pour insister davantage sur le résultat de l'action.

Vous hésitez entre l'auxiliaire être et l'auxiliaire avoir ?

 

et j'eusse craint de ne plus jamais pouvoir la rejoindre,

subjonctif plus-que parfait à valeur de conditionnel, synonyme j'aurais craint

Je crains, tu crains,il craint, j'ai craint...

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

J'avais bien descendu pendant une heure quand soudainement le couloir se rétrécit comme peau de chagrin.

J'étais bien descendue ou j'avais descendu ?

Littré : Descendre, se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand il marque une action : il a descendu à terre, aussitôt que le vaisseau fut abordé ; avec l'auxiliaire être, quand il marque un état : les passagers sont descendus à terre depuis longtemps. C'est pour cela que descendre, au sens d'être issu, se conjugue toujours avec l'auxiliaire être.

La Peau de Chagrin en référence au roman fantastique d'Honoré de Balzac (publié en 1831)


Que m'eût-il servi de crier Sésame ?

Littré - Que sert, à quoi sert-il ? quel avantage revient-il de.... ? Mais que sert la colère où manque le pouvoir ? [Corneille, Sertorius]

Que nous servira d'avoir du bien, s'il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d'en jouir ? [Molière, l'Avare]

Sésame, ouvre-toi !

C'est le cri que pousse Ali Baba devant la caverne qui renferme les trésors des voleurs, formule magique pour que la porte s'ouvre.

Dans Les Contes des mille et une nuits, contes populaires en arabe, d'origine persane et indienne.

 

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 17:09

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Je voulais en avoir le coeur net. Ainsi décidai-je, sans l'ombre d'une hésitation, consciente du danger et cependant prête à y faire face, de retourner à mon poste d'observation. Là, figée, retenant mon vent, n'osant même pas ciller, j'attendis le temps qu'il fallut pour voir s'ébranler devant moi la colonne de miséreux, bancals et tortus, une pouillerie dont nul n'eût pu se faire une idée avant que de l'avoir vue. La gale, la rogne, la teigne, la fièvre, la peste, quoi encore, les avait défigurés, décharnés, estropiés. Qui ou quoi les avait ainsi mésaventurés ?

Je me sentis immergée dans un ailleurs qui me semblait ne pas exister. Était-ce un ailleurs compréhensible ? Je craignis d'en douter. Si nombreux étaient les moments qui m'avaient plongée naguère dans la plus grande stupéfaction que je me convainquis, tout étant possible en ce monde, que je n'aurais qu'à progresser dans le mystère, fût-ce pas à pas  mystère qui eût fait sombrer quiconque dans le plus grand désarroi  afin d'y découvrir quelque chose de la vérité, pour le moins, une cohérence vraisemblable à quoi me rattacher, un fil d'Ariane peut-être, qui m'aurait emmenée jusqu'au coeur de ce que je pressentais qui se dévoilerait un jour ou l'autre. Bien que ma curiosité, dont vous me savez coutumière, fût près de me tenailler douloureusement, je forçais ma patience. Mes yeux se dessilleraient le moment venu ; j'en avais la certitude.

Quels que fussent les obstacles que j'avais à franchir, je ne reculerais pas. Avais-je peur ? Je n'aurais su le dire : mon esprit était trop occupé, chambardé qu'il était par les ressorts de la logique  induction, déduction, extrapolation, supputation, hypothèses, prévisions, et j'en passe  dans un univers où se mouvait mon imagination. On aurait pu la croire délirante ; elle ne l'était point.

........................................................

NOTES

Titre : Délires tapis dans "des fourrés impénétrables de buis, de myrtes, de lentisques et de genévriers"

Sur l'autre pente, poussent des fourrés impénétrables de buis, de myrtes, de lentisques et de genévriers (Bosco, Mas Théotime,1945)

tapis, singulier tapi, participe passé du verbe se tapir, se cacher.


Ainsi décidai-je,

passé simple, le temps du récit.

L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

Là, figée, retenant mon vent, n'osant même pas ciller,

retenir son vent, son souffle, son haleine.

ciller, faire des battements de cils, même involontaires.

Je ne bronche ni ne cille. (Colette, Claudine à l'école)

 

la colonne de miséreux, bancals et tortus

tortu, qui n'est pas droit, qui est de travers.

Elle n'est ni tortue ni bossue, se dit pour vanter la taille d'une femme. Littré

 

une pouillerie dont nul n'eût pu se faire une idée avant que de l'avoir vue

une pouillerie, extrême pauvreté d'un lieu ou de personnes

Étymologie : pou, anciennement pouil

n'eût pu, conditionnel passé 2e forme : n'aurait pu (1re forme)

avant que de l'avoir vue, avant de l'avoir vue

Locutions suivies d'un infinitif : devant que de, avant que de (littéraire)

> Avant que

Tournez donc sept fois fois votre langue dans la bouche avant que de parler !

l'avoir vue

le participe passé vue, employé avec l'auxiliaire avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant : l' représente pouillerie

 

La gale, la rogne, la teigne, la fièvre, la peste, quoi encore

La rogne : gale invétérée, Littré.

 

Le médecin malgré lui [Molière]

Mon remède guérit, par sa rare excellence

Plus de maux qu'on en peut nombrer dans tout un an ;

La gale,

La rogne,

La teigne,

La fièvre,

La peste,

La goutte,

Vérole,

Descente,

Rougeole,

O grande puissance

De l'orviétan !

quoi encore non suivi d'un point d'interrogation

> Cas où l'on peut omettre le point d'interrogation dans une phrase interrogative

 

Qui ou quoi les avait ainsi mésaventurés ?

mis en péril

Mésaventurer, verbe transitif, rare. Mettre dans une mésaventure; mettre en péril, hasarder. Littré

 

Je me sentis immergée dans un ailleurs qui me semblait ne pas exister

immerger, plonger dans l'eau, dans un liquide ou dans autre chose

émerger sortir de l'eau, etc.

un ailleurs, un lieu situé ailleurs, un autre lieu que celui auquel Oli se trouve en réalité - emploi substantivé de l'adverbe ailleurs

qui me semblait ne pas exister

OU qui ne me semblait pas exister

> On peut choisir la place de la négation dans la phrase, dans certains cas


Si nombreux étaient les moments qui m'avaient plongée naguère dans la plus grande stupéfaction que je me convainquis...

Le participe passé plongée conjugué avec avoir s'accorde avec le pronom m', COD placé avant lui.

La proposition subordonnée corrélative que je me convainquis [que je n'aurais qu'à progresser dans le mystère] est complément de conséquence > Remarque n°3

je craignis, verbe craindre - je me convainquis, verbe convaincre

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

naguère : il y a peu de temps

jadis : autrefois

 

je n'aurais qu'à progresser dans le mystère, fût-ce pas à pas, ne fût-ce que pas à pas, 

ne fût-ce que, ne serait-ce que, quand ce ne serait que. Locution à valeur restrictive et conditionnelle, toujours au singulier, ici dans une incise.

même si c'était pas à pas, quand bien même ce serait pas à pas.

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

 

 mystère qui eût fait sombrer quiconque dans le plus grand désarroi 

le tiret, signe typographique, joue le rôle de la parenthèse dans un contexte littéraire.

> Règles typographiques à respecter pour que votre texte soit agréable à lire

mystère qui eût fait sombrer, aurait fait sombrer, conditionnel passé

 

La métaphore filée, suite de métaphores sur un même thème, ici le thème de l'eau, de la mer :

je me sentis immergée, m'avait plongée, aurait fait sombrer

 

un fil d'Ariane qui m'aurait emmenée

Mythologie - Ariane, amoureuse de Thésée lui donne un fil qui lui permettra de se diriger dans le labyrinthe de Dédale après avoir tué le terrible Minotaure qui y était retenu prisonnier. Mais son amour sera trahi. Thésée préfèrera sa soeur Phèdre, "la fille de Minos et de Pasiphae" [Racine]. Cette dernière le trahira à son tour en tombant éperdument amoureuse de son beau-fils Hippolyte, qui la dédaignera.

Le fil d'Ariane, expression qui signifie un guide, un moyen pour parvenir à se sortir d'une situation difficile.

 

Bien que ma curiosité [...] fût près de me tenailler douloureusement,

proposition subordonnée concessive introduite par la locution conjonctive bien que.

> Bien que est suivi du subjonctif - fût, subjonctif imparfait du verbe être.

 

Quels que fussent les obstacles que j'avais à franchir

proposition subordonnée concessive

quel... que (suivi du subjonctif) à ne pas confondre avec quelque

> Quel que

> Quelque... que

 

Je n'aurais su le dire : mon esprit était trop occupé, chambardé qu'il était par les ressorts de la logique

les deux points : la phrase qui suit n'a pas de majuscule, elle comporte une idée de cause, une explication à ce qui précède.

chambardé, familier, mis en désordre.

chambardé qu'il était , chambardé, attribut de il (en position inversée)

 

<< 173 Délires autour d'une curiosité qui n'en finit pas

>> 175 Délires abyssaux « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau! »

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 08:50

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La soirée fut douce et propice aux échanges ; nous nous racontâmes toutes les deux nos aventures avec cette joie particulière qu'éprouvent des amies quand elles se font des confidences après une longue séparation. Sissi s'étonna que je ne fusse pas restée à Utopinambourg alors que je m'étais hissée à une position sociale tout à fait estimable en fondant ma propre école. Qu'étais-je revenue hanter cette forêt obscure* ? Je lui fis comprendre en deux mots que trop de choses étranges avaient éveillé ma curiosité et que je ne pouvais en rester là.

Mon clabaud de Prétatou, malgré qu'il en ait, se retint de rognogner ; il soupira mais n'osa renchérir sur les sages paroles de Sissi, de peur de me voir froncer le sourcil. Il semblait penser : « Qu'ont-elles à vouloir se dire tant de choses, de omni re scibili*, et patati et patata ? »

J'arrivai au moment de mon récit, où, il y a peu, j'avais été stupéfiée de voir défiler, sans faire le moindre  bruit, ne fût-ce que le craquement ténu des branches qui se brisaient sous leurs pas, une colonne d'hommes et de femmes qui ne ressemblaient aucunement à ceux que j'avais croisés dans la cité. Ces êtres étranges vaguaient avec lenteur et jetaient des regards furtifs de droite et de gauche comme si un danger eût pu les surprendre. Ils étaient tous malingres et souffreteux, cassés, boitant et titubant ; certains d'entre eux s'appuyaient sur des bâtons noueux, d'autres se laissaient guider, le regard vide, la main tendue et appuyée sur l'épaule de ceux qui les précédaient – on eût dit les Aveugles** de Pieter Bruegel.

D'où venaient ces ombres et où s'en allaient-elles ?

Sissi me dit alors qu'elles les avait quelques fois rencontrées. Pour les avoir entendues susurrer d'obscures paroles, elle supposa qu'ils s'étaient échappés de quelque geôle cruelle où ils avaient failli périr. Ils se cachaient ; cela ne faisait aucun doute. Et si on les suivait dans leur déambulation improbable, on arrivait jusqu'à un gouffre sombre qui les engloutissait : leur repaire à coup sûr.

Sissi ne m'en dit pas plus parce qu'elle n'en savait pas plus ; et elle me mit en garde de ne pas les approcher car elle ne savait pas s'ils seraient capables du pire dans le cas où ils se sentiraient débusqués. Si, ma curiosité poussée à son paroxysme, je me décidais à vouloir, à tout prix, découvrir quelque chose de cette foule inconnue, à la suivre sans qu'elle s'en doutât, pourrais-je obvier à tout danger en prenant les précautions nécessaires, tel un fin limier connaissant toutes les ficelles de son art ?

Je me trompai moi-même en me disant qu'il fallait peser le pour et le contre pour agir ainsi. En fait je ne pesai rien car tout est toujours pesé d'avance. On se leurre à croire qu'on use de la réflexion pour se décider ; avant même de réfléchir, tout est décidé. Nulle tergiversation n'est nécessaire. Je savais, bravant tout danger, que j'allais suivre cette file lugubre et me faufiler dans l'antre où elle disparaissait.

Il est des situations qui comportent toutes les audaces.

« Voilà qui est entendu, me dis-je. Je n'aurai désormais de cesse que ces gens ne m'aient dévoilé ce que je veux savoir.»

.............................................................

*De omni re scibili et quibusdam aliis - De toutes les choses qu'on peut savoir et aussi de quelques autres" 


**Les Aveugles de Pieter Bruegel

voir La Parabole des aveugles - Wikipédia

fr.wikipedia.org/wiki/La_Parabole_des_aveugles

 

NOTES

Titre : Délires autour d'une curiosité qui n'en finit pas

qui n'en finit pas : qui ne finit pas d'être ce qu'elle est.

 

Sissi s'étonna que je ne fusse pas restée à Utopinambourg

je ne fusse pas restée, subjonctif plus-que parfait.

> Valeurs et emplois du subjonctif §4 et 5

 

Qu'étais-je revenue hanter cette forêt obscure ?

Pourquoi étais-je revenue hanter cette forêt obscure ?

QUE dans tous ses états – pronom interrogatif - pronom relatif - conjonction de subordination ou élément d'une locution conjonctive - adverbe interrogatif ou exclamatif

cette forêt obscure- Cf. la note dans : 158 Délires sur de froides retrouvailles dans la forêt obscure - la selva oscura (Dante)

 

Mon clabaud de Prétatou, malgré qu'il en ait, se retint de rognogner

Clabaud, chien de chasse qui a les oreilles pendantes et qui aboie fortement sans être sur les voies de la bête. Il se dit par extension, d'un chien qui aboie mal à propos.(Dictionnaire de l'Académie 8e édition)

Rognogner, bougonner, gronder, grommeler.

L'emploi correct de malgré que est rare - Locution admise dans "malgré que j'en aie" = malgré moi, à mon corps défendant. "malgré qu'il en eût"

> Malgré que

 

Qu'ont-elles à vouloir se dire tant de choses et patati et patata.

On joue sur l'alternance des voyelles i-a

et patati et patata : onomatopée employée pour désigner des bavardages futiles qui n'en finissent pas.

« Et patati et patata, la queue du chat » Souffrances du Professeur Delteil Champfleury (1853)

Variante : et patatipatali et patatatipatala

Prêchi, prêcha : locution désignant un mauvais discours - substantif un prêchi-prêcha.

Brédi-bréda : avec précipitation et confusion. Il nous a raconté tout cela brédi-bréda. Expression tout à fait familière. Littré

On dit quelquefois Brédi-bréda taribara. Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau page 59 > Dictionnaire de la langue verte : argots parisiens comparés ... - Gallica.

Cette expression vient de Bréda street (article connexe : Elle arpentait la rue Bréda)

picoti picota, comptine :

Une poule sur un mur
Qui picote du pain dur
Picoti, picota
Lève la queue
Et puis s'en va.

et ceteri et cetera

> ET CÆTERA, ET CETERA, ET CŒTERA, ETC.(Cnrtl)

>Alternance des voyelles i-a - et patati patata, prêchi-prêcha, brédi-bréda, picoti-picota, et ceteri et cetera

 

ne fût-ce que le craquement des branches

ne fût-ce que, locution, sens restrictif et conditionnel 

fût-ce, ne serait-ce que, quand ce ne serait que.

fût-ce, subjonctif imparfait

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

 

Ces êtres étranges vaguaient avec lenteur

vaguer, errer çà et là.

 

pour les avoir entendues susurrer d'étranges paroles

parce qu'elle les avait entendues (cause)

Le participe passé entendues est suivi de l'infinitif susurrer

Note n°2 (le participe passé suivi d'un infinitif) dans Règles de l'accord des participes passés

1-C'est une sorcière ; je l'ai vue cueillir des herbes.

Le part. passé s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant si ce COD fait l'action de l'infinitif. L' (la élidé) c'est-à dire la sorcière : la sorcière a cueilli des herbes. 

2- Voici les herbes que j'ai vu cueillir.

Ici, le part. passé ne s'accorde pas parce que le complément d'objet direct que (les herbes) ne fait pas l'action de l'infinitif. Les herbes ont été cueillies.

 

on eût dit les Aveugles de Pieter Bruegel.

On eût dit, dire au conditionnel passé 2e forme.

on aurait dit, conditionnel passé 1re forme.

 

ils s'étaient échappés de quelque geôle cruelle où ils avaient failli périr

Geôle, prison – prononcer jôle,

de même pour geôlier, geôlière, gardien(ne) de prison.

> Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

ils avaient failli périr - failli, participe passé de faillir.

> Verbes se terminant par I, IE, IS, IES, IT, ou ÎT

 

Sissi me dit alors qu'elle les avait quelques fois rencontrées

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

quelques fois (emploi rare) dans le sens de une ou deux fois

 

pourrais-je obvier à tout danger

obvier, cf. Littré : Prévenir un mal, un inconvénient.

Se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

obvier : parer, éviter, remédier, faire face...

 

Il est des situations qui comportent toutes les audaces.

comporter, dans le sens vieilli de rendre possible, permettre. Cf. Grammaire des grammaires.

 

<< 172 Délires lors une réprimande doublée d'un déluge de pleurs

>> 174 Délires tapis dans "des fourrés impénétrables de buis, de myrtes, de lentisques et de genévriers "

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 10:39

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« Plût à Dieu, chère Oli que nous n'ayons plus jamais à nous souhaiter la revoyure. J'ai tant et tant souffert de notre cruelle séparation qu'aucun mot, dans quelque langue que ce soit, ne peut traduire le sentiment de désarroi dans lequel j'ai été plongée. Eusses-tu éprouvé le millionième de la détresse qui m'a meurtri le coeur, tu en serais venue à regretter de m'avoir laissée ainsi, comme seule au monde.

Puissions-nous vivre à jamais accolées ! »

Ainsi disant, le coeur gros jusqu'à danger d'explosion, Sissi pleurait à pleins yeux, sans me laisser le loisir de placer un seul mot et j'étais prête à attendre le moment où ses plaintes cesseraient, faute de phrases percutantes à m'asséner. M'eût-elle donné la parole, je n'aurais su quoi lui dire pour la réconforter ; je la savais trop hermétique à mes arguments pour en présenter un seul comme justification ou même comme excuse – ne les connaissait-elle pas tous d'ailleurs ?

Sache, cher lecteur, qui me plains assurément en cette circonstance pénible, que j'étais prête à supporter des heures pleurées en espérant que, ses larmes enfin taries, mon amie reviendrait à la douceur de l'instant où elle m'avait retrouvée.

Je tentai de caresser du bout des doigts son groin humide pour témoigner de ma sollicitude et de l'empathie que je lui portais. Elle se rapprocha de moi, se laissa faire et grouina de plaisir.

Qui n'eût porté secours à cette âme en peine ?

Pour si affligée qu'elle fût, je ne doutais point qu'elle allait reprendre ses esprits et cesser de brasser rancune pour redevenir la Sissi que je connaissais.

 

« Eh bien, pensa très fort Prétatou, elle en a dans l'aile ! »

.............................................

NOTES

Titre : Délires pour une réprimande doublée d'un déluge de pleurs

Les suffixes -ANDE & -ENDE

- substantifs féminins formés à partir de verbes : offrande, propagande, jurande (Moyen Âge), lavande.

- substantifs masculins : dividende, multiplicande (différents de diviseur, quotient, multiplicateur, produit)

Ne pas confondre une larme et un pleur

 

Plût à Dieu, chère Oli que nous n'ayons plus jamais à nous souhaiter la revoyure.

Plût à Dieu – Plaise à Dieu

Le subjonctif optatif est le mode des espoirs des souhaits et des désirs (désidératif). Il est exprimé le plus souvent au subjonctif.

Voir §29 > Valeurs et emplois du subjonctif

la revoyure, fait de se revoir ou de se dire au revoir – populaire.

À la revoyure ! Au revoir !

 

Eusses-tu éprouvé le millionième de la détresse

Interrogation fictive. Le sujet est postposé.

> eussé-je, eussè-je, fussé-je, fussè-je dût-il...

Tournure qui équivaut à une proposition subordonnée introduite par même si.

> même si (condition avec une nuance concessive)

Même si tu avais éprouvé...

le millionième (1 seul N), un million, un millionnaire


Tu en serais venue à regretter de m'avoir laissée ainsi

participe passé venue, employé avec l'auxiliaire être, s'accorde avec le sujet.

(sauf cas particuliers des verbes pronominaux)

participe passé laissée employé avec l'auxiliaire avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui M'  pour ME élidé qui représente Sissi

Récapitulation des articles sur l'accord des participes passés

 

Puissions-nous vivre à jamais accolées !

Subjonctif optatif > Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

 

ces longs mois [...] ont été d'une torture innommable

innommable, qu'on ne peut nommer, ignoble, odieux, infâme.

dérivé du verbe nommer (2M), le préfixe est IN- (d'où les 2 N), le suffixe -ABLE

 

Ainsi disant, le coeur gros jusqu'à danger d'explosion, Sissi pleurait à pleins yeux

ainsi disant, ce disant, en disant cela.

pleurer à pleins yeux, pleurer de tous ses yeux – expressions vieillies.

 

M'eût-elle donné la parole, je n'aurais su quoi lui dire pour la réconforter

Même si elle m'avait donné la parole...

 

J'étais prête à supporter des heures pleurées

pleurées, participe passé employé comme adjectif avec une idée de durée.

 

Qui n'eût porté secours à cette âme en peine ?

eût porté, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme) : qui n'aurait pas porté secours... (1re forme)

âme – D'où vient l'accent circonflexe ?

Cf. Littré Anme : Ce mot s'était toujours écrit sans accent circonflexe jusqu'en 1798 ; mais alors l'Académie, dans son édition, l'a marqué d'un accent circonflexe, et a maintenu depuis cet accent. L'accent, outre qu'il indique la prononciation, représente une lettre supprimée ; l'ancien mot était anme et, par suite, alme et même arme.

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz

 

Elle grouina de plaisir

Groiner, Grouiner - verbe rare

Les suidés (cochons, sangliers) grouinent.

 

Pour si affligée qu'elle fût, je ne doutais pas qu'elle allait reprendre ses esprits

pour si affligée qu'elle fût - subjonctif– tournure rare concessive

si affligée qu'elle fût

quelque affligée qu'elle fût

aussi affligée qu'elle fût

tout affligée qu'elle fût (ou était) - subjonctif ou indicatif

je ne doutais point qu'elle allait (indicatif) reprendre ses esprits

Quand douter est à la forme négative, il n'y a pas de doute, on emploie l'indicatif dans la complétive.

Mais on rencontre souvent le subjonctif du fait qu'il y a le mot doute, ce qui entraîne une confusion.

Pour en savoir +

> Douter que, douter si, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

Eh bien, pensa très fort Prétatou, elle en a dans l'aile !

Cf. Littré : En avoir dans l'aile, être atteint d'une maladie grave, d'une disgrâce imprévue, et aussi être amoureux.

 

<< 171 Délires manifestés lors de touchantes retrouvailles 

>> 173 Délires autour d'une curiosité qui n'en finit pas

 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 15:00

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Je voulus prendre quelque collation avant de partir à la quête de mon amie, histoire de me donner des forces. Mais les rares breuvages que je trouvai chez Marie Cratère me parurent pires que l'émétique, si forte était leur saveur vireuse. Je me désaltérerais en chemin à l'eau claire d'un ru que je connaissais.

Combien de lieues me faudrait-il marcher pour retrouver ma chère Sissi ? Nul n'aurait su le dire.

Prétatou serait de la partie et me seconderait dans mes recherches improbables. Son flair lui permettrait peut-être de humer une trace vaporeuse. Je n'aurais alors qu'à lui emboîter le pas. Mais je craignais qu'il refusât tout net de m'aider dans cette entreprise car j'avais cru deviner quelque jalousie lorsque je lui avais parlé avec enthousiasme de l'amitié qui me liait à ma laie.

« Drôle d'amitié, » avait-il susurré entre ses crocs. « est-il donc raisonnable de nourrir un quelconque sentiment pour la gent marcassine, tout juste bonne à fouir autour des troncs jusqu'à déraciner les chênes ? Encore que, » ajouta-t-il en se reprenant, « je dévorerais bien volontiers quelque jambon de laie et ne ferais qu'une bouchée de ses petits, tels que tu me les as décrits ; gras et croquants à souhait ! »

Et il se pourlécha.

« Ingrat, » murmurai-je à mon tour. « je t'aurais sauvé d'une vie errante, sans maîtresse à aimer, et voilà ton merci ! Crois-tu que je t'appartienne tout entière et que je ne puisse avoir d'affection pour nul autre que toi ? »

S'il eût vitupéré encore contre le choix des amis que je me faisais, il se serait vu remettre à sa place, la place qu'il n'aurait jamais dû quitter. Il en est des chiens comme des enfants : quand on leur montre trop d'indulgence, le laxisme n'est pas loin ; et ils se croient vite tout permis. Non que je voulusse lui retirer l'attachement que je lui portais —- entendons-nous bien — mais il était temps de clarifier les choses en rappelant la hiérarchie qui nous liait.

Après quelques grognements de désapprobation — il n'aurait jamais eu l'audace d'aboyer pour protester — je lui donnai une tendre caresse qui vint illico à clore notre brouillerie passagère.

Nous nous mîmes en route en direction de la bauge de Baucent, le compère de Sissi, qui m'avait maintes fois dévisager de son œil torve ; peut-être aurait-il des nouvelles de sa vieille compagne, bien que je doutasse fort qu'ils fussent encore ensemble ; mais j'étais bien décidée à ne pas me vexer des manières blessantes dont il me traiterait, n'ayant qu'un seul but, celui que je m'étais fixé.

Je ne trouvai aucun sentier praticable ; ma lente progression à travers les fougères géantes et les broussailles épineuses m'arrachait parfois des gémissements ; mes jambes et mes bras se zébraient de longues estafilades où perlaient des gouttes de sang ; ma robe fut bientôt en lambeaux . Eh ! Que m'importe ! pensai-je ; et cependant, pour rien au monde je n'aurais rebroussé chemin — tu connais, cher lecteur, l'entêtement dont je suis capable pour arriver à mes fins, quelles qu'elles soient.

Prétatou n'osait piper de peur d'être semoncé et de raviver une querelle qui n'avait pas fait long feu°. Bien qu'il n'y eût pas le moindre souffle de brise pour lui apporter les effluves âcres et fauves d'une laie vagabonde, il étirait le cou et semblait renifler consciencieusement les senteurs du sous-bois. Mais rien ne trahissait la présence proche ou lointaine de Sissi. Je m'aventurai à crier son nom qui ne revint pas en écho, si épaisse était la végétation alentour. Prétatou aurait bien voulu, lui aussi, donner de la voix ; je l'intimai de n'en rien faire de peur d'effrayer les oiseaux et d'autres bêtes craintives. Il grommela quelque chose sur ma délicatesse.

Après une couple d'heures, nous arrivâmes, fourbus, dans une clairière où perçait la lumière en longs rayons tremblotants. C'est à ce moment même que retentit le grognement assourdissant de l'hôte royal de ces bois, celui que nous avions rencontré naguère — t'en souvient-il lecteur attentif ? — j'ai nommé messire Ours, lequel nous avait fait si forte impression*. 

........................................

*Les hôtes de ces bois

Emprunt à Jean de la Fontaine – Fable, Le Corbeau et le Renard.

 

**Lokis, Michel, noms donnés dans les légendes lithuaniennes à l'ours brun.

Prosper Mérimée s'est inspiré de ces légendes en écrivant Lokis (1869) une de ses plus belles et de ses plus énigmatiques nouvelles, la dernière, un an avant sa mort.

Cité dans le livre de Michel Pastoureau, L'Ours. Histoire d'un roi déchu - 2007

On peut lire la nouvelle de Mérimée sur la toile : Lokis - Wikisource

NOTES 

Comment m'as-tu trouvée, ma belle ?

Le participe passé trouvée s'accorde avec le pronom personnel M' (ME élidé) féminin, singulier, placé avant lui.

Me pronom personnel complément d'objet direct de trouver. Il représente Sissi, l'amie de la narratrice Oli.

Voir les règles d'accord des participes passés > Règles de l'accord des participes passés

 

Est-il possible ?

Tournure vieillie > Comment est-ce possible ?

 

Du plus loin que Sissi m'aperçut, j'entendis ses exclamations

Du plus loin que, locution conjonctive qui introduit une proposition subordonnée conjonctive > Loin que, aussi loin que, d'aussi loin que, du plus loin que, bien loin que

 

La sombre forêt avait-elle jamais frémi de la sorte ?

L'adverbe de temps JAMAIS ne s'accompagne pas toujours de la négation NE > Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

L'a'vous vue ? L'a'vous vue tous ? A'vous vu ma petite Oli qui revient ?

L'a'vous vue ? POUR : L'avez-vous vue ?

A'vous vu ? POUR Avez-vous vu

Hapaxépie : faute de prononciation. On omet un phonème (ou un groupe de phonèmes) qui aurait dû être prononcé deux fois.

Synonyme : Haplologie

En linguistique, l'haplologie désigne l'amuïssement (la disparition) dans un mot d’un ou de plusieurs phonèmes identiques ou apparentés.

Haplographie : même phénomène qui concerne l'écriture.

De nombreux mots se sont formés par haplologie.

Exemples : Clermont et Montferrand, deux villes qui furent réunies au XVIIIe siècle et prirent le nom de Clermont-Ferrand.

Dismorphobie pour dismorphophobie (peur d'être laid ou mal fait)

 

Qu'a-t-elle donc, cette Pochemuchka, à s'exprimer de la sorte, susurra mon Prétatou

Pochemuchka, mot russe lu sur twitter le 6 octobre 2013 emprunté à

¡Entérate!

 

"La palabra rusa más difícil de traducir es 'pochemuchka', se emplea para referirse al individuo que formula muchas preguntas."

Le russe a un mot difficile à traduire pour désigner quelqu'un qui pose beaucoup de questions : Pochemuchka.

susurrer > Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

Qu'est-ce qu'il lui prend ? Ou bien Qu'est-ce qui lui prend 

> (CE) QUI ou (CE) QU'IL suivi d'un verbe impersonnel

 

les cris de la gent emplumée

Le peuple des oiseaux > la gent, les gens, gentil, gentillesse, Gente Dame, un gentilhomme,, un gentleman, l'entregent, un Gentil, la gentilité

 

Quelle fête faites-vous donc ! m'exclamai-je abasourdie.

fête & faites : homonymes homophones

> Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

m'exclamai-je > passé simple

abasourdie

prononcer abazourdi > Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

Ainsi pus-je mesurer à quel point ma popularité s'était renforcée

L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

pus-je verbe pouvoir au passé simple

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je..

L'alouette grisollait, la caille cacabait, le corbeau croassait, la corneille graillait, le geai cajolait...

Les cris des animaux > Délires pour un bestiaire. QUIZ 3

 

le cerf réait, suivi de sa harde fidèle qui s'époumonait, ravie d'accompagner son raire.

Verbe réer

synonymes bramer, crier et raire > Les verbes défectifs

le raire, le cri du cerf - le brame

  s'époumoner ou s'époumonner

LES MOTS QUI FINISSENT PAR ON ont le plus généralement leurs dérivés avec deux N.

Galon, galonné, talon, talonné, ballon, ballonné.

SAUF national, cantonade, cantonal (mais cantonner, cantonnement, cantonnier), patronal, patronage, patronat (mais patronner etc.), régional, détoner (exploser, mais détonner quand on chante), détonation, détonateur, donation, donataire (celui qui reçoit le don), s'époumoner, limoner, millionième, violoner, violoniste, sonore (de son), sonorité, assonance , assoner, résonance, résonateur, résonant (ou résonnant)...

Voir d'autres mots de leur famille.

 

les insectes, ceux-là mêmes d'ordinaire si peu sentimentaux, se manifestèrent

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes

 

une harmonie qu'on eût dit céleste

eût dit : subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (appelé aussi conditionnel passé 2e forme)

> une harmonie qu'on aurait dit céleste.

 

manifestation d'une rare glossolalie digne de la plus haute expression spirituelle

Glossolalie, phénomène appelé aussi don du chant en langues.

Langue inintelligible prononcée par les mystiques en extase.

Autre acception en psychiatrie

 

 je dus m'éloigner de la demeure de Marie Cratère

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Lokis le Grand Ours* à qui personne ne peut tenir tête au risque d'être occis sur l'heure

Lire la première rencontre d'Oli avec messire Ours 

> 150 Délires ursins

occis, occire (vieux verbe) tuer > Les verbes défectifs

 

On n'a pas pu empêcher qu'elle ne nous joue un tour à sa façon, conclut doctement mon chien. 

Après EMPÊCHER, on peut employer ou non le NE explétif.

NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne...

 

<< 170 Délires sur une rencontre imprévue, si ce n'est qu'elle était inespérable

>> 172 Délires pour une réprimande doublée d'un déluge de pleurs

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 07:39

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Sitôt que l'inquiétant grommellement eut fait vibrer les frondaisons, messire Ours parut à ma vue. Sa haute stature m'impressionna un bref instant, vu qu'elle ne m'était pas encore très familière1. Cependant rien ne laissait présager dans son attitude qu'il y avait une quelconque menace à craindre ; ne m'avait-il pas laissé entendre, lors de notre rencontre il y a peu, qu'il n'avait nulle intention de me croquer et que — j'en aurais mis ma main au feu° — mes propos l'ayant grandement flatté, ma présence lui était aimable.

 

Non, il n'avait rien d'un Diable libidineux, goinfre et coléreux comme on se plaisait à le décrire au Moyen Âge ; il n'avait rien non plus, dans les siècles qui suivirent, de la bête de cirque que l'on faisait danser et tourner dans les foires, l'anneau dans le museau, les dents et les griffes limées — meurtri, humilié, mortifié, jusqu'à perdre l'estime de lui-même.

Messire Ours, debout, aussi haut qu'un géant, me regardait, pacifique, de ses petits yeux où j'entrapercevais même un sourire — non, non, ne ris pas, lecteur incrédule, toi qui ne verras jamais ni un tigre, ni un lion te regarder avec aménité !

J'attendais qu'il engageât la conversation. Il eût été malvenu que la subalterne que j'étais eût pris la parole la première. Je connaissais les usages en matière de protocole et mon sens de la hiérarchie y était pour quelque chose.

Ainsi donc attendis-je en l'observant.

Et je pensais à Prétatou qui n'avait pas demandé son reste° et avait disparu pour se terrer dans les fougères bien loin de nous. Il s'était fait fort de ne point émettre le moindre son pour ne pas se faire repérer, trop effrayé qu'il était par l'impressionnant plantigrade.

« Voilà une rencontre qui me ravit, belle Oli ! entama le superbe animal. Me croiras-tu si je te dis que c'est par un pur hasard que je suis devant toi ? Non bien sûr. Je marche dans ton sillage depuis un grand moment pour avoir l'heur de jouir de ta présence. J'ai suivi les suaves effluves du parfum naturel que tu as laissés derrière toi, dès lors que mes narines les ont perçus et s'en sont enivrées. Petite Oli, je te sais gré de ne pas fuir ma présence. »

Ces paroles douces, doucereuses peut-être, me laissèrent interloquée. Je crus cette grosse bête près de faire une déclaration d'amour.

Ses petites oreilles tremblaient et papillotaient sous les rais de lumière qui filtraient à travers les feuilles. Était-ce un effet de l'émotion qu'il ressentait ?

Je m'apprêtai à briser là un entretien dont la tournure ne me seyait guère. Une chaude amitié eût suffi.

« J'aurais, Sire, une requête à vous faire si tant est que votre Majesté ne s'offusque pas de la liberté que je prends de lui demander quelque renseignement sur l'un de vos sujets. »

Parle sans crainte, mon enfant, puissé-je t'être utile à quelque chose !

Ne sauriez-vous pas où demeure mon amie Sissi que je cherche. Il semblerait qu'elle ait quitté les lieux qu'elle habitait l'an dernier avec ses petits et je n'ai d'elle ni vent ni nouvelle°.

Tu sais, petite humaine, que le sanglier et sa femelle sont doués d'une ubiquité peu commune et ne se lassent pas d'établir leur bauge ici ou là selon les circonstances ; il n'est pas si facile de savoir où ils migrent. »

Ces paroles, m'annonçant qu'il serait peut-être impossible de retrouver ma laie amie étaient sur le point de me plonger dans le désespoir quand mon interlocuteur reprit :

« Mais j'ai ouï dire qu'elle n'était pas loin d'ici. Quant à ses petits que tu crois être encore des marcassins, il y a beau temps qu'ils ont perdu leurs rayures et ils sont devenus de beaux mâles maintenant.

Se pourrait-il donc que je ne reconnaisse plus ni Si, ni Sou ni Souci2, si je les rencontrais ?

Toi non, mais eux te reconnaîtraient. Je te suggère de prendre cette direction-là, ajouta l'ours en pointant sa patte griffue vers le nord, tu auras toutes tes chances de les croiser en chemin. »

Ce que je fis.

« Se hace camino al andar. Al andar se hace camino3... » lança mon nouvel ami pour me donner du courage.

Et il s'en fut.

Dès qu'il eut tourné les talons, je vis mon Prétatou, l'air piteux et repentant, sortir du fourré où nul n'eût soupçonné sa présence.

Je pris pitié de lui et ne le semonçai point. À quoi cela eût-il servi, je vous le demande, d'autant que messire Ours n'eût pu faire de lui qu'une bouchée, et petite de surcroît.

Il me traversa l'esprit comme un éclair l'idée que mon chien depuis peu s'oursifiait.

 

Je me remis en route, songeuse, en prenant la direction indiquée.

« Reverrai-je jamais ma chère Sissi ? soupirai-je. Si j'en juge par les circonstances, le succès semble encore bien incertain. »

...................................................................

1-Sa haute stature ne m'était pas encore très familière

Lire : > 150 Délires ursins la première rencontre d'Oli avec messire Ours, rencontre édifiante s'il en est !

 

2- Oli fait la connaissance de Sou, de Ci et de Souci :

> 9 Délires amicalement compatibles - Faire contre mauvaise fortune bon coeur° - Le mot-valise

 

3-« Se hace camino al andar. Al andar se hace camino... »

Le chemin se fait en marchant. En marchant se fait le chemin.

Antonio Machado (Antonio Cipriano José María Machado Ruiz) 1875-1939

 

NOTES

Titre : Délires sur une rencontre imprévue si ce n'est qu'elle était inespérable.

Inespérable, adjectif peu usité – qu'on ne peut (pouvait) espérer

 

Sitôt que l'inquiétant grommellement eut fait vibrer les frondaisons

sitôt que, locution conjonctive de temps suivi ici du passé antérieur

> Sitôt que

 

vu qu'elle ne m'était pas encore très familière

vu que, locution conjonctive de cause, vu invariable.

> Vu que

 

lors de notre rencontre il y a peu

il y a peu de temps

 

j'en aurais mis ma main au feu°

j'aurais donné ma main à couper, j'en aurais donné ma main, j'en étais absolument sûre

 

mes propos l'ayant grandement flatté

on a affaire ici à une proposition participiale avec le passé composé du participe présent du verbe flatter : ayant flatté.

Il a un sujet propre : mes propos.

Le participe présent serait flattant.

> Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, en fatiguant fatigant – en convainquant convaincant – en émergeant émergent – en résidant résident...

► grandement, extrêmement.

 

J'attendais qu'il engageât la conversation.

engageât : subjonctif imparfait

concordance des temps, le verbe de la principale est au passé.

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Il eût été malvenu que la subalterne que j'étais, eût pris la parole la première.

Il eût été, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (dit conditionnel passé 2e forme)

il aurait été malvenu, conditionnel passé 1re forme.

 

Ainsi donc attendis-je en l'observant

Inversion du sujet (sujet postposé) après ainsi.

> L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

 

Prétatou qui n'avait pas demandé son reste°

ne pas demander son reste, partir précipitamment sans rien dire, de peur d'être victime de violence.

 

Il s'était fait fort de ne point émettre le moindre son

il s'était engagé à ne faire aucun bruit.

Elle s'était fait fort... Le participe passé est invariable dans la locution se faire fort.

 

pour avoir l'heur de jouir de ta présence

l'heur, ce qui arrive d'heureux, ce qui fait plaisir, une chance heureuse.

> Ne pas confondre les homophones : leur, leurs, l'heure, leurre et l'heur

 

J'ai suivi les suaves effluves du parfum naturel que tu as laissés derrière toi, dès lors que mes narines les ont perçus et s'en sont enivrées

un effluve substantif masculin

Laissés, participe passé conjugué avec avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct QUE placé avant lui (que mis pour l'antécédent effluves)

dès lors que, locution conjonctive généralement de cause, ici de temps (emploi plus rare)

> Dès lors que

perçus, participe passé conjugué avec avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct LES placé avant lui

mes narines s'en sont enivrées, elles se sont enivrées des effluves

s'enivrer, verbe pronominal réfléchi

Dans la phrase, SE, le pronom réfléchi représente elles, il est complément d'objet direct de enivrer.

Enivrées, participe passé qui s'accorde avec le complément d'objet direct SE placé avant lui.

Remarque de Littré : Enivrer (an-ni-vré, an prononcé comme dans antérieur ; quelques-uns disent é-ni-vré ; mais cette prononciation est contre l'usage et fautive)

> Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ? + QUIZ 32 - Accord du participe passé des verbes pronominaux

 

Ces paroles douces, doucereuses peut-être me laissèrent interloquée

doux, doucereux, douceâtre

doucereux, d'une douceur fade (goût) – d'une douceur hypocrite.

Douceâtre, d'une douceur fade.

interloquée, adjectif attribut de me, c'est-à dire Oli.

Je crus cette grosse bête près de me faire une déclaration d'amour.

près de, sur le point de.

 

Ses petites oreilles tremblaient et papillotaient sous les rais de lumière

papilloter, ici scintiller, trembloter dans la lumière.

 

je te sais gré de ne pas fuir ma présence.

Je te sais gré, je te saurai gré... Savoir gré

 

Je m'apprêtai à briser là un entretien dont la tournure ne me seyait guère.

Seyait, verbe seoir, convenir, bien aller. Ce costume lui sied.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

Une chaude amitié eût suffi.

Aurait suffi, conditionnel passé.

 

si tant est que votre Majesté ne s'offusque pas de la liberté que je prends

si tant est que, locution conjonctive de condition avec une nuance d'incertitude – suivie du subjonctif ou de l'indicatif

> Si tant est que

 

puissé-je t'être utile à quelque chose !

Puissé-je, puissè-je – phrase optative, elle exprime un souhait.

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je..

 

Il semblerait qu'elle ait quitté les lieux

On emploie le subjonctif après il semble que.

Ai quitté, subjonctif passé.

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

et je n'ai d'elle ni vent ni nouvelle°

N'avoir ni vent ni nouvelle(s), n'avoir ni vent ni voie (de quelqu'un ou de quelque chose). N'avoir pas entendu parler de...

 

le sanglier et sa femelle sont doués d'une ubiquité peu commune et ne se lassent pas d'établir leur bauge ici ou là

a-ubiquité, don de pouvoir être à plusieurs endroit à la fois.

b-Ici, ubiquité signifie que le sanglier peut vivre en des lieux très différents.

 

retrouver ma laie amie

amie, substantif employé ici avec une valeur d'adjectif

 

Mais j'ai ouï dire qu'elle n'était pas loin d'ici.

J'ai entendu dire

Verbe ouïr, défectif

On retrouve ce verbe à l'impératif : Oyez !

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !*

 

Se pourrait-il donc que je ne reconnaisse plus Si, Sou ni Souci, si je les rencontrais ?

Si, Sou ni Souci étaient des marcassins, progéniture de Sissi, l'amie d'Oli.

Le petit du sanglier est le marcassin. Son pelage a des rayures claires et sombres, qui lui permettent de se camoufler dans les bois. La laie a généralement un ou quatre petits jusqu'à douze parfois.

À six mois, le marcassin perd ses rayures, il prend le nom de bête rousse. Adulte à un an, on l'appelle bête de compagnie : il reste avec les autres sangliers. On peut trouver dans une compagnie des tiers-an, des mâles de trois ans, et des quartaniers de quatre ans.

 

Et il s'en fut.

Il s'en alla

 

je vis mon Prétatou sortir du fourré où nul n'eût soupçonné sa présence.

n'aurait soupçonné – conditionnel passé

 

Je pris pitié de lui et ne le semonçai point.

Semoncer, verbe rare, réprimander.

Semonce, réprimande, remontrance, reproche.

 

À quoi cela eût-il servi, je vous le demande, d'autant que messire Ours n'eût pu faire de lui qu'une bouchée, et petite de surcroît.

À quoi cela aurait-il servi, je vous le demande, d'autant que messire Ours n'aurait pu faire de lui qu'une bouchée, et petite en plus.

> d'autant que

et petite en plus, ellipse : et une petite bouchée en plus.

 

mon chien depuis peu s'oursifiait.

S'oursifier, verbe pronominal, (emploi littéraire), prendre un caractère d'ours, s'assombrir, devenir difficile à vivre.

 

Reverrai-je jamais ma chère Sissi ?

Emploi de jamais sans la négation

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

<< 169 Délires où la recherche de Sissi n'est point une mince affaire

>> 171 Délires manifestés lors de touchantes retrouvailles

 

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 12:35

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Je voulus prendre quelque collation avant de partir à la quête de mon amie, histoire de me donner des forces. Mais les rares breuvages que je trouvai chez Marie Cratère me parurent pires que l'émétique, si forte était leur saveur vireuse. Je me désaltérerais en chemin à l'eau claire d'un ru que je connaissais.

Combien de lieues me faudrait-il marcher pour retrouver ma chère Sissi ? Nul n'aurait su le dire.

Prétatou serait de la partie et me seconderait dans mes recherches improbables. Son flair lui permettrait peut-être de humer une trace vaporeuse. Je n'aurais alors qu'à lui emboîter le pas. Mais je craignais qu'il refusât tout net de m'aider dans cette entreprise car j'avais cru deviner quelque jalousie lorsque je lui avais parlé avec enthousiasme de l'amitié qui me liait à ma laie.

« Drôle d'amitié, » avait-il susurré entre ses crocs. « est-il donc raisonnable de nourrir un quelconque sentiment pour la gent marcassine, tout juste bonne à fouir autour des troncs jusqu'à déraciner les chênes ? Encore que, » ajouta-t-il en se reprenant, « je dévorerais bien volontiers quelque jambon de laie et ne ferais qu'une bouchée de ses petits, tels que tu me les as décrits ; gras et croquants à souhait ! »

Et il se pourlécha.

« Ingrat, » murmurai-je à mon tour. « je t'aurais sauvé d'une vie errante, sans maîtresse à aimer, et voilà ton merci ! Crois-tu que je t'appartienne tout entière et que je ne puisse avoir d'affection pour nul autre que toi ? »

S'il eût vitupéré encore contre le choix des amis que je me faisais, il se serait vu remettre à sa place, la place qu'il n'aurait jamais dû quitter. Il en est des chiens comme des enfants : quand on leur montre trop d'indulgence, le laxisme n'est pas loin ; et ils se croient vite tout permis. Non que je voulusse lui retirer l'attachement que je lui portais —- entendons-nous bien — mais il était temps de clarifier les choses en rappelant la hiérarchie qui nous liait.

Après quelques grognements de désapprobation — il n'aurait jamais eu l'audace d'aboyer pour protester — je lui donnai une tendre caresse qui vint illico à clore notre brouillerie passagère.

Nous nous mîmes en route en direction de la bauge de Baucent, le compère de Sissi, qui m'avait maintes fois dévisager de son œil torve ; peut-être aurait-il des nouvelles de sa vieille compagne, bien que je doutasse fort qu'ils fussent encore ensemble ; mais j'étais bien décidée à ne pas me vexer des manières blessantes dont il me traiterait, n'ayant qu'un seul but, celui que je m'étais fixé.

Je ne trouvai aucun sentier praticable ; ma lente progression à travers les fougères géantes et les broussailles épineuses m'arrachait parfois des gémissements ; mes jambes et mes bras se zébraient de longues estafilades où perlaient des gouttes de sang ; ma robe fut bientôt en lambeaux . Eh ! Que m'importe ! pensai-je ; et cependant, pour rien au monde je n'aurais rebroussé chemin — tu connais, cher lecteur, l'entêtement dont je suis capable pour arriver à mes fins, quelles qu'elles soient.

Prétatou n'osait piper de peur d'être semoncé et de raviver une querelle qui n'avait pas fait long feu°. Bien qu'il n'y eût pas le moindre souffle de brise pour lui apporter les effluves âcres et fauves d'une laie vagabonde, il étirait le cou et semblait renifler consciencieusement les senteurs du sous-bois. Mais rien ne trahissait la présence proche ou lointaine de Sissi. Je m'aventurai à crier son nom qui ne revint pas en écho, si épaisse était la végétation alentour. Prétatou aurait bien voulu, lui aussi, donner de la voix ; je l'intimai de n'en rien faire de peur d'effrayer les oiseaux et d'autres bêtes craintives. Il grommela quelque chose sur ma délicatesse.

Après une couple d'heures, nous arrivâmes, fourbus, dans une clairière où perçait la lumière en longs rayons tremblotants. C'est à ce moment même que retentit le grognement assourdissant de l'hôte royal de ces bois, celui que nous avions rencontré naguère — t'en souvient-il lecteur attentif ? — j'ai nommé messire Ours, lequel nous avait fait si forte impression*. 

........................................

*messire Ours dont nous avons fait la connaissance dans : > 150 Délires ursins

 

NOTES

je voulus prendre quelque collation

une collation

 

avant de partir à la quête de mon amie

à la quête de quelqu'un ou de quelque chose (emploi rare)

(partir, aller, être, se mettre) en quête de quelqu'un ou de quelque chose

 

Le récit est au passé simple : je voulus (verbe du 3e groupe), je trouvai (1er groupe, tu trouvas...)

Il s'ensuit qu'on a un futur du passé et pas un futur dans : je me désaltérerais à l'eau claire d'un ru

désaltérerais : conditionnel présent à valeur de futur du passé.

> Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur du passé, e futur antérieur du passé - Le futur hypothétique, le futur antérieur hypothétique - Exercice d'application

 

histoire de me donner des forces

histoire de, locution prépositive introduisant un complément de but

> afin de

Variante : histoire que je me donne des forces

histoire que, locution conjonctive suivie du subjonctif > afin que

 

les breuvages ... me parurent pires que l'émétique, si forte était leur saveur vireuse.

émétique, substance vomitive.

vireux, euse

Cf. Littré : Qui est doué de qualités malfaisantes, en parlant de substances végétales. Un mémoire sur la manière de séparer de l'opium sa partie vireuse. [Condorcet, Bucquet.]

Odeur vireuse, odeur qui ressemble à celle de l'opium, de la chicorée ou de la laitue vireuse. Son odeur puante et vireuse [de la ciguë] ne vous la laissera pas confondre avec le persil ni avec le cerfeuil, qui tous deux ont des odeurs agréables. [Rousseau, Lett. élém. sur la botan.]

 

L'eau claire d'un ru

un ru (vieilli ou régional) un ruisselet, un petit ruisseau

 

Mais je craignais qu'il refusât tout net de m'aider

refusât : subjonctif imparfait

emploi du subjonctif après un verbe exprimant la crainte.

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

« Drôle d'amitié, » avait-il susurré entre ses crocs

susurrer, murmurer, chuchoter – le S n'est pas doublé entre les 2 U

> Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

la gent marcassine, le peuple des sangliers, laies et marcassins.

> La gent, les gens, gentil, gentillesse, Gente Dame, un gentilhomme,, un gentleman, l'entregent, un Gentil, la gentilité

 

la laie, la femelle du sanglier.

« Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment

Cette maudite laie et creuser une mine ?

C'est pour déraciner le chêne assurément. »

[La Fontaine, Fables, L' Aigle la Laie et la Chatte]

 

ses petits, tels que tu me les as décrits 

décrits, participe passé, s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui LES qui remplace SES PETITS

> Règles de l'accord des participes passés

 

Et il se pourlécha OU il se pourlécha les babines

 

Crois-tu que je t'appartienne tout entière

tout, ici, est adverbe > Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

 

S'il eût vitupéré encore contre le choix des amis que je me faisais, il se serait vu remettre à sa place

s'il eût vitupéré : subjonctif plus-que-parfait dans la proposition conditionnelle introduite par SI (langue soignée) > s'il avait vitupéré, indicatif plus-que-parfait

Vitupérer contre quelqu'un ou quelque chose (emploi vieilli ou littéraire) pester contre

 Cf. Littré : vt La syllabe pé prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : je vitupère, excepté au futur et au conditionnel : je vitupérerai, je vitupérerais) Terme vieilli Blâmer. Vitupérer n'est plus un mot de la langue. Acad. observ. sur Vaugel. p. 407, dans POUGENS]

 

la place qu'il n'aurait jamais dû quitter

dû est ici le participe passé de devoir. Il varie en genre et en nombre : dû, due, dus, dues

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Non que je voulusse lui retirer l'attachement que je lui portais... mais...

Non que, pas que, ce n'est pas que, locutions conjonctives suivies du subjonctif > Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

 

clore, verbe défectif

> Que dit-on ? clore ou clôturer

CLORE Cf. Littré : Usité seulement dans les formes suivantes : je clos, tu clos, il clôt ; je clorai ; je clorais ; clos ; que je close ; clos, close. REMARQUE

Des grammairiens se sont plaints qu'on laissât sans raison tomber en désuétude plusieurs formes du verbe clore. Pourquoi en effet ne dirait-on pas : nous closons, vous closez ; l'imparfait, je closais ; le prétérit défini, je closis, et l'imparfait du subjonctif, je closisse ? Ces formes n'ont rien de rude ni d'étrange, et il serait bon que l'usage ne les abandonnât pas.

 

Il n'osait piper de peur d'être semoncé

il ne pipait mot (il ne parlait pas) de peur d'être réprimandé, grondé.

Familier - Ne pas piper, ne rien dire, ne pas riposter.

une semonce, une réprimande.

 

de peur de raviver une querelle qui n'avait pas fait long feu

Ne pas faire long feu. Ne pas durer longtemps

Faire long feu°, ne pas aboutir, manquer son but

 

les effluves âcres et fauves d'une laie vagabonde

singulier : un effluve

âcre, qui irrite le goût et l'odorat

une odeur fauve, semblable à celle des fauves

 

Eh ! Que m'importe ! pensai-je

Je ne dois rougir en quelque lieu que ce soit d'être mis dans l'état que j'ai choisi : mon extérieur est simple et négligé mais non crasseux ni malpropre ; la barbe ne l'est point en elle-même puisque c'est la nature qui nous la donne, et que, selon les temps et les modes, elle est quelquefois un ornement. On me trouvera ridicule, impertinent. Eh ! Que m'importe ! Je dois savoir endurer le ridicule et le blâme, pourvu qu'ils ne soient pas mérités. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions

 

> Qu'importe (OU qu'importent) mes démons, si tu as ma tendresse !

 

une couple d'heures, deux heures environ – une couple de boeufs, de chiens

> Ne pas confondre : un couple, une couple

 

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 10:55

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Sache, cher lecteur, toi qui as l'âme sensible et me plains assurément, que j'aurais bien aimé verser des pleurs sur mes amitiés perdues. N'avais-je pas vécu quelques moments trop tôt évanouis où j'avais joui de chaleureuses amitiés ? Ils me revenaient aujourd'hui en pensée. Ma vie n'avait commencé que depuis un an à peine — et quelle année ! — puisque j'avais perdu les traces de ma vie passée.

Alcmène, Lio, Sissi...

Que sont mes amies devenues

que j'avais de si près tenues et tant aimées...

L'amour est morte !*

 

Serait bien venu s'ajouter à ma liste le nom d'Afcofribas ; mais ah, le traître ! comment l'aurais-je pu souffrir, alors que j'éprouvais encore quelque rancoeur au seul ressouvenir de son nom ?

Il me fallait me refuser à me chanter quelque complainte quelle qu'elle fût.

Sur ce, je me ressaisis, et c'est vaillamment que je me dis à part moi : « Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un coeur empli de courage. »**

 

À l'évocation de ma chère Sissi, à qui j'avais promis fidélité, je me levai brusquement et me mis en route sur le champ pour la retrouver. Je n'avais que trop tardé.

Pourquoi donc ne l'avais-je pas encore vue depuis mon arrivée ? Je savais qu'elle hantait ces lieux, que son territoire était ici même. Elle aurait dû sentir ma présence, me voir, sinon me humer. M'avait-elle attendue trop longtemps, s'était-elle convaincue que je l'avais oubliée, et avait-elle, de guerre lasse°, quitté la place ? Je ne pouvais y croire. Je la savais bonne mère ; au grand jamais elle n'aurait pu abandonner ses chers petits : ni Sou, ni Ci, ni Souci.

Je n'aurais de cesse de la chercher que je ne l'eusse retrouvée.

Serait-elle, de par ma faute oh, j'en tremble ! morte de chagrin ?

..............................................

**« Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un coeur empli de courage. » Cicéron (-106 av.J.C..-43 av.J.C.)

 

NOTES

Titre : Délires autour de mes amitiés tôt envolées

Cf. Littré - TÔT, adverbe de temps

Voltaire d'abord et des grammairiens après lui ont dit que tôt au positif n'était plus que du bas style, et qu'il ne s'employait guère que dans la locution : tôt ou tard. Mais ce mot est si commode, si bien autorisé par l'exemple de bons écrivains, qu'il doit être employé sans scrupule dans le style le plus élevé.

Quelques acceptions de tôt, entre autres :

Dans peu de temps, promptement.

Au plus tôt, au plus vite.

Ami, vous m'avez tôt quitté. Molière, Le Menteur

 

j'aurais bien aimé verser des pleurs

> Ne pas confondre une larme, un pleur...

 

comment l'aurais-je pu souffrir

le pronom personnel LE (élidé en L') remplace la phrase précédente : comment aurais-je pu souffrir de l'ajouter à ma liste

 

J'éprouvais encore quelque rancoeur au seul ressouvenir de son nom

Ressouvenir, terme vieilli ou littéraire.

Cf. L'Académie 8e édition - Ressouvenir, Sentiment d'une douleur qui se renouvelle. Il y a des maux dont on n'est jamais si bien guéri qu'il n'en reste quelque ressouvenir.

 

Elle aurait dû... me humer

Cf. l'Académie - Humer, faire pénétrer doucement un liquide dans la bouche en l'aspirant. Humer un bouillon. Humer l'air, humer le brouillard, etc., S'exposer à l'air, au vent, au brouillard, etc., de telle sorte qu'il entre, qu'il pénètre dans les poumons. Il signifie aussi, par extension, Aspirer par le nez. Humer l'encens. Humer l'odeur des mets, Les flairer avec complaisance.

 

Avait-elle, de guerre lasse, quitté la place ?

de guerre lasse°, abandonnant tout combat, toute résistance, parce qu'elle était trop fatiguée d'attendre.

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française


au grand jamais elle n'aurait pu abandonner ses petits

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

Je n'aurais de cesse de la chercher que je ne l'eusse retrouvée

Le NE (dans : je ne l'eusse retrouvée) n’est pas explétif et ne peut être supprimé.

NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne..

 

Serait-elle, de par ma faute oh, j'en tremble ! morte de chagrin ?

Le rythme heurté de la phrase veut traduire l'émotion d'Oli, la narratrice, notre héroïne.

> Serait-elle morte de chagrin par ma faute ?

 

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