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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 09:08

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Dieu sait qu'il n'était point coutume que Prétatou prît la place d'Oli la narratrice, et cependant c'est ce qu'il fit pour un court instant, au grand dam de sa maîtresse, à laquelle il n'eût jamais osé demander l'autorisation. Mal lui en prit.

 

Quand bien le soleil à l'aplomb forçait ses rayons à traverser les frondaisons touffues jusqu'à tout juste nous parvenir, lumières ténues et tremblotantes qui rendaient plus fantasmagorique encore l'endroit où nous étions, nous pûmes distinguer, se dressant brusquement devant nous, la masure de Marie Cratère.

« C'est là, susurra Oli. »

Je sentis, dans le frémissement de sa voix, une émotion difficile à contenir.

L'architecture étrange de cette demeure qui semblait menacer de s'effondrer au moindre souffle ne laissait pas de m'étonner. Oli, certes, m'avait raconté que les salles qui s'y trouvaient se multipliaient ou disparaissaient au gré de la volonté de la propriétaire.1

Tout chien que je fusse, indulgent quant aux assertions parfois invraisemblables de ma douce maîtresse, je me mis à douter à cet instant de sa capacité à voir la réalité des choses – mais, tu le sais bien, ô incrédule lecteur, pour avoir lu Platon2 et Descartes3 et pour ne citer qu'eux  que la réalité en soi est loin de ressembler à la réalité telle que nos sens sont capables de l'appréhender.

Trêve de digressions philosophiques qui brisent ici le suspense du moment.

 

« Cesse d'usurper ma place, se fâcha Oli. N'est-ce pas moi la narratrice ? Qu'as-tu à vouloir ainsi t'adresser à des lecteurs que tu ne connais ni d'Ève ni d'Adam° ? Je les connais bien moi qui les fréquente depuis longtemps. Retire-toi et sois assez content que je me soucie de toi et que je te laisse jouer l'un des premiers rôles dans cette aventure. Ainsi donc, vais-je continuer de raconter notre histoire, en te demandant de rester coi. »

 

Bref, nous étions arrivés à l'aboutissement de notre périple, non sans mal. Et soudain, avant que nous fussions tout à fait préparés à affronter Alecto4 plus cruelle et plus inflexible peut-être que Mégère ou Tisiphone — Marie apparut, plus vieille et décatie que jamais, les rides ravinant ses traits, les cheveux en bataille, les oripeaux crasseux. Elle me regarda et je lus dans ses yeux, doublée d'un étonnement dont on ne s'étonnera pas, une joie immense, profonde, presque grave.

Elle ne dit rien sur l'instant, trop paralysée qu'elle était par la soudaineté de cette circonstance imprévue, et que, peut-être, elle n'osait plus espérer.

Un ravissement subit coupe la respiration, annihile la parole, voire foudroie l'entendement, et vous réduit à croire que vous êtes la victime d'une hallucination. Quelque forte, indestructible même que fût Marie Cratère — ce qu'elle m'avait laissé croire — elle sembla se pétrifier comme si elle eût rencontré le regard de Méduse5.

« C'est bien moi, Oli, lui dis-je, pour la libérer de son enchantement, C'est bien moi. Je t'avais promis de revenir. Je suis revenue. »

.........................................................

*Titre, cf. Sartre, « Chaque homme doit inventer son chemin. » Les Mouches

 

1- les salles qui s'y trouvaient se multipliaient ou disparaissaient au gré de la volonté de la propriétaire. 

Voir ce phénomène extraordinaire dans : 29 Délires sur la plasticité et l'élasticité architecturale d'une habitation pour le moins étrange et suivants.

 

2-Platon (vers 427 avant J.C. - vers 346 avant J.C.)  

Voir l'allégorie de La Caverne de Platon dans les notes du texte : 136 Délires sur le décryptage du monde

 

3-René Descartes (1596-1650), dans sa Deuxième Méditation Métaphysique se pose la question de savoir pourquoi nos sens peuvent nous tromper : Nos sens ne nous trompent pas mais ce sont les jugements que nous portons sur les choses qui nous trompent. 

 

4-Les Érinyes ou Érinnyes (mythologie grecque) sont nées des gouttes de sang versées sur la terre lorsque Cronos mutila son père Ouranos.. Elles sont les déesses de la vengeance, poursuivant les criminels sans relâche jusqu'aux Enfers s'il le faut. Elles sont craintes et fuies des hommes. Parmi elles, on connaît surtout : Alecto (la vengeance), Mégère (la haine) et Tisiphone (l'implacable).

Ce sont elles qui poursuivirent Oreste après qu'il eut assassiné sa mère Clytemnestre (qui elle-même avait tué son père Agamemnon).

Voir :

Eschyle, Les Euménides

Euripide, Oreste.

Homère, L'Iliade

Jean-Paul Sartre, Les Mouches

Etc.

 

5-Méduse

Mythologie grecque – Méduse, l'une des trois Gorgones. Ses sœurs sont Euryale et Sthéno.

Méduse change en pierre (pétrifie) ceux qui osent croiser son regard.

 

NOTES

Quand bien le soleil... forçait ses rayons... nous pûmes distinguer...

Quand bien, quand bien même, etc, locution conjonctive de temps et de concession, suivie de l'indicatif ou du conditionnel (futur hypothétique)

> Quand - quand bien même - quand bien – même quand

 

C'est là, susurra Oli.

susurrer, ce mot est d'origine onomatopéique (s s), comme chuchoter (ch ch). Ces mots imitent le son du bruit qu'ils évoquent.

> Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles 

 

L'architecture étrange de cette demeure qui semblait menacer de s'effondrer au moindre souffle ne laissait pas de m'étonner.

Ne pas laisser de, ne pas cesser de.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif 

 

au gré des volontés de la propriétaire

Volontés au pluriel a, dans ce contexte une nuance péjorative.

Cf. L'Académie, 8e édition : VOLONTÉS, au pluriel, se dit en mauvaise part dans le sens de Fantaisies, caprices.

 

Tout chien que je fusse, je me mis à douter

> Tout... que, locution conjonctive de concession suivie du subjonctif ou de l'indicatif.

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

indulgent quant aux assertions parfois invraisemblables de ma douce maîtresse

assertion : Proposition qu'on avance et qu'on soutient comme vraie. (Académie, 8e édition)

invraisemblable : Une seule s. Voir susurrrer ci-dessus.

Une s ou un s > Le nom et le genre des lettres - l'h, le h, un h, une h, un ache - l's, le s, une esse - etc.

 

Ne connaître (une personne) ni d'Ève ni d'Adam°

Ne pas du tout la connaître, ne jamais avoir entendu parler de cette personne.

 

en te demandant de rester coi

coi, féminin coite. Tranquille, silencieux.


Bref, nous étions arrivés à l'aboutissement de notre périple

bref, enfin, pour faire court, voilà, enfin bref (familier).

 

avant que nous fussions tout à fait préparés à affronter Alecto

> Avant que


doublée d'un étonnement dont on ne s'étonnera pas, une joie immense

LE POLYPTOTE est une figure de style qui consiste à employer un même mot deux fois dans une même phrase, sous des formes grammaticales différentes. Ici : étonnement, étonnera.

 

Un ravissement subit coupe la respiration, annihile la parole, voire foudroie l'entendement

subit - ne pas confondre l'adjectif subit(e) > soudain(e) avec subi(e) le participe passé de subir.

annihiler, anéantir

voire, ou voire même : 

> Second ou deuxième ? Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

le présent de l'indicatif des verbes en yer : ayer, oyer, uyer, eyer.

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

Quelque forte, indestructible même que fût Marie Cratère

quelque + adjectif + que, locution conjonctive suivie du subjonctif (concession)

> Quelque... que

Ne pas confondre : quoique et quoi que – quelque, quelque... que, et quel que

 

elle sembla se pétrifier comme si elle eût rencontré le regard de Méduse.

Comme si elle eût rencontré, subjonctif plus-que parfait.

OU comme si elle avait rencontré, indicatif plus-que-parfait.

> Comme si

 

Elles [les Érinyes] sont craintes et fuies des hommes.

Cf. Littré : participe passé (fui, fuie) de fuir

Dont on s'éloigne. Fui, comme un réprouvé, par ceux qui l'entouraient.

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 14:03

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Prétatou, suivant scrupuleusement le dictamen de sa conscience, ne me demandait plus en geignant combien de temps il nous faudrait avancer ainsi avant d'atteindre notre but. Il trottinait à mes côtés, ou bien derrière moi quand la végétation était trop dense, me laissant la tâche ardue de tracer le chemin.

 

Soudain des bruits de voix confus parvinrent à nos oreilles à l'affût.

« Qu'est-ce donc là ? murmurai-je.

Des voix d'hommes et de femmes, susurra Prétatou, se rendant à l'évidence et peu convaincu qu'on pût rencontrer des gens dans ce lieu inhospitalier. »

Nous suspendîmes un instant notre souffle.

« Ne seraient-ce pas des hallucinations auditives ? Je doute fort cependant que nous en soyons tous les deux victimes au même instant, fis-je observer sans grande conviction, mais laissant une part infime à l'espoir que ces voix ne fussent point réelles.

Prenons garde qu'on ne nous voie. L'endroit est mal choisi pour nouer des relations quelles qu'elles soient, ajouta pertinemment Prétatou. Leur timbre ne me plaît guère »

On entendait en effet rognonner des voix chevrotantes et catarrhales.

« Cela ne me dit rien qui vaille », pensâmes-nous de concert.

Nos impressions vibraient à l'unisson, à tel point que l'accord de nos émotions et de nos pensées nous confortait dans le sentiment que nous avions une perception semblable du monde tel qu'il était, hormis le doute qui aurait pu s'insinuer quant à la fragilité de nos sens, toujours prompts à nous tromper ; sur quoi nous nous tapîmes en nous rétrécissant le plus possible dans un épais fourré. Notre sang qui coulait dans nos vaisseaux à fleur de peau se retira et nous en devînmes blêmes. Notre coeur battait dans nos tempes jusqu'à nous faire craindre qu'il ne s'entendît de loin. Nous frémîmes à cette pensée. Les illusions sont parfois si intenses qu'elles dépassent l'entendement.

« Gardons notre sang-froid. Soyons prêts à tout », m'encouragea mon acolyte.

Nous écoutions et observions. La bande s'approchait. Les bribes de phrases que nous saisissions semblaient conçues par des esprits étiolés. Rien n'avait de sens.

 

« ... une paillasse, je veux une paillasse...  »

« Rien ne vaut ma vie passée... »

« Ma vie passée ne vaut rien...1 »

« ... trop tard, trop tard maintenant... »

« Le passé dépend du présent... »

« La vieille ne lâchera rien... »

« ... le moment rétrograde du vrai... »

« L'histoire s'écrit au futur antérieur...2 »

« Vos langues dialectales ne traduisent ni démocratie ni liberté... »

« ...que ce microcosme... que ce microcosme trop étroit... »

« Selon la théorie du chaos... »

Il semblait que ces propos fussent lancés à la désespérade.

 

« Que sont donc ces gens ? » me dis-je, et aussi invraisemblable que cela pût paraître, j'ajoutai par devers moi : « Ce sont des vieillards et des vieillardes vêtus vieillardement. Est-il possible ? »

« À les renifler j'en suis tout ébaubi, constata Prétatou. »

 

Nous restâmes silencieux de longues minutes à les observer dans leur déambulation, tels des morts-vivants.

Un corbeau grailla qui rendit la scène plus lugubre encore.

 

« Vois, me dit mon chien dont la vue aiguisée ne manquait rien, n'est-ce pas là monsieur Pro, suant et claudiquant ?

Ainsi donc a-t-il rejoint la horde des réprouvés, gémis-je. »

 

Nous laissâmes la file des malheureux passer devant nous sans qu'ils se doutassent aucunement de notre présence, et brusquement ils disparurent dans leur antre, un abîme béant qui sembla abruptement se dérober sous leurs pas.

 

C'est alors que me revint en mémoire l'image fugace d'un pauvre hère3 que j'avais entraperçu lors de mon arrivée à Utopinambourg. N'avais-je pas alors perdu l'esprit, terrassée que je fus par la vive émotion dont j'avais été la proie ?

Il y avait donc sur cette terre utopinambourgeoise, ô révélation des plus incroyables, des êtres qui portaient les marques de la vieillesse, les monstrueux stigmates de la sénescence !

................................................

1-« Rien ne vaut ma vie passée... »

« Ma vie passée ne vaut rien... »

À rapprocher de la phrase d'André Malraux dans Les Conquérants : Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.

 

2-L'histoire s'écrit au futur antérieur.

Voir > Michel Serres. « Philosopher, c'est anticiper » • Entretiens, Histoire...

 

3-C'est alors que me revint en mémoire l'image fugace d'un pauvre hère...

Voir le premier épisode des Délires :

> 1 Délires engendrés par un traumatisme irréversible - Honni soit qui mal y pense

 

NOTES

Titre : Délires autour d'une rencontre fantomatique

fantomatique (pas d'accent), fantôme.

Voir : L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz 58

 

Prétatou, suivant le dictamen de sa conscience

Dictamen de conscience, dictamen intérieur, sentiment qu'a Prétatou que sa conscience (ou sa raison) lui dicte ce qu'il a à faire.

 

Des voix d'hommes et de femmes, susurra Prétatou

Le s de susurrer se prononce [s] bien qu'il soit entre deux voyelles.

Voir l'article : Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

peu convaincu qu'on pût rencontrer des gens

l'espoir que ces voix ne fussent point réelles

pût, fussent, subjonctif imparfait.

Voir l'article : La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

L'endroit est mal choisi pour nouer des relations quelles qu'elles soient.

quel que, locution conjonctive.

Quel que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode faut-il choisir ?

 

1-Prenons garde qu'on nous voie.

Phrases synonymes avec prendre garde

2-Prenons garde qu’on ne nous voie.

3-Prenons garde qu’on ne nous voie pas. (dans le sens de veillons...)

Ou :

4-Prenons garde à ce qu’on ne nous voie pas.

Les phrases 3 et 4 peuvent être considérées comme incorrectes.

 

ajouta pertinemment Prétatou

Pertinemment, d'une manière pertinente ; avec intelligence et bon sens.

Adverbe formé sur l'adjectif pertinent (+ment) donc 2M.

 

On entendait rognonner des voix

rognonner, bougonner, grogner, parler entre ses dents avec mécontentement.

 

des voix chevrotantes et catarrhales.

chevroter, parler d'une voix tremblotante.

La chèvre bêle, elle chevrote.

un catarrhe, catarrhal, catarrheux.

-Cf. Littré : Le catarrhe est l'inflammation et hypersécrétion des muqueuses, particulièrement des voies respiratoires. Catarrhe bronchique, chronique; souffrir d'un catarrhe

Catarrhal, ale, aux, relatif au catarrhe; qui est dû à un catarrhe.

En parlant d'une personne. Sujet aux catarrhes. Un vieillard catarrheux.

 

Cela ne me dit rien qui vaille, pensâmes-nous de concert.

de concert, locution adverbiale, ensemble.

de concert avec, locution prépositive, en accord avec.

Synonyme : de conserve (avec), ensemble, de concert.

 

Notre coeur battait dans nos tempes jusqu'à nous faire croire qu'il s'entendait de loin.

Notre coeur battait...

ou bien

Nos coeurs battaient...

Voir : Adjectifs possessifs - Cas particuliers

 

Les bribes de phrases...

Une bribe, un petit morceau.

Bribes de pain, de viande, de tabac...

 

des esprits étiolés

Cf Littré. Étiolé, qui a subi l'étiolement. Plante étiolée. Par extension. Enfant étiolé. Fig. Se dit aussi en parlant de l'intelligence. Un esprit étiolé.

S'étioler, péricliter par manque de contact avec la réalité.

 

Je veux une paillasse...

Entre autres acceptions, une paillasse peut être un matelas fait de paille. Ce peut être aussi une prostituée de bas étage (style populaire)

 

Il semblait que ces propos fussent lancés à la désespérade.

La désespérade. Ce mot n'est ni dans l'Académie ni dans le Trésor

Cf. Littré : Air de désespoir, acte de désespoir. 

Il semblait que... fussent lancés

Voir l'article : Il semble que, il me semble que, il paraît que – Faire que, faire en sorte que – Indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

 

j'ajoutai par devers moi

quant à moi, de mon côté.

 

À les renifler j'en suis tout ébaubi.

ébaubi, surpris, stupéfait.

 

Un corbeau grailla qui rendit la scène plus lugubre encore.

Le corbeau graille, croaille, croasse.

grailler se dit aussi d'une personne qui parle avec la voix rauque.

Voir le poème d'Edgar Poe :

EDGAR POE - The Raven - Le Corbeau

 

monsieur Pro, suant et claudiquant.

Claudiquer, boiter - Claudication.

Claudiquant, participe présent.

Claudicant(e), adjectif.

Voir l'article : Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, (en) fatiguant fatigant – (en) convainquant convaincant – (en) émergeant émergent – (en) résidant résident...

et aussi l'exercice d'application : QUIZ 51

 

sans qu'ils se doutassent aucunement de notre présence.

subjonctif après la locution conjonctive sans que.

aucunement, nullement, d'aucune manière. S'emploie avec ou sans NE.

 

la horde des réprouvés

les réprouvés : adjectif substantivé, les condamnés.

Une horde. Voir Le Trésor : HORDE

Ne pas confondre avec une HARDE

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 17:06

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La journée fut longue comme un jour sans pain°, le chemin semé d'embûches et de guets-apens. Chaque obstacle franchi nous renforçait ; jusqu'à Prétatou qui ne se plaignait plus.

La conversation vint à rouler sur Marie Cratère que nous rencontrerions bientôt.

« Je ne brûle point de l'envie de vous voir toutes les deux vous entr'affronter, soupira Prétatou.

Mais peut-être nous verras-tu nous entr'accoler ! rétorquai-je en riant pour faire baisser la tension du sentiment de peur qui l'étreignait.

Tu me l'a dépeinte en des termes si peu amènes qu'à les évoquer je ne puis que trembler. Et je n'ai nul désir de la rencontrer sitôt. Qui pis est, d'être à sa merci. Je n'aurais pas de cesse que tu ne t'éloignes de ce lieu maudit. »

Je me contentai de hausser les épaules. N'avait-il pas pris lui-même, tout clebs qu'il était, l'initiative de me suivre dans cette entreprise délicate ?

« Je sais, tu es prête à me rappeler que c'est moi qui ai pris l'initiative de te suivre dans cette entreprise hasardeuse et dommageable à coup sûr, mais Oli, comprends bien : jamais je n'aurais pu rester avec Lio que je n'apprécie guère et qui aurait négligé — j'en suis certain — de me donner ma pâtée et les caresses qui font de moi ce que je suis. Jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, je ne fraierais (frayerais) avec elle.

Ainsi donc, comme je le croyais, ne m'as-tu pas accompagnée pour la simple raison de venir à mon secours au cas où le besoin s'en serait fait sentir ! Je comprends maintenant pourquoi tu t'es montré si couard dans l'adversité ! Que diable ne t'es-tu pas muni d'un en-tout-cas pour te préserver des tourments que tu vas affronter ?

Continue de me railler ainsi avec d'élégantes et de légères épithètes qui me vont droit au coeur, et traite-moi, si bon te semble, de peureux, de lâche, de timoré, de poltron, de froussard, de pleutre, et j'en passe — oserais-tu "dégonflé" ou "foireux" ?

Tout au plus pusillanime, mon cher Prétatou. Comme tu prends la mouche° ! Pouvais-je imaginer que le coeur t'aurait manqué lorsque nous rencontrâmes inopinément Messire Ours**?

Comment as-tu pu garder ton sang-froid devant ce grand hallebreda ? Je me le demande encore.

 

 On entendit grillotter dans les buissons.

« Qui va là ? aboya Prétatou. Ne vois-je pas ici dessous des pieds fourchus qui avancent en notre direction ? »

Prétatou se tapit au ras du sol, flairant autant qu'il le pouvait l'odeur d'un animal. Mais était-ce bien un animal ?

« Qui que tu sois, montre-toi, poursuivit-il, montrant ainsi un courage dont il s'étonna lui-même. »

Comme nulle réponse ne venait nous éclairer et que le bruit ténu continuait, Prétatou frémissant, murmura : « Es-tu un sylvain ? Es-tu un faune qui hante ces bois ? »

Mais il n'en était rien, et je me mis à rire lorsque soudain une chèvre inoffensive surgit du fourré et s'enfuit comme l'éclair.

As-tu nom Amalthée ? lui criai-je.

 

Ma voix fut sans écho dans la forêt profonde

..........................................

*« La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers. »

Charles Baudelaire - Correspondances

 

**La rencontre avec Messire Ours : 150 Délires ursins

 

NOTES

La journée fut longue comme un jour sans pain

Voir l'article : Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52

 

le chemin semé d'embûches et de guets-apens

Un guet-apens, des guets-apens, pas de liaison intérieure mais un enchaînement comme dans des arcs-en-ciels, des fers à repasser, etc.

Voir l'article : La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

Je ne brûle point d'envie de vous voir toutes les deux

Je n'ai pas grande envie de...

Peut-on dire : J'ai très envie, très plaisir, très peur, très faim, très sommeil... Cela me fait très envie, très plaisir, très peur... ?

 

S'entr'accoler, s'entr'affronter se trouvent dans Le Littré (1863-1872) mais pas dans l'Académie ni dans le Trésor

Voir l'article sur l'agglutination : L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

je n'ai nulle envie de la rencontrer sitôt

Sitôt (vieilli quand il est employé seul) adverbe de temps, si tôt, si vite.

 

qui pis est d'être à sa merci

Qui pis est, ce qui est pis, ce qui est pire.

qui plus est, qui mieux est, qui pis est – expressions figées

être à la merci d'une personne, être dans une dépendance totale vis-à-vis d'elle.

 

Je n'aurais pas de cesse que tu ne t'éloignes de ce lieu maudit.

que tu ne t'éloignes : Ici le NE n'est pas explétif et il ne peut pas être supprimé.

Voir l'article : NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

Académie 8e édition : cesse, le fait de cesser.

Il s'emploie toujours sans article et seulement dans les expressions suivantes. Sans cesse. N'avoir point de cesse, Ne point cesser. Il n'aura point de cesse que vous ne lui ayez donné ce qu'il demande. Il n'a ni repos ni cesse.

 

n'a-t-il pas pris lui-même, tout clebs qu'il était, l'initiative

Clebs, cabot, populaire pour chien.

 

Ce qu'à Dieu ne plaise

à Dieu ne plaise, Dieu m'en garde, subjonctif optatif.

Voir le subjonctif optatif, §29 dans : Valeurs et emplois du subjonctif 

 

jamais je ne fraierai avec elle ou frayerai

frayer se conjugue comme balayer

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

Frayer avec quelqu'un - Cf. Académie 8e édition : Être en relation avec quelqu'un. C'est un homme avec lequel je ne fraye point, avec lequel je ne veux point frayer. Il signifie aussi Se convenir mutuellement. Ces deux hommes ne frayent pas ensemble.

 

Que diable ne t'es-tu pas muni d'un en-tout-cas

que dans le sens de pourquoi

Un en-tout-cas, ou un en-cas, XIXe siècle, vieilli.

Cf. Littré : espèce de parapluie qui est plus petit que la forme ordinaire des parapluies et un peu plus grand qu'une ombrelle, et qui sert à abriter de la pluie ou du soleil.

Au pluriel, des en-tout-cas.

 

Les adjectifs couard, peureux, lâche, timoré, poltron, froussard, dégonflé, pleutre, foireux, pusillanime appartiennent au même champ lexical mais pas au même registre de langue.

Dégonflé, foireux, populaire

pusillanime, qui a l'âme faible et timide, Littré.

Voir l'article : Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes 

 

Prendre la mouche, se fâcher, se piquer sans grande raison – Littré

 

Pouvais-je imaginer que le coeur te manquerait

que le courage te manquerait

 

comment as-tu pu garder ton sang-froid devant ce grand hallebreda ?

Hallebreda, mot baroque, se dit de quelqu'un un qui a une taille gigantesque. Dictionnaire du bas langage, d'Hautel.

 

ne vois-je pas ici-dessous des pieds fourchus ?

Pied fourchu, pied attribué dans la mythologie romaine aux divinités des forêts, les sylvains et aux faunes.

Le diable aussi a les pieds fourchus, dans l'iconographie chrétienne.

Littré. Fig. Il a le pied fourchu, se dit d'un homme méchant, dangereux, mécréant. J'ai reconnu le pied fourchu, j'ai deviné ses mauvaises intentions.

Les boeufs, les béliers, les chèvres, les gazelles, les bubales, les chevrotains, le lama, la vigogne, la girafe, l'élan, le renne, les cerfs, les daims, les chevreuils, etc. sont tous des pieds fourchus et composent en tout un nombre d'environ quarante espèces BUFFON Quadrup. t. VII, p. 27

 

As-tu nom Amalthée ? lui criai-je.

Dans la mythologie grecque, Amalthée serait la chèvre qui allaita Zeus enfant.

Avoir nom, avoir pour nom, s'appeler, porter un/le nom (de)

J'ai pour nom mamiehiou.

Je porte un nom qui me va bien.

Ma rue porte le nom d'un poète.

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:16

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Bien que le contact du corps de Prétatou me prodiguât quelque chaleur, l'air froid du petit matin se fit sentir et le chant de l'alouette finit par me réveiller tout à fait. Je caressai doucettement mon chien pour le ravir des bras de Morphée.

Il s'étira mollement. J'étais accoutumée à le voir bondir le matin à son réveil et je fus étonnée qu'il fût si long à se mettre sur ses pattes.

« Ah ! geignit-il, il est trop tôt pour poursuivre notre périple. J'ai bougrement envie de disposer de quelques heures encore. Et je m'en vais, de ce pas, resommeiller. »

Je le poussai hors de la couverture et l'intimai de m'obéir, mais sans le brusquer trop.

« N'as-tu pas entendu le chant de l'alouette ? lui dis-je, alors qu'il tentait de se réfugier à nouveau sur la couche rustique. Il est temps de reprendre la route.

Veux-tu donc partir ? me demanda-t-il naïvement. Le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille à l'affût. Crois-moi, Oli, c'était le rossignol.
—C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, Prétatou, ces lueurs naissantes qui dentellent le bord des frondaisons ! Les flambeaux de la nuit que l'on devinait sans les apercevoir à travers les feuillages sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied jusqu'au sommet des arbres. Nous devons partir. Il n'est plus temps de tergiverser.* »

Me voyant inflexible, il chercha d'autres arguments.

« Aïe, aïe ! Ne crains-tu pas d'aggraver mon gonarthrocace ? De quoi me sert ton amitié ?

Ah, voilà qui est nouveau ! m'exclamai-je. Qu'inventes-tu donc là ? Voudrais-tu m'en faire accroire ? T'ai-je jamais vu traîner la patte ? Allez, debout ! En route ! Nous grignoterons quelques biscuits sur le chemin et je sais quelques sources claires qui nous abreuveront. »

Prétatou, à son corps défendant, s'apprêta enfin à me suivre.

J'eus tôt fait de secouer énergiquement la couverture à laquelle s'étaient accrochés quelques aiguillons d'épineux et je la fourrai dans mon balluchon (baluchon).

 

Notre marche fut quelque temps silencieuse mais rien ne nous empêchait de réfléchir à notre situation — peu confortable, reconnaissons-le. Qu'adviendrait-il de nous ?

L'air vibrait de mille chants et nous reconnaissions leurs auteurs joyeux qui gringottaient, gazouillaient, sifflaient, babillaient ou zinzinulaient. Le balancement rythmé de la queue de mon chien me signifia qu'il en avait pris son parti.

 

« Oli, me dit-il, je m'interroge. Aurais-tu l'art de mnémomiser ? Je ne t'ai point vue un seul instant hésiter sur la direction à prendre. Comment fais-tu pour reconnaître ton chemin dans cette forêt inextricable, dis-moi. Ta mémoire, ma chère maîtresse serait-elle donc eidétique ?

Que nenni, hélas ! Tout un pan de ma vie a fui comme vapeur. Mais cette forêt m'est familière et ses bruits et ses senteurs me servent de jalons. Vois ce ru qui serpente et nous offre son eau généreuse. Je sais qu'elle s'est parfumée de serpolet au fil de sa course joyeuse pour nous être agréable. Arrêtons-nous là pour la boire, puis nous goûterons aux dernières airelles bleues de la saison. Vois comme ces fruits indéhiscents gardent jalousement leurs graines jusqu'au printemps prochain.

À moins qu'un promeneur égaré ne vienne les croquer, ajouta fort justement Prétatou. Quand je songe, reprit-il que nous sommes ici pour rendre visite à une vieille houhou capable du pire, j'en tremble par avance.

Plût à Dieu qu'elle n'ait pas une oreille assez fine pour t'entendre, pensai-je à part moi.

Ton âme est forte et imployable, poursuivit Prétatou, Je m'étonne toujours de ton don quichottisme (don-quichottisme).

 —Et moi je ne m'étonne plus que tu t'en étonnes. Tu me l'as fait maintes fois savoir. À quoi bon m'en rebattre les oreilles. Veux-tu ainsi m'abalourdir, à ressasser toujours ?

 —Je crains que tes chimères ne soient près de nous faire courir un grand danger.

Certes, nous nous mouvons dans la plus pénétrante obscurité de l'avenir, mais le courage n'est-il pas la lumière de l'adversité** ? »

...............................................................................

*« N'as-tu pas entendu le chant de l'alouette ?... Il n'est plus temps de tergiverser. »

Pastiche de l'oeuvre de Shakespeare, Roméo et Juliette, publié en 1597.

Acte III, scène 5

Roméo et Juliette viennent de passer leur nuit de noces et Roméo doit partir sinon il risque la mort.

JULIET

Wilt thou be gone? it is not yet near day:
It was the nightingale, and not the lark,
That pierced the fearful hollow of thine ear ;
Nightly she sings on yon pomegranate-tree :
Believe me, love, it was the nightingale.

ROMEO

It was the lark, the herald of the morn,
No nightingale: look, love, what envious streaks
Do lace the severing clouds in yonder east :
Night's candles are burnt out, and jocund day
Stands tiptoe on the misty mountain tops.
I must be gone and live, or stay and die.

Traduction

JULIETTE

Veux-tu donc partir ? le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille craintive. Toutes les nuits il chante sur le grenadier là-bas. Crois-moi, amour c'était le rossignol.
ROMÉO

C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, amour ces lueurs jalouses qui dentellent le bord des nuages à l'orient ! Les flambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne. Je dois partir et vivre, ou rester et mourir.
JULIETTE

Cette clarté là-bas n'est pas la clarté du jour je le sais bien, moi ; c'est quelque météore que le soleil exhale pour te servir de torche cette nuit et éclairer ta marche vers Mantoue. Reste donc, tu n'as pas besoin de partir encore.

 

**« Le courage est la lumière de l'adversité. »

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues,1715-1747.

 

NOTES

Bien que le contact du corps de Prétatou me prodiguât quelque chaleur

prodiguât, subjonctif imparfait de prodiguer (donner généreusement, sans compter)

subjonctif après la locution conjonctive > Bien que

imparfait parce que le récit est au passé

 

Je caressai doucettement mon chien pour le ravir des bras de Morphée

doucettement, très doucement.

ravir, enlever de force

Morphée, dieu du sommeil, fils d'Hypnos, lui-même frère de Thanatos

 

Ah ! geignit-il

passé simple du verbe geindre – gémir, se plaindre, se lamenter.

 

J'ai bougrement envie de disposer de quelques heures encore

bougrement, langage familier - extrêmement, diablement.

> Peut-on dire : J'ai très envie, très plaisir, très peur, très faim, très sommeil... – Cela me fait très envie, très plaisir, très peur... ?


Je m'en vais, de ce pas, resommeiller

Resommeiller, sommeiller de nouveau.

Le s n'est pas doublé.

 

ne crains-tu pas d'aggraver mon gonarthrocace

La gonarthrocace : Terme de médecine. Inflammation ou, plutôt, maladie des surfaces articulaires du genou. Littré

OU gonarthrose

 

De quoi me sert ton amitié ?

Servir, être utile.

Servir de est rare. On dirait aujourd'hui plutôt : À quoi me sert ton amitié ?

Cela ne sert de rien, cela ne sert à rien.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

Voudrais-tu m'en faire accroire ?

En faire accroire à quelqu’un : essayer de tromper quelqu’un par des mensonges.

Dictionnaire de Furetière : accroire. Faire croire à quelqu'un une chose fausse. La pluspart du peuple est si sot, qu'on lui fait accroire tout ce qu'on veut.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

T'ai-je jamais vu traîner la patte ?

Jamais, adverbe de temps employé sans négation

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

leurs auteurs joyeux qui gringottaient, gazouillaient, sifflaient, babillaient ou zinzinulaient.

Le rossignol chante, gringotte, quiritte et trille, la corneille babille, corbine, graille, criaille et craille, la fauvette zinzinule.

> 15 Délires pour un bestiaire. QUIZ 3 - Ces animaux qui nous parlent - Animals are such agreeable friends

 

nous goûterons aux dernières airelles bleues...

goûter à quelque chose, manger une certaine quantité de quelque chose.

 

à moins qu'un promeneur égaré ne vienne les croquer...

> NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

 

Vois comme ces fruits indéhiscents gardent jalousement leurs graines...

indéhiscent, se dit d'un fruit qui ne libère pas ses graines.

 

j'en tremble par avance

à l'avance, d'avance, locutions adverbiales, avant le moment prévu.

 

une vieille houhou capable du pire

Littré, houhou : Terme burlesque. Vieille houhou, personne décrépite et grondeuse.

Vieille houhou, vieille haha, SCARRON,Poésies, cité dans RICHELET.

Elles sont plus noires que des taupes, plus laides que des guenons, plus sottes que des houhous, CHAPELAIN, Trad. de Guzm. d'Alfar. cité dans SCHELER.

Voudrais-tu que je prisse une vieille houhou ? Partisan dupé, dans LE ROUX.

Dict. comique. XVIe s. Houhou [vieille sorcière], Dict. Oudin 

 

Plût à Dieu qu'elle n'ait pas une oreille assez fine pour t'entendre, pensai-je à part moi.

Plût à Dieu/plaise à Dieu, voir le subjonctif optatif, §29 dans > Valeurs et emplois du subjonctif

Littré, À part moi, à part soi, locution adverbiale.

Seul. Quand je suis à part moi, souvent je m'étudie. [Régnier,Satires]

En moi-même, en soi-même, tacitement. Je disais à part moi : las ! mon Dieu ! qu'est ceci ?[Régnier,Dial.]

 

Ton âme est forte et imployable.

Imployable, inflexible, qui ne se laisse pas fléchir.

Sens propre, qui ne peut se ployer.

Je croyais cette barre de fer imployable, mais le magicien en est venu à bout. 

 

Aurais-tu l'art de mnémomiser ?
Mnémomiser (néologisme) rendre mnémonique, facile à retrouver par la mémoire.

Entrée : Néologisme dans le Littré [extrait] Par abus, synonyme de néologie. Il y a un néologisme nécessaire qui provient des nouvelles créations dans les idées et dans les choses.

 

Ta mémoire, ma chère maîtresse serait-elle donc eidétique ?

La mémoire eidétique ou mémoire absolue ou hypermnesia est une faculté exceptionnelle, celle de pouvoir se souvenir des objets, des images et des sons dans les moindres détails.

 

Je m'étonne toujours de ton donquichottisme.

Littré, Don Quichottisme : Folie du Don Quichotte, habitude ou manie de soutenir, à tort et à travers, quelquefois même par les armes, la justice, la vertu, les bonnes moeurs, etc. C'est du don-quichottisme tout pur. S'adresser à l'amant [pour sauver la vertu de la femme] avait un caractère de don-quichottisme par trop ridicule, CH. DE BERNARD, Un acte de vertu.

 

Et moi je ne m'étonne plus que tu t'en étonnes.

Reprise de étonne, la répétition marque l'ironie.

À quoi bon m'en rebattre les oreilles.

> Ne pas confondre : alcoolique, alcoolisé – rabattre, rebattre - amener, apporter – geai, jais - jadis, naguère – plutôt, plus tôt

 

Veux-tu ainsi m'abalourdir, à ressasser toujours ?

Littré. Abalourdir (populaire) rendre balourd, hébété.

ressasser palindrome (on lit le mot à l'endroit et à l'envers).

> Palindrome - Ésope reste ici et se repose

 

je crains que tes chimères ne soient près de nous faire courir un grand danger 

Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir - quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

<< 153 Délires sur l'amour que d'aucuns portent aux animaux

>> 155 Délires inquiétants - « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles... »*

 

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 07:06

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« Ô chère Oli, jusques à quand

Devrai-je aller, doux et fidèle

À tes côtés, t'obéissant ?

Est-ce une chose naturelle

De te suivre par tous les temps ?

Ô chère Oli, jusques à quand

Voudrai-je déployer mon zèle

À t'aimer tant ? Jusques à quand ? »

 

À ces tendres paroles que Prétatou* avaient si joliment habillées, mon coeur frémit d'émoi. Et je me demandai soudain, comment les animaux, êtres sensibles s'il en fut, pouvaient avoir, à ce point, un tel pouvoir sur le coeur humain si tant est qu'on les aimât ou qu'on s'intéressât à eux, comment il se faisait que la plupart des hommes ne fussent point convaincus que les bêtes étaient dignes d'être respectées tout autant qu'eux-mêmes. Les lois en disaient long sur l'iniquité dont elles étaient victimes, et bien qu'Aristote se fût posé la question de savoir si ces créatures avait droit au paradis, bien que François d'Assise eût été l'apôtre des animaux et qu'il sût converser joyeusement avec les oiseaux, bien que notre grand historien Michelet eût plaidé pour leur cause, on peut voir aujourd'hui encore, non condamnés, des sévices cruels infligés à nos frères (d'aucuns disent « nos frères inférieurs » — je vous demande bien pourquoi : avez-vous essayé de voler comme l'aigle ou de nager comme le requin ? Que nenni !)

 

Prétatou, toujours attentif à mes pensées les plus intimes, comme ne l'aurait fait aucun compagnon de mon espèce, sauta sur l'occasion pour ajouter que de nombreux saints s'étaient fait accompagner par des animaux qu'ils affectionnaient et qu'on ne manquait pas de les voir, dans l'iconographie traditionnelle, flanqués de leur ami favori, comme Saint Benoît et son corbeau, Saint Eustache ainsi que Saint Hubert et leurs cerfs, Saint Éloi et son cheval, Sainte Geneviève et son mouton, Saint Antoine et son cochon, Saint Basile et sa colombe, Saint Loup et son loup, Sainte Agnès et son agneau...

« Ah ! Je crois bien que nous allons y passer la nuit, l'interrompis-je. Baignons dans la douceur de cette litanie et laissons se baisser lentement nos paupières alourdies. »

J'eus tout juste le courage de murmurer « bonne nuit » et je n'entendis pas :

« Ô chère Oli, jusques à quand

Voudrai-je déployer mon zèle

À t'aimer tant ? Jusques à quand ? »

.....................................................

*Pour celui ou celle qui n'aurait encore lu aucuns Délires, qu'il sache que Prétatou est le chien d'Oli, qu'il peut parler, sentir, deviner les choses – comme tous les chiens d'ailleurs !

 

NOTES

Titre : Délires sur l'amour que d'aucuns portent aux animaux

d'aucuns, certains

Dans la note : Pour celui ou celle qui n'auraient encore lu aucuns Délires...

aucuns, ici au pluriel (le titre Délires étant au pluriel)

Voir : Aucun, aucuns, aucune, aucunes, d'aucuns

 

« Ô chère Oli, jusques à quand... »

Jusques au lieu de jusque

Une paragoge est une addition à la fin d'un mot.

Le s est une paragoge que l'on emploie dans un vers si l'euphonie ou la mesure du vers (nombre de syllabes) l'exige.

jusqu'à quand = trois syllabes

jusques à quand : quatre syllabes

Jusque, jusques, voir l'article : Jusque, jusqu'à, jusqu'hier, jusques, jusques et y compris, jusques à quand, jusqu'à ce que...

 

Le vers compte 8 syllabes, c'est un octosyllabe

 

Ô

chè

ro

li

jus

que

za

quand

1

2

3

4

5

6

7

8

Le vers aurait compté 7 syllabes si l'on avait eu "jusqu'à quand". Il aurait été faux.

 

Ô

chè

ro

li

jus

qu'à

quand

1

2

3

4

5

6

7

 

Pour en savoir + Versification. Comment compter les pieds (syllabes) d'un vers ?

 

Une autre paragoge : avecque ou avecques au lieu de avec.

Dans L'Étourdi de Molière

Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie,
Sont comme les enfants que l'on conçoit en joie,
Et dont avecque peine on fait l'accouchement.

...

 

Dans la fable de La Fontaine Les Loups et les Brebis

Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les loups firent la paix avecque les brebis.

 

Dans l'Encyclopédie Panckoucke* (Tome Second, page 758) on lit qu'une paragoge est une espèce de métaplasine** qui change le matériel primitif d'un mot par une addition faite à la fin.

**métaplasine (altération d'un mot)

 

Suivent des exemples comme quand nous ajoutons un -E à un mot masculin pour en faire un féminin, comme la lettre -S pour marquer le pluriel, -MENT aux adjectifs pour avoir des adverbes, -TÉ pour en dériver des noms abstraits, etc.

 

*l'Encyclopédie Panckoucke ou L’Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières par une société de gens de lettres, de savants et d'artistes ; précédée d'un Vocabulaire universel, servant de Table pour tout l'Ouvrage, ornée des Portraits de MM. Diderot et d'Alembert, premiers Éditeurs de l'Encyclopédie. Publiée de 1782 à 1832

 

voudrai-je déployer mon zèle à t'aimer tant

Mettre du zèle à faire quelque chose, s'empresser à faire quelque chose

> Ne pas confondre : s'empresser à et s'empresser de. Voir l'article : Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

mon coeur frémit d'émoi

émoi, trouble, émotion.

 

comment les animaux, êtres sensibles s'il en fut,

s'il en fut : comme il n'y en a pas d'autres

On insiste sur une vérité, une réalité.

Expression figée au passé simple. fut et pas fût !

 

Si tant est qu'on les aimât...

> Si tant est que, locution conjonctive suivie du subjonctif ou de l'indicatif

 

les lois en disaient long sur l'iniquité dont les bêtes étaient victimes

Iniquité, grande injustice.

 

bien qu'Aristote se fût posé la question

bien que suivi du subjonctif > Bien que

 

Style indirect : Et je me demandai soudain, comment les animaux, êtres sensibles s'il en fut, pouvaient avoir, à ce point, un tel pouvoir sur le coeur humain si tant est qu'on les aimât ou qu'on s'intéressât à eux, comment il se faisait que la plupart des hommes ne fussent point convaincus que les bêtes étaient dignes d'être respectées tout autant qu'eux-mêmes.

Style direct : Et je me demandai soudain : "Comment les animaux, êtres sensibles s'il en est, peuvent-ils avoir, à ce point, un tel pouvoir sur le coeur humain si tant est qu'on les aime ou qu'on s'intéresse à eux ? Comment se fait-il que la plupart des hommes ne soient point convaincus que les bêtes sont dignes d'être respectées tout autant qu'eux-mêmes ?

Voir : La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

 

Jules Michelet, 1798-1874 historien français.

Auteur d'un plaidoyer pour les animaux dans La République des Oiseaux et La Mer.

 

François d'Assise, ou Saint François d'Assise (né en 1181 ou en 1182 – mort en 1226), est un religieux catholique italien, fondateur des Franciscains, ordre des frères mineurs.

 

de nombreux saints s'étaient fait accompagner

fait et laissé sont invariables lorsqu'ils sont suivis d'un infinitif

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

<< 152 Délires sylvestres - « Lève-toi et marche !* »

>> 154 Délires dans la plus pénétrante obscurité de l'avenir

 

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 04:51

 

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L'heure était tardive. Nous avions bien parcouru sept lieues dans la forêt où la profusion des arbres, l'épaisseur des fourrés, l'emmêlement des branches mortes jonchant le sol, et le chevauchement des racines sur lesquelles nous butions, rendaient notre progression de plus en plus difficile, d'autant plus que l'obscurité s'épaississait sous le couvert des arbres. C'est alors que Prépatou commença à geindre.

Il se laissa soudainement tomber comme une masse.

« Je n'en puis mais, Oli. Que ne suis-je accouvé auprès du feu, me donnant le loisir de rêvasser à quoi bon me semble ! Je me sens défaillir. Peut-être même vais-je bientôt clapser.

Devrai-je présentement user d'une houssine pour t'en fouetter le train ? Je vois là une belle baguette de coudrier qui ferait bien l'affaire. »

Jamais au grand jamais Prétou n'avait entendu à son endroit de propos aussi durs. Il en fut tout marri.

« Toi, jérémia-t-il, d'ordinaire si douce, si enjouée, si indulgente même, as-tu à ce point-là changé ? À croire que la forêt maléfique ne te vaut rien. »

Il ne bougea d'un pouce, faisant mine d'être accravanté sous le poids de la fatigue.

« Lève-toi et marche !1  » lui intimai-je, ne croyant qu'à demi qu'un miracle pût se produire.

Il n'en fit rien. J'usai d'arguments.

« Eh bien cela promet ! N'ai-je pas jusqu'ici fait preuve de générosité envers toi ? Ne t'ai-je pas recueilli lorsque ta maîtresse a disparu ? Ne t'ai-je pas nourri, logé, câliné même ? J'ai cru à ton dévouement sincère et voilà que tu m'abandonnes dans un moment où j'ai besoin de toi !

Certes tu m'as recueilli, nourri, logé, câliné même et je me suis rassoté de toi. Tu m'as demandé de faire des choses si périlleuses qu'elles eussent pu m'envoyer tout droit au gibet. Rappelle-toi avec quelle constance et quelle habileté j'ai pu détourner les regards pervers des policiers en chasse2. Et lorsque tu me vois, ici, pantelant, gueusant quelque repos, tu demeures insensible. Je suis prêt à céder au coup qui me tue3. »

Je perçus un tantinet de sincérité dans ces propos quelque peu grandiloquents et je me radoucis. Certes, nous aurions pu, encore une heure, poursuivre notre chemin, mais je consentis à faire une halte pour la nuit.

Je déployais sur le sol ma couverture, et Prétatou, auquel je n'aurais pour rien au monde retiré mon affection, vint se lover dans mon giron.

« Viens mon bon chien et cessons nos querelles. » 

Il me gratifia d'une grosse lichade bien chaude, et il se délecta quand mes doigts le grattouillèrent (gratouillèrent) entre les deux oreilles.

..............................................................

*1-Lève-toi et marche !

Parole de Jésus dans l'Évangile (Nouveau Testament) Luc, 5 :24

2-Rappelez-vous les cabrioles et les pirouettes de Prétatou dans : 144 Délires à vous couper bras et jambes

3- Je suis prêt à céder au coup qui me tue.

Cf. Le Cid

Don Rodrigue "mon âme abattue / Cède au coup qui me tue."

Le Cid , Acte I, Scène VIPierre Corneille

Acte 1 , Scène 6

Don Rodrigue


Percé jusques au fond du coeur
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d'une juste querelle,
Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l'étrange peine !
En cet affront mon père est l'offensé,
Et l'offenseur le père de Chimène !

 

 

NOTES

Nous avions bien parcouru sept lieues

une lieue, quatre kilomètres.

 

Il se laissa soudainement tomber comme une masse.

comme une masse : voir l'article sur les comparaisons :  Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52 

soudain, soudainement

1-soudain, adjectif, qui survient promptement et de façon inopinée.

Elle fut prise d'une soudaine envie de crier. 

2-soudain adverbe (dans le texte)

tout à coup, subitement, sans signe avant-coureur – Il peut se placer en début de phrase.

Soudain il apparut et je fus pris d'effroi.

Il apparut soudain et je fus pris d'effroi. 

3-soudainement (littéraire) adverbe formé sur l'adjectif au féminin, soudaine - d’une manière rapide et imprévue, on ne s'y attend pas

À la fin de l'été, ma mère tomba soudainement malade.

Des hirondelles avaient bâti leurs nids sous le bandeau du toit. Je les avais vues élever leurs petits hirondeaux. Puis elles partirent soudainement un jour d'automne.

Vues, le participe passé suivi d'un infinitif s'accorde avec le COD placé avant lui (les, mis pour hirondelles) quand ce COD fait l'action de l'infinitif (elles élèvent leur hirondeaux)

Voir l'article : Règles de l'accord des participes passés (§2, quatre cas)

 

Je n'en puis mais, locution vieillie.

Mais, adverbe.

Je n'en puis plus.

N'en pouvoir mais. Ne rien pouvoir à quelque chose

 

que ne suis-je accouvé auprès du feu

accouvé Cf. dictionnaire de Furetière : qui se tient au coin du feu en fainéant, en paresseux, sans vouloir en sortir pour travailler

 

peut-être même vais-je bientôt clapser

clapser, claboter (argot), mourir

 

devrai-je présentement user d'une houssine pour t'en fouetter le train

Une houssine, terme vieilli.

Cf. Littré. Baguette de houx ou de tout autre bois flexible, employée notamment pour faire aller sa monture ou battre les tapis, les vêtements. Houssine de houx, de coudrier. Battre un costume, un habit avec une houssine.

le train, le train arrière, le train de derrière - synonyme : l'arrière-train

 

jamais au grand jamais

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

il n'avait entendu en son endroit

à son endroit, à mon endroit, à l'endroit de quelqu'un, envers quelqu'un, à l'égard de quelqu'un.

 

Il en fut tout marri.

marri (vieux, littéraire) attristé, affligé.

 

Toi, jérémia-t-il, d'ordinaire si douce...

Mots dérivés de Jérémie :

jérémier, jérémiader, faire des jérémiades.

 

Jérémie (VIe siècle av. J.-C.) est l'un des prophètes majeurs de la Bible hébraïque ou Ancien Testament.

L'histoire de Jérémie se situe au temps de l'exil, en Perse.

Jérémie met en garde le peuple d'Israêl qui préfère servir des idoles plutôt que le vrai Dieu.« Revenez au Seigneur de tout votre coeur. » 

"Qui changera ma tête en eaux et mes yeux en sources de larmes pour que je pleure nuit et jour les blessés à mort de la fille de mon peuple?" Jérémie 9 : 11

Pour en savoir +

JÉRÉMIE

www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/synopse/jeremie.htm

ABRÉGÉ DES CHOSES DITES PAR LE PROPHÈTE JÉRÉMIE. Prédiction des maux qui arriveront à Israël par Nabuchodonosor.

Et Jérémie et son temps :

http://ba.21.free.fr/gretillat/gretillat_jeremie.pdf

 

 

faisant mine d'être accravanté sous le poids de la fatigue

Accravanté, Cf. dictionnaire de Furetière :

Accabler sous un poids excessif. Si vous lui faites porter ce fardeau, c'est le moyen de l'acravanter, cet homme a été accravanté sous les ruines de sa maison. Ce mot est composé et dérivé de crever.

 

« Lève-toi et marche ! » lui intimai-je...

je lui intimai de se lever...

je lui enjoignis de se lever...

je lui ordonnai autoritairement de se lever...

 

ne croyant qu'à demi qu'un miracle pût se produire.

Pût se produire, subjonctif imparfait

Voir : Valeurs et emplois du subjonctif 

 

je me suis rassoté de toi

Rassoter, Cf Littré -Terme familier. Faire devenir sot ; rendre fou de....

Rassoter qqn de. Faire éprouver à quelqu'un un attachement déraisonnable envers.

Se rassoter, s'amouracher.

Se rassoter, v. réfl. Devenir rassoté. Se rassoter d'un nouvel amour.

 

gueusant quelque repos

gueuser, mendier, demander l'aumône

 

il me gratifia d'une grosse lichade

Lichade, baiser

autre acception : beuverie

 

mes doigts le gratouillèrent

Gratouillement, dérivé de gratouiller ou grattouiller (gratter légèrement).

(mot trouvé dans le Trésor de la Langue Française - TFLi)

 

<< 151 Délires où Prétatou trahit son nom

>> 153 Délires sur l'amour que d'aucuns portent aux animaux

 

Je cite plusieurs fois le Dictionnaire de Furetière que vous pouvez retrouver sur la toile.

Dictionnaire universel de Furetière XVIIe siècle - 1690

Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots ... 

Titre complet : Dictionnaire françois, contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise : Ses Expressions Propres, Figurées & Burlesques, la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms, le Régime des Verbes : Avec Les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l'Usage et des bons Auteurs de la Langue françoise.

A-E - F-O - P-Z

Edition de 1725, revue et augmentée par Henri Basnage de Beauval & Jean-Baptiste Brutel de La Rivière :

A-D - E-K - L-P - Q-Z

Je cite Furetière dans l'article :

Du plaisir de la lecture des dictionnaires

 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 09:07

 

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Je dus encourager véhémentement Prétatou pour qu'il continuât avec moi notre périple.

« Qu'as-tu à regimber ainsi ? N'es-tu pas sauf ? le houspillai-je.

Quelle tête de fer à vouloir toujours te mettre dans des situations hors de mesure ! geignit-il. Ne pouvais-tu pas te satisfaire de ce que tu avais, et te résigner à une vie tranquille ? Toute autre que toi aurait renoncé à débusquer les diableries de ce monde, et à résoudre ses énigmes.

Peut-être. Mais je ne puis être une autre que moi-même. Puissé-je conserver intacte mon eccéité, en dépit des vicissitudes de ma vie ! Je suis ce que je suis.

Tu es ce que tu es, et moi je ne suis pas qui je suis*, car c'est toi que je suis*...

... la queue entre les jambes ! Seraient-ce là les murmures d'un révoltement ? Garde donc tes calembours pour un jour meilleur et concentre-toi sur le chemin raboteux ; ton esprit distrait te fera rouler dans les précipices.

Voire !

Qu'as-tu à traînasser ainsi ? Houp ! »

En dépit qu'il en eût, le cabot fit un bond.

« Ouvrons l'oeil Oli, et s'il me prend de voir un autre monstre, peut-être aurai-je le temps d'afuier, sans crier gare. La chance que nous avons eue avec messire ours ne se renouvellera pas, j'en suis sûr. »

 

Un opossum pressé nous dépassa à cet instant précis.

« Point ne m'en chaut, qu'il soit monaut, fit remarquer Prétatou avec aigreur. »

........................................................

*Tu es ce que tu es, et moi je ne suis pas qui je suis, car c'est toi que je suis

Un calembour est un jeu de mots où l'on emploie des homonymes (mots qui s'écrivent de la même façon) ou des homophones (mots qui se prononcent de la même façon et s'écrivent différemment) ou des paronymes (mots qui se ressemblent et que l'on peut confondre) ou encore des mots qui ont plusieurs sens.

Ici le Jeu de mots porte sur je suis, verbe suivre, homonyme de je suis, verbe être. 

Si je remplace les pronoms personnels (je par tu), j'obtiens : Toi, tu n'es pas qui tu suis, car c'est moi que tu suis.

Voir l'article : Paronymie et paronamase + QUIZ 27
et aussi : Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

Connaissez-vous :

Je suis ce que je suis. Mais je ne suis par ce que je suis. Car si j'étais ce que je suis, je ne serais pas ce que je suis.

> suis, être ou suivre.

 

NOTES

Je dus encourager véhémentement Prétatou pour qu'il continuât avec moi notre périple.

véhémentement, avec force, avec colère.

continuât, subjonctif imparfait

-subjonctif dans la subordonnée de but introduite par la locution conjonctive pour que.

-imparfait : concordance des temps, le verbe de la principale étant au passé.

Voir les 3 articles sur **la concordance des temps

La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Qu'as-tu à regimber ainsi ?

regimber, résister, refuser d'obéir.

Le cheval regimbe, il refuse d'obéir et d'avancer, il rue.

 

quelle tête de fer à vouloir toujours te mettre dans des situations hors de mesure

Avoir une tête de bois, une tête de fer : être entêté.

Être hors de mesure, ne pas pouvoir faire quelque chose, en être hors de portée.

Terme d'escrime, être trop éloigné pour parer ou pour porter un coup d'épée.

Terme de musique ou de danse, ne pas aller en mesure.

 

Toute autre que toi aurait renoncé

TOUT AUTRE ou TOUTE AUTRE ?

tout autre, toute autre = n'importe quel (quelle) autre

Toute autre voiture aurait fait l'affaire. (n'importe quelle voiture)

Ne pas confondre avec l'adverbe TOUT AUTRE invariable signifiant tout à fait autre, entièrement différent, souvent précédé d'un article indéfini.

Ah ! Lorsque tu étais plus jeune, tu étais une tout autre personne. > tu étais une personne tout à fait autre, tout à fait différente.

C'est une tout autre histoire.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

Puissé-je conserver intacte mon eccéité !

Phrase optative (qui exprime un souhait)

Subjonctif présent du verbe pouvoir avec inversion du sujet et en début de phrase.

= que je puisse

puissé-je orthographe traditionnelle.

puissè-je orthographe rectifiée de 1990  

>Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

Eccéité, philosophie : ce qui fait qu'une chose (ou une personne) est elle-même et pas une autre - son essence, l'ensemble de ses particularités.

 

Serait-ce là les murmures d'un révoltement ?

Révoltement, action de se révolter. Littré.

 

concentre-toi sur le chemin raboteux

Un chemin raboteux, rocailleux, difficile.

 

Voire ! ici emploi vieilli : vraiment, certes.

employé par antiphrase, il peut exprimer un doute ou nier quelque chose – Littéraire ou ironique.

Voir aussi > Second ou deuxième ? Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

 

qu'as-tu à traînasser ainsi ?

Traînasser, traîner

Le suffixe -asser ajoute au verbe un sens péjoratif.

Bavasser, écrivasser, brumasser, écrivasser, brouillasser, caillasser, finasser, jacasser, grognasser, mouillasser...

 

Houp !

Cf. Littré : interjection.
Sert pour appeler ou houper quelqu'un, ou pour exciter un cheval.

 

En dépit qu'il en eût, le cabot fit un bond.

Malgré qu'il en eût, le cabot fit un bond.

Le cabot fit un bond malgré lui.

Voir les articles : Malgré que & En dépit que

 

Afuier, mot fantôme voulant signifier fuir, abandonner, s'en aller.

Un mot fantôme est un mot qui hante un ou plusieurs dictionnaires, mais qui, en fait, n'existe pas. Il serait dû à une mélecture, une mauvaise transcription (ou copie) du mot.

Godefroy, dans son dictionnaire (XIIe siècle), aurait écrit afuier au lieu de afiner.

> Hapax, mots-valises, mots fantômes et autres mots étranges

 

Base des mots fantômes : http://www.atilf.fr/MotsFantomes, ATILF - CNRS & Université de Lorraine

Voir : http://www.atilf.fr/MotsFantomes

 

Messire ours

Cf. Littré : messire - au Moyen Âge, titre qui était réservé aux seigneurs de la plus haute noblesse.

 

Un opossum pressé nous dépassa à cet instant précis. 

On remarque six fois le son [s] dans cette phrase.

L'allitération veut donner une impression de sifflement provoquée par la vitesse de l'opossum.

 

Point ne m'en chaut qu'il soit monaut

monaut, cf. Littré, qui n'a qu'une oreille.

Un chat monaut, un chien monaut...

Peu me chaut, peu m'importe.

verbe chaloir, défectif.

> Les verbes défectifs -  Pour peu qu'il vous en chaille !

 

<< 150 Délires ursins

>> 152 Délires sylvestres - Lève-toi et marche !

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 08:52

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Forte de ma détermination, je me mis en route. Rien n'aurait su me faire revenir en arrière. Prétatou voulut m'accompagner, ce à quoi je consentis, sous la condition qu'il se tiendrait coi si d'aventure nous rencontrions des animaux qui ne voudraient pas sympathiser.

« Promets ! lui dis-je. »

Il promit.

J'étais bien aise qu'il vînt avec moi car je savais qu'il me serait d'un grand secours dans les situations périlleuses qu'il me faudrait surmonter, et son instinct et l'intelligence avérée que je lui connaissais me sauveraient peut-être la vie.

Et nous voilà sur le chemin qu'un an déjà j'avais parcouru en sens inverse, et qui allait s'enfoncer dans la forêt que tous redoutaient.

« Quelle bravoure ! » s'exclama Prétatou. « Ne crains-tu pas les mauvaises rencontres ? Quel besoin as-tu, ma chère maîtresse, de vouloir toujours partir à la quête de la vérité ? Ton Graal semble s'éloigner toujours de toi, au fur et à mesure que tu avances. Et rien ne peut te retenir. »

Comme je gravissais allègrement la colline et que je ménageais jalousement mon souffle, je ne répondis pas, mais je m'émerveillais de la lucidité étonnante de mon compagnon à quatre pattes et je lui sus gré d'admirer mon courage et ma persévérance ; non qu'il me semblât que je fisse beaucoup d'efforts pour suivre la pente naturelle de mes inclinations, mais sa perspicacité aiguë renforçait chaque jour l'estime que je lui portais.

 

Soudain, au détour du chemin, alors que nous laissions vagabonder nos pensées jusqu'à relâcher notre vigilance, nous nous trouvâmes nez à nez avec un ours — non pas un ours tel que tu l'imagines, cher lecteur, mais une bête gigantesque surgi du fond des âges.

« Un ours des cavernes, murmurai-je, paralysée.

Non pas ! gronda l'animal qui avait saisi ma pensée. Mais prends en compte que je suis de descendance royale. »

Et son grognement fit trembler les hêtres et les frênes comme fétus de paille. Les hêtres et les frênes, passe encore, même les chênes séculaires en furent tout ébranlés, c'est dire !

Prétatou, réfugié dans mes jambes flageolantes, ne se sentit pas de peur. Aucun son ne sortit de sa gueule comme je le lui avais recommandé dès lors qu'on avait rencontré un être avec lequel on supposait qu'il serait difficile de s'entr'accorder.

Il valait mieux négocier avec le monstre qui me dépassait bien de six pieds.

L'ours, dont l'oeil lançait des éclairs, ne semblait pas cependant prêt à vouloir nous croquer, et comme il avait engagé la conversation, je me mis en devoir de lui répondre aimablement. Voulais-je en savoir plus sur ses aïeux, je n'aurais su le dire, mais il me sembla bien que le sujet ferait diversion.

*« Messire Ours, dis-moi : descends-tu de la chaste Callisto qui fut changée en ourse par la fureur d'Artémis, soeur d'Apollon, après que le grand Zeus se fut uni à elle sous la forme de la déesse ? On la voit encore nuitamment, dans sa forme stellaire, la Grande Ourse, accompagnée de la petite Ourse, son enfant Arcas qui fut un temps roi d'Arcadie. Serais-tu le digne descendant d'Iphigénie, qu'Artémis changea en ourse pour la sauver du sacrifice qu'avait ordonné le roi Agamemnon, son père ? Ou bien compterais-tu au nombre de tes ancêtres le prince troyen élevé par une ourse, Pâris, qui enleva la belle Hélène ? Ou ne serais-tu pas plutôt un cousin éloigné du Roi Arthur dont l'origine ursine se perd dans la nuit des temps ? Dis-moi, peut-être es-tu alors de la famille celte de la grande déesse Artio dont on retrouva la statuette près de Berne ? »

L'animal souverain m'écoutait en écarquillant ses petits yeux, comme subjugué que je pusse, non seulement cacher la terreur qui aurait dû me pétrifier en pareille circonstance, mais aussi lui tenir un discours qui le remplît d'une délectable félicité.

« Ainsi, pensait-il, mon statut de roi des animaux, qui dura plus de mille ans, est-il reconnu ici de toute évidence, bien que les hommes aient voulu me détrôner. »

Il grogna derechef, et ce de dépit, en pensant au lion, cet usurpateur qui ne sévissait même pas dans les forêts alentour.

« Ah ! Je te serrerais bien dans mes bras petite humaine, mais je crains fort que tu n'y périsses, car il est notoire que mon étreinte est mortelle. Aussi me contenterai-je de t'offrir ma protection si tant est qu'un jour tu aies besoin de moi. »

Bien que j'eusse dû frémir à la pensée d'un tel embrassement, il me sembla un court instant que nous étions bien proches, l'un semblable à l'autre, tel que nous l'avions été en des temps préadamiques où l'homme et l'ours ne faisait qu'un.

Je louai sa clémence digne de son rang et pris congé. La route était longue et je ne pouvais plus m'attarder à d'oiseuses flatteries.

.........................................................................

*Cette partie a puisé quelques idées dans le livre passionnant de Michel Pastoureau (2007) L'Ours - L'histoire d'un ours déchu

 

NOTES

Titre : Délires ursins

ursin, ursine, adjectif dérivé d'ours, qui se rapporte à l'ours.

Artémis, Arthur, Artios, Berne, sont des mots dont l'origine est ours.

Ainsi que Ursule, Ursin, Martin...

 

sous la condition qu'il se tiendrait coi

Coi, coite, tranquille, silencieux. 

Voir l'article Sous (la) condition que + indicatif ou subjonctif ?

 

J'étais bien aise qu'il vînt avec moi

vînt, subjonctif imparfait.

 

ton graal semble s'éloigner toujours de toi

Le Graal, sens figuré et moderne : la quête du Graal a pour dessein de rechercher de nouvelles connaissances, mais l'objectif est presque impossible à atteindre.

Le Saint Graal, la coupe dans laquelle Joseph d'Arimathie aurait recueilli le sang du Christ. Objet mythique de la légende arthurienne. Les Chevaliers de La Table Ronde partent à la quête du Saint Graal.

 

Prétatou, réfugié dans mes jambes flageolantes, ne se sentit pas de peur.

Ne pas se sentir de, ne plus se sentir de (suivi d'un substantif : peur, joie, plaisir...)

Perdre le contrôle de soi sous l'effet d'une forte émotion.

Cf. La Fontaine :

À ces mots le corbeau ne se sent pas de joie... (Le Corbeau et le Renard)

 

Aucun son ne sortit de sa gueule comme je le lui avais recommandé dès lors qu'on rencontrerait un être avec lequel il serait difficile de s'entr'accorder.

Voir Dès lors que

S'entr'accorder ou s'entraccorder

Ni le Trésor ni l'Académie ne donnent ce verbe.

Cf. Littré, s'entr'accorder, s'accorder, se mettre de bonne intelligence ensemble.

> L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

même les chênes séculaires en furent tout ébranlés, c'est dire !

C'est dire, c'est moi qui vous le dis ! C'est tout dire, je ne vous dis que ça, ce n'est pas pour dire, mais...

 

le monstre qui me dépassait bien de 6 pieds

Un pied mesure environ de 30 à un peu plus de 32 cm selon qu'il est pied romain, pied de roi, ou pied anglo-saxon.

Comme Oli mesure, disons, autour d'un mètre soixante-dix, l'ours qui nous intéresse fait près de 3,50 mètres, taille des ours des cavernes qui vécurent avant -15000, appelés ainsi parce qu'on a trouvé leurs os dans les cavernes. Pour ce qui est des ours bruns, ils mesurent environ 2,20 mètres, ce qui reste une taille impressionnante.

 

en pensant au lion, cet usurpateur qui ne sévissait même pas dans les forêts alentour. 

Sévir, acception dans le texte : pratiquer une action détestable, que l'on ne peut supporter.

Cet hiver, le froid a sévi d'une façon exceptionnelle.

 

mais lui tenir un discours qui le remplît d'une délectable félicité.

remplît, subjonctif imparfait

subjonctif dans une subordonnée relative qui contient une conséquence. 

Voir le §45b dans Valeurs et emplois du subjonctif

 

il grogna derechef, et ce, de dépit

derechef, de nouveau.

locutions adverbiales de sens différent : À NOUVEAU et DE NOUVEAU

 

si tant est qu'un jour tu aies besoin de moi.

Subjonctif ou indicatif après la locution conjonctive Si tant est que

 

en des temps préadamiques où l'homme et l'ours ne faisait qu'un

Préadamique, avant Adam.

Des textes très anciens font état que l'homme et l'ours avaient la même origine.

Le préadamisme est une doctrine qui veut que d'autres hommes aient été créés avant Adam.

 

je ne pouvais plus m'attarder à d'oiseuses flatteries

Oiseux, vain et inutile.

 

<< 149 Délires qui froissent l'amour-propre - « Ainsi en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure »*

>> 151 Délires où Prétatou trahit son nom

 

À propos d'ours, rendons hommage à La Fontaine et lisons ou relisons sa fable pour notre plus grand plaisir...


L'OURS ET LES DEUX COMPAGNONS

Deux Compagnons pressés d'argent
À leur voisin Fourreur vendirent
La peau d'un Ours encor vivant ;
Mais qu'ils tueraient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent.
C'était le Roi des Ours, au conte de ces gens.
Le Marchand à sa peau devait faire fortune :
Elle garantirait des froids les plus cuisants ;
On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une.
Dindenaut prisait moins ses Moutons qu'eux leur Ours :
Leur, à leur compte, et non à celui de la Bête.
S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours,
Ils conviennent de prix, et se mettent en quête ;
Trouvent l'Ours qui s'avance, et vient vers eux au trot.
Voilà mes Gens frappés comme d'un coup de foudre.
Le marché ne tint pas ;  il fallut le résoudre :
D'intérêts contre l'Ours, on n'en dit pas un mot.
L'un des deux Compagnons grimpe au faîte d'un arbre.
L'autre, plus froid que n'est un marbre,
Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent ,
Ayant quelque part ouï dire
Que l'Ours s'acharne peu souvent
Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire.
Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau.
Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie,
Et de peur de supercherie
Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l'haleine.
C'est, dit-il, un cadavre : ôtons-nous, car il sent.
A ces mots, l'Ours s'en va dans la forêt prochaine.
L'un de nos deux Marchands de son arbre descend ;
Court à son Compagnon, lui dit que c'est merveille
Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Et bien, ajouta-t-il, la peau de l'Animal ?
Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ?
Car il s'approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
Il m'a dit qu'il ne faut jamais
Vendre la peau de l'Ours qu'on ne l'ait mis par terre.

 

Notes sur la fable

On rencontre Dindenaut dans le Quart Livre de Rabelais. Il vante ses moutons qu'il veut vendre à Panurge. Mais on sait ce qu'il adviendra de ces pauvres bêtes - plus bête qu'eux, tu meurs !

L'autre... tient son vent = il s'arrête de respirer.

 

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 07:17

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J'eusse voulu m'esquiver sans avoir de comptes à rendre à personne : je craignais quelque reproche de la part de Lio. Je dus cependant l'avertir que je devais m'absenter. Non qu'il me fallût obtenir d'elle une quelconque permission — nous étions libres d'aller et de venir comme bon nous semblait — mais il était d'usage que nous prissions soin de nous conformer aux règles de politesse qui étaient la base de notre enseignement. Je sentis dans ses propos qu'elle était fort contrariée que je voulusse prendre congé d'elle. Elle craignait, supposais-je, de ne pouvoir résoudre à elle seule les problèmes qui se poseraient dans sa classe. Je mesurai alors combien elle comptait sur moi lorsqu'elle me répondit avec acrimonie qu'on ne se dérobait pas aussi facilement à ses devoirs professionnels sans en subir les conséquences fâcheuses. J'en fus quelque peu froissée. Tout juste si je ne crus pas à une menace.

 

L'amitié, qui nous unissait naguère, me semblait abîmée, et je pris conscience de combien nous étions différentes l"une de l'autre. Je dois dire que j'aimais cette dissemblance chez [Lio] et que j'avais, pour cela, plaisir à discuter avec elle parce que, ainsi, je pouvais toujours, au passage, vérifier qui, en fait je suis et ce que je pense.**

 

« J'ai affaire, Lio. Rien ne pourrait me retenir. Je te fais la promesse de revenir au plus tôt. »

 

Elle aurait voulu que je lui disse le motif de mon départ, mais comme je ne pipais mot sur ce point, elle n'osa pas m'interroger. Elle essuya une larme furtive et resta sur sa faim°.

.....................................................

*Titre : Ainsi, en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure.

« si des actes l'on remontait, par le fil ténu des raisonnements enveloppés, jusqu'au principe des sentiments inaperçus, on demeurerait surpris, comme l'ont été la plupart des moralistes, de l'amour-propre déguisé qui se joue sous une surface de bonté et d'abnégation. Ainsi, en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure. Mais l'amour-propre est plus clairvoyant encore que les moralistes; il devine que l'affection vraie qu'on sent pour un autre est plus rassasiante qu'un égoïsme trop pressé de jouir de lui-même. »

M. Blondel, L'Action,1893 p. 255.

Citation empruntée au Dictionnaire Le Trésor, entrée AMOUR-PROPRE

 

**Je dois dire que j'aimais cette dissemblance chez Kostka et que j'avais, pour cela, plaisir à discuter avec lui parce ce que ainsi je pouvais toujours, au passage, vérifier qui, en fait je suis et ce que je pense.

Milan Kundera, La Plaisanterie, Folio, page 21

 

NOTES

J'eusse voulu m'esquiver

►  j'eusse voulu, Le subjonctif imparfait à valeur de conditionnel passé 2e forme appartient à la langue littéraire.

j'aurais voulu m'esquiver, 1re forme

>Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

s'esquiver, se sauver sans être vu.


Je craignais quelque reproche

quelque : adjectif indéfini, au singulier, dans la langue littéraire :

devant des noms désignant des êtres ou des choses nombrables pour indiquer une indétermination (un certain, un quelconque)

Je craignais quelque reproche.

devant des noms désignant des choses non nombrables, pour indiquer une petite quantité imprécise

Elle ne put cacher quelque impatience.

quelque peu, un peu, un tout petit peu, tant soit peu.

J'en fus quelque peu froissée.

Voir aussi le déterminant quelque à valeur concessive dans l'article : 

Quelque... que

 

Non qu'il me fallût obtenir d'elle une quelconque permission... mais...

> Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

 

il était d'usage que nous prissions soin de nous conformer aux règles...

nous prissions : prendre au subjonctif imparfait

concordance des temps : le verbe de la principale est au passé.

> Valeurs et emplois du subjonctif

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés 

> Entraînement à l'emploi des verbes au subjonctif

> *La concordance des temps

 

elle me répondit avec acrimonie qu'on ne se dérobait pas aussi facilement

Acrimonie, cf Littré : 1 Qualité de ce qui exerce une action piquante et corrosive. L'acrimonie des humeurs. 2 Sens figuré, Il y a de l'acrimonie dans ses paroles.

 

J'ai affaire, Lio - J'ai à faire, Lio

> Avoir affaire ou avoir à faire ? Les affaires, une affaire de coeur, j'en fais mon affaire, je lui ai fait son affaire, une ténébreuse affaire, faire le bizness...

 

Je te fais la promesse de revenir au plus tôt.

> Ne pas confondre : plutôt, plus tôt

 

Elle aurait voulu que je lui disse le motif de mon départ.

> elle veut que je lui dise (subjonctif présent)

elle voulait que je lui disse (subjonctif imparfait)

Concordance des temps

 

elle essuya une larme furtive et resta sur sa faim

rester sur sa faim° : espérer quelque chose et être déçu de ne pas l'obtenir. 

 

<< 148 Délires audacieux « À coeur vaillant, rien d'impossible !*»

>> 150 Délires ursins

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 12:19

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Malgré toutes les exhortations que je me faisais à moi-même pour en rester là et me tenir coite afin de me préserver de tout danger, je sentais que quelque chose me démangeait.

Mille fois déjà je m'étais fait la leçon.

« Oli, me disais-je, abstiens-toi de t'exposer à la rigueur d'une police aveugle. Prends garde de ne pas faire une folie en te lançant dans un acte téméraire qui pourrait te coûter la vie ! »

Mais la démangeaison était si forte qu'elle demandait impérativement à être soulagée. Il me fallait agir, coûte que coûte, la douleur m'étant aussi insupportable que celle ressentie lorsqu'une nuée de midges vous assaille.

 

Ma décision fut prise avant même d'être réfléchie mûrement. Je partirais revoir Marie Cratère. Je lui arracherais son secret. J'userais de tous les moyens dont je disposais pour la convaincre de me révéler tout ce qu'elle savait.

Pauvre insensée que j'étais ! La vieille Marie serait capable de débusquer toutes mes ruses, d'être insensible à toute séduction, orgueilleuse qu'elle était de jouir de sa puissance et de tenir chacun sous son joug.

C'était à n'y plus tenir. Je me sentis soudain capable de toutes les audaces comme le furent si courageusement tant de femmes exceptionnelles2 par le passé. Il faut se guider d'après de bons exemples.3

Ah, je ris ! Je ris de me voir si fragile et cependant prête à tout, tel le jeune David affrontant le Philistin4 haut de six coudées et un empan ! Marie Cratère n'avait pas une telle stature, certes, mais sa détermination à imposer pour jamais son pouvoir sur les êtres et sur les choses de ce monde ne se laissait pas si facilement fléchir.

« Je vais partir avant qu'il soit longtemps ! » m'exclamai-je à voix haute comme pour affermir mon courage. « J'irai, à la barbe de tous, ennemis de la liberté, se dressant le plus souvent les uns contre les autres, mordus, mordants5, punis, punissants, mystifiés, mystifiants... j'irai faire triompher la vérité ! »

Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, enchantée, tourmentée et comme possédée par le démon de mon cœur !6

 

C'est, calmée, que j'en vins à des considérations plus pragmatiques.

Je prendrais le temps de préparer mon périple aventureux et me barderais du bagage nécessaire — à dire vrai, je ne prendrais qu'un baluchon7, m'interdisant de m'embarrasser trop.

Je savais déjà que l'espace sauvage que j'allais traverser n'avait rien d'édénien.

.....................................................................

*Titre- À coeur vaillant, rien d'impossible !

Devise de Jacques Coeur (vers 1395/1400-1456)

2-Des femmes exceptionnelles

Jeanne d'Arc, Olympe de Gouge, Madame Rolland, Charlotte Corday, Louise Michel, Rosa Luxembourg, Hannah Arendt, Simone Weil, voir la note du texte : 93 Délires sur l'enfermement - Rencontre avec des femmes extraordinaires de courage

3-Il faut se guider d'après de bons exemples. Cf. Littré (entrée : guider)

4-Goliath, le Philistin.

Goliath est un personnage biblique del'Ancien Testament (Samuel, 17).

C'est un géant « de six coudées et un empan » soit environ 2,90 m.

Il défend les Philistins contre Israël et lance le défi de combattre avec un homme voulant se mesurer à lui. Le jeune berger David, aidé de Dieu, le vainc en lui lançant une pierre en plein front avec sa fronde. David prend alors l'épée de son ennemi terrassé et lui coupe la tête.

5-Tous l'un de l'autre ennemis obstinés, Mordus, mordants, chansonneurs, chansonnés, Voltaire, Pauvre diable.

6-Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté et comme possédé par le démon de mon cœur !

Chateaubriand, René.

Voir l'article dans mon florilège : CHATEAUBRIAND - Mémoires d'Outre-Tombe

7-baluchon ou balluchon

 

NOTES

pour me tenir coite

coi, masculin / coite, féminin – silencieux, tranquille

Voir d'autres adjectifs irréguliers dans les notes du texte : 23 Délires d'une Marie bien chiche

 

Elle demandait à être soulagée.

Demander. Voir les différentes constructions de ce verbe, note du texte : 147 Délires troublants

 

la douleur ressentie lorsque des milliers de midges vous assaillent

 On rencontre les midges ou simulies dans les zones humides d'Écosse et d'Irlande (et dans d'autres continents).

Les midges, c'est une espèce de petit moucheron aussi venimeux que des serpents à sonnettes qui vous assaillent par millions et vous font venir sur la peau du visage et des mains des chaînes de montagnes horriblement démangeantes. (Mérimée, Lettres à la Comtesse de Boigne, 1870)

 

La vieille Marie serait capable de débusquer toutes mes ruses [...], orgueilleuse qu'elle était de jouir de sa puissance...

orgueilleuse, l'adjectif apposé à la vieille Marie, est prolongé par une proposition relative qu'elle était de jouir de sa puissance... dans laquelle le pronom relatif qu' (que) reprenant orgueilleuse est attribut.

 

C'était à n'y plus tenir, c'était difficilement supportable.

C'est à n'y pas tenir, c'est à n'y plus tenir. Style familier.

 

sa détermination à imposer pour jamais son pouvoir.

pour jamais, pour toujours.

Voir l'article : Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps 

 

Avant qu'il soit longtemps, avant longtemps, avant peu, avant peu de temps, avant que peu de temps soit passé.  

 

mordus, mordants, punis, punissants, mystifiés, mystifiants

des participes employés comme adjectifs.

 

C'est, calmée, que j'en vins à des considérations plus pragmatiques.

En venir - Venir se construit avec la particule en qui lui donne plus de force en indiquant à l'esprit quelque chose d'antécédent d'où l'on part. Cf. Littré

Pragmatique, qui concerne la réalité, les faits réels, l'action.

 

l'espace sauvage n'avait rien d'édénien

Édénien ou édénique, qui se rapporte à l'Eden, le paradis perdu. [Cf. La Bible]

 

<< 147 Délires troublants - « Ce n'est point ici le pays de la vérité : elle erre inconnue parmi les hommes. »*

>> 149 Délires qui froissent l'amour-propre - « Ainsi en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure »*

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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