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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 15:45

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Le trouble de mon esprit demandait à se dissiper. Je ne pouvais rester ainsi à divaguer, à extravaguer même, sans savoir ce que je devais faire ce que je pouvais faire, eussé-je plutôt dû dire. Ne fallait-il pas que je misse de l'ordre dans tout ce que j'avais appris, si effarant, si incongru, si invraisemblable que cela parût ? Mais ne dit-on pas que l'invraisemblable est quelquefois vrai2?

 

Il me fallait redoubler de vigilance.

Lecteur attentif et patient, tu connais le souci que j'ai d'être toujours sincère et spontanée, et ma détestation de toute accommodation, de toute compromission, qui voudraient que je me plie à la dictature de la démagogie, et que je mente pour mieux plaire. La vérité me brûlait les lèvres. Néanmoins il ne faisait aucun doute que mes hésitations étaient fondées : révéler sans précautions ce que je savais aurait pu m'être fatal. C'était couru°.

 

Depuis quelques jours galopaient des rumeurs à peine cachées — et pourtant que ne craignait-on pas à les propager, fût-ce sous le manteau° ! Depuis le moment3 où — rappelle-toi — j'avais eu l'audace de demander de s'interroger sur ses origines ; tous, jusqu'au plus borné, au plus obtus de mon auditoire, n'avaient de repos.

La question avait fait son chemin. Il ne se passa de jours que mes écoliers, toujours avides de problèmes métaphysiques le plus souvent insolubles, ne tentassent de l'éclaircir, après moultes tergiversations, l'abordant sans préambule, la tournant et la retournant en tous sens, la reformulant cent fois pour mieux s'en pénétrer, l'examinant sous ses aspects les plus étranges et les plus inattendus, la discutant à l'envi, quittes à se compromettre, mêlant le doute à la curiosité, attitudes relevant de la faculté humaine la plus remarquable – vous en conviendrez — l'intelligence.

Mais autant vouloir solutionner la quadrature du cercle°.

 

Pourtant je ne désespérais aucunement qu'ils vinssent à bout de leurs réflexions.

N'aurais-je pas lancé, de dépit, un gros juron, si, perdant la maîtrise de moi-même, je m'eusse laissé aller à enfreindre les règles élémentaires de bonne conduite, grave péché qui eût demandé contrition et pénitence ? «  Ventre-saint-gris ! » Mais je me retins. Je donnai la préférence à l'invocation au Ciel : « Fasse que Dieu veuille leur montrer le chemin de la vérité et le moyen de secouer le joug de leurs tyrans ! Et sans moi ! » Je craignais qu'on m'accusât, qu'on me condamnât, qu'on m'exécutât.

À quoi servait donc que je me morfondisse ? Peut-être tout serait-il résolu avant que je ne disse ouf. Et je n'aurais plus rien à craindre de quiconque.

.............................................................

*1-Ce n'est point ici le pays de la vérité : elle erre inconnue parmi les hommes. Blaise Pascal, Pensées, XXIII, 31.

2-L'invraisemblable est quelquefois vrai.

Cf. Le Dictionnaire Littré à l'entrée : invraisemblable.

3-Voir le cours sur les origines donné par Oli : 141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »

 

NOTES

Le trouble de mon esprit demandait à se dissiper. 

Le verbe DEMANDER

demander, verbe transitif

J'ai demandé des nouvelles de sa maman. (COD)

Je lui ai demandé conseil. (COS, COD)

Qu'est-ce qu'un complément d'objet direct ? un complément d'objet second ? un complément d'objet indirect ? Qu'est-ce qu'un attribut ?

demander après quelqu'un : demander des nouvelles de quelqu'un - OU demander qu'il vienne.

Je suis venu vous dire qu'il demande après vous.

demander suivi d'une interrogative indirecte

demander qui..., ce que..., ce qui..., lequel..., si..., combien..., comment..., où..., pourquoi..., quand..., à combien..., par où..., depuis quand..., (à, de, avec, contre, par, pour...) qui..., (prépositions) quoi..., (prép.) quel..., etc.

Je demande s'il vient.

Vient-il ? (interrogation directe)

Que fait-il ? Où va-t-il ? Quel train prend-il ?

Je vous demande ce qu'il fait, où il va et quel train il prend.

demander que ou à ce que suivi d'une complétive avec un verbe au subjonctif.

Je demande qu'il vienne immédiatement

Je demande à ce qu'il vienne immédiatement.

demander à quelqu'un de suivi d'un infinitif, le COI est le sujet implicite de l'infinitif

Je lui ai demandé de se taire . > Il doit se taire.

demander à ou de suivi d'un infinitif

Je veux partir : Je demande à partir. Je demande de partir.

Je veux me retirer : Je lui ai demandé à me retirer. Je lui ai demandé de me retirer.

> Verbes qui se construisent avec les prépositions à ou de suivies d'un infinitif

 

eussé-je plutôt dû dire

eussé-je dû, subjonctif imparfait à valeur de conditionnel passé (2e forme) aurais-je dû (1re forme)

j'eusse, sujet inversé : eussé-je OU eussè-je dû dire (Réforme de l'orthographe 1990)

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fût-ce, fussent-ils ...

Et aussi > du, dû, due, dus, dues, dut, dût

 

Ne fallait-il pas que je misse de l'ordre

je misse, subjonctif imparfait de mettre, concordance des temps.

On emploie le subjonctif après il faut que.

Voir le §8 dans > Valeurs et emplois du subjonctif

 

Si effarant, si incongru, si invraisemblable que cela parût.

Effarant, qui effare, qui trouble, qui fait peur, qui provoque la stupéfaction, l'incrédulité.

Incongru, inconvenant, qui ne convient pas à la bienséance, qui est inattendu et surprend.

Incongrûment, de manière incongrue.

parût, subjonctif imparfait.

synonymes :

Pour effarant, pour incongru... que cela parût.

Quelque effarant, quelque incongru... que cela parût.

Aussi effarant, aussi incongru... que cela parût.

Mais aussi que dans ce sens n'est pas admis par tous les grammairiens.

Cf. L'Académie : Aussi... que, suivi du subjonctif, exprime un degré extrême (on dit plutôt Si, Pour, Quelque). Aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est la vérité.

 

tu connais ma détestation de toute accommodation

L'accommodation

"Terme de philosophie. Procédé par lequel souvent on accommode une doctrine aux opinions, aux connaissances, aux préjugés de ceux à qui on l'enseigne. " Cf. Littré

"Le type courant en est offert par le mensonge oratoire qui, sans positivement briser les reins à la vérité, accentue ce qui doit plaire à l'auditeur, atténue ce qui ne doit pas lui plaire et ne sait plus bien lui-même où sont les limites du vrai.[...]" E. Mounier, Traité du caractère, 1946, p. 492. Citation lue dans le Trésor.

 

C'était couru°

c'était couru d'avance, le résultat était prévisible.

 

fût-ce sous le manteau.

Voir > fût-ce article cité ci-dessus

sous le manteau°, en secret.

Littré  donne : Sous le manteau de la cheminée, en cachette. Dire quelque chose sous le manteau de la cheminée.

Manteau de cheminée, la partie de la cheminée qui fait saillie dans la chambre, au-dessus du foyer.

 

après moultes tergiversations

beaucoup de

> moult (variable ou invariable)

 

la reformulant cent fois pour mieux s'en pénétrer

Se pénétrer de quelque chose, s'en imprégner de telle sorte que son corps, son âme et ses sens en soient remplis.

 

la discutant à l'envi, quittes à se compromettre

À l'envi, à qui mieux mieux.

 

La quadrature du cercle, le problème insoluble par excellence.

Cf. Littré : se dit d'une chose impossible à trouver.

La quadrature, terme de géométrie. Réduction géométrique d'une figure curviligne à un carré équivalent en surface.

 

pourtant je ne désespérais aucunement.

aucunement avec la négation, en aucune façon.

 

Ventre-saint-gris ! était le juron d'Henri IV. 

À rapprocher de Ventrebleu !

Bleu mis pour Dieu pour atténuer le juron : Sacrebleu ! Sacreblotte ! Sacredié ! Sacrelotte ! sur le CNRTL : SACREBLEU, SACREDIEU, interjection

Voir les expressions apparentées dans : sacrebleu - Wiktionnaire

Ah ! Ventre !

Par la mort ! par la tête ! par le ventre ! si je le trouve, je le veux échiner, Molière, Les Fourberies de Scapin, II, 9. (dans le Littré)

 

Fasse le Ciel que Dieu veuille leur montrer le chemin de la vérité !

Subjonctif optatif (on formule un souhait)

Voir le §29 dans : > Valeurs et emplois du subjonctif

> La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

 

si je m'eusse laissé aller à enfreindre les règles

Après la conjonction de subordination SI, on peut avoir le subjonctif plus-que-parfait au lieu du plus-que-parfait de l'indicatif.

si je m'étais laissé aller.

Voir l'article : Si

Le participe passé LAISSÉ suivi d'un infinitif est invariable.

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ 

 

À quoi servait donc que je me morfondisse ?

Se morfondre, ici : perdre son temps à attendre que quelque chose se passe, se tourmenter dans l'attente.

Se conjugue comme fondre.

Je fondis, que je fondisse, qu'il fondît.

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Peut-être tout serait-il résolu avant que je ne disse ouf.

Inversion du sujet après peut-être. Style soutenu.

Peut-être que tout serait résolu... style familier.

avant que je ne disse ouf / avant que je disse ouf

disse, subjonctif imparfait de dire, concordance des temps.

dise, subjonctif présent.

Voir : NE explétif - Quand peut-on l'employer ? 

Et aussi : *La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

**Suite de l'article sur la concordance des temps

***La concordance des temps - Exercices d'application

 

<<  146 Délires inassouvis - « Rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre. »

>>  148 Délires audacieux - À coeur vaillant, rien d'impossible !* 

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 13:26

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Ma nuit fut hantée de pensées vagabondes.

Eussé-je dû marquer d'une pierre blanche° le jour où je te rencontrai ? J'avais attendu longtemps, si bien que l'espoir avait laissé la place à la résignation. Non que je souffrisse vraiment — l'être raisonnable que j'étais devenue s'était rendu à l'évidence : toute quête demeurait vaine — mais ne sentais-je pas comme un vide, là, quelque part, au tréfonds de mon coeur, ou peut-être, plus prosaïquement, quelque creux dans mon épigastre ?

Celui qu'on voudrait chérir et aimer — aimer passionnément et pour toujours, il va sans dire — n'existe pas. Il ne peut exister. C'est là un défaut de la nature.

Cette impatience, naguère si vive, doucement s'était consumée, comme le volcan, éteint, s'effondre sur lui-même.

 

L'idée que j'ai de l'objet du désir est si haute qu'il en devient inaccessible. Mais bientôt l'exaspération des nerfs s'étiole. L'hyperbole exacerbée d'une aspiration née de l'incomplétude s'amenuise enfin. Qui s'épuiserait à attendre des chimères ? Quel esprit tourmenté passerait ses jours et ses nuits à se perdre dans le vague d'une imagination délirante, dans des rêves qu'il croirait possiblement réalisables ?

Celui-là serait fou qui voudrait se forger un destin alors que la vie même est le fruit du hasard, et la voilà, chaque minute, ballottée, telle un fétu de paille, brinquebalée de droite et de gauche au gré de surgissements imprévus, frêle esquif balancé au gré des lames écumantes d'un océan sans rivage, quelque volonté que son capitaine puisse exercer sur une ligne de direction choisie à l'avance.

Tout est imprévisible, souvent inopportun, jamais planifié. Tout ce qui survient demande, dans l'instant, une adaptation de circonstance, qui, sans donner le temps de la réflexion la plus ténue, n'est qu'une fulguration le plus souvent douloureuse. Ainsi nos muscles se mettent-ils en branle sans qu'on leur demande rien, mus par des ordres cérébraux dont on n'est pas maître — quoi qu'on en pense — dirigés qu'ils sont par des réflexes involontaires, des sursauts d'expériences anciennes perdues au plus profond de soi, refusant de revenir à la conscience et que nulle résilience n'a pu adoucir, des ordres chaotiques engendrés par des maladresses ataviques entassées dans nos gènes abâtardis issus du fond des âges, héritages successifs d'une parentèle qui ne fut pas toujours irréprochable.

 

« Y a-t-il en ce monde un seul être qui me soit destiné ? » Cette question, je me l'étais posée mille fois. Et mille fois il m'avait fallu reconnaître ce fait indiscutable : il n'était pas encore né celui qui ravirait mon coeur.

 

Le jour était venu et je te rencontrai. Tu étais là, devant moi, paré de toutes les grâces du monde, les bras chargés de fleurs, arborant ton sourire que je n'oublierai jamais, un sourire indéfinissable tel que seuls les peintres renaissants surent le représenter, non pas un sourire large où les dents se découvrent, non pas un sourire, signe d'une triviale satisfaction, mais un sourire à peine esquissé, un sourire mystérieux, presque imperceptible et cependant attirant par son irrésistible force magnétique.

Pourquoi es-tu venu, toi que je n'attendais plus ? Tu bouleverses ma quiétude. Tu embrouilles mes convictions. Je ne sais que penser. Depuis que je t'ai vu, j'erre parmi les ombres, les ombres de l'incertitude, celles du doute et de la perplexité...

 

À mon réveil brutal, laissant s'échapper mes illusions oniriques, j'entendis une voix intérieure qui me susurrait, à la manière de Monsieur Coué : « En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d'être [heureuse].1 »

Devais-je, envers et contre tous, me contenter d'un bonheur étriqué et me laisser abuser par des pensées étrangères ?

Je me dressai brusquement sur mon séant. Pourquoi venais-je de déraisonner ainsi en cette nuit agitée ? Avais-je donc, la veille, ressenti une émotion si aiguë que ma raison vacillait ?

« Ah ! ...Mon esprit est troublé2 », me dis-je.

J'effaçai mon rêve, et chassai, d'un revers de la main, ce pensement malvenu.

.............................................................

1-En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d'être heureux.

Marc-Aurèle, empereur romain, philosophe stoïcien (121-180)

 

2-Ah ! c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais.

L'Avare, Molière.

 

NOTES

Ma nuit fut hantée de pensées vagabondes

fut hantée, pas de liaison, disjonction. Le h de hanté est aspiré, la hantise.

La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

Eussé-je-je dû marquer d'une pierre blanche le jour où je te rencontrai

conditionnel passé 2e forme

Aurais-je dû marquer... conditionnel passé 1re forme
Le subjonctif plus-que-parfait s'emploie dans la langue soignée avec une valeur de conditionnel passé 2e forme.

J'eusse aimé vivre auprès de vous jusqu'à mon dernier souffle.

J'aurais aimé...

Eussé-je continué à vivre ainsi, pauvre et délaissée ?

Aurais-je continué...

Voir : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je...

et : Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

Jour à marquer d'une pierre blanche°, jour particulièrement mémorable.

le jour où je te rencontrai, passé simple

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

Non que je souffrisse vraiment, subjonctif imparfait

> Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

 

L'être raisonnable que j'étais devenue

j'étais devenue l'être raisonnable

devenue, participe passé employé avec l'auxiliaire être, s'accorde avec le sujet je au féminin.

que, le pronom relatif qui représente l'antécédent l'être raisonnable, est attribut du sujet je.

devenir est un verbe d'état ou verbe copule.

Voir : Qu'est-ce qu'un attribut ?

 

ne sentais-je pas là, au tréfonds de mon coeur, comme un creux, ou plus prosaïquement, quelque vide dans mon épigastre

au tréfonds de mon coeur, au plus profond de mon coeur.

Prosaïquement, ici, banalement.

quelque vide, un certain vide dans le creux de l'estomac

L'épigastre, partie de l'abdomen (le ventre) comprise entre l'ombilic (le nombril) et le sternum (os plat du thorax où s'attachent les sept premières paires de côtes).

 

cette impatience, naguère si vive

Naguère, il y a peu, il y a peu de temps.

 

l'exaspération des nerfs s'étiole

S'étioler, se faner, s'amoindrir, s'affaiblir.

 

l'hyperbole exacerbée née d'une incomplétude s'amenuise enfin 

L'hyperbole, l'exagération, l'excès.

L'incomplétude, état de ce qui est incomplet.

S'amenuiser, rendre plus menu, diminuer

 

des rêves possiblement réalisables

Possiblement, adverbe rare.

 

tout ce qui survient demande, dans l'instant, une adaptation

Dans l'instant, à l'instant, aussitôt.

 

la vie, ballottée telle un fétu de paille

ou tel un fétu de paille > Tel (accord)

Ballotté, bringuebaler, brinquebaler, brimbaler.

 

quelque volonté que son capitaine puisse exercer

> Quelque... que

 

quoi qu'on en pense

> Quoi que

 

des expériences anciennes que nulle résilience n'a pu adoucir

La résilience, qualité de celui qui ne se décourage pas, qui rebondit après une épreuve difficile.

 

Cette question, je me l'étais posée mille fois.

Posée, participe passé qui s'accorde avec l' (la élidé, pronom personnel représentant question) complément d'objet direct placé avant lui.

Me, pronom réfléchi, complément d'objet second.

Voir : Qu'est-ce qu'un verbe pronominal (réfléchi, réciproque, subjectif...) ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux

 

seuls les peintres renaissants surent le représenter

Les peintres renaissants, les peintres de la Renaissance.

 

celui-là serait fou qui voudrait se forger un destin

Il y a ici disjonction : qui, pronom relatif, est éloigné de son antécédent celui-là.

> Celui qui voudrait se forger un destin serait fou.

 

un sourire, signe d'une triviale satisfaction

Trivial, banal, ordinaire.

 

laissant s'échapper mes illusions oniriques

Onirique, qui tient du rêve.

 

j'entendis une voix qui me susurrait

Susurrer  > Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

La méthode Coué

Répétez-vous donc tous les matins au petit lever :

"Tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux".

Rencontré dans : 121 Délires où « tout vient à point à qui sait attendre.°»

 

je me dressai sur mon séant

Le séant, le derrière, le postérieur.

En son séant (vieux), sur son séant. En position assise (dans un lit)

Se (re)dresser sur son séant, se mettre sur son séant.

Séant, seyant, sis sont les participes du verbe seoir. Voir ce verbe défectif dans la note de : 6 Délires inconsidérés - Je n'en peux mais !

 

et je chassai, d'un revers de main, ce pensement malvenu

pensement, archaïque, action de penser. Cf. Littré

Ce pensement était son plaisir et sa consolation, G. SAND, François le Champi.

malvenu, inopportun.

 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 08:43

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Pour moi, dès lors, tout rassérénement était impossible. Je m'en fus revoir Monsieur Pro.

Je poussai doucement la porte de son refuge pour ne point le surprendre au cas qu'il serait parvenu à s'endormir. Le volettement d'une mouche l'eût réveillé, si grande était sa crainte d'être découvert.

Sa vue me bouleversa. Chaque instant semblait augmenter les affres de son accablement. Tout son corps menaçait de partir à vau-l'eau. Le cheveu grison s'était fait plus rare, la barbe grivelée laissait entr'apercevoir une lippe tremblante.

 

« Je ne puis me résoudre à vous encombrer davantage, chère Oli, déclara-t-il. Vous avez mieux à faire que de vous occuper de moi. Si, par aventure, la mort me fauchait ici, que feriez-vous de ma dépouille ? Je vous aurais plus embarrassé qu'été utile. Et avec vos antécédents... (N'avez-vous pas été suspectée dans la ténébreuse affaire1 du meurtre d'Alcmène et d'Amphi2, vos amis ?)... vous auriez tôt fait d'être au centre d'un imbroglio3 qui pourrait vous porter préjudice.

Que me parlez-vous là de mes feus amis ? m'exclamai-je interloquée. Avez-vous eu vent de cette histoire° ? En savez-vous quelque chose ? Alcofribas, individu retors s'il en fut, que je soupçonne d'avoir trempé bassement dans cette tragédie effroyable, était-il le coupable ?

Votre intuition ne vous a pas trompée. Cet homme représente la lie de cette société, le Maître Horri impitoyable, le Sanson sans vergogne chargé d'éliminer tout individu capable d'en menacer les fondements.

Pourquoi eux ? Pourquoi ma chère Alcmène et son dévoué mari ?

Des résistants jugés impénitents, irrécupérables. Tel fut l'impitoyable verdict des autorités. "À éliminer !" fut le mot d'ordre. C'est ce que fit Alcofribas. J'intervins pour vous arracher aux griffes policières. Vous l'avez échappé belle.

Je ne savais rien.

Ils se sont tus pour vous préserver.

Ainsi ont-il payé de leur vie. Quelle injustice ! »

J'étais abasourdie. Rien n'aurait pu me causer plus de mal.

« Mais, repris-je, dites-moi, comment alors vous prouver ma reconnaissance ?

Ne venez-vous pas de le faire ? »

Je restai un instant silencieuse, la tristesse me submergeant.

 

J'aurais pu me faire violence et lui donner un baiser, m'en remémorant l'envie qu'il avait eue naguère lorsqu'il esquissa le mouvement pour se rapprocher de moi4, mais je ne me résolus pas à faire cet effort. J'eusse été prise d'un haut-le-coeur s'il m'avait fallu toucher, fût-ce du bout des lèvres, la peau glutineuse de cet homme catarrheux — eût-il été mon sauveur.

 

« Je ne suis qu'un songe-creux, murmura le vieil homme. J'ai ambitionné de changer les choses. Mais mon manque de courage ne m'a fait accoucher que de velléités. Il est trop tard maintenant. Je n'éprouve pour moi-même que du mépris. »

 

Je cherchai des arguments pour qu'il ne s'effondrât point, pour qu'il ne se jugeât point aussi sévèrement. Qu'aurait-il pu faire, face à un appareil aussi puissant, prêt à l'écraser à la moindre tentative de rébellion ?

 

« Parlez-moi, lui demandai-je, de ces agents recruteurs qui capturent par delà (par-delà) la Frontière de pauvres innocents.

Chaque fois qu'un des nôtres disparaît (je veux dire qu'un Utopinambourgeois5 meurt ou s'échappe et se fond dans l'inconnu) la Haute Autorité charge l'un de ses sbires de le remplacer. Pour ce faire, il passe la Frontière et kidnappe un jeune homme, ou une jeune fille, c'est selon. L'affaire est savamment montée. Mais les erreurs foisonnent et les recrutés, pour la plupart, ne sont pas à la hauteur de ce qu'on peut espérer d'eux. Plût aux dieux que les abrutis, les balourds et les crétins ne volassent point ! Il ferait nuit.6 

Il se cacha le visage, imaginant probablement la chose.

« Ainsi fûtes-vous ravie du sein de votre famille, poursuivit-il. Et l'on s'appliqua à vous ôter tout souvenir. Le travail fut mal fait, vous en conviendrez.

Voilà pourquoi de vagues et intermittentes réminiscences ne laissent de me hanter depuis le jour de mon arrivée dans cette cité.

Voilà pourquoi votre soif de découvrir la vérité tout entière est à ce point inextinguible. »

Je dus me contenter de ces dernières explications.

 

Lorsque, le soir même, je revins voir Monsieur Pro, il avait disparu. Je déplorai de ne rien savoir de la résolution qu'il avait prise pour lui-même, et je lui sus gré de s'être esquivé ainsi — au péril de sa vie — sans un adieu.

.................................................

1-Une Ténébreuse Affaire, de Honoré de Balzac.

2-Alcmène et Amphi, restaurateurs à Utopinambourg, employeurs et amis d'Oli.

Pour en savoir + sur les personnages de la mythologie grecque, Alcmène et Amphitryon, (et Zeus !) voir la note du texte : 59 Délires conjugaux chez Alcmène et Amphi

3-L'arrestation d'Oli >> 120 Délires au commissariat + Des aphorismes incongrus

Comment prononcer imbroglio, voir : Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

4-J'aurais pu me faire violence et lui donner un baiser... moi.

Voir le texte des Délires : 86 Délires où le charme opère -"Yeah ! We all shine on

5-Utopinambourgeois, habitant de Utopinambourg, la cité étrange où vivent les personnages du conte.

6-Plût aux dieux que les abrutis, les balourds et les crétins ne volassent point ! Il ferait nuit.

Cf. Frédéric Dard."Si les cons volaient, il ferait nuit.", San Antonio.

 

NOTES

je m'en fus revoir monsieur Pro

Être dans le sens d'aller

Je m'en fus, je m'en allai.

je m'en allai revoir monsieur Pro

Le verbe être peut remplacer le verbe aller, dans la langue courante aux temps composés ; J'ai été à Paris.

Littré précise que dans ce cas, j'y suis allé et j'en suis revenu.

Le verbe être au passé simple et au subjonctif imparfait est du style soutenu et littéraire :  

Je m'en fus à la campagne. Il s'en fut regarder les avions dans le ciel.

Il fallait bien qu'il s'en fût sans se retourner.

 

dès lors tout rassérénement était impossible

Dès lors, locution adverbiale, dès ce moment-là, dès ce temps-là.

= dès alors, vieilli.

rassérénement ou rassérènement, action de devenir serein ou de rendre serein.

Je ne serai jamais rasséréné quoi que vous fassiez.

Tu me rassérènes par tes propos.

 

au cas qu'il serait parvenu à s'endormir

> En cas que, au cas que, dans le cas que, pour le cas que

 

le volètement ou volettement, fait de voleter

voleter, voler à petits coups d'ailes, voler ça et là.

je volette, je voletterai...

 

chaque instant semblait augmenter les affres de son accablement

Les affres, la grande angoisse.

Les affres de la mort.

 

tout son corps menaçait de partir à vau l'eau

(à) vau l'eau, vau l'eau, vau leau, vau-leau.

locution adverbiale, en suivant le fil de l'eau – sens figuré, au gré du hasard.

 

le cheveu grison se faisait plus rare

voir dans Le Trésor de la Langue française, TFLi

> GRISON, -ONNE, adj. et subst. masc.

 

la barbe grivelée laissait entr'apercevoir une lippe tremblante

Grivelé, ée, cf. Littré : Mêlé de gris et de blanc.

Un plumage grivelé.

Cuisses.... Grivelées comme saulcisses, Villon, Regrets de la belle Heaulmière. 

une lippe, lèvre (inférieure) épaisse et proéminente. Cf. Littré

entrapercevoir ou entr'apercevoir

> L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

je ne puis me résoudre à vous encombrer davantage

Davantage, ici synonyme de plus longtemps.

Voir l'article : Ne pas confondre : davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à - etc.

 

l'affaire est savamment montée

Affaire, à faire : voir l'article : Avoir affaire ou avoir à faire ? Les affaires, une affaire de coeur, j'en fais mon affaire, je lui ai fait son affaire, une ténébreuse affaire, faire le bizness...

Savamment, adverbe formé sur savant+ment.

 

si, par aventure, la mort me fauchait ici

D'aventure, par aventure, par hasard

 

Avoir eu vent de quelque chose°

avoir entendu parler de quelque chose.

 

Que me parlez-vous de mes feus amis ?

Pourquoi me parlez-vous...

QUE dans tous ses états – pronom interrogatif - pronom relatif - conjonction de subordination ou élément d'une locution conjonctive - adverbe interrogatif ou exclamatif – ne... que - etc. 

mes feus amis, mes défunts amis.

feu, feue, feus, feues.

Feu dans le sens de décédé récemment.

Invariable, Feu Monsieur. Feu Madame.

Varie lorsque l'adjectif est placé entre le déterminant et le nom, la feue Princesse d'York, les feus enfants du Roi, votre feue famille.

"On dit feu la reine s’il n’y a pas de reine vivante, et la feue reine si une autre l’a remplacée."Cf. Littré

Le Grevisse précise que "cela est vrai pour feu la reine mais la feue reine est possible qu'il y ait une reine vivante ou non."

Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

 

Alcofribas, individu retors s'il en fut

Retors, qui use sournoisement de mauvais moyens pour arriver à ses fins,

Cf. le Trésor : cauteleux, finaud, madré, malin, matois.

S'il en fut, passé simple du verbe être, locution figée.

 

cet homme représente la lie de cette société

La lie, au figuré, les éléments mauvais, le rebut (ici : de la société).

 

Le Maître Horri impitoyable

Maître Horri, l'éboueur-type du Moyen Âge.

Voir La Complainte Rutebeuf dans : Une petite histoire de la Langue Française racontée par mamiehiou– Chapitre 7 - L'ANCIEN FRANÇAIS DU IXe AU XIIIe SIÈCLE - CINQUIÈME PARTIE : Les complaintes de Rutebeuf

Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeuf

Que sunt mi ami devenu
Que j’avoie si pres tenu
Et tant amei ?

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?

[...]

Mi autre ami sunt tuit porri :

Je les envoi a maitre Horri

Et cest li lais.

Mes autres amis sont si pourris :
Je les envoie à maître Horri le vidangeur
Et les lui laisse.

...............................................................

le Sanson sans vergogne

Charles-Louis Sanson est le premier d'une longue lignée de bourreaux qui ont pratiqué "leur art" de 1688 à 1847.

Sans vergogne, sans honte.

 

Je restai un instant silencieuse, la tristesse me submergeant.

La tristesse me submergeant, proposition participiale.

Le participe présent submergeant a un sujet qui lui est propre : la tristesse.

=comme la tristesse me submergeait.

Complément circonstanciel de cause et de temps (simultanéité) du verbe de la principale.

Voir l'article : Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, (en) fatiguant fatigant – (en) convainquant convaincant – (en) émergeant émergent – (en) résidant résident...

 

Ils se sont tus pour vous préserver.

Se taire, verbe pronominal subjectif. Le participe passé s'accorde avec le sujet.

Le pronom se est inanalysable.

Voir le § J dans l'article :

Qu'est-ce qu'un verbe pronominal (réfléchi, réciproque, subjectif...) ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux

 

l'envie qu'il avait eue naguère

eue, participe passé, s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : que (mis pour l'antécédent envie)

> Règles de l'accord des participes passés

Naguère (il n'y a guère) il y a peu de temps.

 

la peau glutineuse de cet homme catthareux

Glutineux, visqueux et collant comme du gluten

Catarrheux, qui tousse, qui est enrhumé.

La catarrhe est une inflammation des voies respiratoires.

 

J'eusse été prise d'un haut-le-coeur

conditionnel passé 2e forme.

> j'aurais été prise... 1re forme

 

fût-ce du bout des lèvres

subjonctif imparfait, même si c'était du bout des lèvres.

 

eût-il été mon sauveur = même s'il avait été mon sauveur.

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

 

je ne suis qu'un songe-creux, murmura le vieil homme

Un songe-creux, péjoratif, un idéaliste utopiste.

Vieux ou vieil ? Beau ou bel ? Nouveau ou nouvel ? Fou ou fol ? Mou ou mol ? Un vieux monsieur et un vieil homme - Un beau monsieur et un bel homme...

 

mon manque de courage ne m'a fait accoucher que de velléités

Velléité, désir, volonté de faire quelque chose, mais qu'on ne réalise pas.

 

Je cherchai (passé simple) des arguments pour qu'il ne s'effondrât point, pour qu'il ne se jugeât point...

effondrât, jugeât, subjonctif imparfait dans des subordonnées finales (complément circonstanciel de but) > Pour que

Concordance des temps.

On utilise le passé simple et le subjonctif imparfait dans le style soutenu, littéraire.

 

prêt à l'écraser à la moindre tentative de rébellion

la moindre superlatif relatif de l'adjectif petit.

La moindre = la plus petite.

Rébellion, révolte contre l'autorité (ex. de l'état), contre quelque chose.

Se rebeller

 

par delà la frontière, au-delà de la frontière, etc.

>Y a-t-il un trait d'union ou pas ? Au delà ou au-delà ? Par delà ou par-delà ? AU ou PAR ou EN etc. + deçà, delà, devant, derrière, avant, arrière, dessus, dessous, dedans, dehors, haut, bas.

 

la haute autorité charge l'un de ses sbires de le remplacer

Un sbire, un homme de main.

Mot rencontré dans : 123 Délires de sbires et consorts

 

Plût aux dieux que les abrutis ne volassent point !

Les verbes sont au subjonctif imparfait.

Subjonctif optatif, voir le § 29 dans l'article :

Valeurs et emplois du subjonctif

 

Ainsi fûtes-vous ravie du sein de votre famille

inversion du sujet après ainsi.

L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

vous fûtes, passé simple.

Ravie, enlevée de force.

c'est ainsi qu'on vous kidnappa

 

de vagues réminiscences ne laissent de me hanter

Réminiscence, souvenir vague, profondément enfoui dans la mémoire.

ne laissent de me hanter = ne cessent de me hanter.

 

La vérité tout entière

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

votre soif [...] est à ce point inextinguible

Inextinguible, qu'on ne peut éteindre, qu'on ne peut étouffer, qu'on ne peut faire cesser.

 

Je lui sus gré, passé simple de savoir gré.

Lecteur indulgent, je te sais gré d'être sensible à mon style !

 

<< 144 Délires à vous couper bras et jambes°- Quel entortillement dans tout ce discours !

>> 146 Délires inassouvis - « Rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre... »

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 07:34

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Arrivé à ce point de l'histoire de ma vie, cher lecteur, où tu te rends compte du nombre de questions restant irrésolues pour toi, questions fondamentales ou détails pour le moins, qui n'ont encore reçu aucune explication rationnelle — qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable peuplé de gens déraisonnables ? — tu as déjà maintes fois rencontré, à chacun des épisodes de mon existence sans répit, une foultitude de petits éléments nouveaux bien faits pour éclairer ta lanterne°. Mais que de points obscurs encore qui mettront ta patience à mal ! Et voilà que tes neurones fourmillent de ces mille questions que tu brûles de me poser.

Sache-le, si je pouvais y répondre, je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité, mais je suis moi-même incapable de mettre en ordre le puzzle qui n'a de cesse de me tourmenter et je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces que je découvre, une à une, pour tenter d'apporter une certaine cohérence dans ce monde où chaque geste est épié, scruté, le plus souvent censuré, où tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité (inconstitutionnalité), où l'insubordination est punie de la peine capitale.

 

Je décidai de retourner à ma cache, ce lieu hermétique et protégé où se tapissait monsieur Pro, bien décidée à lui arracher quelques secrets encore.

Je t'entends d'ici t'exclamer, lecteur avide de connaître le moyen que j'avais de pouvoir ainsi aller et venir sans encombre en me dérobant devant l'oeil inquisiteur de Big Brother.

 « Quelle astuce merveilleuse as-tu donc trouvée, petite Oli pour t'échapper du champ des caméras disposées en grand nombre ? »

 

Prétatou. C'était Prétatou, mon chien dont le dévouement était sans bornes, futé comme pas deux — plus imaginatif que lui, tu meurs — lequel, pour venir à mon aide comme il le fit si souvent déjà, eut cette idée ingénieuse de détourner l'attention des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne. Dès que je prenais discrètement mon sifflet à ultra-sons que l'oreille humaine ne pouvait percevoir mais qui faisaient vibrer celle de mon Prétatou, toujours attentif et prêt à m'obéir, il se mettait aussitôt à faire son numéro.

Il sautait comme un kangourou, tourbillonnait comme une feuille au vent, virevoltait telle une ballerine, prenait des pauses de Marylin ou de Marlene (en Lola-Lola** s'entend), faisait des doubles, triples, quadruples sauts périlleux en avant, et en arrière, des quintuples même parfois, glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié, et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades.

Comment ? 

« Excusez du peu ! » me dis-tu, lecteur incrédule.

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?  M'accuserais-tu d'entortillement ?

 

Si Prétatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Aussitôt, dis-je, que les numéros prodigieux de Prétatou commençaient, toutes les caméras policières dardaient leur viseur sur lui, et sur lui seul, tant il était attractif, et nul ne se préoccupait plus de ce qui se passait ailleurs, ce qui me laissait le champ libre d'aller et de venir où bon me semblait.

Mon cher toutou toujours prêt à tout. Prêt à l'impossible.

 

Nous avions compris depuis belle lurette que les cerveaux chargés de nous surveiller étaient atteints d'un crétinisme sans faille !

............................................................. 

*Quel entortillement dans tout ce discours ! Bossuet

Pour lire ou relire un extrait de la célèbre oraison de Bossuet "Madame se meurt ! Madame est morte !" Reportez-vous au texte 80 Délires d'une ratiocineuse invétérée - Madame se meurt ! Madame est morte !

 

**Lola-Lola, personnage incarné par Marlene Dietrich dans le film l'Ange bleu de Joseph von Sternberg, 1930.

 

NOTES

Couper bras et jambes°

Cf. Littré. Au figuré et familièrement. Couper bras et jambes à quelqu'un, lui retrancher beaucoup de ses prétentions, de ce qu'il regarde comme ses droits.

Cet arrêt nous a coupé bras et jambes.

Plus ordinairement, ôter à quelqu'un le moyen d'agir, d'arriver à ses fins.

Cet événement nous a coupé bras et jambes.

Couper bras et jambes, signifie encore frapper d'étonnement, de stupeur, de découragement.

Cette nouvelle me coupa bras et jambes.

 

questions restant pour moi irrésolues

irrésolues, qui n'ont pas trouvé de solution.

 

qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable

monde qui n'est pas conforme à la raison, qui n'est pas doué de raison.

 

Irrésolu, irraisonnable

Le préfixe in 

Voir la note du texte 4 Délires inopérants - Immodérées et charmeresses blandices de la volupté 

 

tu as rencontré une foultitude d'éléments nouveaux

La foultitude, familier, plaisant. Grand nombre, grande quantité. La foule.

 

Éclairer sa lanterne°, clarifier quelque chose pour qu'on comprenne.

 

Je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces...

Je ne cesse de...

 

je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité

Impromptu, sur-le-champ, sans préparation.


tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité

à l'aune, à la mesure, selon

une aune, mesure ancienne de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5/6, équivalant à 1m, 182. Littré

Inconstitutionnalité, qualité d'un acte, d'une opinion contraire à la constitution.

Ici, contraire à la constitution d'Utopinambourg appelée La Règle.

 

lieu où se tapissait monsieur Pro

Se tapir, se cacher, se terrer.

 

Prétatou eut cette idée ingénieuse

Ingénieux, qui tient de l'imagination et de l'habileté.

 

des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne

un scrutateur, c'est celui qui observe attentivement quelqu'un afin de découvrir des aspects cachés de sa personnalité. Inquisiteur.

 

[il] glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié.

n'eût pas renié, n'aurait pas renié (conditionnel passé)

Michael Jackson, il va sans dire.

 

et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades

ce sont des pas de danse classique.

à l'envi, à qui mieux mieux.

 

Excusez du peu, me direz-vous

Cf. Littré : Ironiquement. Excusez, excusez du peu, se dit pour exprimer son étonnement de l'outrecuidance, de l'impertinence, de l'avidité de quelqu'un.

 

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?

Prendre des vessies pour des lanternes°

Cf. Littré : Il veut faire croire que des vessies sont des lanternes, c'est-à-dire il veut faire croire des choses absurdes et bizarres.

 

Si Prétatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Si Prétatou ne s'était pas évertué... c'en aurait été fait...

Voir les modes qui suivent la conjonction SI

 

M'accuserais-tu d'entortillement ?

Entortillement

Cf. Littré entre autres acceptions :

Action de ce qui s'entortille autour d'une chose ; état d'une chose entortillée autour d'une autre.

Au figuré, embarras, obscurité du style. Il y a de l'entortillement dans cette phrase.

 

Il y a belle lurette, depuis belle lurette

Vient de la métanalyse de "belle heurette".

Voir la métanalyse + exemples de métanalyse : Notes du texte 69 Délires dans un drôle de pays de cocagne + La métanalyse

 

Crétinisme

Maladie caractérisée par une dégénérescence des facultés intellectuelles et physiques (nanisme, goitre lié à une insuffisance thyroïdienne, etc.)

Par extension, stupidité.

 

<< 143 Délires sur l'incrédulité de Lio - "Qui sait souffrir peut tout oser."*

>> 145 Délires autour d'une inéluctable séparation.

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 13:45

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La révélation de monsieur Pro me bouleversa et me plongea dans la plus profonde perplexité.

Non que je ne le crusse pas  j'avais rencontré jusque-là trop de preuves confirmant que ce qu'il avançait était vrai  mais je redoutais de révéler à mes concitoyens l'incroyable chose.

« Qui sait souffrir peut tout oser.1 », me dis-je pour m'encourager.

Et cependant, j'étais épouvantée à l'idée d'affronter l'incrédulité de mes semblables, sans parler des risques que j'encourrais dès lors que j'irais à l'encontre des règles drastiques qui sévissaient dans cet état policier où tout manquement était puni, effroyablement puni.

Je me décidai à parler à Lio.

Elle haussa les épaules.

Elle lança un « Hum ! » accompagné d'un sourire narquois et secoua la tête en signe de désapprobation. On entendit grilloter les perles de ses boucles.

Et, grandiloquente, elle s'écria : « Ô toi, qui règnes en ce lieu du parfait savoir vivre ensemble, et de la bienséance, et des belles manières, prends garde ! On va te desceptrer ! »

Je fis fi de l'ironie. J'insistai. Je déployai des arguments.

« Les femmes sont si avides d'émotions que la plupart d'entre elles préfèrent le malheur à la tranquillité »2, railla-t-elle.

Je ne la savais pas misogyne. Je ne pus croire à une telle trahison. Comment ? Lio, en qui j'avais placé toute ma confiance, toute mon amitié... elle ne croyait pas à ce que je croyais, et cela, malgré tous les efforts que je faisais pour la persuader ?

Elle me demanda de cesser d'inventer une telle fable et de ne pas m'aviser de la répéter à quiconque. Elle enfonça le clou° : « Il ne faut qu'une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau.° »

Certes, je savais bien que je mettrais notre avenir en péril si jamais j'annonçais une vérité aussi apocalyptique.

On me traiterait d'énergumène à l'imagination effrénée et plus personne ne mettrait le pied dans notre école qui, jusqu'à ce jour, jouissait d'une réputation d'honorabilité sans conteste — excepté peut-être le jour où j'avais interrogé mes disciples sur leurs origines3 , ce qui avait quelque peu ébranlé leurs idées reçues.

 

Je ne poursuivis pas la conversation avec mon amie qui crut que j'en avais fini une fois pour toutes avec cette histoire.

« L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition 4, déplorai-je à part moi, et si je persiste à vouloir convaincre qui que ce soit de croire en la réalité, je suis bien sûre que je vais me colleter avec ces enthousiastes-là. »

J'en eusse gagé ma tête à couper°.

................................................................................

1*Qui sait souffrir peut tout oser.

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (1715-1747)

 

2Les femmes sont si avides d'émotions que la plupart d'entre elles préfèrent le malheur à la tranquillité.

Extrait de Correspondance, Madame du Deffand,

 

3Voir l'épisode  141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »*

 

4L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition.

Réflexions et Maximes, Francis Bacon baron Verulam (1561-1626)

 

NOTES

Non que je ne le crusse pas

voir l'article : Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que...

 

sans parler des risques que j'encourrais dès lors que j'irais à l'encontre des règles

j'encourrais, conditionnel présent, 2R

encourir se conjugue comme courir.

j'encourais, imparfait de l'indicatif. 1R

j'encourrai futur, 2R

Voir l'article Dès lors que

 

elle lança un hum accompagné d'un sourire narquois

Hum, interjection qui marque doute, réticence, impatience. Cf. Littré

Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

Narquois, moqueur

 

On entendit grilloter les perles de ses boucles.

Grillotter, faire un petit bruit de grelot.

Cf. Littré : Les dames, tant anciennes que modernes, ont accoutumé de pendre des perles en nombre à leurs oreilles, pour le plaisir, dit Pline, qu'elles ont à les sentir grilloter, s'entre-touchant l'une l'autre. Saint François de Sales.

 

on va te desceptrer

Desceptrer, ôter le sceptre ; détrôner.

 

si jamais j'annonçais une vérité aussi apocalyptique

Apocalyptique, acception dans le texte : épouvantable comme la fin du monde dans l'Apocalypse.

 

j'irais à l'encontre des règles drastiques

Drastique, très sévère, draconien, rigoureux.

 

je vais me colleter avec ces enthousiastes-là

Colleter, saisir brutalement quelqu'un au collet.

se colleter, lutter avec quelqu'un.

 

Enfoncer le clou°, insister, marteler une idée pour qu'elle entre dans la tête de son interlocuteur.

 

Il ne faut qu'une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau.°

Proverbe - Il suffit d'une seule personne vicieuse pour gâter tout un groupe.

 

Je gagerais ma tête à couper°, affirmation folle et extravagante pour dire qu'on est très sûr de ce qu'on avance. Cf. Dictionnaire du bas-langage, ou Des manières de parler usitées parmi le peuple

 

<< 142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire.

>> 144 Délires à vous couper bras et jambes°- Quel entortillement dans tout ce discours !*

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 08:21

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Sitôt que j'eus poussé la porte de la pièce protégée où je l'avais confiné, monsieur Pro se leva, confus et bredouillant.

« Vous voilà reposé ? lui demandai-je.

— Merci... merci pour tout... pour votre courage... votre générosité... »

Je le laissai parler sans lui poser aucune question qui eût pu le mettre dans l'embarras. Il allait livrer, sans aucun doute, les motifs de sa venue chez moi.

« Je n'ai nulle part où aller... Je suis traqué... perdu... et personne à qui me fier... excepté vous... »

Il dut reprendre son souffle, l'émotion lui nouant la gorge.

« Rasseyez-vous, lui dis-je avec sollicitude. Je vous l'ai dit. Ici, vous ne craignez rien.

— Je ne suis pas venu pour échapper à mon sort. Je suis venu pour vous... et pour les autres... peut-être. »

Il s'arrêta quelques instants ; sa respiration se fit plus régulière.

 

Je m'étais installée sur un petit cabriolet, bien en face de lui, pour mieux le regarder, et je m'étonnais que son visage fût parsemé de rides. Était-ce le tourment qui l'avait ainsi marqué ? Était-ce la vieillesse qui faisait son oeuvre ? Rien n'aurait pu laisser imaginer qu'à Utopinambourg la vieillesse eût droit de cité. La vieillesse, aucun de mes concitoyens lambda n'en connaissait les signes, encore moins les affres.

 

Qu'était-il donc advenu de lui depuis notre rencontre ? Il y avait si peu de temps encore ; tout juste quelques mois ? Fallait-il qu'en ce pays que je croyais protégé de toute maladie, je pusse voir quelqu'un portant les stigmates d'un état qui ne laissait aucun doute ? Et comment se faisait-il que je les connaissais, ces signes de la sénescence, que personne, jamais, n'avait vus, dont personne, jamais, ne parlait ? Je songeai alors à Marie Cratère. C'était sur elle que je les avais remarqués : ses rides profondes, ses cheveux blancs, mais sur nul autre — ceux qui s'y connaissent quelque peu en gériatrie ajouteraient : ni démarche hésitante, ni voix chevrotante — et sa pensée et sa mémoire étaient aussi vives que si elle avait eu vingt ans. Marie Cratère — je frémis à son souvenir — la vieille Marie Cratère qui m'avait hébergée alors que j'étais perdue et dans le plus grand désarroi, celle-là même qui s'était livrée aux pires exactions sur ma personne.

 

J'attendais, impatiente, que monsieur Pro se livrât à moi.

« Quand vous saurez, me dit-il, vous comprendrez que vous courrez un grand danger... si jamais... 

Si jamais ? demandai-je.

Si jamais vous vous risquez à rendre public ce que je vais vous dire. »

Ce préambule n'augurait rien de bien rassurant. Je brûlais d'entendre la suite du discours.

Monsieur le sous-gouverneur inspira profondément et se résolut à me dévoiler son secret.

« Notre cité sort tout droit de l'imagination d'un être d'une intelligence supérieure, mais dont la prétention n'a d'égale que sa puissance. Pour échapper à une civilisation vouée à une lente décomposition, ou pire, à une destruction inéluctable — ne fallait-il pas se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal1, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire... ? cet être enfin, dont je n'ose prononcer le nom, imagina de construire Utopinambourg comme un havre capable de protéger une petite partie de l'humanité, microcosme que vous connaissez, mademoiselle Oli, un monde en réduction où vous vivez présentement, avec vos concitoyens tout aussi ignorants de leur passé que s'ils venaient de sortir du ventre de leur mère.

Cet univers en miniature, construit de toutes pièces par un groupe de scientifiques et de techniciens de haut niveau, les Maîtres d'Utopinambourg, c'était le dessein qu'ils avaient formé pour soustraire au monde corrompu quelques humains, triés sur le volet°, qui auraient vivre dans la plus grande plénitude, loin de la tyrannie et des malheurs auxquels ils auraient échappé, dans une cité parfaite où auraient régné l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté2, une cité où même les nuages seraient merveilleux3.

« Personne ne manquerait de rien, se dirent-ils. Chacun se livrerait à ce qu'il aime, et surtout... la maladie et la mort en seraient bannies. »

 

Monsieur Pro poussa un long soupir de regret et fit une courte pause. Puis il reprit :

« C'était sans compter que la nature humaine serait toujours et irrémédiablement partagée entre le Bien et le Mal. L'homme, dès lors qu'il se sent libéré de toute contrainte, dès lors qu'on lui propose tout le bonheur possible, ne se résout aucunement à profiter de cette chance inouïe, mais aussitôt se livre à des exactions coupables envers ses semblables.

Utopinambourg, ma chère petite Oli, est un fiasco monumental. Ce n'est aujourd'hui que par la force, la répression policière, que l'on fait régner l'ordre... un semblant d'ordre.

Big Brother4, murmurai-je, ou bien quelqu'un, quelque chose qui lui ressemble.

C'est cela même, acquiesça monsieur Pro. C'est cela même... »

 

Il ne m'en dit pas plus. Je restai sur ma faim°. Mais le plus dur à avouer était d'ores et déjà dévoilé. J'étais sûre maintenant qu'il y avait, au-delà des frontières invisibles et infranchissables d'Utopinambourg, un autre monde, un monde ancien d'où j'étais issue, un monde d'où l'on m'avait tirée, sans que je pusse me défendre.

Comment me résoudre désormais à garder par devers-moi ce secret qu'on m'avait confié ? Et si je le révélais, ne craindrais-je pas qu'il ne subvertît les esprits, qu'il ne provoquât un soulèvement et des affrontements tels que taire la vérité serait un moindre mal ?

Devrais-je rester à l'avenir dans le dédoublement ? Je serais celle qui sait et qui se tait, et celle qui se tait tout en souffrant de savoir.

............................................................

1"...la banalisation et la surmédiatisation du mal : cash, crash, krach, trash et flash, en temps réel et en prime time ...

lire la page 105 du livre de Hervé Etchart, 2003.

Le Démon et le Nombre 

(voir l'aperçu sur la toile) 

Le Démon et le Nombre - Résultats Google Recherche de Livres

Le Démon et le Nombre est une réflexion sur notre société occidentale d'aujourd'hui. Des thèmes qui s'affrontent, le Bien et le Mal, la folie et la raison, la religion et la science, thèmes abordés de tous temps chez les philosophes, les théologiens, les hommes de sciences...

 

2 Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
   Luxe, calme et volupté.
 

extrait de L'invitation au Voyage

de Charles Baudelaire 1821 - 1867

Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal

Lire L'invitation au voyage

dans Poèmes d'amour – Tome 2 - Florilège proposé par mamiehiou

 

3 Les nuages, les merveilleux nuages.

dans L'étranger de Charles Baudelaire - Petits Poèmes en Prose

Lire le poème à la fin de l'article.

Les merveilleux nuages (1961)

Titre du roman de Françoise Sagan

 

4 Big Brother

dans1984 le roman de George Orwell

Voir la note du texte :  63 Délires sur Big Brother

Et

Pour lire la rencontre avec Marie Cratère, voir Les Délires N°16

Pour lire la rencontre avec monsieur Pro, voir Les Délires N°81

 

NOTES

Sitôt que j'eus poussé la porte de la pièce protégée où je l'avais confiné, monsieur Pro se leva

Sitôt que j'eus poussé (passé antérieur)

voir la locution conjonctive de temps > Sitôt que

 

monsieur Pro ou Monsieur Pro ?

> Quand faut-il mettre une majuscule à Monsieur, Madame, Mademoiselle, etc ? Comment abréger ces mots ? 

 

Je le laissai parler sans lui poser aucune question qui eût pu le mettre dans l'embarras.

qui eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel (conditionnel passé deuxième forme)

> qui aurait pu le mettre dans l'embarras

 

je m'étais installée sur un petit cabriolet

Un cabriolet, ici, un fauteuil léger à dossier cintré.

 

Je m'étonnais que son visage fût parsemé de rides

fût subjonctif imparfait

subjonctif dans une conjonctive qui dépend d'un verbe exprimant un sentiment, je m'étonnais.

imparfait dû à la concordance des temps, la proposition principale étant au passé.

Au présent on a : je m'étonne que son visage soit parsemé...

 

ces signes de la sénescence que personne, jamais, n'avait vus

La sénescence, ensemble des phénomènes non pathologiques qui affectent le corps humain à partir d'un certain âge que l'on associe à la vieillesse.

 

Quand vous saurez, me dit-il, vous comprendrez que vous courrez un grand danger si jamais

Vous courrez, futur / vous courez, indicatif présent / vous courriez, conditionnel présent

Si jamais, voir >Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

la vieillesse n'avait pas droit de cité à Utopinambourg

Le droit de cité, c'est la jouissance de tous les droits du citoyen, membre d'une cité.

 

aucun de mes concitoyens lambda (ou lambdas) n'en connaissaient les affres

Lambda, le L grec 

adjectif et substantif, banal, quelconque, moyen

Des lambda, des citoyens lambda.

La nouvelle orthographe permet le s

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

Les affres, substantif féminin pluriel. Très grande angoisse, épouvante.

Les affres de la mort, les affres de l'amour (les tourments)

 

Fallait-il que je pusse voir quelqu'un portant les stigmates

Je pusse subjonctif imparfait

subjonctif dans la conjonctive après falloir

imparfait, le verbe de la principale il fallait est au passé, concordance des temps.

Voir l'article :  Valeurs et emplois du subjonctif 

 

Trier sur le volet°, sélectionner soigneusement le meilleur.

 

par devers soi, ou par devers-soi, au fond de son esprit ou de son coeur. Cf. Littré

On ne fait pas la liaison si devers est suivi d'une voyelle. Cependant quelques-uns lient.

par devers / eux ou par devers-z-eux

 

quelques humains qui auraient dû vivre dans la plus grande plénitude 

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Je restai sur ma faim

Rester sur sa faim°  Ne pas manger à satiété.

Sens figuré, être déçu de ne pas obtenir ce que l'on attend.

 

un monde ancien d'où j'étais issue

issu, issue, adjectif dérivé du verbe issir, défectif.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

Ne craindrais-je pas qu'il ne subvertît les esprits, qu'il ne provoquât un soulèvement

L'explétif Ne, voir l'article NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

subvertir, mettre sens dessus dessous, renverser. 

......................

L'ÉTRANGER, Baudelaire, Petits poèmes en prose, I (1869)

—  Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
—  Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
—  Tes amis ?
—  Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
—  Ta patrie ?
—  J'ignore sous quelle latitude elle est située.
—  La beauté ?
—  Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
—  L'or ?
—  Je le hais comme vous haïssez Dieu.
—  Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
—  J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

 

<< 141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »* 

>> 143 Délires sur l'incrédulité de Lio- « Qui sait souffrir peut tout oser. »

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 08:23

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Le cours que je donnai alors porta sur le mystère des origines, non de l'origine des espèces1 comme on pourrait le penser, ni de l'origine du monde — là n'était pas mon propos. Mais je m'aventurai à poser la question de savoir si quelqu'un d'entre nous se rappelait l'endroit d'où il venait, avant d'arriver à Utopinambourg, et s'il avait emporté avec lui le souvenir de sa famille, ou pour le moins, le plus fugace souvenir de son enfance, si tant est qu'il eût été un jour un enfant. J'osai me risquer à aborder un sujet qui plongea mon auditoire dans la plus grande stupéfaction. Je compris bientôt que jamais aucun d'entre mes auditeurs ne s'était vraiment posé la question. Je m'en étonnai d'autant plus que cette pensée, quant à moi, ne m'avait jamais laissée en repos et je supposai qu'ils avaient été les victimes d'un effaçage de souvenirs parfaitement réussi, d'un lavage de cerveau d'une redoutable efficacité. Pourquoi étais-je la seule à éprouver d'une façon aussi douloureuse la nostalgie aiguë d'un passé qui m'échappait, mais que je savais se cacher bien là, au tréfonds de mon inconscient verrouillé ?

 

Moi, Oli, oui moi, Oli, n'avais-je pas naguère rencontré, agitant leurs petites mains et souriant aux anges, deux enfançons des plus joliets, dans le bois de Marie Cratère ?2

 

Tout ce que je réussis à faire fut de jeter un pavé dans la mare°. J'entendis des murmures inquiets, je vis les fronts se plisser. La classe était en émoi. Je sentis comme une effervescence qui agitait les coeurs et les pensées. J'avais levé un lièvre° qu'il serait sans doute bien difficile de faire rentrer au gîte.
C'est alors que je fus assaillie de questions étranges et d'agressions verbales :

« Qu'est-ce donc qui vous prend d'inventer de telles histoires, de parler ainsi incongrûment ? »

« Existerait-il quelque chose hors de notre cité ? »

« Peut-on à l'avenir faire confiance à une maîtresse à penser qui raconte des balivernes ? » 

« Des fadaises, cria quelqu'un ! »

On lui emboîta le pas° :

« Des contes, à n'en pas douter ! »

« Sornettes que tout cela ! »

« Ce ne sont que sottises ! »

« Des calembredaines à coup sûr ! »

« Des coquecigrues ! » hoqueta-on. 

« Pourquoi diable ces billevesées ? » susurra un timide.

« Foin de telles fariboles ! »

On osa « foutaises » et « conneries ». Le croiriez-vous ?


J'étais bouleversée, désemparée. Mes disciples, mes chers disciples d'ordinaire si polis et si policés, si attentifs et si objectifs, si réfléchis et si affranchis de tout préjugé... mes disciples faisaient la révolution. Je me vis déjà arrêtée, embastillée, suppliciée peut-être. On ne jette pas le trouble impunément à Utopinambourg !


Je vis que mal m'en avait pris d'aborder un sujet aussi sensible. J'avais prévu quelques réactions qui auraient pu me surprendre, mais à ce point !

C'est alors que les esprits s'accoisèrent, brusquement.
Les jeunes gens les plus excités qui s'étaient levés — certains mêmes brandissant le poing — se rassirent.
Et dans ce silence assourdissant, l'un d'eux prit la parole :

« Chère mademoiselle Oli, dit-il, nous nous sommes laissé emporter, Pardonnez-nous cette réaction que nous ne comprenons pas très bien nous-mêmes. Peut-être vos questions nous ont-elles troublés, à tel point que, incapables de reconnaître qu'elles remuaient en nous quelque chose d'infiniment intime et de très profondément enfoui, nous avons ressenti un incompréhensible et insupportable malaise, lequel a bouleversé notre façon de penser, jusqu'à nous faire nous comporter comme des êtres insensés. »
« C'est quelque chose de très étrange », renchérit un condisciple qui lui aussi semblait être revenu à la raison. « Mademoiselle Oli, je crois que nous allons réfléchir à tout cela calmement. »

Une femme se leva et prit la parole à son tour :

« Il faut que je vous dise : une violente vibration m'a parcourue tout entière lorsque je vous ai entendu dire : "quand vous étiez enfant"... enfant... enfant...  » répéta-t-elle. « Avons-nous jamais été des enfants ? Et pourquoi n'y a-t-il pas d'enfants à Utopinambourg ? »

Elle se rassit, se jeta la tête sur les genoux, et éclata en sanglots.

J'en avais assez fait et assez vu ce jour-là dans ce cours qui avait ébranlé si fort les esprits.
Je donnai congé à mes auditeurs après les avoir remerciés de m'avoir écoutée et je m'éclipsai.
J'avais hâte de rejoindre Monsieur Pro qui devait s'être réveillé et qui, sûrement, avait d'étonnantes révélations à me faire.

................................................................

*Titre : « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur, et l'ombre portée, l'ombre magique devient un symbole. »
Dominique Blondeau (romancière québécoise d'origine française)

 

1- De l'origine des Espèces. Retrouvez le texte intégral de Charles Darwin,1809-1882, in Libro Veritas

Charles Darwin - De l'Origine des Espèces

 

2- La rencontre d'Oli et des enfançons

Voir les Délires n°13 et 14 :

13 Délires spectaculaires - Ô temps, suspends ton vol !

14 Délires chargés d'une émotion incommensurable - It's a long way to Tipperary*
 
 

NOTES

s'il avait emporté avec lui le souvenir de sa famille, pour le moins le plus fugace souvenir

pour le moins, à tout le moins, tout au moins, en estimant les choses au minimum, en se bornant au minimum.

fugace, qui dure très peu, qui passe vite.


si tant est qu'il eût été un jour un enfant
eût été, subjonctif plus-que-parfait
voir l'article
si tant est que

 

la nostalgie aiguë d'un passé qui m'échappait

aigu, aiguë, exigu, exiguë, exigus, exiguë, ambigu, ambiguë,

le tréma de l'adjectif au féminin est sur le e, comme la ciguë

Exiguïté, ambiguïté.

Avec la nouvelle orthographe, le tréma a changé de place

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

cette pensée, quant à moi, ne m'avait jamais laissée en repos

quant à moi, pour moi, en ce qui me concerne.

quant est toujours suivi de à, au, aux

Ne pas confondre avec la conjonction quand.

 

là, au tréfonds de mon inconscient verrouillé

au tréfonds, littéraire, ce qu'il y a au plus profond. 

 

Jeter ou lancer un pavé dans la mare (aux canards, aux grenouilles)°, faire une révélation qui scandalise, et jette le trouble.

 

Lever un lièvre°. Mettre au jour une question gênante ou cachée.

 

parler ainsi Incongrûment

d'une façon qui n'est pas convenable, ni correcte, ni juste.

Congru, congrûment.

incongru, incongruité (inconvenance)

Une réponse congrue, une réponse qui convient exactement.

Congruer : vieilli, convenir.

La portion congrue, ressources à peine suffisantes pour subsister.

L'accent circonflexe des adverbes congrûment et incongrûment est la trace du e disparu des adjectifs au féminin (in)congrue.

De même assidûment, continûment, crûment, dûment, indûment, goulûment, nûment (=crûment, tel quel).

Mais on a sans accent absolument, ambigument, éperdument, ingénument, prétendument, résolument.

Le Trésor donne prétendument et prétendûment, cette dernière graphie n'est admise ni par Littré, ni par l'Académie.

Substantif : Un éperduement ou éperdument est l'abandon à l'ivresse d'une passion
 

Emboîter le pas°, ici, imiter.


Foin de telles fariboles !

foin de, Interjection qui traduit le mépris ou l'impatience.

 

Je crus que mal m'en avait pris d'aborder un sujet aussi sensible

Mal lui en prit veut dire qu'il y eut des conséquences désagréables

Mêmes tournures avec bien : Bien m'en prend d'aborder le sujet.

 

c'est alors que les esprits s'accoisèrent

S'accoiser, se calmer, devenir coi (coite).

accoiser, rendre coi, calme, tranquille. cf. Littré

 

dans ce silence assourdissant

ALLIANCE DE MOTS, OXYMORE ou OXYMORON

 

nous nous sommes laissé emporter.

laissé, participe passé suivi d'un infinitif, invariable.

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ 

 

je me vis déjà embastillée

Embastiller, enfermer à la Bastille, emprisonner.


Une violente vibration m'a parcourue tout entière.
TOUT ADVERBE, toute tremblante, tout ébaubie.
Les adverbes sont généralement invariables, sauf TOUT dans un cas précis, pour raison d'euphonie, quand il précède un adjectif au féminin qui commence par une consonne, ou un H aspiré
On écrira,
une femme toute honteuse (h aspiré), toute menue, toute belle. Mais une femme tout épanouie, une chevelure tout hirsute (h muet, on fait la liaison)

Pour en savoir + sur tout, lire l'article :  Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

>>140 Délires sur la visite inopinée de Monsieur Pro. « La vie est une grande surprise... »>>

>>142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Ne fallait-il pas lutter contre la banalisation et la surmédiatisation du mal, la pollution, la menace nucléaire ?*

 

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 10:27

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Sitôt que Monsieur Pro eut engagé la conversation, ses forces l'abandonnèrent. Je compris qu'il ne serait pas en mesure d'expliquer quoi que ce fût sur le choix qu'il avait fait de venir se réfugier auprès de moi. N'avait-il donc pas en ce monde un ami qui eût pu lui venir en aide ? Et qu'aurais- je été capable de faire pour lui ?

« Monsieur Pro, lui dis-je pour le rassurer, vous êtes ici en sécurité. Reprenez vos forces. »

Je lui proposai une collation qu'il refusa. À voir l'attitude qu'il prenait, le dos courbé, les paupières s'alourdissant, et son silence soudain, je sus qu'il me faudrait m'armer de patience. Je lui proposai de se reposer là quelques heures. Je reviendrais le voir bientôt. Il ne se fit pas prier et s'affaissa sur l'ottomane. Je l'entendis qui balbutiait : « La vie est une grande surprise....* » 

Les derniers mots se perdirent.
Il tenait à la main ce que je crus être un message qu'il n'avait pas eu la force de me tendre, une feuille de papier qui glissa sur le sol. Je supposai qu'elle m'était destinée et je m'autorisai à tenter de déchiffrer la dizaine de lignes griffonnées, espérant qu'elles m'éclaireraient quelque peu sur les intentions de Monsieur Pro. Mais à ma grande stupéfaction, j'y vis une écriture étrange, en boustrophédon, me sembla-t-il. Je n'osai emporter le billet et le plaçai à côté du dormeur.
Avant de sortir de ma cachette, je disposai, sur un petit guéridon à portée de main, quelques fruits, des biscuits que j'avais confectionnés et un petit verre de ratafia, pour qu'il pût se sustenter au cas où il se réveillerait avant mon retour.

Rien n'aurait pu m'étonner davantage que cette visite inattendue et inexplicable. Monsieur Pro avait, non seulement risqué sa vie à venir ainsi jusqu'à moi – je songeai au chemin parcouru – mais il s'était aussi déterminé à risquer la mienne, car s'afficher ainsi avec moi aurait pu me rendre suspecte, à coup sûr. Je me mis à trembler à cette pensée et je lui en voulus de me mettre ainsi en danger.

Lorsque je retournai à l'école – j'avais un cours à assurer qui n'attendrait pas – je croisai Lio qui m'avait aperçue avec mon hôte et qui se faisait
un sang d'encre° à m'attendre.
Elle voulut des explications et je lui répondis évasivement, ce qui l'inquiéta d'autant plus, habituée qu'elle était à ma franchise. Elle insista. Je marmottai quelques mots sans suite et je la vis perplexe. Ne croyait-elle pas que je me perdais ainsi dans des évagations bien simulées pour
noyer le poisson°?

« Cela ne lui ressemble guère », pensa-t-elle.

Je ne faisais ainsi qu'exciter sa curiosité. Elle cessa enfin de me pousser dans mes derniers retranchements, craignant que je continuasse à lui parler amphibologiquement.
Je fus très contrariée de la décevoir et me querellai de n'avoir pu satisfaire sa curiosité. C'était bien là notre première anicroche. Qu'aurais-je pu faire d'autre ?

...........................................

 *« La vie est une grande surprise. Pourquoi la mort n'en serait pas une plus grande ? »

 « Life is a great surprise. I don't see why death should not be an even greater one »
Vladimir Nabokov 1899-1977

 

NOTES

Sitôt que Monsieur Pro eut engagé la conversation, ses forces l'abandonnèrent...
eut engagé, passé antérieur

la locution conjonctive de temps (emploi littéraire) > Sitôt que

Il ne serait pas en mesure d'expliquer quoi que ce fût

quoi que ce soit, subjonctif présent
quoi que ce fût, subjonctif imparfait
> quoi que (ne pas confondre avec quoique)


son silence soudain
le mot soudain peut être :
adjectif, qui survient d'une manière inattendue, brusque.
Son silence soudain (silence auquel je ne m'attendais pas)

ou adverbe, tout à coup.

Il cessa soudain de parler.

N'avait-il donc pas en ce monde un ami qui eût pu lui venir en aide ?
eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (conditionnel passé deuxième forme)
un ami qui aurait pu lui venir en aide
aurait pu, conditionnel passé première forme


Je reviendrais le voir bientôt, futur du passé, le texte étant au passé.

> Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur antérieur du passé - Le futur antérieur hypothétique - Exercice d'application

 

il s'affaissa sur l'ottomane

l'ottomane, voir la note des Délires n°71

espérant qu'elles m'éclaireraient quelque peu sur les intentions de Monsieur Pro

Quelque peu, un peu.

> Ne pas confondre : quoique, quoi... que – quelque, quelque... que, quel que

j'y vis une écriture étrange, en boustrophédon

écrire en boustrophédon

type d'écriture ancienne utilisé par les orientaux et les Grecs où une ligne se lit de gauche à droite, la suivante de droite à gauche, et ainsi de suite alternativement. Ce mouvement imite les sillons tracés dans les champs par des boeufs. Étymologie :Mot grec venant de boeuf et de tourner.


Des biscuits que j'avais confectionnés
accord du participe passé confectionnés avec le complément d'objet direct placé lui avant lui : que pronom relatif représentant biscuits.

> Règles de l'accord des participes passés

et un petit verre de ratafia

Ratafia. Liqueur spiritueuse, composée d'eau-de-vie, de sucre, et du jus de certains fruits ou de l'arôme de quelque fleur. cf. Littré

pour qu'il pût se sustenter au cas où il se réveillerait

Se sustenter, s'alimenter, se restaurer.

Je croisai Lio qui m'avait aperçue
aperçue, participe passé qui s'accorde avec le complément d'objet direct M' (ME élidé) mis pour je, c'est-à-dire Oli la narratrice.

Se faire un sang d'encre°, se faire du mauvais sang, se ronger les sangs, se faire du souci, se tourmenter.

 

je lui répondis évasivement, ce qui l'inquiéta d'autant plus, habituée qu'elle était à ma franchise

habituée adjectif apposé à l' (elle)

L'adjectif apposé habituée est prolongé par une proposition relative qu'elle était à ma franchise.

Le pronom relatif qu' (que)mis pour habituée est attribut de elle >> elle était habituée à ma franchise.

 

je marmottai quelques mots sans suite

Marmotter, parler d'une manière confuse, marmonner.

 

je me perdais ainsi dans des évagations

Une évagation. Littéraire. Disposition de l'esprit à se détacher de l'objet auquel il devrait se fixer. Se perdre dans des évagations.

Noyer le poisson°

Créer la confusion pour tromper quelqu'un, embrouiller les choses pour éluder une question.

craignant que je continuasse à lui parler amphibologiquement.

je continuasse, subjonctif imparfait

subjonctif dans une proposition qui dépend du verbe craindre

> Valeurs et emplois du subjonctif

amphibologiquement - Littéraire. De manière équivoque.
synonyme : ambigument (pas d'accent sur le u)


Je me querellai de n'avoir pu satisfaire sa curiosité

se quereller, pronominal réfléchi, se faire des reproches à soi-même.

c'était bien là notre première anicroche

Une anicroche. Familier, petite difficulté qui cause un désagrément passager.
 

<< 139 Délires d'une fuite éperdue "Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel."

>> 141 Délires qui plongent dans l'inconscient « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »*

 

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 05:30

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Au cours de ces mois glacés, Lio et moi jouîmes d'une vie tissue d'amitié et de tendre complicité. Nos caractères s'accordaient à merveille et nous ne doutions pas que nos jours s'écouleraient ainsi longtemps encore. Je songeai souvent à ma chère Alcmène que j'avais perdue pour toujours et pour laquelle j'avais éprouvé tant de gratitude en des temps tourmentés, et mon coeur se serrait à son souvenir. Le crime impuni qui l'avait arrachée à moi me laissait dans l'âme un regret et une amertume incoercibles.

Les premiers signes du renouveau apparurent et me soulagèrent un peu de mes pensées sombres, encore que je n'eusse guère de temps à consacrer à la rêverie.

Notre travail nous emportait dans un tourbillon salutaire. Et nous étions prêtes à consacrer nos heures de repos à nos disciples dont le nombre ne cessait de croître de semaine en semaine. Pouvions-nous leur refuser la sollicitude qu'ils attendaient de nous et les conseils qui les aideraient à vivre ?

 

Un jour, cependant que j'étais près, non pas de renoncer à découvrir quoi que ce fût sur l'énigme qui m'avait amenée jusqu'ici, dans cette ville étrange, mais plutôt de désespérer d'y parvenir, je vis se profiler dans le hall de notre école une silhouette qui me sembla presque familière, sinon que la démarche hésitante m'étonna au plus haut point.

« Il y a donc, me dis-je des hommes assez fous pour déambuler ainsi, affichant ouvertement leur état, au risque d'être arrêtés sur-le-champ ! »

Je craignis que son image, captée par des dizaines de caméras, n'inquiétât les autorités, et que ne surgît une horde de policiers pour se saisir de ce pauvre homme.

Je dégringolai prestement l'escalier pour aller à sa rencontre, et lui intimai de me suivre dans un endroit caché à la vue, et insonorisé de surcroît,

À le voir ainsi de près, je mis un nom sur son visage et m'exclamai : « Monsieur Pro ! Vous ici ? » Il mit le doigt sur sa bouche, effrayé qu'il était que quelqu'un eût pu le repérer et, les portes bientôt closes derrière nous, nous espérâmes nous protéger de tous.

 

La petite pièce où je l'emmenai ressemblait à un boudoir précieux que j'avais installé pour mon plaisir, et où je me réfugiais hors de portée de vue et d'ouïe de Big Brother que je soupçonnais toujours à l'affût de quelque manquement à la sacro-sainte Règle à laquelle je m'étais aujourd'hui accoutumée, mais non soumise, comme vous venez de vous en apercevoir. Eût-on découvert mon cabinet secret, qu'une sanctionje n'ose imaginer laquelleeût fondu sur moi comme l'épervier sur son innocente proie.

 

« Reprenez-vous », dis-je au petit homme haletant et tout recroquevillé d'effroi, « et mettez-vous à l'aise. »

Il s'installa du bout des fesses sur l'ottomane que j'avais discrètement rapportée de chez Alcmène, en souvenir d'elle, et nous fûmes de loisir d'engager la conversation.

« Je suis piégé, » commença-t-il. « mon heure est arrivée ! Déjà ! »

Il fit une pause et respira profondément.

Il n'était pas douteux qu'il s'en allait au grand galop°.

 

Je pensais que chaque homme ici-bas s'étonnait quand il voyait la mort surgir devant lui, qu'il fût atteint d'une maladie mortelle, qu'il vît l'accident survenir, qu'il sentît le bourreau lever sa hache ou qu'il tombât d'une falaise.

« Déjà ! » Et la vie, qu'elle ait été longue ou courte — à l'échelle humaine s'entend — avant ces circonstances, se met à n'être qu'un point infime du temps.

« Déjà ! » Et l'on se rend à l'évidence : on ne peut échapper à son humaine condition. Et l'on a beau se dire qu'avant soi des dizaines de milliards d'êtres se sont éteints, et qu'il faut, comme eux, en passer par là, on ne peut s'y résoudre, ou si l'on s'y résout, c'est au prix d'une grande sagesse ou d'une immense résignation, inconnue de la plupart des mortels. On est seul. Rien ni personne ne peut nous venir en aide. Nul n'échappe à l'inexorabilité.

Adresser à Dieu une prière instante serait l'ultime secours, la douceur de l'espérance. Mais la terreur paralyse, si bien que toute velléité d'apaisement, en cet instant ultime, semble vain.

Et pendant ce temps-là, la foule des vivants rit et suit sa folie.**

...................................................................... 

* "Nada saber si el mondo differenzia sono y vivir..."

"Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel, et non plus s'il existe une différence entre rêver et vivre."

Jorge Luis Borges, écrivain et poète argentin 1899–1986

 

** "La foule des vivants rit et suit sa folie." Victor Hugo, 1802–1885

Dans le Cimetière de... Recueil : Les Rayons et les Ombres.

 

NOTES

Une vie tissue d'amitié et de tendre complicité

voir le défectif tître / tissu dans l'article sur les défectifs.

Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

les premiers signes du renouveau apparurent

Le renouveau, le printemps.

locutions adverbiales À NOUVEAU et DE NOUVEAU – nouvellement – une nouvelle - le renouveau ...

 

il n'était pas douteux qu'il s'en allait au grand galop°

Voir l'article sur douter

Douter que, douter si, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que...

Il s'en va au grand galop, se dit de quelqu'un qui est tombé en langueur et dont la vie est fort en danger. Littré

 

le crime impuni me laissait dans l'âme un regret et une amertume Incoercibles

un regret et une amertume incoercibles, irrésistibles, que je ne pouvais dominer.

 

encore que je n'eusse guère de temps à consacrer à la rêverie.

la concession exprimée avec : encore que, bien que, quoique

Voir l'article Encore que

 

nous fûmes de loisir d'engager la conversation

Être de loisir (vieilli). Pouvoir faire ce que l'on veut, et avoir tout son temps pour le faire.

 

Un jour, cependant que j'étais près, non pas de renoncer à découvrir quoi que ce fût sur l'énigme

Près de (sur le point de) sens différent de prêt à (= préparé à)

Cependant que, voir l'article.

quoi que ce fût, voir l'article Quoi que

 

sinon que la démarche hésitante m'étonna au plus haut point.

Voir l'article Sinon que

 

je me réfugiai hors de portée de vue et d'ouïe de Big Brother

voir la note du texte 63 Délires sur Big Brother

 

Eût-on découvert mon cabinet secret

Subjonctif plus-que parfait

Si l'on avait découvert mon cabinet secret...

 

il s'installa du bout des fesses sur l'ottomane

Une ottomane, voir la note du texte 71 Délires à vous donner des frissons, à votre corps défendant

 

Et la vie, qu'elle ait été longue ou courte – à l'échelle humaine s'entend

Cf. Littré S'entend, bien entendu, cela va sans dire, locution familière qui se dit par parenthèse.

 

Et l'on se rend à l'évidence

Et l'on a beau se dire...

ON ou L'ON - Quand peut-on employer L'ON ?

 

Nul n'échappe à l'inexorabilité

Inexorabilité, caractère de ce qui est inexorable, inéluctable, impitoyable, de ce à quoi on ne peut échapper.

 

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 18:25

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Ainsi couraient les jours, les mois et les saisons. Mais mon esprit ne pouvait se laisser distraire entièrement par les devoirs que je m'étais imposés.

Nous étions maintenant au plus profond de l'hiver et je luttais serré contre l'engourdissement implacable de la routine qui eût eu raison de moi, comme agit le froid insidieux qui se glisse le long des membres, y pénètre jusqu'à l'intimité des muscles naguère si prompts, les immobilisant sans qu'ils y prennent garde, puis, lentement, fige la moelle, glisse le long des nerfs jusqu'à ralentir le rythme vital, à force d'exercer sa tyrannie silencieuse, le coeur s'engourdissant peu à peu, jusqu'à ce que, instant fatal, le point de non-retour survienne, sans crier gare, surprenant celui qui lâche prise, paralysé qu'il est d'ores et déjà retenu dans les rets de l'inéluctable, et qui, sans le moindre sursaut — lequel eût pu le sauver, à son corps défendant — consent ainsi, sans mot dire, sans résistance aucune, à se laisser emporter en des lieux d'où jamais nul ne revint.

Ainsi eussent couru encore longtemps les jours, les mois et les saisons, si mon esprit ne fût resté en éveil. Mais il ne se laissa point corrompre par la torpeur perverse de la routine.

....................................................................

NOTES

Le titre : Délires dans la triste froidure

La froidure, le froid qu'il fait.

Ne pas confondre avec froideur qui a un sens propre et un sens figuré : manque de sensibilité, de chaleur humaine...

"Oh ! qu'après la triste froidure,

Nos yeux amis de la verdure

Sont enchantés de son retour !"

Jean-Baptiste Rousseau, 1671–1741.

 

Les devoirs que je m'étais imposés

Le participe passé imposés s'accorde avec que (antécédent devoirs), complément d'objet direct placé avant lui.

Voir l'article sur les règles de l'accord des participes passés 

 

Je luttais serré, je luttais bien fort.

Serré est ici pris adverbialement.

Il gèle (bien) serré. Il vous a embrassé serré. Nous avons joué serré (sans jouer au hasard).

Mentir serré, vulgairement pour dire mentir effrontément, impudemment nous précise l'Académie dans sa 4ème édition.

 

La routine qui eût eu raison de moi, conditionnel passé 2e forme.

la routine qui aurait eu raison de moi. (1re forme)

Avoir raison de quelqu'un / ou de quelque chose, en venir à bout, triompher de lui.

 

jusqu'à ce que, instant fatal, le point de non-retour survienne

Le point de non-retour - Le moment à partir duquel on ne peut plus reculer, ni arrêter l'action dans laquelle on s'est engagé. >> On a franchi le Rubicon

Jusqu'à ce que le point de non-retour survienne. Subjonctif

Voir l'article jusqu'à ce que

 

Franchir le Rubicon°  fait référence à la rivière, le Rubicon, au nord de l'Italie et qui délimitait la frontière entre l'Italie romaine et la Gaule cisalpine, frontière que Rome interdisait de franchir avec une armée. C'est ce que fit Jules César le 12 janvier 49 en lançant la fameuse formule Alea jacta est, le sort en est jeté.

 

des muscles naguère si prompts

Naguère, il y a peu de temps.

Jadis, il y a longtemps.

 

celui qui, paralysé qu'il est d'ores et déjà

D'ores et déjà, désormais, dès à présent, dorénavant.

 

retenu dans les rets de l'inéluctable

Les rets, les filets, le piège, le lacs, prononcer [la].

tomber dans ses rets, être pris dans des rets, tomber dans le lacs (être dans l'embarras)

L'inéluctable, ce à quoi on ne peut échapper, qui est inévitable et fatal.

 

celui qui lâche prise [...] et qui, sans le moindre sursaut — lequel eût pu le sauver à son corps défendant — consent à se laisser emporter...

lequel, pronom relatif s'emploie comme sujet lorsqu'il se distingue de qui, pour éviter une confusion, les deux pronoms ne se rapportant pas au même antécédent.

Lequel a pour antécédent sursaut

Qui a pour antécédent celui (qui lâche prise)

le moindre sursaut eût pu le sauver

le moindre sursaut aurait pu le sauver, conditionnel passé

à son corps défendant

sens propre, en résistant à une attaque (pour défendre son corps)

sens figuré, malgré lui, à regret, contre son gré.

 

Ainsi eussent couru encore longtemps les jours...

ainsi auraient couru encore longtemps les jours... conditionnel passé

sujet inversé après ainsi

 

si mon esprit ne fût resté en éveil

subjonctif plus-que-parfait après si (littéraire) >> la conjonction Si

>> si mon esprit n'était pas resté en éveil, indicatif plus-que-parfait

 

<< 137 Délires sur la guérison souhaitable et programmée de ceux qui n'hésitent pas à manquer gravement à la bienséance - L'École des Hommes

>> 139 Délires d'une fuite éperdue - « Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel.»

 

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