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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 11:00

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Si notre école était ouverte à tous, on y donnait, entre autres, un cours qui était plus spécialement destiné à la gent masculine. Le nom de la salle de classe, où se déroulaient parfois orageusement les leçons dont il est question, était L'École des Hommes. Certes l'appellation n'était pas nouvelle et d'aucuns l'avaient galvaudée maintes fois avant nous, mais nous voulions nous attacher à ce que ce lieu devînt une vraie plongée dans la réalité concrète de ce que beaucoup de femmes vivaient au jour le jour depuis que le monde est monde, et cela, afin de toucher profondément les hommes dans leur chair et dans leur esprit.

Non qu'on leur fît subir les derniers outrages, il va sans dire, notre école voulant maintenir à tous points de vue une tenue et une respectabilité irréprochables. Nous avions imaginé des procédés capables de faire réfléchir ceux qui s'adonnaient à des pratiques éloignées de la vertu, en les immergeant dans ce qui leur était jusque-là inconnu, la condition féminine, vécue de l'intérieur.

Il y avait belle lurette que le droit de cuissage était une expression bannie du discours politiquement correct, mais ce n'était que pour mieux passer sous silence, avec une hypocrisie toute masculine, certains agissements blâmables, donnés pour propos ou gestes anodins, voire nécessaires à leur statut de mâle dominant, et qui se manifestaient incontinemment.

 

« Le Galant ne désire

Que de vous abuser, et puis après s’en rire...* »

expliquait en grimaçant — il y a bien longtemps déjà —le prédateur d'une toute jeune fille, fraîche et candide comme une enfant, lequel voulait la dissuader de tomber amoureuse d'un jeune homme innocent, et se la garder pour lui seul. Vous vous souvenez du barbon, j'en suis sûre.

 

Il s'agissait, dans les cours que Lio et moi-même avions minutieusement concoctés, de persuader, sinon de convaincre, tous ceux qui souffraient de l'infirmité susdite — si toutefois le mensonge ou l'aveuglement peuvent être qualifiés d'infirmité lorsqu'ils sont pratiquement institutionnalisés (institutionalisés)de les persuader, disais-je, que la vie d'une femme n'avait rien d'un long fleuve tranquille**

 

On enfermait tout d'abord ces messieurs pendant un mois dans une camisole chimique, les dépouillant de toute volonté, les rendant ainsi incapables de regimber.

Ils devenaient malléables à souhait, ingurgitant sans broncher toutes les suggestions que nous leur proposions, phagocytant tous les ordres que nous nous plaisions à leur donner, pour leur bien, forcément.

Il ne fallait pas moins de cette période pour que les œstrogènes (estrogènes) qu'on leur inoculait fissent leur effet.

Au bout de ce temps, il se sentaient devenus femmes, physiquement parlant et il ne manquait plus qu'un bon lessivage de cerveau.

Le conditionnement psychologique consistait à leur faire regarder sans s'arrêter des centaines de témoignages de femmes qui avaient été harcelées. agressées, violentées, soumises à ces petites phrases que les hommes pensent être des galanteries et qui ne sont autres, si elles se renouvellent journellement, que des tortures insupportables, jusqu'à provoquer les pires dépressions s'il n'y a pas moyen de les faire cesser.

Ainsi donc faisait-on défiler sans interruption ces témoignages qui émouvaient l'âme et le cœur jusqu'à ce que les spectateurs, dépossédés artificiellement de leur sexe, se dépouillassent de toutes leurs idées machistes préconçues, de tous leurs préjugés discriminatoires, de tous leurs poncifs tartufes (tartuffes) et bas.

À ce régime, il se sentaient peu à peu devenir des victimes, puisqu'on leur avait fait quitter leur propre nature pour endosser celles des femmes dont ils écoutaient la détresse et dont, par empathie, ils souffraient les violences, avec stupeur.

Ils sortaient de cette expérience édifiante, à la fois abasourdis et conscients d'un monde qu'ils ne soupçonnaient pas.

 

Il faut savoir que les inscrits dans notre école devaient passer par tous les cours qui y étaient dispensés. C'était le contrat. Nulle échappatoire.

À la sortie de cette épreuve, on nous prodiguait moult remerciements. La leçon portait ses fruits et l'attitude de nos élèves changeait notoirement quand ils rencontraient des femmes. Seuls les pervers indécrottables éprouvaient encore plus de jouissance à se comporter avec elles comme ils le faisaient auparavant... car ils savaient.

...................................................

Le titre : L'École des hommes, petit clin d'oeil à L'École des femmes et L'École des Maris de Molère.

 

*« Le Galant ne désire

Que de vous abuser, et puis après s’en rire... »

Arnolphe à Agnès dans L'École des Femmes de Molière, 1662.

 

**La Vie est un long fleuve tranquille - Film d' Étienne Chatiliez sorti en 1988

 

NOTES

Non qu'on leur fît subir les derniers outrages...

Faire subir les derniers outrages à une femme, la violer.

Non que, locution conjonctive suivie du subjonctif.

on fît, subjonctif imparfait.

>> Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

 

il y avait belle lurette que le droit de cuissage était une expression bannie

La métanalyse - belle lurette vient de belle heurette


voire nécessaires à leur statut de mâle dominant

>> Second ou deuxième ? Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

 

il s'agissait de persuader tous ceux qui souffraient de l'infirmité susdite

Persuader et convaincre, voir la note des Délires n°19

susdit - susdite, mentionnée précédemment

 

si toutefois le mensonge ou l'aveuglement peuvent être qualifiés d'infirmités

La conjonction de coordination OU

Cas où elle implique le singulier ou le pluriel, voir la note Ou, conjonction de coordination – Ton père ou ta mère viendra OU viendront ?

 

phagocytant tous les ordres que nous nous plaisions à leur donner

Phagocyter, absorber à la manière des phagocytes. Un phagocyte est une cellule qui en absorbe d'autres.

 

pour que les oestrogènes fissent leurs effets

Pour que locution conjonctive suivie du subjonctif

Les oestrogènes (ou estrogènes) sont des hormones sexuelles femelles ainsi que la progestérone. Les hommes secrètent aussi des œstrogènes en quantité moindre.

La testostérone est l'hormone mâle sécrétée pas les testicules mais les ovaires de la femme peuvent aussi en sécréter.

 

certains agissements qui se manifestaient incontinemment

Incontinemment, par incontinence, d'une manière impudique.

 

jusqu'à ce que les spectateurs se dépouillassent de tous leurs poncifs tartufes

Un poncif, ici un cliché, un stéréotype.

(Un) tartufe ou tartuffe, nom commun ou adjectif, hypocrite, faux dévot.

Vient de Le Tartuffe ou l'Imposteur, pièce de Molière, 1664.

 

C'était le contrat. Nulle échappatoire

Il n'y avait aucune échappatoire.

Une échappatoire, moyen adroit pour se tirer d'affaire.

Si vous hésitez sur le genre d'un mot, reportez-vous au QUIZ n°4

Nom masculin ou féminin, à vous de le dire !

 

les pervers indécrottables

incorrigibles, incurables

 

car ils savaient

L'ELLIPSE en rhétorique, consiste à omettre un ou plusieurs éléments en principe nécessaires à la compréhension du texte, pour produire un effet de raccourci.

Seuls les pervers éprouvaient encore plus de jouissance à se comporter avec elles comme ils le faisaient auparavant... car ils savaient.

sous-entendu : ils savaient ce qu'elles souffraient et les harceler leur donnait plus de jouissance encore.

 

<< 136 Délires sur le décryptage du monde + Poèmes holorimes + Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec Z

>> 138 Délires dans la triste froidure

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 10:00

 

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Que de chemin parcouru depuis mon arrivée à Utopinambourg ! Que d'aventures périlleuses ! Que de gens rencontrés au fil de mes pérégrinations !

Pouvais-je aujourd'hui considérer que j'étais établie, que j'avais enfin trouvé une certaine sérénité et que je devais m'en tenir là ?

 

Lio et moi devenions de jour en jour plus estimées. Notre travail nous apportait les satisfactions dont nous rêvions, celles d'améliorer le cœur de nos semblables. Que demander de plus ?

J'aurais pu me dire qu'il n'y avait pas besoin de me tourmenter. Non que je sentisse quelquefois, recrue de fatigue, poindre l'envie de m'abandonner à mon destin, mais j'allais jusqu'à croire cependant que rien n'aurait pu mieux m'apaiser que de partir à la découverte de moi-même.

Ce serait bien mal me connaître que de penser que je pouvais renoncer à la recherche de mes origines. On m'avait volé toute une partie de ma vie, et je ne pouvais atteindre la sérénité à laquelle j'aspirais de toutes mes forces. Malgré l'enthousiasme et l'espoir inhérents à ma nature, je ne pouvais concevoir de bonheur sans la poursuite de la vérité. Ne semblait-elle pas se dérober devant chacun de mes pas ?

Je m'efforçais de grappiller autour de moi quelques bribes, quelques miettes de la réalité si difficile à atteindre, mais les pièces du puzzle que je parvenais à rassembler étaient si rares, si ténues, si dispersées, que je n'étais pas à même de découvrir un arrangement logique qui eût pu m'éclairer tout à fait.

Je pensais qu'il en était ainsi pour tous les hommes avides de savoir les tenants et les aboutissants de leur arrivée sur la terre, aventure si peu compréhensible que leur vie entière ne suffirait pas.

Tant de philosophes, et des plus fameux, ont déployé toute leur énergie à trouver des moyens leur permettant une approche de la vérité.1

La réalité qui s'étalait devant moi, incommensurable et énigmatique, n'était-elle qu'un pâle reflet sur le fond de la caverne platonicienne2 qui s'offrait à ma vue ? Comment faire pour me délivrer des chaînes qui m'eussent permis de sortir enfin de cette demeure souterraine et de découvrir le monde tel qu'il était ?

Ou bien fallait-il que je connusse toutes les catégories kantiennes3 pour les mettre en pratique et décrypter l'improbable, l'inatteignable, l'inintelligible ?

Pouvais-je espérer un instant que cela fût possible ?

.........................................

1->> La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

2-Platon, philosophe athénien, vers 427 avant J.C. - vers 346 avant J.C.

3-Emmanuel Kant, philosophe allemand, 1724 – 1804, fondateur de l'idéalisme transcendantal.

 

NOTES

La réalité qui s'étalait devant moi n'était-elle qu'un pâle reflet sur le fond de la caverne platonicienne

La caverne de Platon est une célèbre allégorie qui nous met en scène, hommes enchaînés, le dos à l'entrée, à la lumière. Nous ne pouvons voir que notre ombre et l'ombre de la réalité du monde projetées au fond de la caverne.

La connaissance de la réalité nous est difficilement accessible.

La République, Livre VII

Dans l'article Allégorie de la caverne sur Wikipédia, on peut lire la liste des œuvres qui ont repris le thème de la Caverne.

Les hommes ne cesseront jamais de rechercher la réalité au-delà des apparences.

 

fallait-il que je connusse toutes les catégories kantiennes

Comment prononcer kantien ?

Mots difficiles à prononcer - Risques de fautes de prononciation et d'orthographe - antienne, patio, argutie, cation, kantien, varech, pers, handicap, oecuménisme ...

Les catégories kantiennes sont les principes fondés sur l'entendement, et qui permettent à l'homme de décrypter le monde en toute objectivité.

Que puis-je savoir ?

Que dois-je faire ?

Que puis-je espérer ?

Kant tente de chercher une réponse dans la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique, les Fondements de la métaphysique des mœurs et dans la Critique de la faculté de juger

 

Il y a besoin... ou Il est besoin...

J'aurais pu me dire qu'il n'y avait pas besoin de me tourmenter.

Il n'y a pas besoin de rechercher l'impossible.

Il n'est pas besoin de s'user à cela.

  

Non que je sentisse quelquefois, recrue de fatigue, poindre l'envie de m'abandonner à mon destin

la locution conjonctive non que > Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

Poindre

1-intransitif, sens de pointer, commencer à paraître.

À peine si le soleil poignit à l'aurore ce jour-là.

À peine s'il point aujourd'hui.

2-transitif, sens de piquer.

Une indicible douleur qui me poignait le creux de l'âme.

Georges Duhamel

Oignez vilain, il vous poindra, poignez vilain, il vous oindra.

Morale du fabliau du Moyen Âge, l'Abeille et la Guêpe

Autrement dit : Caressez un malhonneste homme, il vous fera du mal ; faites- luy du mal il vous caressera.

Recru de fatigue, épuisé, à bout de forces.

On peut dire, entre autres : recru de souffrance, recru de tristesse, recru de cauchemars, recru de honte, recru de dégoût, recru de désespoir, recru de sommeil...

 

J'allais à croire cependant que rien n'aurait pu mieux m'apaiser que de partir à la découverte de moi-même.

Aller à suivi de l'infinitif, aller jusqu'à, tendre à...

Nous irons à penser que rien n'est impossible en ce monde.

 

décrypter l'improbable, l'inatteignable l'inintelligible

inatteignable, inaccessible, hors d'atteinte – on trouve même chez Proust : inatteingible et inattingible.

 

Pouvais-je espérer un instant que cela fût possible ?

Espérer

Subjonctif après le verbe espérer dans la proposition principale, à la forme interrogative ou négative et après l'impératif négatif :

N'espère pas un instant que cela soit possible !

J'espère que tu fais pour le mieux. Présent de l'indicatif.

J'espère que tu feras pour le mieux. Futur

J'espérais que tu ferais pour le mieux. Futur du passé, concordance des temps.

J'espère que tu viendras ce soir.

ET PAS J'espère que tu viennes ce soir.

Dans un tour négatif on peut dire au subjonctif :

Il n'espère pas que je vienne.

Il n'espérait pas que je vinsse.

Et

Il n'espérait pas que je viendrais.

Espérer appliqué au passé dans le sens de aimer à croire, aimer à penser

Il espère avoir fait ce qu'il devait faire.

Voir l'article Espérer

 

<<135 Délires pédagogiques + Test sur la politesse, le savoir-vivre et l'art de la table QUIZ 25 + Les petits mots avec y

>>137 Délires sur la guérison souhaitable et programmée de ceux qui n'hésitent pas à manquer gravement à la bienséance - L'École des Hommes

 

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Vers holorimes ou olorimes

Qu'est-ce à dire ?

Eh bien, la longueur de la rime a la longueur du vers, elle est à elle seule, le vers tout entier.

Un poème holorime est fait de vers homophones.

 

Le grand conteur Alphonse Allais 1854 -1905 nous a laissé une oeuvre pleine d'humour. Il a joué entre autres avec les holorimes.

« Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi,

Parle et bois du gin, ou cent tasses de lait froid. »

Mais encore :

« Alphonse Allais de l'âme erre et se f... à l'eau.

Ah ! l'fond salé de la mer ! Hé ! Ce fou ! Hallo. »

 

« Ah ! Vois au pont du Loing : de là vogue en mer Dante.

Hâve oiseau pondu loin de la vogue ennuyeuse. »

Suit le commentaire :

« La rime n'est pas très riche, mais j'aime mieux cela que de sombrer dans la trivialité. »

 

« Aidé, j'adhère au quai, lâche et rond, je m'ébats

Et déjà des roquets rongent mes bas. »

 

« Pas sage, le niais savait qu'Achard ne ment

Pas. ça je le niais avec acharnement. »

 

Et voici d'autres holorimes fameux :

Victor Hugo

« Et ma blême araignée, ogre illogique et las
Aimable, aime à régner, au gris logis qu'elle a. »

Victor Hugo encore

« Ô, fragiles Hébreux ! Allez, Rebecca, tombe !
Offre à Gilles zèbre, œufs. À l'Érèbe hécatombe ! »

Marc Monnier

« Gall, amant de la Reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l'arène à la tour Magne, à Nîmes. »

Charles Cros

« Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses. »

Luc Étienne

« Danse, prélat ! L'abbé t'apprit l'air en plain-chant !
Dans ce pré-là, la bête a pris l'air en pleins champs. »

...

« À l'ivresse livré

Sous le toit de Vincent, ton hôte au cul peu rond,

Saoule-toi de vin : cent tonneaux t'occuperont »

Louise de Vilmorin

« Étonnamment monotone et lasse
Est ton âme en mon automne, hélas ! »

 

>> Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

 

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec Z

Mots de trois lettres

fez, gaz nez, lez, raz, rez, riz, ruz, zec, zee, zef, zek, zen, zig, zip, zob, zoé, zoo, zou, zut, zup.

Mots de quatre lettres

azur, binz, chez, czar, gaze, gunz, jazz, jeze, lutz, mézé, naze, nazi, onze, ouzo, peze, quiz, ranz, tzar, witz, zain, zani, zarb, zébu, zèle, zend, zéro, zest, zeta, zinc, zire, zist, zizi, zona, zone, zoom, zouk, zozo.

Mais qu'est-ce donc que tous ces mots veulent dire ?

fez, coiffure tronconique de laine rouge et blanche que portent encore parfois les Musulmans. Elle peut être ornée d'un gland ou d'une mèche de laine ou de soie.

lez, lès ou le, mot vieilli que l'on trouve encore dans des noms de lieux, près de, à côté de. Plessis-lez-Tours, Plessis près de Tours

ruz, vallée du Jura

zec, zone de chasse et de pêche contrôlée par l'état au Québec

zee, poisson, le Saint-Pierre, délicieux mais pas bon marché !

zef, le vent, zéphir

zek, prisonier du goulag

zen, secte bouddhique du Japon

zig, zigue, zigomar, zigoteau, zigoto

zob. Vous ne voulez pas que je vous fasse un dessin ?

Zou ! Du vent ! Interjection

zup, zone à urbaniser par priorité

czar, tsar, tzar

gunz, première grande glaciation alpine du quaternaire

jeze, familier pour jésuite, nom et adjectif

lutz, en patinage artistique, saut piqué

mézé, mézzé, amuse-gueule grec, libanais ou turc

naze, familier, cassé, hors d'usage. Ta bagnole est naze.

Je suis naze, je suis crevé.

naze, nase, en argot : le nez

J'en ai plein le naze.

ouzo, liqueur d'anis d'origine grecque

pèze, en argot argent, pépètes ou pépettes

ranz, air populaire des chants suisses

witz, une plaisanterie chez les Helvètes

zain, robe de couleur uniforme du cheval ou du chien qui n'a aucun poil blanc.

zani ou zanni, bouffon de la comédie vénitienne

zarb, zarbi, bizarre en verlan

zend ou zende se dit de la langue des textes sacrés du mazdéisme

zest, être entre le zist et le zest, être indécis

zest ! ou zeste ! Interjection. Me voilà rendu, zest(e) !

zêta, dzêta, le z grec

zire, faire zire, en Acadie : dégoûter

zoé, certains crustacés en forme de larves

zouk, danse et fête antillaise

VOIR

Les petits mots avec :

W Délires n°131

K Délires n°132

J et Q Délires n°133

X Délires n°134

Y Délires n°135

<<135 Délires pédagogiques

>>137 Délires sur la guérison souhaitable ...

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 16:08

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L'enthousiasme qui nous animait, Lio et moi, était si fort qu'il éveilla en nous une délectation sans bornes. La découverte de la conformité de nos goûts et de notre caractère, au fur et à mesure que se révélaient nos aspirations, renforçait notre amitié qui n'en était qu'à ses débuts et qui promettait d'être sans nuages. Lio était comme moi, perdue dans ce monde le plus souvent hostile, et le dessein que nous venions de nous fixer était de le rendre plus propre à adoucir les relations des êtres entre eux. Cette perspective ambitieuse emplissait notre coeur du sentiment délicat et sincère d'améliorer le sort de nos semblables.

 

Pour que nous devinssions des associées exemplaires, nous nous promîmes de toujours rester honnêtes l'une envers l'autre et, si d'aventure, quelque dissension venait à jeter une ombre entre nous, d'en parler aussitôt, et cela, avec la plus grande clarté, avec la plus grande simplicité, sans rien cacher de notre pensée, afin de résoudre toute difficulté qui menacerait d'émousser l'affection que nous nous portions.

 

Nous tombâmes d'accord sur le fait que la politesse dépendait d'abord de la connaissance des règles qui régissaient notre société.

Il est évident que ceux qui, dès la prime enfance, se sont familiarisés avec son code, grâce à l'éducation dispensée par ceux-là mêmes qui sont en charge de leur personne, n'ont à se poser aucune question au sujet de son bien-fondé. Mais, dans le cas contraire, on sait quelle difficulté on rencontre pour s'adapter à l'âge adulte.

Il était bien regrettable de constater que bon nombre de nos concitoyens semblaient n'avoir aucune idée de ce que signifiaient civilité et savoir-vivre.

Dans un monde cosmopolite comme l'était le nôtre, à Utopinambourg, où l'on se faisait une idée bien particulière des règles à suivrechacun portant en soi un code particulier à la société dont il était issu — il nous sembla judicieux de proposer à ceux qui ne soupçonnaient pas les bienfaits qu'ils pourraient tirer de la connaissance de nos règles, de les leur enseigner afin qu'ils fussent à même d'éviter les malentendus et de faciliter les rapports sociaux.

Le mot respect signifierait alors quelque chose.

Est-il utile de préciser que savoir dire « Bonjour », « Au revoir », « S'il vous plaît », « Merci », « Pardon » est la base de toute bonne relation ? Oui, sans aucun doute, car trop de gens font fi de cela, croyant à tort que ce ne sont que mots démodés et ringards, tout juste bons à vous tourner en ridicule.

 

Il ne fallut que quelques jours pour qu'on vît d'abord timidement quelques curieux pousser la porte de notre école. Puis alléchés par notre courtoisie et par les arguments dont nous disposions pour les convaincre que nos cours valaient quelque chose, ils s'enhardirent jusqu'à s'inscrire définitivement et suivre assidûment nos leçons.

Pour les répartir dans plusieurs sections de niveaux différents selon leurs connaissances, nous établîmes un test d'évaluation que nous donnons ci-dessous au lecteur égaré dans nos Délires.

..........................................................................

*La politesse de l'esprit consiste à penser des choses honnêtes et délicates. François de la Rochefoucauld

 

NOTES

La politesse. Le mot ne vient pas du latin politis (la cité) mais de l'italien pulitezza, pulito (latin politus).

    La politesse est à l'esprit

    Ce que la grâce est au visage ;

    De la bonté du coeur elle est la douce image,

    Et c'est la bonté qu'on chérit.

    Voltaire

 

Dictionnaire Littré :

Culture intellectuelle et morale des sociétés.

Il se dit aussi de la culture individuelle.

Manière d'agir, de parler civile et honnête, acquise par l'usage du monde.

 

l'enthousiasme éveilla en nous une délectation sans bornes

sans bornes, sans nuages, sans fin.

Sans est-il suivi d'un singulier ou d'un pluriel ?

> Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – Sans suivi d'un singulier ou d'un pluriel

 

Cette perspective ambitieuse emplissait notre coeur

emplir, combler.

 

pour que nous devinssions des associées exemplaires

Pour que locution conjonctive de but suivie du subjonctif.

devinssions, verbe devenir au subjonctif imparfait (concordance des temps)

La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

Si quelque dissension venait à jeter une ombre entre nous

Une dissension, un différend, un profond désaccord.

 

ceux-là mêmes qui sont en charge de leur personne

OU ceux mêmes qui sont responsables de leur personne

Même peut-être adverbe indéfini (invariable) ou adjectif indéfini qui varie avec le nom ou le pronom auquel il se rapporte.

Faut-il écrire ceux-là même ou ceux-là mêmes ?

Quand même est placé après un nom ou un pronom démonstratif, c'est un adverbe si on peut le placer avant le syntagme nominal (groupe nominal) ou le pronom, c'est un adjectif si on ne le peut pas.

Mais souvent, même est considéré comme adjectif ou comme adverbe suivant le point de vue où l'on se place.

Ces jeunes filles même(s) sont délicieuses.

Ces jeunes filles elles-mêmes ou bien ces jeunes filles aussi (même ces jeunes filles)

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes – cela même, ici même, là même, par là même, aujourd'hui même... QUIZ 64

 

pour les répartir dans plusieurs sections de niveaux différents

Répartir et non dispatcher (mauvais anglicisme)

> Des anglicismes à traduire

 

<<

>> 136 Délires sur le décryptage du monde + Poèmes holorimes

 

TEST SUR LA POLITESSE ET LE SAVOIR-VIVRE

 

Quiz n°25

Titres des questions abordées :

 

Vous entrez dans le bureau d'un patron recruteur pour une embauche.

 

Quand vous vous adressez à votre supérieur hiérarchique, ce que vous pouvez lui dire lorsque vous n'avez pas bien entendu.

 

Il est urgent que vous partiez avant la fin d'une réunion de travail.

 

Vous avez fait une grosse erreur dans le travail demandé.

 

Vous entrez sans frapper dans une pièce que vous croyiez inoccupée et vous surprenez votre patron et une autre personne dans une position vraiment peu conventionnelle (et c'est un euphémisme).

 

Vous prenez un transport en commun.

 

Vous avez des invités pour le dîner et vous vous conformez à l'art de la table.

 

Les réponses suivent dans :

>>Test sur la politesse et le savoir-vivre : les bonnes réponses

 

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec Y :

Trois lettres

bey, boy, bye, dey, dry, gay, goy, gym, kyu, lys, mye, nay, ney, oye, psy, puy, ray, rye, yak, yam, yen, yet, yin, yod, yue.

Quatre lettres

aisy, alya, baby, body, byte, cary, caye, clay, cosy, cyan, cyme, cyon, dyke, dyne, eyra, goym, gray, jury, kyat, lady, lynx, lyre, lyse, mamy, maya, maye, moly, moye, onyx, oryx, oyat, papy, paye, pays, poly, poya, raye,ryad, ryal, sexy, sily, syli, soya, thym, toby, tory, troy, type, typo, yack, yang, yard, yass, yawl, yeti, yeux, yeye, yoga, yogi, yole, youp, yuan, yuko, yaka, york.

W Délires n°131
K Délires n°132
J et Q Délires n° 133
Z Délires n° 136

<<134 Délires d'Oli et de Lio

>>136 Délires sur le décryptage du monde + Poèmes holorimes

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 17:45

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Nous eûmes tôt fait de comprendre qu'il était dans notre intérêt de monter notre affaire. Je plaisais à Lio et Lio me plaisait. Nos noms anagrammes étaient un signe.
Le temps pressait.
Nous scellâmes notre association par un gros baiser amical, ce qui nous fit chaud au coeur.

Comme il était facile de faire accepter son projet dans notre cité !
Cette façon simple et évidente qu'avait Le Bureau des Entreprises de donner sa chance à quiconque voulait se lancer, était des plus encourageantes. Je ne sache pas qu'il y eût maintes sociétés passées capables d'aider ainsi leurs concitoyens.

Il ne fallait pas plus de deux heures. Un local nous fut alloué gratuitement, comme il était d'usage pour toute personne qui se proposait de rendre service à ses congénères. Il nous plut et nous envisageâmes de concert que nous lui donnerions un aspect attrayant. Lio me sembla artiste lorsqu'elle me fit entrevoir les transformations qu'elle comptait y apporter.

Des professeurs patentés, voilà ce que nous devînmes en un clin d'oeil. Nous fallait-il une formation pédagogique particulière pour exercer la profession que nous avions choisie ? Nous rîmes à cette pensée. Nous savions le B A BA de la politesse : faire bonne figure en toutes circonstances, choisir les mots qu'il faut, le ton qu'il faut, les gestes qu'il faut, pour être le plus agréable possible et ne froisser aucune susceptibilité, s'appliquer à une langue claire et châtiée, enfin, en toutes occasions, savoir déployer les règles de la courtoisie.

À quoi servirait d'user d'astuces rebattues pour vivre en bonne intelligence avec autrui ? Il suffit de la politesse qui vient du coeur, celle que la bonté inspire, celle qui vous invite à de tendres attentions*. Il suffit, en un mot, d'être honnête avec soi-même.

« Si je veux enseigner cela, me dis-je, il me faudra faire un immense effort. Ne suis-je pas toujours sur mes gardes dans ce monde retors ? Ne suis-je pas toujours prête à bondir lorsqu'on met ma patience à mal ? Un travail sur moi-même s'imposait. Un pédagogue ne doit-il pas toujours exercer sur lui les principes qu'il professe ? »

.......................................................................
*De toutes les obligations qu'on peut avoir à une belle âme, ces tendres attentions, ces secrètes politesses de sentiment sont les plus touchantes. MARIVAUX.

 

> Sur la politesse, reportez-vous à l'article suivant : 135 Délires pédagogiques + Test sur la politesse, le savoir-vivre et l'art de la table QUIZ 25 
 

NOTES

Nous eûmes tôt fait de comprendre qu'il était dans notre intérêt de monter notre affaire.

qu'il était de notre intérêt...

qu'il était d'un grand intérêt, d'un intérêt vital...


LE CHIASME
Je plaisais à Lio et Lio me plaisait.
Figure de style qui comporte un parallélisme et une inversion. Elle traduit soit l'union, soit l'opposition.

UNE ANAGRAMME (et non pas un anagramme)

Féminin ou masculin ? Le genre des noms dont on n'est pas sûr + Quiz 4

Une anagramme est la transposition des lettres d'un mot ou d'une phrase pour faire un autre mot ou une autre phrase.

Lio est l'anagramme de Oli, les deux personnages des Délires.
 

Une anagramme de Pierre de Ronsard (Marie, aimer)

« Marie, qui voudroit vostre beau nom tourner

Il trouveroit aimer : Aimez-moi donc Marie »

anagramme de Pierre de Ronsard : Rose de Pindare
 

Beaucoup se sont amusés à rechercher pour pseudonyme une anagramme de leur nom ou bien leur nom est une anagramme du nom de quelqu'un d'autre.
Pascal Obispo : Pablo Picasso
Paul Verlaine devient Pauvre Lélian.
Voltaire : (François Marie) Arouet Le Jeune,  probablement AROVET LE IEUNE (le u devient v, le j devient i)
Boris Vian : Bison ravi, Brisavion, Baron Visi
Jean-Paul Sartre : Jean Sol Partre  dans L'Écume des jours de Boris Vian
François Rabelais : Alcofribas Nasier
Salvador Dalí : Avida dollars (surnom donné par André Breton)
Raymond Queneau : Don Evané Marquy ou Rauque Anonyme
André Breton : Étron de Bran
Marguerite de Crayencour : Marguerite Yourcenar (il manque un c)
Honoré (de Balzac) : Lord R’hoone
Margaret Thatcher : Rather great match

Sur les pseudonymes, voir le Quiz n°19, trois parties (1/3 - 2/3 - 3/3)

Voir aussi l'article :

>>> Anagrammes - Virgo serena, pia, munda et immaculata
......................................................................

Cette façon était des plus encourageantes
des plus suivi d'un adjectif signifie très, l'adjectif se met au pluriel.

Je ne sache pas qu'il y eût maintes sociétés passées

je ne sache pas, proposition au subjonctif, elle-même suivie du subjonctif - Langue soignée

je ne connais pas, je ne sais pas.

Voir : Je ne sache pas que
On trouve quelquefois : On ne sache pas...

L'expression comporte une nuance : une constatation prudente.

 

À quoi servirait d'user d'astuces rebattues... ?
Une astuce, c'est une manière d'agir qui permet de se tirer d'affaire quand on rencontre une difficulté. Un truc ingénieux, une trouvaille de petit futé.
Littré donne une définition beaucoup plus péjorative :
Adresse qui va au mal. Vous connaissez l'astuce de votre adversaire.
Rebattu, se dit de quelque chose que l'on a entendu souvent répéter, et que l'on est las d'entendre.

Conte usé et rebattu ;
C'est celui qu'en ces vers j'accommode à ma guise...
Jean de La Fontaine, La Matrone d'Ephèse

J'ai les oreilles rebattues de cette histoire.
J'ai l'esprit rebattu de vos jérémiades.
Je suis si rebattu de tes cris incessants que j'en suis épuisé.

Voir l'article : Ne pas confondre rabattre, rebattre (rabattu, rebattu)

 

s'appliquer à une langue claire et châtiée
Un style châtié, un style très pur et très correct. Littré  

 
Ne suis-je pas toujours sur mes gardes dans ce monde retors ? 

Retors : Au sens figuré, un homme retors est un homme fin, artificieux, par comparaison au fil qui a été retordu. (Littré)
On peut dire qu'il a l'esprit tordu, qu'il est hypocrite et rusé.
......................................................................

Article suivant > La langue française massacrée - Peut-on s'habituer à la grossièreté ?

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:19

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 Ajouts : le 14 janvier 2012, le 7 octobre 2013 et le 23 septembre 2015

 

Je n'ai rien personnellement contre les personnes citées dans les paragraphes suivants. Je déplore seulement leur façon de maltraiter la langue française.

La langue française massacrée
 

Si Mme Christine Lagarde, Mme Valérie Pécresse, M. Jean-François Coppé, M. Richard Descoings, Mme Martine Aubry, M. Frédéric Cuvillier, Mme Geneviève Fioraso, ont reçu le prix de LA CARPETTE ANGLAISE de 2007 à 2013, si l'on entend trop souvent dans les médias des journalistes et des animateurs faire de nombreuses fautes de vocabulaire, de syntaxe et de prononciation, on rencontre parfois des hommes et des femmes soucieux de respecter la langue française. 

Pour en savoir + et connaître les autres "lauréats" de la Carpette anglaise

> Carpette anglaise - Défense de la langue française


Donner le bon exemple, c'est bien.

On entendait Monsieur Chirac et Monsieur Mitterrand s'exprimer en bon français.
Monsieur Poivre d'Arvor est connu pour être le meilleur journaliste à parler une langue d'une grande pureté.

Je n'ai encore jamais entendu Claire Chazal, Laurent Delahousse, Elise Lucet, et j'en passe, faire une quelconque faute.

Je me souviens avoir vu, sur les statistiques de mon blog, une affluence d'internautes venus se renseigner lorsqu'un jour Elise Lucet a prononcé (impeccablement) le mot imbroglio et un autre jour le mot abasourdi. Comme quoi, les téléspectateurs sont très attentifs et veulent vérifier la prononciation des mots.
L'article concerné :

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...


Les publicitaires et les auteurs de chansons font souvent n'importe quoi.
Peut-être se croient-ils malins... ou poètes.

Ils sont si bons quand ils jouent avec les mots tout en respectant le français ! Mais c'est un exercice bien difficile.

......................................................................

Voici quelques phrases dont je ne dénoncerai pas les auteurs, mais que vous reconnaîtrez sûrement :


Pub : La banque à qui parler


Comment ça va bien ?

Tell'ment si  belle quand elle sort

Tell'ment si belle, je l'aime tell'ment si fort

Qu'est-ce  que t'es belle
Tu ne m'as pas laissé le temps
De te dire tout c 'que je t'aime
Ni tout c' que tu me manques

Mais quand je vois une planisphère (sic, un planisphère)
J'ai le coeur qui taille la zone

... te passe pas de moi

La Tournée à Zazie

 

Pub : Côte d'Or afrodisiaque (vu le 28-02-2012)

Pourquoi pas aphrodisiaque, que je trouve bien plus excitant, avec Aphrodite qui fait un clin d'oeil. au gourmand ?

Oui, oui, je sais... afro...

......................................................................

Ce sont les premières phrases qui me viennent à l'esprit. Vous en connaissez sûrement beaucoup d'autres.

J'ajouterai un tic verbal qu'affectionnent trop de gens qui disent "un peu" ou même "un petit peu" au lieu de "beaucoup" "très" ou "vraiment".

Par exemple, j'ai relevé aux infos :
Il y avait des morts étendus partout sur le sol. C'était un peu dramatique.

Ou, pour encore minimiser les choses :
Il n'avait été coupable jusque-là que de petits délits, vols de voitures, vols à l'arraché...


Les mots nous font-ils peur ?
......................................................................

L'autre jour, lors d'un entretien d'embauche, le postulant, en partant, a dit à son éventuel employeur : "À plus !"

Étonnant non ? Et rédhibitoire.

"Ce n'est qu'une histoire de niveau de langue", me rétorquerez-vous.

Les mots nous font-ils défaut ?

 

Peut-on s'habituer à la grossièreté ?

Ajout du 14 janvier 2012

Je ne suis pas bégueule mais je crois que maintenant on dépasse les limites du supportable.

Il n'est pas de médias qui ne donnent à lire ou à entendre des mots qui tendent à devenir la norme du "parler français". Ils n'ont pas tort, me direz-vous, puisqu'ils ne sont que le reflet de la société, et que leur rôle consiste à reproduire et à montrer ce que disent les gens.

Et c'est cela le hic.

Les gens, ceux-là mêmes qui voudraient se faire respecter, ceux-là mêmes qui voudraient se faire aimer, prennent les chemins sulfureux de la vulgarité. C'est ainsi que la vulgarité, plus pernicieuse encore que la grossièreté, devient petit à petit la norme, celle que nos jeunes croient qu'elle est la norme.

Pas étonnant que nos écoliers, nos enfants, jusqu'aux plus petits, prononcent des paroles à faire frémir. On leur explique, bien sûr, qu'il ne faut pas dire tel ou tel mot, que c'est un gros mot. Mais l'adulte doit montrer le bon exemple — c'est la meilleure éducation à donner à l'enfant, la plus efficace indubitablement — à qui d'autre l'enfant pourrait-il se fier ?

......................................................................

Et Bénabar, qui est un chanteur que l'on écoute, clame :

"[...] Tu trouves ça peut-être politiquement correct, mais moi je t’emmerde !"

Qui peut croire que c'est vraiment joli ? Ne fusille-t-il pas son image ? Son imagination "poétique" est-elle à ce point tarie qu'il ne trouve pas un autre mot aussi percutant sans être grossier ?

Le 11 décembre 2010

Quand une ex future présumée candidate à la présidence de la République s'exclame à froid : "On ne s'engeule plus au parti socialiste !"* (ce qui reste à voir, mais laissons-là le fond pour nous occuper de la forme...) on ne peut supposer que cette dame ignore les registres de langue.

Vouloir se rapprocher de la langue du peuple. Mais de quel peuple alors ?

Je souligne à froid, ce qui veut dire : "d'une manière bien réfléchie" et non sous le coup de l'émotion.

 
Le 23 sept. 2015

Et encore :

Aubry: «Macron ? Comment vous dire... Ras-le-bol - Libération

 

Articles connexes :

QUIZ 25 Test sur la politesse, le savoir-vivre et l'art de la table

Les niveaux de langue style soutenu, courant, familier, populaire, etc.

Les barbarismes : Quiz 30 et Quiz 31

 

>> 135 Délires pédagogiques + Test sur la politesse, le savoir-vivre et l'art de la table QUIZ 25 + Les petits mots avec y

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec X  (2007-2008)

Deux lettres
ex, xi.

Trois lettres
aux, axe, box, dix, eux, exo, fax, fox, gex, lux, max, mix, mox,oxo,
sax, six, tex, wax.

Quatre lettres
apax, apex, aulx, axel, axer, axis, baux, boxe, ceux, deux, doux,
eaux, exam, exil, exit, exon, expo, faix, faux, feux, fixe, flux, foxé, hoax, houx, inox, ixer, ixia, jeux, luxe, lynx, manx, maux, maxi, moxa, nixe, noix, onyx, oryx, oxer, paix, peux, poix, poux, prix, rixe, roux, saxe, saxo, sexe, sexy, taux, taxe, taxi, toux, trax, vaux, veux, voix, yeux. 

VOIR  

W Délires n°131

K Délires n°132

J et Q Délires n° 133

Y Délires n°135

Z Délires n° 136

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 11:09

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Je jetai un regard circulaire pour me rendre compte combien de personnes étaient dans ma situation. Un bon nombre de paires d'yeux étaient rivés sur la liste défilante, véritable farrago de postes à pourvoir. Les indécis soupiraient, les excités glougloutaient, les impatients choisissaient vite un emploi, se levaient brusquement et disparaissaient. Certains s'étaient endormis au fond de leur siège. Une jeune femme, à côté de moi, pouffa lorsqu'elle entendit les propos de mon voisin.

« En voilà un qui n'est pas près de vous séduire ! me glissa-t-elle à l'oreille. Il aurait besoin de prendre des cours de savoir-vivre.

— Des cours de savoir-vivre... lui répondis-je en écho feutré. Ne serait-ce pas là l'idée de créer une école bien faite pour dégrossir tant de personnes peu policées ? Avec un peu de publicité, on pourrait rameuter, pour les mettre dans le droit chemin de la politesse, les rustres, les rustiques, les grossiers.

— Les sots, les niais, continua-t-elle, les fats s'appliquant à faire étalage d'éloquence...

 Les insipides, renchéris-je, les effrontés, les insolents...

—  N'oublions pas les orgueilleux, les prétentieux, les présomptueux...

—  Les ennuyeux comme la pluie, et les balourds embourbés dans leurs balourdises...

— Les affreux, fort de leur impertinence...

— Les odieux, gros de leur arrogance...

Ceux-là même passés maîtres en outrecuidance...

Les péteux, les frileux, les vaniteux...

Les couards, les cafards, les vantards...

Que d'adjectifs en somme / Pour qualifier les hommes ! rimaillai-je.

Tels qu'en eux-mêmes enfin l'éternité les changeront.* soupira-t-elle, parodiant le poète. 

Il suffirait de modifier quelque peu leur génome... suggérai-je avec ironie. »

 

À ce moment précis, n'y tenant plus, nous fûmes prises d'un fou rire irrépressible et fîmes grand bruit, à tel point que les endormis se réveillèrent en sursaut, les excités nous invectivèrent vertement et les indécis, sans hésiter, nous intimèrent l'ordre de partir sur le champ, immiséricordieusement.

Nous nous exécutâmes séance tenante pour fuir le péril qui nous menaçait.

Je craignis un instant que mon voisin ne me poursuivît.

« Dieu fasse que ses pieds se clouent sur le carreau ! » pensai-je très fort.

......................................

* La politesse est à l'esprit

Ce que la grâce est au visage ;

De la bonté du coeur elle est la douce image,

Et c'est la bonté qu'on chérit.

Voltaire - Stances

......................................

**Le premier vers du poème de Stéphane Mallarmé est très célèbre.

Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu

Que la mort triomphait dans cette voix étrange !

Le tombeau d'Edgar Poe

......................................

NOTES

véritable farrago de postes à pourvoir

Un farrago, mélange confus de choses disparates.

 

les excités glougloutaient

Les dindons glougloutent. Voir les cris des animaux

QUIZ 3 texte 15. Délires pour un bestiaire. 

 

pour dégrossir les personnes peu policées

Policé, civilisé, éduqué, poli.

 

on pourrait rameuter les rustres, les rustiques, les grossiers

Rameuter, rassembler, regrouper.

 

ils nous intimèrent de partir sur-le-champ immiséricordieusement

sur-le-champ, aussitôt

Immiséricordieusement, sans miséricorde évidemment !

 

Que d'adjectifs en somme / Pour qualifier les hommes ! rimaillai-je

Rimailler, faire de mauvais vers. Un rimailleur.

......................................

Le séquençage du génome humain

cf. Le Magazine de la Santé du 3 mai 2011

On a mis treize ans, de 1990 à 2003 pour parvenir au séquençage du génome humain, l'ADN en petites coupures ! Cela a coûté 3 millions de dollars et nécessité le travail de 20 000 chercheurs. Aujourd'hui, vous pouvez connaître votre ADN pour 5 000 dollars. Grâce aux nouvelles avancées technologiques, vous payerez 100 dollars dans quelques mois. Étonnant non ?

 

Lire  La mort de la mort - Comment la technomédecine va bouleverser l'humanité, Laurent Alexandre.

Paru le 13 – 04 – 2011.

La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, les nanotechnologies réparatrices, l'hybridation entre l'homme et la machine sont autant de technologies qui vont bouleverser en quelques générations tous nos rapports au monde.

Lu sur le site Décitre.

 

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>> 134 Délires d'Oli et de Lio + L'anagramme

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec J et Q :
J

Deux lettres

je

Trois lettres

jab, jam, jan, jar, jas, jet, jeu, job, jus

Quatre lettres

jard, ajut, déjà, dojo, éjet, hadj, haje, jack, jaco, jad, jain, jais, jale, jard, jars, jass, java, jazz, jean, jeep, jerk, jeté, jeun, jeux, jeze, joie, jojo, joli, lonc, jota, joue, joug, jour, jubé, judd, judo, juge, juif, juin, jump, junk, jupe, jure, jury, jute, maje, naja, puja, raja, soja, téju. 

Q

Trois lettres

faq, coq, qat, qin, qing, que, qui. 

Quatre lettres

cinq, fiqh, quad, quai, quel, quia, quid, quiz, quoi.

 

VOIR

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K Délires n°132

X Délires n°134

Y Délires n°135

Z Délires n° 136

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 08:05

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Nul besoin de faire à mon fâcheux aucune remarque ex abrupto. Mon silence suffit à le tenir à distance. Je crus lui avoir cloué le bec°. Définitivement.

Que nenni ! Il revint à la charge°, et me harcela derechef.

Que faire ?

Je le regardais de côté sans rien laisser paraître et je l'entrevoyais me dévisager effrontément, et sourire. Allais-je lui lancer quelque froide raillerie qui l'eût laissé pantois ou rendu furibond ? Je craignis de risquer le pire et restai murée dans un mutisme désapprobateur.

 

Mais aussi, quelle idée de faire se côtoyer des gens qui ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam° ? Quelle incongruité que d'imposer une telle promiscuité ! Il y avait eu jadis cette délicieuse possibilité de se retirer dans sa chambre, seul, devant son écran personnel, à l'abri des regards indiscrets. Heureux temps révolu ! L'internet via l'ordinateur n'était plus de saison°. Il fallait qu'aujourd'hui tout se fît au vu et au su de tous.

 

Je ne fus pas longtemps à m'interroger. Mon voisin, assez perspicace pour lire dans mes pensées me donna l'explication. Mais qu'avait-il à faire montre de tant de prétention ?

 « Il est bien agréable de rencontrer par hasard des concitoyennes charmantes comme vous et désireuses de faire ma connaissance. La belle aubaine de ne plus se claquemurer chez soi ! Ce lieu est magnifiquement propice aux rencontres fortuites. N'est-il pas fait pour cela ? Enterrée, l'inefficace et ridicule coutume de s'en remettre au speed-dating — Mon Dieu ! De l'anglais ! Ici ! Quelle audace ! pensai-je — qui sévissait encore il y a peu dans notre cité. »

 

Je ne tournai pas la tête et l'écoutai, mine de rien, mais néanmoins distraite de l'écran qui, imperturbable, continuait d'afficher sa liste interminable. On ne peut faire attention à plus de deux choses à la fois, c'est bien connu. Malgré que j'en eusse, mon voisin m'accaparait tout entière, exacerbant mon impatience. Et j'éprouvai quelque dépit à perdre ainsi un temps précieux.

........................................................................

NOTES

Nul besoin de faire à mon fâcheux aucune remarque ex abrupto.

Fâcheux, importun

D'après Littré : La différence qu'il y a entre ces deux mots, c'est que celui qui fâche ou ce qui fâche peut n'être fâcheux qu'une fois, tandis que celui qui importune ou ce qui importune est fâcheux d'une manière répétée, continue.

Un importun vous assiège ; un fâcheux vous cause un ennui.

Un souvenir importun vous poursuit ; un souvenir fâcheux vous cause de la peine. 

Ex abrupto, brusquement, sans préambule.

Parler ex abrupto.

Exorde ex abrupto, exorde vif et sans précaution oratoire.

 

Je crus lui avoir cloué le bec°, rivé son clou°, fait taire.

 

Il me harcela derechef, de nouveau

 

Il revint à la charge

Revenir à la charge°, insister de nouveau pour arriver à ses fins.

 

je l'entrevoyais me dévisager effrontément

Entrevoir, ne voir qu'imparfaitement, sans bien distinguer.

Voir l'article L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

Allais-je lui lancer quelque froide raillerie qui l'eût laissé pantois

eût laissé, subjonctif dans une relative à valeur de conséquence, plus-que-parfait

On peut comprendre aussi : qui l'aurait laissé pantois, conditionnel passé.

quelque froide raillerie, quelque au singulier, littéraire.

raillerie, action de railler, de se moquer.

La raillerie est un air de gaieté qui remplit l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se présentent ; l'humeur y mêle plus ou moins de douceur ou d'âpreté.

François de La Rochefoucauld, 1613 - 1680.

pantois, ici : interdit, stupéfait, penaud.

 

des gens qui ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam°

Ne connaître quelqu'un ni d'Eve ni d'Adam°, ne pas le connaître du tout, ne pas avoir entendu parler de lui.

 

quelle incongruité d'imposer une telle promiscuité !

Incongruité, indécence, inconvenance, grossièreté.

Promiscuité, situation dans laquelle on se trouve dans un espace restreint avec un voisinage désagréable.

 

internet, via l'ordinateur, n'était plus de saison

Via, en passant par.

On ne met pas cette expression en italique parce qu'elle n'est pas en latin.

La Via Appia, la célèbre route romaine.

de saison, en opportunité, convenable.

C'est bien fait ; la prudence est toujours de saison. Molière

Ne plus être de saison, être hors de saison, ou hors saison, qui n'est plus opportun, plus de circonstance.

 

Il fallait que tout se fît au vu et au su de tous

fît subjonctif imparfait (concordance des temps, il fallait)

subjonctif après il faut que

Voir Valeurs et emplois du subjonctif 

au vu et au su, sans rien cacher, ouvertement.

 

qu'avait-il à faire montre de tant de prétention ?

Faire montre, faire parade

 

Speed-dating. L'anglicisme speed dating, rencontres rapides, est une méthode de suite de rencontres amoureuses.

 

la belle aubaine de ne plus se claquemurer chez soi

Se claquemurer, se tenir renfermé, rester enfermé chez soi.

     Que vous jouez au monde un petit personnage,

     De vous claquemurer aux choses du ménage !

Molière, Les Femmes Savantes

 

Mine de rien, sans en avoir l'air.

 

Malgré que j'en eusse, malgré que j'en aie, malgré moi, à mon corps défendant.

Malgré qu'il en ait, malgré lui.

C'est le cas où la locution conjonctive malgré que est grammaticalement correcte, elle doit être sinon évitée.

Voir l'article Malgré que

 

On ne peut pas faire plus de deux choses à la fois.

Et même deux quand c'est risqué.

 

Cf.  la publication du 16 avril 2010 sur Sciences d'Étienne Kœchlin (Inserm/École nationale supérieure) et de Sylvain Charron.

Ils démontrent que le cerveau peut faire deux choses en même temps, en faisant travailler ses deux hémisphères, mais l'un après l'autre, pas simultanément. Ainsi on peut passer d'une activité à l'autre, plus ou moins vite selon les individus et on a l'impression de faire deux choses en même temps.

Corollaire : Téléphoner ou conduire, il faut choisir.

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec K

 

Deux lettres

ka

 

Trois lettres

kan, kea, khi, kid, kif, kil, kip, kir, kit, kob, kop, kot, kru, ksi, kwa, kyu, lek, oka, ska, ski, tek, wok, yak

 

Quatre lettres

amok, arak, beke, berk, bock, book, brik, cake, coke, desk, dock,

dunk, dyke, folk, funk, haik, haka, ikat, inuk, jack, jerk, junk, kadi, kaki, kale, kali, kami, kana, kaon, kapo, kart, kata, kava, kawa, kawi, képi, kern, keuf, keum, khan, khat, khol, kick, kief, kiki, kilo, kilt, kina, kiné, kite, kiwi, koan, koka, kola, kora, koré, koto, krak, ksar, kuna, kuru, kvas, kwas, kyat, lack, lakh, look, maki, mark, moka, moko, neck, okra, pack, puck, punk, pack, raki, rock, sake, saki, sikh, skai, skat, skif, skin, skip, skua, souk, taka, tank, teck, téké, trek, tiki, yack, yaka, yuko, york, zouk

 

VOIR  aussi

W Délires n°131

J et Q Délires n°133

X Délires n°134

Y Délires n°135

Z Délires n°136

 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 19:21

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 << 130 Délires sur une recherche d'emploi

 

J'étais sur le point de sombrer dans un sommeil pour longtemps irréveillable lorsque mon voisin me susurra : « Mademoiselle, je vois bien là quelques métiers qui vous siéraient et que vous choisiriez volontiers sans attendre si tant est que vous titilliez quelque peu votre vigilance. »

Tout estomaquée de cette impertinence, j'eus une furieuse envie de rétorquer qu'il devrait se mêler de ses affaires, et des siennes seulement. N'avais-je pas été accostée, il y a peu, par un gentleman fort avenant en qui j'avais été prête à mettre toute ma confiance et qui s'était mué en malotru érotomane** ?

Chat échaudé craint l'eau froide°. On ne m'y reprendrait pas.

Rude avait été la leçon. Je tremblais encore en y songeant.

 

      « Le sang-froid est de rigueur dans ce monde impitoyable », me dis-je, et la placidité dont je fis preuve en cet instant me stupéfia.

 

L'inconnu n'insista pas. Grand bien lui fit. Avait-il deviné à mon regard fuyant que pour un peu, je lui eusse dit des choses fort désagréables ?

Je lui aurais répondu, il se serait cru encouragé.

........................................................................

 

*Cf. Chat échaudé craint l'eau froide. Proverbe XIIIe siècle

Si vous avez vécu une expérience malheureuse, méfiez-vous de ce qui lui ressemble.

 

**érotomane, érotomanie, se reporter au texte des Délires N°128

 

NOTES

un sommeil pour longtemps irréveillable

qu'on ne peut réveiller

Littré : XVIe siècle Sommeil irreveillable, [De la Porte, Épithètes]

 

mon voisin me susurra

susurrer, prononcer s et pas z

une seule S entre deux voyelles et qui se prononce z

(une S ou un S, voir le nom des lettres, note du texte N°58)

Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

je vois bien là quelques métiers qui vous siéraient

le verbe seoir, défectif.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

si tant est que vous titilliez quelque peu votre vigilance

Titillation, léger chatouillement qui ne produit qu'une sensation agréable.

Titiller, causer la titillation / taquiner, agacer, exciter.

Ce vin titille agréablement le palais.

Ici : vous titilliez, IEZ terminaison du subjonctif (présent) après si tant est que.

Il ne faut pas oublier le i (devant ez) que l'on n'entend pas précisément puisqu'il se fond dans le son mouillé qui le précède.

Voir le subjonctif présent des verbes en GNER, gniez, gnions – IER, iiez, iions – YER, yiez, yions - ILLER, illiez, illons – (même chose pour l'imparfait de l'indicatif) 

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

Tout estomaquée de cette impertinence

Estomaqué, choqué, offensé.

Tout estomaquée, voir : Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

S'estomaquer, se tenir pour offensé de quelque chose, s'en choquer.

Je m'estomaque que vous m'interpelliez ainsi.

 

la placidité dont je fis preuve en cet instant me stupéfia.

Placidité, tranquillité douce et sereine.

 

Grand bien lui fit

Faire grand bien

Grand bien lui fit, cela lui fit grand bien. (indicatif - passé simple)

Grand bien lui fasse ! que cela lui fasse grand bien ! (subjonctif présent) Souhait. Ironique.

Grand bien lui fait, cela lui fait grand bien. (indicatif présent)

Ce remède me fait grand bien.

 

pour un peu, je lui eusse dit des choses fort désagréables

Pour un peu (selon le contexte) peut-être suivi :

-du conditionnel : Pour un peu je lui aurais dit des choses désagréables. Conditionnel passé Ière forme

Pour un peu je lui eusse dit... Conditionnel passé 2ème forme

-ou de l'imparfait de l'indicatif

Pour un peu je lui disais...

-ou même du présent de l'indicatif

Pour un peu je lui dis des choses désagréables.

Un peu plus, même chose que précédemment.

Un peu plus je lui disais des choses désagréables.

Encore un peu, même chose.

Encore un peu je lui eusse dit des choses désagréables.

Tournure vivante en Wallonie.

Cf. Le Bon Usage, Le Grevisse 

à rapprocher de :

Il s'en fallut guère que je ne lui disse des choses désagéables.

Il s'en est fallu guère que je ne lui dise...

Il s'en fallut peu de choses que je ne lui disse des choses désagéables.

Peu s'en fallut que je ne lui disse des choses désagéables.

Il s'en fallut beaucoup que je ne lui disse pas ... (tournure donnée par Littré)

dise subjonctif présent

disse subjonctif imparfait - concordance des temps avec le passé simple fallut (style soutenu)

 

Voir les articles :

Valeurs et emplois du subjonctif

Liste des conjonctions de subordination et des locutions conjonctives

 

Je lui aurais répondu, il se serait cru encouragé.

Si je lui avais répondu, il se serait cru encouragé.

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec W

Deux lettres

wu

Trois lettres

daw, ewe, kwa, wad, wap, wax, web, wok, won

Quatre lettres

biwa, dauw, iwan, kawi, kawi, kiwi, kwas, news, show, slow, swap, twin, wale, (+awale), wali, wasp, watt, whig, whip, wifi, witz, wurm.

 

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X Délires n°134

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 04:12

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Une androïde fort charmante, faite à l'image de la Maria de Métropolis, m'accueillit, munie du sourire le plus sophistiqué que l'on pût imaginer — néanmoins je compris bientôt qu'elle était superlativement bornée. Elle m'installa avec sa grâce toute mécanique dans un large fauteuil en face d'un écran gigantesque.

J'avais bien raison ; les emplois proposés étaient nombreux, pour la plupart vacants depuis peu, car ici, à Utopinambourg*, on ne restait pas longtemps captif d'une activité particulière, fût-elle désirée ardemment et choisie au prime abord. On aimait le changement. Et il était d'autant plus facile de papillonner d'un emploi à un autre qu'on y prenait goût et qu'on évitait ainsi de s'ankyloser les bras, les jambes, ou pire, les neurones c'était selon.

 

L'offre était vaste, disais-je, à voir la longue, longue liste que parcouraient des yeux, ceux-là mêmes qui, comme les miens, cherchaient le petit boulot du moment.

« Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens », écrivait Monsieur Le Roux de Lincy**, il y a bien longtemps — si longtemps même qu'on aurait presque oublié ce proverbe vidé de son sens, puisqu'ici-bas tous les métiers étaient également respectés ; et l'on passait allègrement de l'un à l'autre pendant sa longue, longue vie qui aurait été bien monotone s'il avait fallu s'en tenir à un seul.

Et si s'éveillait brusquement une passion irrésistible pour une spécialité quelconque, on avait tout le loisir de consacrer, à son étude, le temps nécessaire pour en devenir un expert. Que ce fût l'art du barbier-chirurgien ou celui du décrotteur, l'art du chaircuitier saucisseur ou celui du conchyliculteur de moules, sans parler du bénéficier ni du bistourneur ; par ma foi, tous les métiers se valaient bien et Maître Horri*** n'aurait rien eu à envier aux inventeurs de fragrances nouvelles.

 

J'avais consacré quelque temps à l'art de la gastronomie comme vous le savez, et il me prit l'envie de trouver une autre occupationqui me conviendrait, il va sans dire.

Je lus avec une avidité gourmande le choix des emplois que l'on proposait. Comme on ne me prenait pas pour une sainte-nitouche, j'aurais pu postuler n'importe quel emploi, même celui que nul n'aurait osé me proposer, d'autant plus que la susdite androïde au cerveau duriuscule et dépourvue du moindre état d'âme n'avait pas pour fonction de me conseiller. Eût-elle tenté de s'aventurer à le faire, zeste !

J'étais mon seul juge.

L'écran se déroulait longuement devant moi avec une lenteur bien faite pour donner le temps de la réflexion, à tel point que peu s'en fallut que bientôt je ne m'endormisse. Et pas le moindre remontant ne m'était offert pour corroborer mon esprit !

C'est alors que, subrepticement, un inconnu vint s'asseoir à côté de moi, un peu trop près à mon goût.

.............................................................................

*Utopinambourg

Rappelez-vous l'arrivée de notre héroïne Oli à Utopinambourg,

les Délires n° 53

 

**Antoine Leroux de Lincy, 1806 – 1869, écrivain, archiviste paléographe, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal.

Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens.

Livres des Proverbes.

 

***Maître Horri, l'éboueur-type du Moyen Âge.

Voir La Complainte Rutebeuf dans :  Une petite histoire de la Langue Française racontée par mamiehiou– Chapitre 7 - L'ANCIEN FRANÇAIS DU IXe AU XIIIe SIÈCLE - CINQUIÈME PARTIE : Les complaintes de Rutebeuf

Mi autre ami sunt tuit porri :
Je les envoi a maitre Horri
Et cest li lais

 

NOTES

Un ou une androïde, robot construit à l'image d'un homme ou d'une femme.

Incarnée par Brigitte Helm, l'androïde du film Métropolis de Fritz Lang (1927), est construite à l'image d'une femme du peuple, Maria.

Un film - mémoire
Metropolis a été le premier film classé parmi les documentaires du patrimoine mondial. Il est inscrit au registre Mémoire du Monde  de l'Unesco. 

 

le sourire le plus sophistiqué qu'on pût imaginer

subjonctif dans une relative après un superlatif.

Ici, l'imparfait du subjonctif

§71 dans : Valeurs et emplois du subjonctif

 

ceux qui, comme moi, cherchaient le petit boulot du moment, histoire de se changer les idées, aussi.

L'HYPERBATE est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés en intercalant un ou plusieurs autres mots. La phrase en est de ce fait comme prolongée en ajoutant l'élément déplacé. 

... histoire de se changer les idées, aussi.

au lieu de

... histoire de se changer aussi les idées.

 

Les métiers anciens susnommés (écrits en italique), je les ai recueillis pour la plupart dans les dictionnaires de Littré et de Godefroy (Le Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du 9e au 15e siècle, 1881-1902).

Barbier-chirurgien, barbier, artisan qui coupe les cheveux et la barbe. Autrefois, les barbiers étaient aussi des chirurgiens !

Décrotteur, personne nettoyant et cirant les souliers des passants. Au figuré et par plaisanterie, celui qui corrige et arrange les écrits d'un autre.

Saucisseur et Chaircuitier, ancêtre du charcutier

Bénéficier, titulaire d'un bénéfice ecclésiastique et qui en perçoit des revenus.

Bistourneur, personne castrant les animaux.

Conchyliculteur. La conchyliculture est l'élevage des mollusques conchifères (c'est-à-dire les coquillages en général)

Voir : Les mots formés avec l'élément culture, QUIZ n°9

...................

et Maître Horri n'avait rien à envier aux inventeurs de fragrances nouvelles

Le travail de Maître Horri dans le récit :

Maître Horri, descendant lointain du Maître Horri du XIIIe siècle, récupère tous les déchets biologiques, déchets d'animaux (dont déchets d'hommes), et déchets végétaux, pour les transformer en énergie. Cela a commencé au XXIe siècle, et même un peu avant et c'est très au point au siècle de notre héroïne !

Voir la note à la fin de l'article : on fabrique de l'énergie avec la graisse d'andouille.

Fragrance, parfum.

les inventeurs de fragrances nouvelles, les parfumeurs

 

j'ai consacré quelque temps à l'art de la gastronomie

quelque temps, un certain temps.

 

on ne me prenait pas pour une sainte-Nitouche

Nitouche : usité seulement dans la locution familière sainte nitouche, personne hypocrite, doucereuse, affectant la simplicité et l'innocence. Sainte n'y touche, c'est-à-dire une sainte qui n'y touche pas ; wallon et bourguignon mitouche.

 

je compris bientôt qu'elle était superlativement bornée

Superlativement, terme familier, qui ne se dit guère qu'en plaisantant. Au superlatif, extrêmement.

Exemple : Elle est superlativement laide.

 

la susdite androïde au cerveau duriuscule

Duriuscule, adjectif. Terme de plaisanterie. Lat. duriusculus, diminutif de durus, dur. Un peu dur. Cf. Littré

On trouve dans le Malade Imaginaire de Molière : Il est duriuscule [le pouls]

 

eût-elle tenté de s'aventurer à le faire, zeste !

eût-elle tenté, aurait-elle tenté, même si elle avait tenté

Zest ! ou zeste !

Ici, interjection familière et ironique dont on se sert pour repousser ce que dit une personne.

Il se vante de cela : zest !

Pour en savoir plus sur le mot zest ou zeste, lire la note du texte :

159 Délires où la prudence est de rigueur

 

pas le moindre remontant ne m'était offert pour corroborer mon esprit

Corroborer - Littré - Terme de médecine. Donner de la force. Il faut donner à cet enfant étiolé tout ce qui corrobore.  2° En général, affermir, appuyer, renforcer.

Vos encouragements, chers lecteurs, corroborent l'obstination et la ténacité que j'ai à poursuivre inlassablement une suite interminable de mes Délires... Mamiehiou

 .........................................................................

Aujourd'hui aux infos sur France 2, j'entends qu'on fabrique de l'énergie avec la graisse d'andouille. Et la présentatrice du journal d'ajouter qu'on pourra un jour utiliser tous les déchets animaux pour en faire de l'énergie.

Bravo Benoît Rivalan ! Ce charcutier de Guéméné-sur-Scorff dans le Morbihan qui produit 300 000 andouilles par an (est-ce possible ?) et par la même occasion 15 tonnes de graisse, a eu la bonne idée de transformer cette manne en un produit dont l'énergie alimente un groupe électrogène. Il en vend même à L'EDF.

Génial non ? On n'arrête pas le recyclage intelligent.

Et cela pour ne pas faire mentir l'adage : Tout est bon dans le cochon.

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 12:24

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Le lendemain matin, rien ne parut de mes émotions de la veille. Dès le lever, je me sentis prête à affronter tous les obstacles qui se dresseraient devant moi. Ne savais-je pas que j'étais capable de sortir indemne des situations les plus délicates que je pourrais rencontrer ?

Je mis en ordre mes tâches à accomplir. Dieu seul sait combien j'étais peu procrastinatrice ! L'urgence était de trouver un emploi, le plus tôt possible, c'est-à-dire le jour même, car dans cette cité fort bien organisée, il était formellement interdit de rester sans emploi plus de vingt-quatre heures sous peine d'un châtiment exemplaire. Tout juste le temps de choisir l'activité proposée parmi celles, nombreuses, qui étaient vacantes. Inutile de vous préciser que le plein emploi était la première loi que s'imposait le pays. Pas de chômage. Pas d'assistanat.

 

Comme tu le sais déjà, lecteur attentif qui n'oublie jamais rien de ce que je te raconte, il ne s'agissait que de travailler trois heures par jour tout au plus1, ce qui suffisait amplement à la bonne marche de la vie de mes concitoyens.

Je me rendis donc au Bureau de l'Emploi où je pourrais étudier la liste des postes à pourvoir.

Je songeais en chemin à ce qui me conviendrait.

 

Nul besoin de te dire, lecteur toujours curieux des us et coutumes de mon temps, que le travail en usine avait depuis longtemps disparu, tous les objets dont nous nous servions, ici, à Utopinambourg, étant inusables. La plupart d'entre eux avaient été inventés, élaborés et fabriqués il y a quelques siècles, dupliqués en des matières inaltérables, voire indestructibles, et ils étaient toujours en usage, et comme neufs, depuis que les hommes avaient compris une fois pour toutes qu'ils avaient été décervelés par la société consumériste à force de publicités, pour beaucoup mensongères, et vantant des produits dont nul n'avait l'utilité.

 

Il fut un temps où leur esprit s'était plié à toutes sortes de règles dont ils eurent beaucoup de peine à se défaire. Il fut un temps où était impensable l'idée même de renoncer au crédit, aux séductions de la publicité, au faux besoin irrépressible d'acheter des choses nouvelles coûteuses et parfaitement superflues, où il était tout aussi inimaginable d'abandonner cette habitude de n'avoir à disposition que des objets dont on avait programmé à l'avance l'obsolescence pour qu'ils fussent vite hors d'usage la panne toujours menaçant et qu'on eût tout aussi vite l'envie d'en racheter de nouveaux, à la plus grande avidité des trusts, des cartels, et des mafias de l'économie viciée qui ne disaient pas toujours leur nom.

Il fut un temps — que tu connais bien cher lecteur  le mensonge [était] passé à l'état de spéculation, mis à la portée de tout le monde, et circulant librement pour les besoins de la société et de l'industrie, toutes les vanteries, jongleries, sensibleries de nos poètes, de nos orateurs et de nos hommes d'état, autant de puffs !2

C'était pitié de voir ces consommateurs compulsifs, tous asinant sans le savoir, et courant à leur perte, comme des dératés°.

Sais-tu, lecteur, qu'il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité4?

Eh bien sache qu'il fut un temps où l'idée de mettre un terme à la société de consommation était tout aussi inconcevable.

 

Croître pour croître était son credo.

L'usure, la clé de son économie.

 

Mais quels gogos, quels pigeons avaient donc été la plupart des hommes de ce temps révolu ! Et quel retournement avait dû se faire, non sans mal, pour parvenir au résultat d'aujourd'hui ! Il fallut traitailler et les prêchi-prêcha furent légion.

Aussi ne fabriquait-on plus à la chaîne ni voitures, ni vêtements, ni ustensiles de ménage, et l'on ne construisait plus ni maisons, ni digues, ni routes, ni ponts. Tout était durable, robuste, solide, infrangible, incassable3, d'aucuns diraient « costaud et increvable ». Il faut reconnaître que tous ces adjectifs jouaient leur rôle à merveille.

De quoi s'éjouir !

 

    « Ainsi donc, me dis-je, confiante, les emplois ne manquent pas, et l'un d'entre eux m'attend forcément. »

....................................................................

1- il ne s'agissait que de travailler trois heures par jour tout au plus.

 Voir la note à la fin de l'article (reprise de Les Délires n°69)

 

 2- Le mensonge passé à l'état de spéculation, mis à la portée de tout le monde... autant de puffs ! cf. Le Puff ou Mensonge et Vérité du dramaturge Eugène SCRIBE, 1859.

On sait que notre jeune héroïne ne vit plus dans ce temps-là, qui est encore le nôtre. Grâce à sa curiosité toujours en éveil elle est parvenue à découvrir l'époque dans laquelle elle vit. Voir les Délires n°106.

 

3- Incassable, Unbreakable, est un thriller de super-héros, film réalisé en 2000 par M. Night Shyamalan avec Bruce Willis et Samuel L. Jackson.

 

4-  Il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité. Littré

 

NOTES

Titre : Délires sur la folie du consumérisme - l'obsolescence programmée

Le consumérisme 

En sociologie, le consumérisme est une idéologie qui veut que la consommation de biens soit primordiale (cf. le roman Les Choses de Georges Pérec). Le consumérisme se rattache à l'idée de société de consommation et dénonce un comportement qui se donne la consommation, voire la surconsommation, pour finalité.

Cf. Alain Soral analyste sociologue, Emmanuel Todd, économiste, Bernard Stiegler, philosophe.

L'association américaine "Buy_Nothing_Day", les associations françaises "Casseurs de pubs" ou "Journée sans achat" dénoncent la surconsommation.

L'obsolescence programmée

C'est le fait de produire un bien en prévoyant le moment où il ne sera bon qu'à jeter.

Lire l'article qui suit : La folie du consumérisme- Prêt à jeter

 

Inutile de préciser... Nul besoin de te dire ...

LA PRÉTÉRITION : C’est lorsqu’on affirme passer sous silence une chose dont on va pourtant parler.

 

Dieu sait combien j'étais peu procrastinatrice

Procrastinatrice, procrastinateur, procrastination.

Le procrastinateur a pour formule : Je remets toujours au lendemain ce que je pourrais faire le jour même !

 

Il fut un temps...

L'ANALEPSE (une) : En narratologie, c’est un retour sur des événements antérieurs au moment de la narration.

 

Il fut un temps... il fut un temps... il fut un temps...

L’ANAPHORE (une) est une figure de style qui consiste à commencer des vers ou des phrases par les mêmes mots ou les mêmes syntagmes. Elle rythme le discours telle une obsession et renforce une affirmation. Elle crée un effet de symétrie.

 

ils avaient été décervelés par la société consumériste

Décerveler, abêtir.

 

les menteries, jongleries... autant de puff

Le puff ou peuf, de l'anglais souffle, bouffée de tabac, bulle de savon.

Tromperie de charlatan. Littré

 

C'était pitié de voir ces consommateurs compulsifs

La compulsion est une névrose. On se sent contraint de faire quelque chose, on ne peut y échapper par sa propre volonté. Ici on ne cesse d'acheter sans pouvoir se raisonner.

 

tous asinant sans le savoir et courant à leur perte comme des dératés

Asiner, faire l'âne.

Courir comme un dératé, il paraît que l'on court plus vite si l'on n'a pas de rate !

 

tout était durable, robuste, solide, infrangible

Infrangible, qui ne peut être brisé

 

mettre un terme à la société de consommation était inconcevable

L'inconcevabilité, caractère de ce qui est inconcevable.

Il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité. Littré

 

il fallut traitailler et les prêchi-prêcha furent légion

Traitailler, faire sans cesse de nouveaux traités, de petites conventions mal observées ; tripoter dans les négociations. Littré

Un prêchi-prêcha ou prêchiprêcha, prechi-precha, prechiprecha, discours moralisateur ennuyeux.

De quoi s'éjouir !

S'éjouir, se réjouir. Ce mot a un peu vieilli mais il est encore bon, nous précise le Littré en 1880 ! 

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