Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 18:23

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Suite du 116 Délires shakespeariens

J'avais mon compte des émotions qui avaient émaillé cette journée. Je ne pouvais continuer à regarder l'horreur d'une scène dont je ne connaissais, hélas ! que trop bien le dénouement. Qui ne le connaît pas ?

Il fallut cependant que, malgré moi, il me revînt en mémoire. Je le vécus en un éclair2.

Un bref instant encore et Juliette se réveillerait, Elle verrait son cher, son pauvre amour, gisant à ses côtés.— Pourquoi le destin s'acharne-t-il ainsi ? La voilà qui pose un baiser désespéré sur les lèvres encore brûlantes. Elle se saisit du poignard de Roméo. Il s'ensuit le geste fatal !

Rejoindre dans la mort celui qui n'avait pu vivre sans elle... pour l'éternité !

Mes larmes jaillirent à l'évocation de la fin tragique de ces deux êtres innocents, victimes de la haine imbécile et criminelle que se vouaient leurs familles. Je pris garde de ne pas inonder le livre qui menaçait de me glisser des mains. Je me ressaisis enfin, et, toute tremblante, je le rangeai précautionneusement à sa place.

 

N'étais-je pas prise au piège de fantasmagories qui à la fois m'effrayaient et me séduisaient à tel point que je sentais ma raison près de vaciller ? Les livres innombrables qui s'offraient à moi m'attiraient comme les aimants. Devais-je lutter pour me défendre contre cette bibliothèque monstrueuse qui semblait vouloir me capturer pour longtemps ? Je me fis violence et parvins à m'arracher à ce lieu.

 

Combien de temps étais-je restée là ? Je n'aurais su le dire.

Un sursaut m'ébranla. Je revins à la réalité.

Je dégringolai en vrille l'étage qui me séparait de la sortie.

Le Jardin des Délices n'avait rien perdu de son animation ni de son éclat3. De multiples lampadaires éclairaient les allées, et les fontaines prodiguaient leurs lumières dans leurs eaux qui explosaient dans la nuit.

Mon regard chercha Alcofribas, mais le temps avait dû paraître trop long à mon tendre ami — devais-je vraiment l'appeler ainsi ?  Il ne m'avait pas attendue. Je défroissai mon amour-propre dont je m'étonnai de découvrir l'existence.

C'est alors que je sentis une masse mouvante qui se pressait contre mes jambes.

     « Ton amour-propre n'a pas lieu de se froisser. Celui auquel tu penses n'en vaut pas la peine, jappa Prétatou avec des accents de chacal en colère »4

Il avait surgi brusquement à mes côtés, mon fidèle Prétatou, toujours soucieux de ma protection. Mais je haussai les épaules et tapotai doucement sa tête, beaucoup trop pensante à mon goût. S'était-il impatienté à m'attendre au point de vouloir me punir, ou bien laissait-il paraître sa jalousie ?

Mais dites-moi donc, quel crédit donnerais-je à un chien jaloux ?

......................................................................................   

*Pour en savoir plus sur Roboland, le robotus, et les roboti, revenez aux textes n°95 et 96.

**Qui peut sans s'émouvoir supporter une offense ?

Corneille, Médée, Acte I, scène 5.

 

NOTES

Il est toujours pendu à mes basques°

il me suit partout, il ne me quitte pas.

Les basques sont une partie tombante de certains vêtements. Autrefois petite partie d'étoffe qui était au bas du corps du pourpoint et où il y avait des oeillets.

 

portail qui eût fait pâlir celui de la Place Stanislas à Nancy

Cette place est d'une grande beauté artistique.

Deux mots sur la famille Leszczynski

Cette grande famille d'origine tchèque s'installa en Pologne au Xe siècle, précisément en Posnanie. Stanislas Leszczynski fut Stanislas 1er, roi de Pologne de 1704 à 1709. Il devint Duc de Lorraine et de Bar en 1737. Stanislas contribua à l'embellisement de Nancy. Marie Leszczynska, sa seconde fille épousa Louis XV en 1725.

Nancy fut la capitale politique du duché de Lorraine jusqu'à son rattachement au Royaume de France en 1766.

 

ce fâcheux poursuivit de sa voix de mêlé-casse

un fâcheux, un importun, un gêneur, un trouble-fête, un empêcheur de tourner en rond.

une voix de mêlé-cassis, de mêlé-cass, de mêlé-casse, une voix rauque comme celle des ivrognes.

 

je l'entendis hoqueter en gesticulant comme un beau diable°

gesticulant dans tous les sens.  

 

Eussé-je voulu passer inaperçue, je crois bien que j'aurais renoncé à m'éclipser.

> Même si  j'avais voulu passer inaperçue...

Eussé-je, orthographe traditionnelle

Eussè-je orthographe rectifiée en 1990 du fait de la prononciation [ɛ]

De même fussé-je, dussé-je

et les anciennes formes des verbes se terminant par e avec sujet inversé, me trompé-je, fustigé-je, chanté-je...

Voir l'article : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je... 

 

Règles de la politesse et du savoir-vivre

> voir le Quiz/test n°25 dans les Délires 139

 

<< 117 Délires de cadavres exquis "Le cadavre exquis boira le vin nouveau."

>> 119 Délires d'où l'on se sort pas indemne - la syllepse

 

Digression autour d'un mot : Se mistifriser

 

« Va te mistifriser, on sort ! »

« Qu'est-ce que tu fais ? Tu te mistrifises ?

« Regardez-la, comme elle s'est mistifrisée ! »

C'est une douce musique de mon enfance qui me revient en mémoire quand je pense à ce mot, quand ma mère le disait. Je croyais qu'elle était la seule à le connaître, ou bien qu'elle l'avait inventé, pour nous. Je ne l'avais jamais entendu prononcer par quiconque.

Si gai, si vivant, si pimpant avec ses trois i qui éclatent en sourires, il suppose une application toute particulière dans l'activité qu'il décrit.

Je me faisais belle, je me coiffais avec soin, je me pomponnais, je me mistifrisais.

Maman avait ses mots, ses mots bien à elle, qu'elle avait conservés de sa jeunesse, et je ne m'étonnais pas de ne les entendre, pour la plupart, que dans sa bouche. Certes, je connaissais beaucoup des expressions qu'elle employait — ils appartenaient à la langue bien de chez nous, le gaga — mais se mistifriser, non, je croyais vraiment qu'elle l'avait fait pour l'ajouter à son vocabulaire riche, savoureux, coloré.

 

Un jour que Monsieur Toubon, alors Ministre de la Culture et de la Francophonie préparait sa loi qu'on nommerait la Loi Toubon, comme il se doit, et qui verrait le jour le 4 août 1994, loi destinée à protéger notre belle langue française, notre précieux patrimoine linguistique, contre l'invasion anglophone, je l'entendis s'exprimer sur ce sujet à la radio, et soudain, dans son discours, il évoque des mots qu'il affectionne et prononce : « se mistifriser ».

Je n'en reviens pas ! Ainsi ce mot est-il connu et résonne-il dans d'autres familles que la mienne...

J'en ai fait cadeau à ma fille.

Comme tu es belle, ma fille, toute mistifrisée !

 

Si l'on jette un coup d'oeil curieux sur la toile, on rencontre que beaucoup de gens se mistifrisent de par le monde, de nombreux dialectes s'étant approprié le mot, le lyonnais, le bourbonnais, le normand, celui de la Saintonge, du Poitou et de l'Aunis, et même les Cadiens, ou Cajuns dont le parler d'origine vient de ces trois provinces, encore tellement attachés à leur vieille langue française, celle que leurs aïeux ont emportée avec eux jusqu'en Louisiane au XVIIe et XVIIIe siècle.

 

Non, je ne suis pas la seule à aimer ce vocable guilleret et je m'en réjouis fort. Ne l'ai-je pas trouvé dans le Soulier de Satin de Paul Claudel qui nous donne à voir des « courtisans dorés et mistifrisés ». Pas de mistigri là-dedans, ni de mystification comme une certaine interprétation voudrait nous le laisser croire, mais du gaga assurément.

 

Et la voix de ma mère — chère voix qui s'est tue — qui me l'a fait entendre si souventes fois.

Mamiehiou

 

NOTES

Le gaga, le parler stéphanois.


se mistifriser

En regardant dans le dictionnaire de l'ancienne langue française de Godefroy, je lis quelques acceptions de miste.

Miste, adjectif : joli, gentil, bien mis, propret.

mais aussi

Miste comme substantif : élégant, élégante.

Une jeune damoyselle, miste, belle, gaillarde, dispose et affaitee. (1617, Le Diogène français)

Et d'autres encore.

Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895

.........................................................................

Quelques mots gaga que vous trouverez dans ce blog :

Se mistifriser, reprise de la note du texte des Délires ci-dessus

beauseigne ! dans le texte : Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous

Les babets dans les notes du texte : 77 Délires qui vont m'amener à affronter l'inconnu

Le coissou, le matru, dans :  Poème - À Maxime nouveau-né - "Trois et Un font Quatre"

La même, pour la même chose, dans  Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes

Emploi régional, gaga (parler de Saint-Étienne), lyonnais...

   « J'ai pris un petit vin du Forez. Et vous, qu'est-ce que vous prenez ?

   —La même ! »

écafoiré dans : Une fable de Mamiehiou à la manière de La Fontaine : Le Gouda qui voulait se faire plus fort que le Camembert

 

<< 117 Délires de cadavres exquis "Le cadavre exquis boira le vin nouveau."

>> 119 Délires d'où l'on se sort pas indemne - la syllepse

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 14:12

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Suite du 116 Délires shakespeariens

J'avais mon compte des émotions qui avaient émaillé cette journée. Je ne pouvais continuer à regarder l'horreur d'une scène dont je ne connaissais, hélas ! que trop bien le dénouement. Qui ne le connaît pas ?

Il fallut cependant que, malgré moi, il me revînt en mémoire. Je le vécus en un éclair2.

Un bref instant encore et Juliette se réveillerait, Elle verrait son cher, son pauvre amour, gisant à ses côtés.— Pourquoi le destin s'acharne-t-il ainsi ? La voilà qui pose un baiser désespéré sur les lèvres encore brûlantes. Elle se saisit du poignard de Roméo. Il s'ensuit le geste fatal !

Rejoindre dans la mort celui qui n'avait pu vivre sans elle... pour l'éternité !

Mes larmes jaillirent à l'évocation de la fin tragique de ces deux êtres innocents, victimes de la haine imbécile et criminelle que se vouaient leurs familles. Je pris garde de ne pas inonder le livre qui menaçait de me glisser des mains. Je me ressaisis enfin, et, toute tremblante, je le rangeai précautionneusement à sa place.

 

N'étais-je pas prise au piège de fantasmagories qui à la fois m'effrayaient et me séduisaient à tel point que je sentais ma raison près de vaciller ? Les livres innombrables qui s'offraient à moi m'attiraient comme les aimants. Devais-je lutter pour me défendre contre cette bibliothèque monstrueuse qui semblait vouloir me capturer pour longtemps ? Je me fis violence et parvins à m'arracher à ce lieu.

 

Combien de temps étais-je restée là ? Je n'aurais su le dire.

Un sursaut m'ébranla. Je revins à la réalité.

Je dégringolai en vrille l'étage qui me séparait de la sortie.

Le Jardin des Délices n'avait rien perdu de son animation ni de son éclat3. De multiples lampadaires éclairaient les allées, et les fontaines prodiguaient leurs lumières dans leurs eaux qui explosaient dans la nuit.

Mon regard chercha Alcofribas, mais le temps avait dû paraître trop long à mon tendre ami — devais-je vraiment l'appeler ainsi ?  Il ne m'avait pas attendue. Je défroissai mon amour-propre dont je m'étonnai de découvrir l'existence.

C'est alors que je sentis une masse mouvante qui se pressait contre mes jambes.

     « Ton amour-propre n'a pas lieu de se froisser. Celui auquel tu penses n'en vaut pas la peine, jappa Prétatou avec des accents de chacal en colère »4

Il avait surgi brusquement à mes côtés, mon fidèle Prétatou, toujours soucieux de ma protection. Mais je haussai les épaules et tapotai doucement sa tête, beaucoup trop pensante à mon goût. S'était-il impatienté à m'attendre au point de vouloir me punir, ou bien laissait-il paraître sa jalousie ?

Mais dites-moi donc, quel crédit donnerais-je à un chien jaloux ?

........................................................................

*1-Le Cadavre exquis, jeu surréaliste. Voir la règle du jeu dans les notes.

2-La mort de Juliette, Acte V, scène III - Roméo et Juliette de Shakespeare,

3-cf. Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat.   

George Sand

Voir les notes ci-dessous.

4-Décrire les passions n'est rien ; il suffit de naître un peu chacal, un peu vautour, un peu panthère.
Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont, Poésies (1870)
 

 

Remarque :

Gnoméo et Juliette n'ont pas dit leur dernier mot. Personnages éponymes du film qui sort sur nos écrans cette semaine.

 

NOTES

la voilà qui pose un baiser...

elle se saisit du poignard

il s'ensuit le geste fatal (verbe s'ensuivre)

présent employé dans le texte au passé pour rendre les actions plus vivantes.

 

je sentais ma raison près de vaciller

Près de - Prêt à - Ne pas confondre

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

Je suis près de partir, je suis sur le point de partir

Je suis prêt à partir, je me suis préparée.

 

 

Les papillons surréalistes

le Jardin des Délices n'avait rien perdu de son animation ni de son éclat

citation détournée :

Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat

Phrase qu'on peut lire dans le roman policier Le mystère de la Chambre jaune de Gaston Leroux (1907-1908). Elle deviendra une citation culte pour les surréalistes qui en feront un de leurs papillons.

Elle s'inspire d'une phrase de George Sand dans une lettre à Marcie :

Le presbytère n'a rien perdu de sa propreté, ni le jardin de son éclat.

Vu sur l'article d'André Breton

> Le surréalisme est à la porte de tous les inconscients

11 octobre 1924

« Un Bureau des recherches surréalistes s'est ouvert au 15 de la rue de Grenelle et son but initial est de recueillir toutes les communications possibles touchant les formes qu'est susceptible de prendre l'activité inconsciente de l'esprit. Ce bureau, devant le nombre de curieux et d'importuns qui l'assiègent, force est assez vite de le fermer. » Entretiens, 1952

Les papillons surréalistes sont de petits écrits énigmatiques, aphorismes, citations, jeux de mots, tracts publicitaires etc.

En voici quelques-uns :

Le surréalisme est à la portée de tous les inconscients.

"On ne saurait rien attendre de trop grand de la force et du pouvoir de l'esprit." Friedrich Hegel

Le surréalisme, c'est l'écriture niée.

Vous qui ne voyez pas, pensez à ceux qui voient.

"Ariane ma sœur ! de quel amour blessée

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ? " Phèdre, Racine.

Le parapluie du chocolat est dédoré. Trempez-le dans la porte et nattez.

"Après des tentatives réitérées pour saisir l'idée de triangle, j'ai constaté qu'elle était tout à fait incompréhensible." Berkeley

Parents ! racontez vos rêves à vos enfants.

Ouvrez la bouche comme un four il en sortira des noisettes.

Si vous aimez l'Amour vous aimerez le Surréalisme

Vous qui avez du plomb dans la tête, fondez-le pour en faire de l’or surréaliste

Le Surréalisme vous cherche, vous cherchez le surréalisme.

 

Jeu surréaliste

Le cadavre exquis est un jeu inventé par les surréalistes et auquel vous pouvez vous livrer avec délectation si tant est que vous ayez un peu de fantaisie. Apprenez-le aussi à vos enfants.

Règle du jeu

Chaque participant écrit un mot ou un groupe de mots selon l'ordre SUJET, VERBE, COMPLEMENT, mais sans savoir ce que les autres ont écrit. On découvre les feuilles de chacun, et la phrase abracadabrante est ainsi obtenue.

Le cadavre - exquis - boira - le vin - nouveau.

Telle en fut la première phrase !

Participèrent à ce jeu Yves Tanguy, Marcel Duhamel, Jacques Prévert, Benjamin Peret, Pierre Reverdy, André Breton, et Frida Kahlo, Max Morise, Joan Miró, Man Ray, Simone Collinet,

Tristan Tzara, Georges Hugnet, René Char, Paul Éluard, Nusch Éluard et Henry Miller.

Pour en savoir plus sur d'autres jeux voyez l'article : Des Jeux  à faire entre amis 

............................................ 

jappa Prétatou avec des accents de chacal en colère

Le chacal jappe

Le chiot jappe

Le chien aboie

Les chiens jappent souvent en dormant ; et, quoique cet aboiement soit sourd et faible, on y reconnaît cependant la voix de la chasse, les accents de la colère, les sons du désir ou du murmure.- Buffon, Nature des animaux.

Si vous voulez en savoir davantage sur le cri des animaux, revenez au QUIZ 3 Délires pour un bestiaire texte 15

 

<< 116 Délires shakespeariens

>> 118 Délires de mon robotus toujours pendu à mes basques°

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 17:30

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

Tous les QUIZ

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Suite de : 114 Délires cervantesques

 

Je fermai le livre hâtivement. N'avais-je pas vu et senti avec une acuité démesurément exacerbée ce qu'on suppose qui se passe dans l'imagination débridée de lecteurs passionnés ? La frayeur, qui m'avait saisie alors, avait égalé les pires frayeurs ressenties devant les dangers bien réels ceux-là, qui n'avaient pas épargné ma pauvre existence. Je ne pus me résoudre à fréquenter plus longtemps cet hidalgo1 capable de tout.

Néanmoins je ne voulus pas en rester là. La séduction qu'exerçaient sur moi tous ces livres alignés me retint de vouloir abandonner ce lieu sur le champ, et je ne pus m'empêcher de désirer ardemment réitérer une expérience aussi étonnante.

Il me fallait choisir une histoire qui conviendrait à ma position présente, celle de la jeune fille énamourée que j'étais.

 

Quels personnages plus attachants, plus bouleversants, pourrait-on rencontrer en ce monde, que les deux jeunes amants Roméo et Juliette ? Quelle tragédie, sublime et inégalée, a jamais aussi violemment déchiré le cœur d'un être sensible ?

Shakespeare2 s'offrait à moi tout entier, et je choisis, parmi son œuvre, le texte aimé. 

 

J'ouvris le livre avec précaution, sans connaître le moment de l'histoire qui allait s'offrir à mes yeux, et je me mis à frissonner de tout mon être.

 

Un tombeau majestueux s'éleva lentement tout autour de moi et m'enserra tel un écrin glacé. Des sarcophages sculptés dans le marbre de Carrare le peuplaient, surmontés de gisants hiératiques et graves. Dans l'un d'eux découvert, Juliette, pâle et froide regardait, par delà ses yeux clos, l'avenir incertain. Ne l'avait-on pas étendue ici dedans comme morte, pour qu'elle pût échapper à un mariage impossible, la loi de Dieu la liant en secret à jamais à son Roméo ? Que n'avait-il été là pour l'arracher à ce supplice ?

Elle attendait.

L'effet de la potion qui faisait de son sommeil un sommeil semblable à la mort elle-même, allait dans un moment se dissiper.

Je m'approchai de la jeune épousée pour admirer sa beauté. Le caveau en était tout illuminé3

 

Il arrivait enfin dans Vérone endeuillé. L'avait-on prévenu, ce cher amour, que Juliette, pour lui, avait surmonté l'insupportable mensonge, qu'elle avait pris le risque d'avaler le philtre qui l'endormirait jusqu'à son retour et de se réveiller seule dans l'effrayante sépulture ?

 

Mais déjà le voilà qui pénètre en cette crypte lugubre. Il croit Juliette morte. Nul n'a pu l'avertir du stratagème. Seigneur ! Que saisit-il ? Une fiole qu'il veut vider de son contenu mortel !

Je ne puis supporter de voir son désespoir. Je me précipite et veux l'empêcher de se nuire. Je crie ! Comment lui faire savoir que sa Juliette va se réveiller ?

« Don't do that, dear Romeo, She is not dead. Please believe me. Don't do that ! »4

Je m'agrippe à ses vêtements. Je veux lui arracher le poison. Mais puis-je changer le destin d'un amant si déterminé ? N'avais-je pas naguère tenté l'impossible avec Don Quichotte ? En vain !

Roméo est tout près de moi, si réel, si vivant que je sens la chaleur de son souffle.

C'en est fait de lui. Il boit le funeste breuvage et, posant ses lèvres sur celles de sa bien-aimée, prononce ces mots avec douceur :

« Thus with a kiss I die. »

(« C'est ainsi que dans un baiser je meurs »)

 

Quelle douleur plus impétueuse aurait pu me saisir en cet ultime instant ?

................................................

1-Cet hidalgo. Il s'agit de Don Quichotte que nous avons rencontré dans le texte des Délires n°114

 

2-William Shakespeare est né probablement le 26 avril 1564 à Stradford-upon-Avon en Angleterre, et y est mort le 23 avril 1616. Il est l'un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains du monde.

 

3-cf. Roméo et Juliette Acte V scène III

 « ...her beauty makes

This vault a feasting presence full of light »

 

4- « Don't do that, dear Romeo, She is not dead. Please believe me. Don't do that ! *» Ne fais pas cela cher Romeo. Elle n'est pas morte. Je t'en prie, crois-moi. Ne fais pas cela ! (Paroles d'Oli)

 

NOTES

ma position présente, celle de la jeune fille énamourée que j'étais

Énamourée, amoureuse.

N'oublions pas qu'Oli est amoureuse d'Alcofribas !

 

Ne l'avait-on pas étendue ici dedans comme morte.

Cf. Littré. Ici se joint avec d'autres adverbes. Ici dessous...

 

Un tombeau majestueux m'enserra tel un écrin glacé

Enserrer, inhumer, ensevelir, enterrer.

 

<< 114 Délires cervantesques

<< 115 Intermède - Desocupado lector, lector carisimo, lector suave, lector prudente

>> 117 Délires de Cadavres Exquis*-"Le cadavre exquis boira le vin nouveau."

 

Savez-vous que William Shakespeare et Miguel de Cervantes, s'ils sont morts à la même date, ne sont pas morts le même jour ?

 

EXPLICATION

La date du 23 avril 1616 a existé dans deux calendriers différents, le calendrier julien et le calendrier grégorien, le nôtre aujourd'hui.

 

Le calendrier julien (de Jules César) a remplacé le calendrier romain en – 45. Il a été lui-même remplacé par le calendrier grégorien élaboré par des scientifiques et qui tient son nom du Pape Grégoire XIII. Il avait pour but de corriger le calendrier julien en lui ajoutant des années bissextiles.

Tous les pays n'ont pas adopté le calendrier grégorien en même temps et ce remplacement s'est fait du XVIème siècle au XXème siècle. Les pays qui s'alignaient sur Rome furent les premiers, les pays protestants suivirent, puis d'autres.

 

Le calendrier grégorien commence en l'An I, l'Anno Domini, qui marque le début de l'ère chrétienne. Il est appliqué le 15 octobre 1582 et l'on supprime 10 jours par rapport au calendrier julien, du 4 octobre 1582 au 15 octobre 1582.

 

Cela explique que la date de la mort de Shakespeare est la même que celle de Cervantes, tout en n'étant pas le même jour, l'une se trouvant dans le calendrier julien (l'Angleterre anglicane n'a pas adopté tout de suite le calendrier grégorien) l'autre dans le calendrier grégorien.

Mais dites-moi, lequel est donc mort avant l'autre ?

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog 

Partager cet article
Repost0
2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:10

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

 

Lecteur oisif, très cher lecteur, lecteur compréhensif, lecteur prudent, fasse le Ciel que tu ne succombes point à l'attrait immodéré qu'exerce sur toi la lecture de mes aventures, toutes plus dangereuses et ébouriffantes les unes que les autres et que tu ne te laisses pas emporter irrépressivement dans la tourmente née de ta recherche de la vérité. Ne prends pas mes moulins à vent pour des ennemis à combattre et écoute le raisonnable Sancho qui veille en toi. Entraîné dans ta course folle pour l'oisiveté, tu risques de perdre de vue les mille et une petites choses qui sont là, tout près, et qui t'échappent, et qui pourraient te donner ces joies minuscules qui font de la vie sa douceur même !

........................................

NOTES

Desocupado lector, lector carisimo, lector suave, lector prudente, dans le Prologue, première partie de Don Quichotte.

El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha, de Cervantes.

 

La recherche de la vérité

>>La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

 

Ces joies minuscules : La première gorgée de bière par exemple. Mais les futurs alcooliques ne devraient en aucun cas se laisser prendre à ce plaisir-là, à la fois anodin et pervers, et qui pourrait, un jour, leur être fatal ! Et, pour éviter d'enfoncer le clou, je ne parlerai pas de cette façon delermesque de les inciter à siroter un petit verre de porto !

Ne vaut-il pas mieux se contenter d'écosser des petits pois ? Définitivement.

Voyons Philippe, soyez honnête, bon nombre de vos lecteurs ont horreur de l'écossage, et moi la première !

 

J'ai lu aussi : « La voiture est étrange : à la fois comme une petite maison familière et comme un vaisseau sidéral. »

Comme c'est drôlement vu ! On aimerait bien demander aux SDF qui n'ont plus que leur voiture comme abri de nous donner leur avis.

 

Et encore :« Ah ! Les petites maladies de l’enfance qui vous laissent quelques jours de convalescence, à lire au lit des Bugs Bunny ! Hélas, quand on vieillit, les plaisirs de la maladie deviennent rares. »

Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire pour connaître ses classiques contemporains ! Je me souviens avoir attrapé la même année, quand j'avais 10 ans, la coqueluche et la scarlatine. J'ai cru que j'allais en mourir ! (vous connaissez le cri rauque du coq qui a donné son nom à coqueluche ?) Je ne pouvais même pas lire mes Lucky Luke ! Alors, les plaisirs de la maladie ! Quelle vaste rigolade !

Ah ! J'en pleurerais d'avoir raté, au fil de ma longue vie, ces rares plaisirs. Pourtant, à mon âge, j'aurais pu tant et tant en rencontrer !

Non, je n'ai rien contre Monsieur Philippe Delerm qui est, j'en suis sûre, quelqu'un de tout à fait charmant.

Il n'empêche !

 

Nota Bene : je cite Philippe Delerm, La Première Gorgée de Bière et autres plaisirs minuscules, 1997. Ce petit livre avait fait un tabac à sa sortie. Aïe ! encore un mot sanitairement incorrect !

--------------------------------------

Moulins à vent, enchaînement et non liaison, le s ne se lie pas avec le à.

> La liaison - l'élision - l'enchaînement - la disjonction

 

<< 114 Délires cervantesques

Il me semble bien que cet intermède qu'on pourrait juger inopiné m'ait fait perdre le fil de mon récit. Pas pour longtemps.

Voici la suite :

>> 116 Délires shakespeariens (Suite de mes pérégrinations livresques dans La Bibliothèque du Jardin des Délices)

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 17:07

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Après avoir caressé longuement l'objet chargé des vibrations émotionnelles que d'innombrables mains, ou des lèvres peut-être, lui avaient transmis au fil du temps, je me décidai, jouissant par avance de l'ineffable plaisir de la lecture de quelques lignes du précieux don que nous avait fait pour l'éternité Miguel de Cervantes1, je me décidai, dis-je, à ouvrir le livre, au hasard des pages.

 

À peine avais-je effectué le mouvement, que je me sentis traversée par un souffle irrésistible qui ébranla mon corps tout entier, et je vis surgir devant moi un être sorti tout droit de la littérature picaresque que l'on connaît, l'armure, le heaume et l'écu, luisants et sonnants. Non, il ne ressemblait en rien au squelette de Posada, immortel, puisque figé dans la mort, ni au personnage de Flores, tout coloré de jaune et de rouge, couleurs de l'Espagne, ni au dessin de Debout qui le voyait chauve et maigre et chaussé de lunettes, perdu dans la lecture de livres poussiéreux relatant de chevaleresques exploits, ni au mythique Chevalier à la Triste Figure de Goya, assailli par ses visions et ses rêves, mais bien plutôt au Don Quichotte daumiéresque, tout simple, grand, maigre, dégingandé, perché sur une Rossinante2 décharnée, la première de toutes les rosses du monde.

Il surgit, dis-je, tel un diable, comme ont dû surgir jadis de la jarre de Pandore les maux du monde, sans que je pusse rien faire pour l'arrêter. Ce n'était aucunement un hologramme, comme on aurait pu le croire, ni un film en 3D sur un écran venu de nulle part, c'était Don Quichotte lui-même, tout plein de l'énergie et du courage qu'on lui reconnaît, pourfendeur du mal, défenseur des opprimés.

 

Suivit un cri à me faire trembler tous les membres.

« Mire vuestra merced que aquellos que alli se parecen no son gigantes, sino molinos de viento y lo que en ello parecen brazos son las aspas, que, volteadas del viento, hacen andar la piedra del molino. »

Paroles que je compris illico presto sans les traduire, mais je le ferai pour toi volontiers, cher lecteur, au cas où tu ne serais pas hispaniste, et pour que les choses soient bien claires.

« Prenez donc garde, Votre Seigneurie ; ce que nous voyons là-bas ne sont pas des géants, mais des moulins à vent, et ce qui paraît leurs bras, ce sont leurs ailes, qui, tournées par le vent, font tourner à leur tour la meule du moulin. »

Je renchéris : « Escucha Sancho ! Escucha Sancho ! »

 

Mais rien n'y fit. Don Quichotte n'écouta pas son écuyer qui n'en pouvait plus de harceler son grison pour suivre son seigneur, l'allure lui manquait. Et il s'époumonait, malgré l'urgence, à donner une leçon de choses à son maître, lui expliquant par le menu à quoi servaient les ailes du moulin, Cher, fidèle Sancho Panza3, balançant chaque jour entre croire son maître et douter de lui !

 

Je voulus faire un écart pour éviter que le fougueux Don Quichotte ne me télescopât. Sans succès. Il fonça sur moi de toute la vitesse dont Rossinante était capable. Je crus ma dernière heure arrivée.

Mais il n'y eut aucun choc. Le cavalier et sa monture me traversèrent sans aucun mal. Sancho Panza me frôla et je vis, en un éclair, dans son regard, comme un clin d'oeil, le sous-entendu qu'il me lança. Étais-je victime d'une illusion ?

 

Je compris alors que les livres de cette bibliothèque n'étaient pas ordinaires et que leurs personnages apparaissaient tels que je voulais les voir.

..............................................................................

1-El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha de Miguel de Cervantes, 1547 – 1616.

2-Rossinante est un étalon, pas une jument.

3-Sancho Panza ou Pança

 

NOTES

Le titre : Délires cervantesques

Cervantesque, daumiéresque, adjectifs formés sur les noms Cervantes et Daumier et le suffixe ESQUE comme dantesque, moliéresque, ubuesque, etc

On dénombre environ 800 adjectifs se terminant par esque.

Pour en savoir plus sur le suffixe -esque :

Voir sur la toile : adjectifs en esque, Plénat

 

Et pour en savoir plus : Les adjectifs tirés de patronymes :

> Les adjectifs tirés de patronymes

http://monsu.desiderio.free.fr/curiosites/patronymes.html

 

à peine avais-je effectué le mouvement

inversion du sujet après à peine

L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

 

José Posada, Pedro Flores, Francisco de Goya, Honoré Daumier, Albert Debout, et bien d'autres peintres et dessinateurs ont représenté Don Quichotte, chacun à leur manière. Jacques Brel a interprété :

Jacques Brel - "La Quête" - L'Homme de la Mancha - YouTube

www.youtube.com/watch?v=LeJj2YgqvoU

 

Sancho Panza qui n'en pouvait plus de harceler son grison

son grison, Sancho Panza appelle ainsi son âne sans lui donner de nom.

 

cher lecteur, au cas où tu ne serais pas hispaniste

Les hispanistes sont des spécialistes de la culture espagnole et hispanoaméricaine.

................................................................................................ 

« La libertad, Sancho, es uno de los más preciosos dones que a los hombres dieron los cielos ; con ella no pueden igualarse los tesoros que encierra la tierra ni el mar encubre ; por la libertad así como por la honra se puede y debe aventurar la vida, y, por el contrario, el cautiverio es el mayor mal que puede venir a los hombres. »

 

« La liberté, Sancho, est un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes. Rien ne l’égale, ni les trésors que la terre enferme en son sein, ni ceux que la mer recèle en ses abîmes. Pour la liberté, aussi bien que pour l’honneur, on peut et l’on doit aventurer la vie ; au contraire, l’esclavage est le plus grand mal qui puisse atteindre les hommes. »

El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha   

Don Quichotte de Miguel de Cervantes, Livre II, Chapitre LVIII.

 

<< 113 Délires sur les beaux livres

>> 115 Intermède - Desocupado lector, lector carisimo, lector suave, lector prudente

>> 116 Délires shakespeariens (Suite de mes pérégrinations livresques dans La Bibliothèque du Jardin des Délices)

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 09:21

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Allais-je demeurer plus longtemps devant ces volumes qui se paraient des reliures plus précieuses les unes que les autres, reliures plein-cuir en marocain, ou mieux en marocain du Cap au grain exceptionnel, en mohair, en chagrin, reliures dont le tranche-fil rehaussait l'élégance, et qui laissaient deviner qu'elles contenaient les pages dont je pourrais caresser le vélin, le vergé, le chine, le papier bible, le japon dont l'épair est d'une remarquable beauté ?

 

Allais-je demeurer plus longtemps à hésiter avant de me saisir avec mille précautions, avec vénération même, d'une première édition que des milliers de lecteurs avant moi avaient dû effleurer ou embrasser peut-être, et feuilleter, et lire avec la même admiration ? Je tirerais de sa place le volume choisi en prenant garde de ne pas l'agripper par la coiffe pour qu'il ne souffrît pas, je le prendrais plutôt avec deux doigts sur les plats en le soulevant comme il sied à une personne respectueuse et connaissant les usages.

 

Mais avant toute chose, je passai les gants de soie que l'on m'avait remis à l'entrée avec la recommandation de ne point oublier de les enfiler pour ne pas laisser la moindre trace de doigt qui eût pu endommager le livre, gants à la peau si fine que je ne les sentais pas m'empêcher de goûter à la douceur des cuirs.

 

Je parcourus des yeux les titres qui s'offraient à moi et je remarquai qu'ils m'étaient familiers, prometteurs d'idées et d'aventures, les incontournables, les indispensables, ceux dont personne n'aurait pu nier qu'ils exerçassent dans les cœurs des émotions qui ne s'émousseraient jamais, et sur les esprits une influence incontestable dont les effets se feraient sentir encore et toujours à travers les âges à venir.

 

Je laissai glisser, avec volupté, mes doigts sur le dos des livres sagement alignés, vivant de leur vie propre, et qui attendaient patiemment, j'en suis sûre, que je les choisisse, chacun à leur tour. Je jouis du contact délicieux du relief des pièces de titre, des nerfs, des lettres dorées.

 

Mes doigts s'arrêtèrent soudain comme mus par le désir qu'enfin je me décidasse.

Je m'emparai de El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha*.

............................................................

*El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha*, roman de Miguel de Cervantes écrit en deux parties et publié en 1605 et 1615. Connu chez nous sous le nom de Don Quichotte

 

NOTES

Allais-je demeurer plus longtemps devant ces volumes... ?

Allais-je demeurer plus longtemps à hésiter.... ?

L'ANAPHORE

Répétition d'un mot ou d'un groupe de mots en début de phrase.

Allais-je demeurer plus longtemps...

On se souvient de l'anaphore proférée par François Hollande le 2 mai 2012 : "Moi président... Moi président... 15 fois

Sens de demeurer dans le texte

1- Allais-je demeurer plus longtemps devant ces volumes... ?

Verbe duratif comme : attendre, rester, réfléchir…

2- Allais-je demeurer plus longtemps à hésiter.... ?

Tarder, mettre un certain temps pour faire quelque chose.

On peut dire :

J'ai demeuré longtemps à hésiter...

Je suis demeurée longtemps à hésiter...

Demeurer se conjugue généralement avec avoir quand il signifie habiter et avec être quand il signifie rester

Autres sens de demeurer

3- Il unit l'attribut au sujet

Je demeurais perplexe. Je restais perplexe.

4- Je demeurai court. Je restai court. Je me trouvai court. Je ne savais que dire.

5- Je suis demeurée d'accord là-dessus. Je suis tombée d'accord. Je me suis trouvée d'accord.

6- Je ne demeure pas dans cette maison. Je n'habite pas cette maison. Je ne demeure nulle part.

7-Demeurons-en là. Restons-en là. Cessons de discuter.

 

avant de me saisir d'une première édition

Se saisir de, s'emparer de, s'approprier

 

Suivent par ordre alphabétique les mots relatifs au livre-objet. 

 

Cf. Petit glossaire emprunté à Michel de l'Ormeraie

CHAGRIN : cuir de chèvre à petit grain rond.

CHINE : papier originairement fabriqué en Chine, à base de fibres de soie, léger, fragile, mais très doux de consistance. Il reçoit admirablement la gravure sur bois. Assez souvent, ce papier, qui est très fin, est collé sur un papier vélin pour lui donner plus de résistance.

COIFFE : rebord qui surmonte le dos du volume.

CUIR : Ce mot recouvre toutes les qualités, allant de la croûte à la fleur, toutes les épaisseurs, allant du scié mince (scié dans l'épaisseur) au plein, en passant par le scié fort, demi-fort, trois-quart fort et plein, de telle sorte que pour la plus belle qualité on devrait dire « plein cuir plein ».

Pour en savoir plus sur le cuir, lisez donc l'article CUIR dans la rubrique Trucs et Astuces page 1. 

ÉPAIR : aspect du papier vu par transparence.

JAPON : papier originairement fabriqué au Japon, à base d'écorces d'arbres. Épais et résistant, il a une belle teinte ivoire. Epair nuageux.

JAPON NACRÉ : de même consistance, le papier a subi un blanchiment qui lui enlève la teinte ivoire. On l'additionne de fibre de bambous.

MAROCAIN : cuir de chèvre du Maroc.

MAROCAIN DU CAP : cuir de chèvre du Cap recherché pour son grain caractéristique.

MOHAIR : cuir de chèvre à grains allongés.

MORS : petite saillie entre les plats et le dos d'un volume relié.

NERFS : autrefois, proéminences au dos d'un livre provoquées par l'épaisseur de la ficelle reliant le corps de l'ouvrage au carton des plats. Aujourd'hui, proéminences conservées pour un effet décoratif. Faux-nerfs signifient nerfs creux obtenus par gaufrage, vrais-nerfs signifie nerfs pleins (armés).

PAPIER BIBLE : papier extrêmement mince, très froissable et transparent. Le véritable papier bible est toujours pur chiffon, sinon il doit s'appeler simili bible.

PARCHEMIN : peau d'animal préparé pour l'écriture ou l'impression, il conserve un aspect blanchâtre.

Papier traité façon parchemin.

PLAT : carton formant la couverture d'une reliure et sur lequel est appliquée la matière de recouvrement. On distingue le plat recto et le plat verso.

RELIURE A DENTELLE : 1-style de décor. 2-reliure décorée à l'intérieur des plats.

TRANCHES : les trois côtés papier du livre.

TRANCHEFILE : passementerie décorative de finition en tête et en pied du dos à l'intérieur de la couverture.

VELIN : 1-peau de veau employée au Moyen Âge pour les manuscrits. 2-papier fortement pressé et lissé sur les deux faces, ce qui lui donne la consistance et l'apparence de la peau de veau.

VERGÉ À LA CUVE : papier fabriqué comme à l'ancien temps avec un tamis métallique tenu à deux mains par l'ouvrier papetier. Ce tamis est plongé dans la cuve à papier et rapidement retiré. La couche de pâte à papier est égouttée, délicatement enlevée du tamis et empilée en intercalant entre chaque feuille une mince plaque de feutre. L'ensemble est alors passé sous une presse pour évacuer l'eau au maximum. Puis, les feuilles sont reprises une à une et accrochées sur des fils comme du linge pour finir de sécher à l'air libre.

 

Michel de l'Ormeraie, éditeur passionné qui a voué sa vie professionnelle à la création de livres d'art publiés dans des éditions de luxe, ces petites merveilles que le bibliophile aimera savoir qu'elles se transmettront de génération en génération.

À l'heure de l'éphémère et du tout jetable, cet éditeur d'exception s'est efforcé pendant de longues années à assouvir la passion de ceux qui aiment les beaux livres.

En août 2011, le Ministre de la Culture lui décernait le grade de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres. Jamais titre ne fut mieux mérité !

Voir les sites qui le concernent sur la toile.

 

<< 112 Délires sur une description qui met à mal la patience du lecteur - Le torche-cul de Gargantua

>> 114 Délires cervantesques

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 14:27

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Je fus bien étonnée de me trouver seule dans cet endroit qui aurait dû fourmiller d'accros à la lecture, mais après une réflexion tant soit peu mathématique, je compris que même les soldats d'une armée innombrable, éparpillés dans cette immensité, n'auraient pu se croiser. Je frissonnais, de peur de me perdre dans le dédale* des salles que l'on pouvait parcourir l'une après l'autre, en se dirigeant successivement dans les quatre directions cardinales et je me promis de me limiter à un seul étage de peur que ne m'échappât le contrôle de l'orientation. J'avisai cependant des plans qui m'indiquaient exactement la salle où je me trouvais et je repris confiance bien que je susse qu'il m'eût été impossible de héler qui que ce fût dans le cas où je n'aurais plus retrouvé la sortie. Tout était fait de telle sorte qu'on se serait cru sur une île déserte, ne fût-ce le décor confiné qui ne m'offrait que des étagères dressées le long des quatre murs des pièces que je commençais à arpenter, chacun d'eux étant percé d'une porte qui s'ouvrait sur un espace semblable.

Chaque salle disposait dans son angle nord que m'aurait indiqué une boussole si j'en avais apporté une d'une étroite cage carrelée à l'extérieur comme à l'intérieur d'admirables mosaïques azulejos. Elle offrait au visiteur un petit cabinet de toilette au cas où une envie incongrue mais naturelle se serait fait sentir, trop pressante pour qu'on pût sortir sans dommages de la pièce où l'on se trouvait, parcourir les autres précipitamment, dégringoler l'escalier vertigineux ou prendre un ascenseur probablement occupé pour de longues minutes et accéder enfin au hall d'entrée où j'avais pu lire précédemment le mot TOILETTES en lettres lumineuses.

Le lecteur me pardonnera cette réflexion quelque peu scatologique si nécessaire à des impératifs auxquels nul ne peut se soustraire.

 

Après avoir visité par curiosité l'un de ces lieux d'aisance confortables où un irrévérencieux malotru avait laissé sur la table de toilette quelques manuscrits précieux —  encore heureux qu'il ne s'en fût point torché le c... — je cherchai en vain quelque répertoire qui eût pu m'indiquer l'emplacement de l'oeuvre que j'aurais voulu trouver si toutefois mon choix se fût porté sur l'une d'entre elles en particulier. À parcourir les rayonnages et à lire sur le dos de chacun des livres, l'un après l'autre, le nom des titres et de leurs auteurs, je constatai qu'il n'y avait aucune classification claire et commode. Tout semblait d'un désordre voulu et j'essayai vainement de trouver, dans ce bazar troublant, un fil conducteur qui m'eût indiquer quelque cohérence. Dans ce carrefour de tous les rêves de l'humanité**, tout semblait conçu pour égarer le néophyte, mais je ne me décourageai point et je jurai qu'à force de faire travailler ma capacité de déduction et d'induction dont mon esprit toujours en effervescence ne manquait pas, je parviendrais bien à saisir la clef de ce capharnaüm.

 

Peut-être, pensai-je, Alcofribas me donnerait-il l'explication que je cherchais, mais il n'était plus à mes côtés et son absence, à cet instant, se fit cruellement sentir.

 

« Allez seule découvrir les trésors de cette bibliothèque » m'avait-il dit sur le perron. « Je vous laisse en face de vous-même et vous n'avez nullement besoin de moi. Le lecteur aspire à la solitude quand il s'aventure dans l'univers d'un livre. Il ne veut quiconque à ses côtés. Il n'est jamais qu'un voyeur jaloux de ses découvertes. Je ne saurais que vous embarrasser »

..............................................................

*Le dédale - Pour rencontrer Dédale, Icare, le Minotaure, Thésée, Phèdre, Ariane et son fil, relire la note du texte Les Délires n°74

**Une bibliothèque, c'est le carrefour de tous les rêves de l'humanité. Julien Green

 

NOTES

cet endroit qui aurait dû fourmiller d'accros à la lecture

Un accro, vient du mot accroché, par apocope de la dernière syllabe.

Anglicisme de l’anglais américain argotique hooked  littéralement accroché, dans le sens de dépendant.

Accro à une drogue, à l'héroïne, etc.

Ne pas confondre avec l'homonyme accroc.

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

après une réflexion tant soit peu mathématique

Tant soit peu, très peu, si peu que ce soit.

 

une cage carrelée d'admirables carreaux azuleros

Des carreaux azuleros - L'azulejaria est un art décoratif du Portugal, que l'on trouve aussi au Brésil. Il consiste en la fabrication et la peinture de carreaux de faïence émaillée (azulejos) pour la plupart en bleu. Les décors sont souvent magnifiques. Cet art remonte à la période maure du début du XVème siècle.

On en trouve partout au Portugal, sur les façades, les murs, dans les maisons, les jardins, les monuments, etc.

 

trouver, dans ce bazar troublant, un fil conducteur

je parviendrais bien à saisir la clef de ce capharnaüm

Bazar, capharnaüm, souk, termes familiers pour désordre.

Bazar vient du persan, et souk, de l'arabe. Marché, ensemble de magasins.

 

on se serait cru sur une île déserte, ne fût-ce le décor confiné

ne fût-ce... si ce n'était...

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

 

le lecteur me pardonnera cette réflexion quelque peu scatologique

Scatologie, scatologique, scato.

Scatologie, écrit ou propos où il est question d'excréments.

Une plaisanterie scatologique.

 

Certains d'entre vous n'apprécient pas d'écarts politiquement incorrects. Qu'ils me le fassent savoir ! Pourquoi userais-je d'euphémismes, de périphrases ou de circonlocutions pour déguiser ma pensée, je vous le demande.

Pour ma gouverne, je citerai François Rabelais qui ne se priva en aucune manière d'user de l'expression "se torcher le cul". Il décrivit même, de la bouche de son personnage Gargantua, cent façons de faire cette chose bien nécessaire. Pour preuve, l'extrait de Gargantua que je vous donne ci-dessous. Pour son plaisir... et pour le nôtre.

Les bégueules s'abstenir !

 

LE TORCHE-CUL DE GARGANTUA

(Grandgousier est le père du héros éponyme)

J’ay (respondit Gargantua) par longue et curieuse experience inventé un moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial, le plus expedient que jamais feut veu.
– Quel ? dict Grandgousier.
– Comme vous le raconteray (dist Gargantua) presentement.
« Je me torchay une foys d’un cachelet de velours de une damoiselle, et le trouvay bon, car la mollice de sa soye me causoit au fondement une volupté bien grande ;
« une aultre foys d’un chapron d’ycelles, et feut de mesmes ;
« une aultre foys d’un cache coul ;
« une aultre foys des aureillettes de satin cramoysi, mais la dorure d’un tas de spheres de merde qui y estoient m’escorcherent tout le derrière ; que le feu sainct Antoine arde le boyau cullier de l’orfebvre qui les feist et de la damoiselle qui les portoit !
« Ce mal passa me torchant d’un bonnet de paige, bien emplumé à la Souice.
« Puis, fiantant derrière un buisson, trouvay un chat de Mars ; d’icelluy me torchay, mais ses gryphes me exulcererent tout le perinée.
« De ce me gueryz au lendemain, me torchant des guands de ma mere, bien parfumez de maujoin.
« Puis me torchay de saulge, de fenoil, de l’aneth, de marjolaine, de roses, de fueilles de courles, de choulx, de bettes, de pampre, de guymaulves, de verbasce (qui est escarlatte de cul), de lactues et de fueilles de espinards, — le tout me feist grand bien à ma jambe, — de mercuriale, de persiguire, de orties, de consolde; mais j’en eu la cacquesangue de Lombard, dont feu gary me torchant de ma braguette.
« Puis me torchay aux linceux, à la couverture, aux rideaulx, d’un coissin, d’un tapiz, d’un verd, d’une mappe, d’une serviette, d’un mouschenez, d’un peignouoir. En tout je trouvay de plaisir plus que ne ont les roigneux quand on les estrille.
— Voyre, mais (dist Grandgousier) lequel torchecul trouvas tu meilleur ?
— Je y estois (dist Gargantua), et bien toust en sçaurez le tu autem. Je me torchay de foin, de paille, de bauduffe, de bourre, de laine, de papier. Mais
Tousjours laisse aux couillons esmorche
Qui son hord cul de papier torche.
— Quoy! (dist Grandgousier) mon petit couillon, as tu prins au pot, veu que tu rimes desjà ?
— Ouy dea (respondit Gargantua), mon roy, je rime tant et plus, et en rimant souvent m’enrime. Escoutez que dict nostre retraict aux fianteurs :
Chiart,
Foirart,
Petart,
Brenous,
Ton lard
Chappart
S’espart
Sur nous.
Hordous,
Merdous,
Esgous,
Le feu de sainct Antoine te ard!
Sy tous
Tes trous
Esclous
Tu ne torche avant ton depart !
« En voulez vous dadventaige ?
— Ouy dea, respondit Grandgousier.
— Adoncq dist Gargantua :
RONDEAU
En chiant l’aultre hyer senty
La guabelle que à mon cul doibs ;
L’odeur feut aultre que cuydois :
J’en feuz du tout empuanty.
O ! si quelc’un eust consenty
M’amener une que attendoys
En chiant !
Car je luy eusse assimenty
Son trou d’urine à mon lourdoys ;
Cependant eust avec ses doigtz
Mon trou de merde guarenty
En chiant.
« Or dictes maintenant que je n’y sçay rien! Par la mer Dé, je ne les ay faict mie, mais les oyant reciter à dame grand que voyez cy, les ay retenu en la gibbessiere de ma memoire.
— Retournons (dist Grandgousier) à nostre propos.
— Quel ? (dist Gargantua) chier ?
— Non (dist Grandgousier), mais torcher le cul.
— Mais (dist Gargantua) voulez vous payer un bussart de vin Breton si je vous foys quinault en ce propos ?
— Ouy vrayement, dist Grandgousier.
— Il n’est (dist Gargantua) poinct besoing torcher cul, sinon qu’il y ayt ordure ; ordure n’ y peut estre si on n’a chié; chier doncques nous fault davant que le cul torcher.
— O (dist Grangousier) que tu as bon sens, petit guarsonnet ! Ces premiers jours je te feray passer docteur en gaie science, par Dieu! car tu as de raison plus que d’aage. Or poursuiz ce propos torcheculatif, je t’en prie. Et, par ma barbe ! pour un bussart tu auras soixante pippes, j’entends de ce bon vin Breton, lequel poinct ne croist en Bretaigne, mais en ce bon pays de Verron.
— Je me torchay après (dist Gargantua) d’un couvre chief, d’un aureiller, d’ugne pantophle, d’ugne gibbessiere, d’un panier, — mais ô le mal plaisant torchecul ! — puis d’un chappeau. Et notez que les chappeaulx, les uns sont ras, les aultres à poil, les aultres veloutez, les aultres taffetasser, les aultres satinizez. Le meilleur de tous est celluy de poil, car il faict très bonne abstersion de la matiere fecale.
« Puis me torchay d’une poulle, d’un coq, d’un poulet, de la peau d’un veau, d’un lievre, d’un pigeon, d’un cormoran, d’un sac d’advocat, d’une barbute, d’une coyphe, d’un leurre.
« Mais, concluent,
je dys et mantiens qu’il n’y a tel torchecul que d’un oyzon bien dumeté, pourveu qu’on luy tienne la teste entre les jambes. Et m’en croyez sus mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirificque, tant par la doulceur d’icelluy dumet que par la chaleur temperée de l’oizon, laquelle facilement est communicquée au boyau culier et aultres intestines, jusques à venir à la region du cuers et du cerveau. Et ne pensez que la beatitude des heroes et semi dieux, qui sont par les Champs Elysiens, soit en leur asphodele, ou ambrosie, ou nectar, comme disent ces vieilles ycy. Elle est (scelon mon opinion) en ce qu’ilz se torchent le cul d’un oyzon, et telle est l’opinion de Maistre Jehan d’Escosse. »

François Rabelais 1483 ou 1484 -1553, médecin, écrivain humaniste de la Renaissance.

 

Vous aurez remarqué que j'ai surligné en bleu la meilleure manière de se torcher le c..., mais en tant que membre de la Société Protectrice des Animaux, je ne saurais vous la conseiller. À bon entendeur, salut !

Et pour ce qui est de noter littérairement l'existence de toilettes dans une bibliothèque, un certain Borges dont j'ai parlé précédemment (Délires n°111) en avait eu l'idée. Je n'ai su que lui rendre hommage !

 

« À droite et à gauche du couloir il y a deux cabinets minuscules. L'un permet de dormir debout ; l'autre de satisfaire les besoins fécaux. »

dixit Borges.

La Bibliothèque de Babel

 

Article connexe

> Bégueules, s'abstenir ! L'Apoxobibliomanie

 

<< 111 Délires hitchcockiens

>> 113 Délires sur les beaux livres

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:26

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

 → Tous les articles du blog

 

En entrant dans le hall — pouvait-on l'appeler ainsi tant il était étroit et presque sombre, ce qui m'étonna pour une bibliothèque digne de ce nom — je me sentis plongée dans un monde qui n'avait rien à voir avec ce que j'avais imaginé. Il me revint soudain en mémoire la description d'une autre bibliothèque qui avait dû donner du fil à retordre° aux lecteurs qui s'y aventurèrent.

 

L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement...*

 

Mais ici, bien qu'on pût voir en enfilade de petites salles carrées en nombre indéfini, infini peut-être, non seulement situées sur le plan horizontal de l'étage où je me trouvais, mais aussi sur un nombre d'étages innombrables puisque l'ascenseur qui y conduisait, au lieu d'inscrire le numéro de chacun d'eux — la place pour écrire tous les numéros aurait manqué — se contentait de trois boutons qui indiquaient, l'un le rez-de-chaussée au cas où l'on aurait voulu ressortir du bâtiment, le deuxième montrait un plus (+) qui permettait d'accéder à l'étage supérieur, et le troisième un moins (–) grâce auquel on pouvait descendre quand le désir se faisait sentir ; on eût pu douter que l'espace fût plus restreint que celui de la bibliothèque borgésienne.

À la gauche de l'ascenseur se trouvait un escalier en colimaçon qui, aussi loin que le regard se portait, tournoyait jusqu'au fond d'un puits faiblement éclairé, et de moins en moins, au fur et à mesure que l'oeil essayait de franchir la distance la plus éloignée possible ; mais était-ce vraiment le fond que l'on distinguait ou bien l'illusion était-elle si parfaite que l'on croyait s'y abîmer tout entier, et vertigineusement, jusqu'au centre de la terre, ou aux antipodes, qui sait ? Et si le regard se dirigeait vers le haut, la tête tournait, comme on l'a vu dans le film fameux** où Alfred Hitchcock fait monter Scottie dans la tour Coit, qui se révélera infernale pour son personnage acrophobe, incarné par James Steward à la poursuite de la sensuelle et énigmatique Kim Novak ; on sait qu'un judicieux moyen technique, le travelling compensé, fit que la vision de l'escalier étroit, mouvant et élastique que gravit le héros devint un insupportable cauchemar dû au vertige dont il souffrait. Je ressentis le même malaise en projetant mon regard dans la direction qui visait le sommet de l'escalier, lequel me semblait tourbillonner, et je me demandai comment il se faisait que je ne pusse apercevoir la coupole du bâtiment alors que de l'extérieur j'en avais aperçu le dôme doré sans remarquer qu'il était aussi haut.

Peut-être était-ce un effet de mon imagination mais je me convainquis que cet escalier n'avait pas de fin, quelque direction verticale qu'on voulût choisir.

 

De fait, je n'étais pas là pour rester longuement à tergiverser sur les mystères architecturaux de cette bibliothèque particulière mais bien pour en apprécier ses merveilles, à savoir les beaux livres qui s'offraient à portée de main.

.......................................................................

*L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque)... interminablement.

Extrait de La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges, 1941, traduction Ibarra

citée dans le texte n°109

Voir sur la toile :  La Bibliothèque de Babel - La page de Zombre

 

**Vertigo, Sueurs froides en français, film américain d'Alfred Hitchcock (1958). Adaptation du roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, D'entre les morts.

Film culte qui se situe dans la liste des dix meilleurs films de toute l'histoire du cinéma.

On remarque dans le film de nombreuses connotations sexuelles qui entourent le personnage de Scottie et Alfred Hitchcock ne laisse pas d'ironiser sur son impuissance.

Un détail : La tour Coit se visite à San Francisco !

 

NOTES

en entrant dans le hall, je me sentis plongée dans un monde

Un hall, anglicisme qui vient du mot français halle, XVIIème siècle.

 

Donner du fil à retordre°, mettre durablement en difficulté.

L'expression provient de ce que les retordeurs de fils de laine au moyen âge avaient beaucoup de difficultés pour faire ce travail qui visait à renforcer la solidité des fils retors.

 

un escalier en colimaçon qui tournoyait jusqu'au fond d'un puits

colimaçon, du normand calimachon qui veut dire escargot, limaçon à coquille, ou escalier à vis. Il a une forme hélicoïdale.

Il existe un escalier à double hélice (double colimaçon) au château de Chambord, fait de telle sorte que deux personnes peuvent monter et descendre en même temps sans se rencontrer jamais  !

Ne pas confondre le mot hélice avec le mot spirale qui est une courbe plane et non pas en trois dimensions.

Faites l'expérience de demander à quelqu'un que vous connaissez bien de décrire une spirale. Immanquablement il fera un geste décrivant une hélice, à moins qu'il ne soit un mathématicien patenté. Il sera dans l'erreur, ce que vous ne manquerez pas de lui dire, histoire d'étaler vos connaissances !

La spirale est une courbe qui commence en un point central puis s'en éloigne de plus en plus, en même temps qu'elle tourne autour.

 

On eût pu douter que l'espace fût moins restreint

On aurait pu douter que l'espace fût moins restreint

eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

fût subjonctif imparfait (concordance des temps)

Et pour en savoir + voir l'article :

> Douter que, douter si, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

jusqu'au centre de la terre, jusqu'aux antipodes, qui sait ?

Les antipodes, nom masculin, employé au pluriel.

Sur terre, point diamétralement opposé à celui où l'on a les pieds. En grec ancien, pod : pied

 

la tour Coit qui se révèlera infernale pour son personnage acrophobe

Acrophobie, phobie des hauteurs et du vide qui provoque angoisse et panique.

 

le dôme et la coupole

Le dôme est, à l'extérieur, un toit circulaire ou elliptique et, comme il est convexe, la coupole en est la voûte concave à l'intérieur.

 

<< 110 Délires imprudents -"Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime"*

>> 112 Délires sur une description qui met à mal la patience du lecteur - Le torche-cul de Gargantua

 

On trouve dans le texte le mot acrophobe.

Quiz sur les phobies

Les phobies – Leurs noms à décrypter – QUIZ

Zoophobie

Homophobie

Xénophobie

Nosophobie

Agoraphobie

Anglophobie

Photophobie

Francophobie

Érythophobie, éreuthophobie

etc.

 

Retour au début de l'article

LES DÉLIRES Tous les épisodes

Tous les QUIZ

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 20:42

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Je craignis que, aussitôt que manifesté, mon empressement à suivre Alcofribas ne me portât préjudice. Qu'avais-je à lui témoigner tant d'inclination ? Je le connaissais encore si peu ! Ne m'étais-je pas promis de garder les distances nécessaires afin qu'il ne se fît pas beaucoup d'illusions sur les sentiments que je lui portais ? Et voilà que je me surprenais à laisser éclater mon enthousiasme à la première suggestion qu'il me faisait ! Je ne me pardonnerais pas de si tôt de lui avoir montré ainsi le plaisir que j'éprouvais d'être en sa compagnie.

 

Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime, c'est la spontanéité du vouloir.*

Mais le voulais-je vraiment ou plutôt voulais-je m'en défendre ? C'est le dilemme douloureux qui me déchirait le cœur.

Éprouverai-je un jour assez de confiance et de sérénité pour me donner tout entière à une personne digne d'être aimée ?

Ce fut avec ces sentiments tourmentés que je me laissai conduire à la bibliothèque dont Alcofribas m'avait laissé entendre qu'elle renfermait des ressorts énigmatiques.

 

Prétatou, la queue entre les jambes, voyait d'un mauvais œil que je me laissasse embarquer dans des péripéties dont je ne connaissais ni les tenants ni les aboutissants, d'autant plus que je lui enjoignis de ne point pénétrer dans ce lieu, mais plutôt de m'attendre sagement à l'entrée. Il craignait de ne pouvoir m'aider à sortir des griffes de prédateurs éventuels et il sentit cruellement son impuissance à me venir en aide.

 

« Tu sais combien je te suis dévoué, petite Oli, grogna-t-il. Et voilà que tu m'empêches de te venir en aide si d'aventure un prédateur sortait ses griffes. Qu'es-tu venue te fourrer dans cette galère ? »

.................................................................

*Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime, c'est la spontanéité du vouloir.

Fénélon, François de Salignac de La Mothe Fénelon

 

NOTES

Je craignis que, aussitôt que manifesté, mon empressement à suivre Alcofribas ne me portât préjudice.

Aussitôt que manifesté, proposition adverbiale averbale.

Averbal : sans verbe.

Voir les articles :

> Valeurs et emplois du subjonctif

craindre, verbe exprimant un sentiment est suivi du subjonctif

> NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

a : préfixe privatif = sans

amnésie, amoral, anonyme, aphasique, apolitique, asexué, asymétrique, athée...

Les autres préfixes privatifs

in qui devient im, il ou ir voir la note du texte Les Délires n°4

anti, antiviral, antipodes...

dé, dés, démotivé, désorganisé...

 

C'est le dilemme douloureux qui me déchirait le coeur

Un dilemme et non pas un dilemne.

Mots contenant MN voir la note du texte n°47

 

je lui enjoignis de ne point pénétrer dans ce lieu

Enjoindre, ordonner, imposer.

On enjoint à quelqu'un de faire quelque chose.

On enjoint quelqu'un de faire quelque chose.

On enjoint quelqu'un à faire quelque chose.

Les trois constructions se pratiquent mais seule la première est correcte.

 

<< 109 Délires de bibliolâtre

>> 111 Délires hitchcockiens - QUIZ 22 - Mots contenant l'élément phobie

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 09:26

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

« Je n'ai point surpris mon esprit avec un moment de plaisir tranquille, depuis que je suis hors d'auprès de vous »*

C'est avec ces mots inattendus qu'Alcofribas m'accueillit le lendemain sitôt que j'eus franchi le portail du Jardin des Délices.

Si je n'eusse point aimé sa manière, je m'en fusse allée sur le champ, mais je trouvai la formule exquise bien que surannée.

Avait-il flairé, tel un chien d'arrêt, que je n'étais pas une jeune fille ordinaire et qu'il lui faudrait s'appliquer beaucoup pour que je m'intéressasse à lui. Je craignis un instant qu'il en voulût faire un peu trop. Le style du XVIIe siècle n'était plus de rigueur et La Carte du Tendre avait fait long feu.

Cela me fit chaud au coeur, malgré tout.

 

« S'il vous plaît, madame, de me laisser vous guider dans ce jardin comme je le fis hier, me proposa-t-il, permettez à votre serviteur de vous prendre la main. Je vous fais la promesse que vous ne serez pas déçue. »

Je lui répondis du tac au tac.

« Je ne puis empêcher à une galante personne telle que vous de me suggérer le meilleur choix possible. Vous me connaissez peu, mais assez pour savoir me distraire. Je me fie à vous. »

J'aurais bien ajouté : « tout en gardant les yeux ouverts. » ou bien : « je me tiens tout de même sur mes gardes. », mais j'aurais eu peur de l'indisposer à mon égard.

 

« J'imagine que vous aimez les bibliothèques, dit-il d'un ton qui n'admettait aucune contestation. Il en est une dans ce jardin qui ne laisse de surprendre. On y voit des choses qui tiennent du merveilleux. Vous m'en direz des nouvelles !

Certes j'avais entendu parler de bibliothèques peu ordinaires : comme celle d'Alexandrie dont les ouvrages précieux et irremplaçables s'étaient consumés par accident, la Bibliothèque de Babel dont la description laisse pantois, la bibliothèque du monastère du Nom de la Rose qui devait renfermer le tome 2 de La Poétique d'Aristote, ouvrage soi-disant perdu à jamais, la Bibliothèque de Diderot qu'acquit Catherine de Russie, admiratrice de notre philosophe des Lumières, la bibliothèque dublinoise de Trinity Collège où sont exposées les merveilles médiévales : The Book of Dimma, The Book of Armargh en gaélique, et l'incontournable Book of Kells dont l'enluminure de l'Évangile selon Saint-Matthieu est inégalée. Je m'arrête ici de dérouler la liste des bibliothèques fameuses dont tu n'auras de cesse, cher lecteur, d'en connaître les curiosités, si tant est que cela soit possible.

 Pour ce qui était de celle dont me parlait Alcofribas, je demandais à voir. 

...............................................................

*Je n'ai point surpris mon esprit avec un moment de plaisir tranquille, depuis que je suis hors d'auprès de vous. Mademoiselle de Scudéry

Langage précieux. En clair : Je n'ai pas eu un seul moment de plaisir tout le temps où je n'ai pas été auprès de vous.

 

NOTES

Titre : Délires de bibliolâtre

Un bibliolâtre est celui qui idolâtre les livres.

Un bibliomane, un bibliophile.

 

sitôt que j'eus franchi le portail

eus franchi, passé antérieur

dès que j'eus franchi le portail

aussitôt que que j'eus franchi le portail

après que j'eus franchi le portail

la locution conjonctive > Sitôt que 

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

La Carte du Tendre avait fait long feu

Mademoiselle Madeleine de Scudéry, dite Sappho, 1607-1701, femme de lettres qui fréquenta l'Hôtel de Rambouillet où se réunissaient chaque samedi les écrivains et les célébrités.

Elle écrivit des romans précieux, notamment Clélie, histoire romaine, où l'on peut se promener grâce à la Carte du Tendre (oeuvre collective) qui figure un pays imaginaire et allégorique dont la géographie est propice à l'amour :

L'amoureux recherche sa dame dans des villes, Tendre-sur-Estime, Tendre-sur-Reconnaissance, Tendre-sur-Inclination et des villages Jolis Vers, Générosité, Grand Cœur, Billet doux, Sensibilité, mais aussi et pour son malheur Négligence, Oubli, Perfidie, Orgueil… Il traverse des fleuves Estime, Reconnaissance, Inclination, mais les mers ont pour noms Dangereuse ou d'Inimitié, et attention à ne pas choir dans le lac d'Indifférence !

 

Si je ne n'eusse point aimé sa manière, je m'en fusse allée sur le champ.

subjonctif plus-que-parfait dans les deux propositions

Voir la conjonction de subordination > Si

 

je trouvai la formule exquise bien que surannée

Suranné, archaïque, vieilli, démodé. qui date d'une autre époque.

 

Je ne puis empêcher à une galante personne telle que vous de me suggérer le meilleur choix possible.

ou

Je ne puis empêcher une galante personne telle que vous

On trouve parfois dans la littérature empêcher à quelqu'un de faire quelque chose au lieu de la construction courante empêcher quelqu'un de faire quelque chose. D'après Grevisse.

 

des bibliothèques

La bibliothèque d'Alexandrie était la plus célèbre bibliothèque de l'Antiquité à Alexandrie en Égypte fondée en -288 . Elle brûla en 642.

La Bibliothèque de Babel  nouvelle de Jorge Luis Borges, 1899-1986, une métaphore très remarquable de la littérature.

Vue dans Le Nom de la Rose, la bibliothèque du roman de Umberto Eco, italien, né en 1932, à la fois romancier, essayiste, philosophe, linguiste, spécialiste de la sémiotique. Et un homme d'un humour, d'un humour, je ne vous dis que ça !

Cette bibliothèque s'inspire de la précédente.

 

Elle ne laisse de surprendre, elle ne cesse pas de surprendre.

Ne pas laisser de + infinitif, (littéraire) ne pas cesser de, ne pas manquer de, n'être pas sans.

J'énonce là des idées qui ne laissent pas de vous étonner, n'est-il pas vrai ?

 

<< 108 Délires qui me torturent

>> 110 Délires imprudents -"Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime"*

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Rechercher Un Mot Du Blog