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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 18:02

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La rhétorique

 

La rhétorique est l'art de l'éloquence, l'art de bien parler pour persuader.

 

Diderot - Encyclopédie 

Rhétorique - Art de parler sur quelque sujet que ce soit avec éloquence et avec force. D’autres la définissent l’art de bien parler, ars bene dicendi ; mais comme le remarque le Père Lami dans la préface de sa rhétorique, il suffit de la définir l’art de parler ; car le mot rhétorique n’a point d’autre idée dans la langue grecque d’où il est emprunté, sinon que c’est l’art de dire ou de parler. Il n’est pas nécessaire d’ajouter que c’est l’art de bien parler pour persuader.

 

Denis Diderot, 1713-1784, écrivain, philosophe et encyclopédiste français.

 

Voir les figures de rhétorique sur Figures de rhétorique- Études littéraires

L'honnêteté de la parole

ou l'éloquence pour séduire

 

L'art de bien parler pour persuader n'est pas forcément l'art de bien parler pour convaincre. Car convaincre suppose que l'on amène quelqu'un à la vérité par le raisonnement, alors qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des preuves pour persuader.

 

D'Alembert, ami de Diderot, co-auteur de l'Encyclopédie

On ne peut réellement convaincre, sans être convaincu soi-même ; car la conviction réelle est la suite de l'évidence.

D'Alembert Mél. littér. Oeuvres, t. III, p. 241, dans POUGENS]

 

La conviction tient plus à l'esprit, la persuasion tient plus au coeur.

Littré 1877

 

Si, comme on en lit la définition dans le Littré (Reverso sur la toile), le parler vrai est le souci de trouver le mot juste, de toujours éviter le mensonge ou l'à-peu-près, on sait bien que l'art de bien parler peut amener le locuteur ou l'orateur à employer son art à des fins peu honnêtes en usant de séduction, préoccupé qu'il est de servir son intérêt et ses passions. 

 

Il s'agit de séduire pour mieux mentir afin de réduire à néant l'entendement de l'autre.

 

Séduire (entre autres acceptions)

Faire tomber dans l'erreur ; détourner du chemin de la vérité.

Littré

Égarer, abuser, faire tomber dans l'erreur par ses insinuations, par ses écrits, par ses discours, par ses exemples, etc

L'Académie 8ème édition

 

Simone Manon, professeur de philosophie

L'autre n'est pas vécu comme un partenaire dans une recherche commune de la vérité mais comme un adversaire qu'il faut vaincre.

>> Quelle pratique de la parole implique l'esprit philosophique - PhiloLog

 

Il ne date pas d'hier, cet art de vouloir tromper par des discours. Déjà les Sophistes d'Athènes y excellaient et l'on rencontrait, dans la première démocratie du monde, des hommes qui assoyaient leur pouvoir sans le moindre souci de l'éthique. Socrate détricotait habilement leurs arguments fallacieux. Il n'est que de lire les témoignages de ses contemporains —  en particulier Platon — pour s'en convaincre.

 

Juvénal 

Quid Romae faciam ? Mentiri nesciam...

Que ferais-je à Rome ? J'ignore l'art de mentir.

Les Satires, III, 40 - Juvénal vécut à la fin du 1er siècle et au début du 2e. Il fut professeur d'éloquence et poète satirique.   

 

Saint Augustin

Quand nous voyons l'un et l'autre que ce que tu dis est vrai, quand nous voyons l'un et l'autre que ce que je dis est vrai, où le voyons-nous, je te le demande ? Assurément ce n'est pas en toi que je le vois, ce n'est pas en moi que tu le vois. Nous le voyons l'un et l'autre dans l'immuable vérité qui est au-dessus de nos intelligences.

Les Confessions, XXII, XXV - Saint Augustin, évêque d'Hippone, 354-430

 

François Châtelet

[...] l'opinion [...] est certaine de soi. Et, lorsqu'elle se heurte à la certitude égale de l'autre, elle s'étonne, elle s'indigne et entre dans la discussion avec le sentiment que la contestation qu'on lui oppose est dérisoire, qu'elle en triomphera aisément. En fait, tout au long du débat, elle s'enferme sur elle-même et reste sourde à l'argumentation adverse. Le dialogue n'est qu'apparent. Deux monologues parallèles se développent.

François Châtelet, philosophe politique historien de la philosophie, 1925-1985


La langue de bois

 

La langue de bois est une figure de rhétorique qui vise à déguiser la réalité avec les mots.

 

La langue de bois en politique a en sus d'une utilité sophistique, une utilité diplomatique : les mots servent alors à neutraliser ou à adoucir les choses qu'ils qualifient. De ce point de vue elle est l'œuvre de la prudence et de la ruse qui sont les qualités cardinales du souverain (on parle de ces qualités si importantes aux yeux de Machiavel).

Wikipédia

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Langue de bois de Wikipédia en français (auteurs)

 

>> Lire sur Le Point l'article du 29 juillet 2012 :

Les tics sémantiques de François Hollande 

Pauvre Marylise Lebranchu interdite du parler vrai !

 

Victor Hugo 1802-1885

Tout penseur qui voudra devenir orateur, tout homme d'esprit et de coeur qui voudra se faire éloquent et être éloquent, remuer les masses, dominer les assemblées, avec sa parole, n'aura qu'à passer de la région des idées dans le domaine des lieux communs.

Carnets intimes

 

Voir aussi :  C. Pineira & M.Tournier : De quel bois se chauffe-t-on ? Origines et contextes de l'expression langue de bois (Persée)

 

Appeler un chat un chat

 

C'est appeler les choses par leur nom. C'est dire les choses telles qu'elles sont sans s'embarrasser de circonlocutions, ni de périphrases.

 

PÉRIPHRASE, CIRCONLOCUTION. Aucune différence étymologique entre ces mots, puisque l'un et l'autre signifient parler autour. Mais l'usage y a mis des nuances : la périphrase s'emploie le plus ordinairement pour éviter le mot propre, parfois trivial. La circonlocution a aussi ce sens-là, mais moins souvent ; de plus elle exprime l'embarras qu'on éprouve à dire une chose ; on tourne autour avant d'y venir ; on peut faire des circonlocutions sans employer de périphrases.

Littré 1877

 

Boileau

Je suis rustique et fier, et j'ai l'âme grossière :

Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom ;

J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon. 

 Rolet, procureur véreux.

Satire I - Nicolas Boileau, poète, écrivain, critique - 1636-1711

 

La Bruyère

L'homme est né menteur, la vérité est simple et ingénue, et il veut du spécieux et de l'ornement.

Jean de la Bruyère, 1645-1696 - Les Caractères

   

 Spinoza

La plupart des erreurs consistent en cela seul que nous ne donnons pas correctement leurs noms aux choses.

Éthique, deuxième partie, scolie de la proposition 47 - Baruch Spinoza, philosophe 1632-1677

 

Jean-Paul Sartre

La fonction d’un écrivain est d’appeler un chat un chat. Si les mots sont malades, c’est à nous de les guérir. Au lieu de cela, beaucoup vivent de cette maladie.

Jean-Paul Sartre, 1905-1980 - Qu’est-ce que la littérature ?

 

On se souvient des Précieuses, moquées par Molière dans sa pièce Les Précieuses Ridicules. Elles se faisaient fort d'employer des périphrases au lieu de parler clairement, à tel point que leur langage en devenait un vrai baragouin.

 

Le miroir devient "le conseiller des grâces", les joues, "les trônes de la pudeur", une perruque, "la jeunesse des vieillards", les dents, "l'ameublement de la bouche", le nez," les écluses du cerveau", les seins, "les coussinets d'amour", le chapeau, "l'affronteur des temps", être en couches, c'est "sentir les contrecoups de l'amour permis". On se livre à des comparaisons galantes et les adverbes sont légion, furieusement, terriblement, épouvantablement.

 

Voir dans ce blog : Une petite histoire de la langue française racontée par mamiehiou - Chapitre 13 – LE XVIIe SIÈCLE (2) - Préciosité – Classicisme – Boileau, Furetière, et les autres...

 

Grands orateurs

 

Je ne puis me résoudre à finir cet article sans vous donner le plaisir de lire ou de relire quelque chose de nos grands orateurs. Leur style ne trompe pas, ils savaient à merveille user de l'éloquence. Et notre coeur s'émeut.

 

Jacques-Bénigne Bossuet - Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre 1670

Madame se meurt ! Madame est morte !

Ô vanité ! ô néant ! ô mortels ignorants de leurs destinées ! L'eût-elle cru, il y a dix mois* ? Et vous, messieurs, eussiez-vous pensé, pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu, qu'elle dût si tôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même ? Princesse, le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes, n'était-ce pas assez que l'Angleterre pleurât votre absence, sans être encore réduite à pleurer votre mort ? Et la France, qui vous revit, avec tant de joie, environnée d'un nouvel éclat, n'avait-elle plus d'autres pompes et d'autres triomphes pour vous, au retour de ce voyage fameux, d'où vous aviez remporté tant de gloire et de si belles espérances ?
        Vanité des vanités, et tout est vanité ! C'est la seule parole qui me reste ; c'est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur.

[...]

        Non, après ce que nous venons de voir, la santé n'est qu'un nom, la vie n'est qu'un songe, la gloire n'est qu'une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu'un dangereux amusement : tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes. [...]
        Considérez, Messieurs, ces grandes puissances que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause ; et il les épargne si peu, qu'il ne
craint pas de les sacrifier à l'instruction du reste des hommes. Chrétiens, ne murmurez pas si Madame a été choisie pour nous donner une telle instruction. Il n'y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vous le verrez dans la suite, Dieu la sauve par le même coup qui nous instruit.
         Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos coeurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le coeur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète : le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d'étonnement.

 

Jacques-Bénigne Bossuet, 1627-1704, homme d'église, prédicateur et écrivain français. Il écrivit, entre autres, des Sermons et des oraisons funèbres.

 

Henriette d'Angleterre, fille du roi Charles Ier d'Angleterre et d'Écosse et de la reine Henriette de France. Elle était la petite-fille d'Henri IV, la cousine de Louis XIV. Le 31 mars 1661, à l'âge de dix-sept ans, elle épousa son cousin Philippe Ier, duc d'Orléans (Monsieur), frère de Louis XIV. Devenu veuf, ce dernier se remaria avec la Princesse Palatine, Élisabeth Charlotte de Bavière, dont nous avons pu suivre la vie avec grand plaisir, dans l'émission "Secret d'histoire" – Une commère à la Cour de Louis XIV - Voir Pluzz en replay.

 

*Bossuet avait prononcé alors l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, la mère d'Henriette, duchesse d'Orléans.

 

Lire aussi sur ce blog l'extrait du Sermon sur les richesses de Louis Bourdaloue, qui fut en son temps aussi célèbre que Bossuet : 

LOUIS BOURDALOUE - Le roi des prédicateurs et le prédicateur des rois - « On veut être riche... »

 

 

Pour ce qui est des Révolutionnaires qui ont refait le monde, je m'attacherai à faire retentir quelques accents passionnés de Danton.

 

Danton 1792 Discours à L'Assemblée Nationale

De l'audace !...

Tout s’émeut, tout s’ébranle, tout brûle de combattre. Vous savez que Verdun n’est point encore au pouvoir de vos ennemis. Vous savez que la garnison a promis d’immoler le premier qui proposerait de se rendre. Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra l’intérieur de nos villes. Paris va seconder ces grands efforts. Les commissaires de la Commune vont proclamer, d’une manière solennelle, l’invitation aux citoyens de s’armer et de marcher pour la défense de la patrie. C’est en ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarer que la capitale a bien mérité de la France entière. C’est en ce moment que l’Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre.

 

Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger ce mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes, soit puni de mort. Nous demandons qu’il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus.

Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée.

 

 

Retrouvez sur la toile les GRANDS MOMENTS D'ÉLOQUENCE PARLEMENTAIRE

Assemblée nationale - Les grands moments d'éloquence

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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