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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:58

par Jean Rochefort*

www.lefigaro.fr › CULTURE › Livres

 

*Cet article n'est pas destiné aux enfants, comme le roman de Flaubert, d'ailleurs.

 

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Vous êtes jeune ou vous ne l'êtes plus. Vous n'avez guère consacré de temps à la lecture et un regret vous turlupine, celui de n'avoir pas rencontré Madame Bovary, je veux dire de n'avoir pas lu le roman qu'on qualifie de CHEF D'ŒUVRE. Tout le monde devrait l'avoir pour bagage culturel parce qu'il est INCONTOURNABLE.

Tout juste si, à la publication de son roman, notre éminent Gustave Flaubert ne s'est pas fait tiré les oreilles, je veux dire censuré, attaqué ; il a réchappé d'une condamnation pour excès de réalisme, et c'est tant mieux.

Rien ne pouvait ébranler notre écrivain : « On doit écrire comme on veut. Voilà tout, répétait-il souvent. Quand on me dit : Vous avez fait mauvais, je réponds: J'ai fait comme ça. »

« Emma Bovary, c'est moi », disait-il. On l'avait compris.

 

L'article intitulé L'improbable résumé de Madame Bovary en « langage de jeunes » a été publié le 21/03/2015 dans Le Figaro par Fabien Morin.

Dans la vidéo, Jean Rochefort nous dit un texte pas piqué des vers : l'histoire d'Emma Bovary revue et corrigée dans un style très éloigné de celui de Gustave Flaubert qu'on reconnaît être l'un des plus purs de la Langue Française.

Le roman laisse après lui une trace sulfureuse de femme pas très comme il faut, « Emma [...] se fait chier... » (Cf. Jean Rochefort).

À l'entendre, certains seront choqués et crieront au scandale. D'autres, au contraire, ne pourront s'empêcher de rire, et dégusteront, au passage, un vocabulaire qui ne leur est peut-être pas familier.

Il n'empêche que Jean Rochefort est épatant dans sa manière. Chapeau bas !

 

 

Dans son article : Il y a 135 ans, la mort de Gustave Flaubert, Véronique Laroche-Signorile nous instruit sur la manière d'écrire de l'écrivain.

Le Figaro  HISTOIRE

 

Flaubert avait une singulière façon de travailler. Il aimait à écrire sur un de ces petits pupitres comme en ont les musiciens pour placer le morceau à jouer. Il établissait dessus son manuscrit, puis, au beau milieu, traçait de sa belle et haute écriture, une phrase, une seule.

Alors, il allumait une pipette, se renversait sur son siège et regardait sa phrase. Au bout d'un quart d'heure, il en ôtait un mot inutile. Au second quart d'heure, il remplaçait un mot impropre. Au troisième, il effaçait la moitié de ce qu'il avait écrit et trouvait d'autres expressions. Il était enchanté quand, à la fin de sa matinée, il avait trouvé une phrase dont il fût réellement content.

Une fois, le mot stèle se trouva sous sa plume. Il l'avait employé dans le sens de siège. Il prit un dictionnaire pour en connaître le genre. Au mot était jointe une de ces définitions embarrassantes dont les dictionnaires ont le secret. Flaubert s'habilla à la hâte, prit une voiture à l'heure, et se rendit à la Bibliothèque nationale où on le connaissait bien pour trouver en des textes authentiques le sens exact du mot employé.

 

Voir aussi l'article :

Salaud de Flaubert par Philippe Sollers... - Philippe Sollers/Pileface

 

Vous trouverez le (véritable) texte de Flaubert sur Wikisource

> Madame Bovary/Première partie...

 

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 18:30

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Dans la catégorie "Florilège, la Pensée des Autres"

vous trouverez des œuvres complètes

ou des extraits d'œuvres d'auteurs célèbres

 

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Une note sur le mot Florilège à la fin de l'article

EPICTETE - Entretiens

Ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous

 

SAINT-AUGUSTIN - Les Confessions

Le larcin

 

3

SCHOPENHAUER - Pensées et Fragments

Douleurs du monde 

 

BLAISE PASCAL - Pensées

Les deux infinis

 

5

STENDHAL- Correspondance

De l'esprit et de l'amour

 

6  

XAVIER DE MAISTRE - Voyage autour de ma chambre

Heureux celui qui possède un ami ! 

 

EDGAR ALLAN POE - Le corbeau, The Raven

 

SENEQUE- La Vie heureuse

Du plaisir et de la vertu   

 

ALEXANDRE DUMAS - Mes Mémoires

La mort de Géricault 

 

10 

Poèmes d'amour - Livre 1 - Florilège proposé par mamiehiou

 

11 

Poèmes d'amour – Livre 2 - Florilège proposé par mamiehiou

 

12

THEOPHILE GAUTIER - Le Roi Candaule

Nyssia et Gygès

 

13

GUSTAVE FLAUBERT - Un coeur simple

Le perroquet de Félicité

 

14 

GUY DE MAUPASSANT - Boule de Suif

Dans la diligence qui les emmène au Havre

 

15

WILLIAM DUCKETT - Dictionnaire de la conversation et de la lecture

Lucifer

 

16  

Les tragiques amours d'Héloise et d'Abélard – Lettre d'Héloïse

 

17  

ALEXANDRE DUMAS – Mes Mémoires

La naissance de Victor Hugo - Deux noms prédestinés : Victor et Hugo

 

18

Lettres Portugaises (anonyme) - La passion amoureuse d'une religieuse 

 

19

CHATEAUBRIAND - Mémoires d'Outre-Tombe - À Combourg

 

20

Lettres trouvées dans un vieux carton (lettres de famille) 

Exception au Florilège : L'auteur n'est pas célèbre !

 

21

NICOLAS BOILEAU - Art Poétique : Apprenez à penser... Ce qui se conçoit bien... Vingt fois sur le métier...


22

LOUIS BOURDALOUE - Le roi des prédicateurs et le prédicateur des rois - « On veut être riche... »

 

23

VOLTAIRE - Dictionnaire philosophique - Zoroastre, prophète et fondateur du zoroastrisme

 

24

PIERRE CORNEILLE - Le Cid - Acte III Scène 4 - Va, je ne te hais point. - Rodrigue qui l'eût cru ?

 

25

L'assassinat manqué de M. DESCARTES par ADRIEN BAILLET

 

26

Le pari de PASCAL et le pari d'ARNOBE

 

27

JEAN-JACQUES ROUSSEAU - Julie ou La Nouvelle Héloïse

suivi du poème d'Alphonse de Lamartine, Le Lac

 

28

VICTOR HUGO- La mort d'Honoré de Balzac - Choses vues

 

29

PAUL REBOUX & CHARLES MÜLLER - À la manière de ... Chateaubriand

 

30

ÉMILE ZOLA - Au Bonheur des Dames

 

31

VERCORS - Le Silence de la mer – Des bibliothèques

 

32

CHARLES DE COSTER - Till l'Espiègle/ Thyl Ulenspiegel

 

33

Les soirées de l'Arsenal - CHARLES NODIER & ALEXANDRE DUMAS

 

34

JOHANN WOLFGANG VON GOETHE - Les Affinités électives, Die Wahlverwandtschaften

 

35

CHARLES BAUDELAIRE - Les Chats

 

36

FRANÇOIS RABELAIS La naissance de Pantagruel cause grande douleur et grande joie à son père Gargantua

 

37

GEORGE SAND Journal intime (Posthume) Un jugement sans appel sur les hommes

 

38

L'humour noir de JONATHAN SWIFT ― Les Bonnes Manières ― Humble Proposition

 

39

BLAISE PASCAL - Pensées - Je m'effraye et m'étonne

 

40

VICTOR HUGO – La fin inattendue du cerveau de Talleyrand - Choses vues

 

41

ÉRASME – Ne pisse pas face au soleil - Les Adages

 

42

CHARLES PEGUY - Adieu à la Meuse

 

43

MONTAIGNE - Les hommes ne sont d’accord sur rien (G. Lanson)

 

44

LÉON TOLSTOÏ - La Mort d’Ivan Ilitch

 

45

GABRIEL GARCIA MARQUEZ ET UMBERTO ECO vus et entendus Derrière les portes sur Arte

 

46

MONSIEUR BARDY mon professeur de philosophie

 

47

L'HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS - JMJ 2016 à Cracovie

 

48

APULEE Les Métamorphoses ou L'Âne d'or

 

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Textes qu'on rencontre dans des articles d'autres catégories

 

L'article Égalité dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire > Du plaisir de la lecture des dictionnaires

 

Joachim Du Bellay - Heureux qui comme Ulysse

Dans les notes du texte : 51 Délires en partance pour d'autres cieux."Vis libre ou meurs : La mort n'est pas le pire des maux."

 

Paul Verlaine - Écoutez la chanson bien douce

Dans les notes du texte > 101 Délires sur des congratulations plurilingues

 

Baudelaire - Le joujou du pauvre - Poèmes en prose

Conte pour les tout petits, "Criboule et Fernand" suivi du poème de Charles Baudelaire "Le joujou du pauvre"

 

Jean de de La Fontaine, extrait de Le roi Candaule et le Maître en droit, Fable > 124 Délires des plus funestes +Le roi Candaule

 

Michel de Montaigne, extrait des Essais 

4 Délires inopérants -Immodérées et charmeresses blandices de la volupté

 

Jean de La Fontaine - L'ours et les deux compagnons 

dans les notes du texte : 150 Délires ursins


Stendhal, De l'amour, extrait dans les notes des Délires 165

165 Délires sur l'amour - « Il n’y a qu’une loi en sentiment, c’est de faire le bonheur de ce qu‘on aime.»

 

Guy de Maupassant, L'Aveugle

Texte intégral donné en dictée avec l'explication des fautes à ne pas faire

Orthographe – grammaire : Comment se remettre à niveau – Dictée 1

 

Emile Zola extrait de La mort d'Olivier Bécaille

donné en dictée avec l'explication des fautes à ne pas faire

Orthographe - grammaire : Comment se remettre à niveau - Dictée 2

 

Anatole France, le livre de Suzanne

Dictée n°3 ANATOLE FRANCE - Le Coq - Le livre de Suzanne

 

Hans Christian Andersen, un Conte

Les habits neufs de l'empereur d'après Hans Christian Andersen (conte adapté pour enfants de 5 ans et +)

 

Charles Cros Le hareng saur

184 Délires au fond de l'abîme

.....................................................................

On aura beau dire, le mot florilège est tellement plus beau que l'anglicisme best of. N'êtes-vous pas d'accord avec moi ?

Pourquoi les Français se plaisent-ils tant à choisir des mots loin de leur langue si belle ?

 

Florilège, recueil de textes littéraires choisis, anthologie.

 

Étymologie :

du latin florilegus : qui cueille des fleurs

de flos : fleur

et legere : cueillir, choisir

 

 Retour au début de l'article

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 08:14

 FLORILÈGE

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

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- 48 -

 

 

Les Métamorphoses ou L'Âne d'or

Metamorphoseon libri XI ou Asinus aureus

IIe siècle

Roman d'Apulée

 

Il y a bien longtemps que j'ai lu ce roman antique

et j'en garde un souvenir ébloui.

Mamiehiou

 

Résumé à retrouver sur Wikipédia :

Le héros, un aristocrate prénommé Lucius (comme l'auteur du livre, Lucius Apuleius), connaît différentes aventures, après que sa maîtresse, Photis, l'a transformé en âne par accident. Il apprend que, pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Ses diverses aventures malheureuses et burlesques au cours de cette quête des roses sont l'occasion pour Lucius d'apprendre et de raconter au lecteur de nombreuses histoires (le mythe de Psyché et de Cupidon, « la marâtre empoisonneuse », « la bru sanglante », etc.), mêlant l'érotisme aux crimes sanglants et à la magie. Bien que la signification du récit puisse faire l'objet d'interprétations diverses, il semble que le voyage de Lucius soit aussi un voyage spirituel, une initiation à la magie en même temps qu'une mise à distance de la sorcellerie par le comique.

 

Ce que dit Gustave Flaubert de l'Âne d'or - 1852

"Ce livre est un chef-d’œuvre. Il me donne à moi des vertiges et des éblouissements ; la nature pour elle-même, le paysage, le côté purement pittoresque des choses sont traités là à la moderne et avec un souffle antique et chrétien tout ensemble qui passe au milieu. Ça sent l’encens et l’urine, la bestialité s’y marie au mysticisme, nous sommes bien loin encore de ça nous autres comme faisandage moral."

Le texte rédigé en latin

Traduction par et sous la direction de Désiré Nisard.
Firmin Didot,1865

Extrait du chapitre 2

(II, 9, 1) Que sera-ce si la nature a donné aux cheveux une couleur avantageuse ou un lustre qui en relève l’éclat ; de ces teintes vigoureuses qui rayonnent au soleil, ou de ces nuances tendres, dont le doux reflet se joue aux divers aspects de la lumière ? Tantôt c’est une chevelure blonde, toute d’or à la surface, et qui prend vers la racine le brun du miel dans l’alvéole ; tantôt c’est un noir de jais, dont l’émail rivalise avec l’azur de la gorge des pigeons. Lorsque, luisants des essences d’Arabie, et lissés par l’ivoire aux dents serrées, les cheveux sont ramenés derrière la tête, c’est une glace où se mirent avec délices les yeux d’un amant : ici ils simulent une couronne tressée en nattes serrées et fournies ; là, libres de toute contrainte, ils descendent en ondes derrière la taille. Telle est l’importance de la coiffure, qu’une femme eût-elle mis en oeuvre l’or, les pierreries, les riches tissus, toutes les séductions de la toilette ; si elle n’a pris un soin égal de ses cheveux, elle ne paraîtra point parée. Cet arrangement chez ma Photis n’avait coûté ni temps, ni peine ; un heureux négligé en faisait tous les frais. Réunis en noeud au sommet de la tête, ses cheveux retombaient, gracieusement partagés, des deux côtés de son cou d’ivoire, et de leurs extrémités bouclées atteignaient la bordure supérieure de son vêtement.

(II, 10, 1) La volupté chez moi devenait torture ; je n’y tenais plus ; et me penchant avidement sur le beau cou de Photis, à l’endroit où les cheveux prennent naissance, j’y imprimai un long et délicieux baiser. Elle tourna la tête, et me lançant de côté une oeillade assassine : Ah ! jeune écolier, vous prenez goût à ce nanan ; tout n’y est pas miel ; prenez-y garde. À la longue, trop de douceur aigrit la bile. J’en cours le risque, ma chère âme, m’écriai-je ; pour savourer un seul de tes baisers, je suis homme à me laisser griller tout de mon long sur le brasier que voilà. Je dis ; et la serrant dans mes bras, je joignis les effets aux paroles. Mon feu la gagne, elle me rend étreinte pour étreinte, caresse pour caresse. Sa bouche entrouverte me prodigue le parfum de son haleine ; nos langues se rencontrent aiguillonnées par nos communs désirs. Ivre de ce doux nectar, Je meurs, m’écriai-je, je suis mort, si tu ne m’exauces. Mais elle, m’embrassant de nouveau, me dit : Rassure-toi ; tes désirs sont les miens : je suis à toi, et nos plaisirs ne se feront guère attendre. À l’heure des flambeaux, je serai dans ta chambre. Va rassembler tes forces ; car je veux toute la nuit te livrer bataille, et j’irai de tout cœur.

 

Lire le texte complet sur Wikisource

L’Âne d’or ou les Métamorphoses

 

Voir d'autres textes dans : Florilège - La pensée des autres

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 10:51

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31 juillet 2016

Après l'Évangile, le Pape François dit son homélie à la foule rassemblée, à Cracovie, pour la messe de clôture des JMJ, Journées mondiales de la jeunesse.

 

Sommaire de l'article :

L'Évangile de Luc 19,1-10

L'homélie du Pape

 

ÉVANGILE

 

Jésus traversait la ville de Jéricho. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d'impôts, et c'était quelqu'un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n'y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.

 

Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l'interpella : « Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.

 

Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. » Mais Zachée, s'avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

 

Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

 

 HOMÉLIE

 

Homélie donnée sur Témoignage Chrétien

Homélie du pape François : "la voie de l'unité et de la communion"

 

Nous reproduisons en intégralité l'homélie prononcée par le pape François à Cracovie ce dimanche 31 juillet 2016. Ses mots sont optimistes, heureux, tournés vers la jeunesse et donc vers l'avenir. Ils nous touchent particulièrement dans cette période marquée par les violences et les divisions.

 

"Chers jeunes, vous êtes venus à Cracovie pour rencontrer Jésus. Et l’Évangile aujourd’hui nous parle justement de la rencontre entre Jésus et un homme, Zachée, à Jéricho (cf. Lc 19, 1-10). Là, Jésus ne se limite pas à prêcher, ou à saluer chacun, mais il veut – dit l’Évangéliste – traverser la ville (cf. v. 1). Jésus désire, en d’autres termes, s’approcher de la vie de chacun, parcourir notre chemin jusqu’au bout, afin que sa vie et notre vie se rencontrent vraiment.

Arrive ainsi la rencontre la plus surprenante, celle avec Zachée, le chef des “publicains”, c’est-à- dire des collecteurs d’impôts. Zachée était donc un riche collaborateur des occupants romains détestés ; c’était un exploiteur du peuple, quelqu’un qui, à cause de sa mauvaise réputation, ne pouvait même pas s’approcher du Maître. Mais la rencontre avec Jésus change sa vie, comme cela a été et peut être chaque jour pour chacun de nous. Zachée, cependant, a dû affronter certains obstacles pour rencontrer Jésus : au moins trois, qui peuvent nous dire quelque chose à nous aussi.

Le premier est la petite taille : Zachée ne réussissait pas à voir le Maître parce qu’il était petit. Aujourd’hui aussi nous pouvons courir le risque de rester à distance de Jésus parce que nous ne nous sentons pas à la hauteur, parce que nous avons une basse considération de nous-même. C’est une grande tentation, qui ne regarde pas seulement l’estime de soi, mais touche aussi la foi. Parce que la foi nous dit que nous sommes « enfants de Dieu et nous le sommes réellement » (1 Jn 3, 1) : nous avons été créés à son image ; Jésus a fait sienne notre humanité et son coeur ne se lassera jamais de nous ; l’Esprit Saint désire habiter en nous ; nous sommes appelés à la joie éternelle avec Dieu ! C’est notre “stature”, c’est notre identité spirituelle : nous sommes les enfants aimés de Dieu, toujours. Vous comprenez alors que ne pas s’accepter, vivre mécontents et penser en négatif signifie ne pas reconnaitre notre identité la plus vraie : c’est comme se tourner d’un autre côté tandis que Dieu veut poser son regard sur moi, c’est vouloir effacer le rêve qu’il nourrit pour moi. Dieu nous aime ainsi comme nous sommes, et aucun péché, défaut ou erreur ne le fera changer d’idée. Pour Jésus – l’Évangile nous le montre -, personne n’est inférieur et distant, personne n’est insignifiant, mais nous sommes tous préférés et importants : tu es important !

Et Dieu compte sur toi pour ce que tu es, non pour ce que tu as : à ses yeux ne vaut vraiment rien le vêtement que tu portes ou le téléphone portable que tu utilises : que tu sois à la mode ne lui importe pas, ce qui lui importe, c’est toi. Tu as de la valeur à ses yeux et ta valeur est inestimable. Quand dans la vie, il nous arrive de viser en bas plutôt qu’en haut, cette grande vérité peut nous aider : Dieu est fidèle dans son amour pour nous, même obstiné. Cela nous aidera de penser qu’il nous aime plus que nous nous aimons nous-mêmes, qu’il croit en nous plus que nous croyons en nous-mêmes, qu’il “est toujours le supporter” pour nous comme le plus irréductible des supporters. Il nous attend toujours avec espérance, même lorsque nous nous refermons sur nos tristesses, ruminant sans cesse sur les torts reçus et sur le passé. Mais s’attacher à la tristesse n’est pas digne de notre stature spirituelle ! C’est même un virus qui infecte et bloque tout, qui ferme toute porte, qui empêche de relancer la vie, de recommencer. Dieu, au contraire est obstinément plein d’espoir : il croit toujours que nous pouvons nous relever et ne se résigne pas à nous voir éteints et sans joie. Parce que nous sommes toujours ses enfants bien-aimés. Rappelons-nous de cela au début de chaque journée. Cela nous fera du bien chaque matin de le dire dans la prière : “Seigneur, je te remercie parce que tu m’aimes; fais-moi aimer ma vie !”.

Non pas mes défauts, qui se corrigent, mais la vie, qui est un grand don : c’est le temps pour aimer et pour être aimés. Zachée avait un second obstacle sur le chemin de la rencontre avec Jésus : la honte qui paralyse. Nous pouvons imaginer ce qui s’est passé dans le coeur de Zachée avant de monter sur ce sycomore, cela aura été une belle lutte : d’une part une bonne curiosité, celle de connaître Jésus ; de l’autre le risque de faire une terrible piètre figure. Zachée était un personnage public ; il savait qu’en essayant de monter sur l’arbre, il serait devenu ridicule aux yeux de tous, lui, un chef, un homme de pouvoir. Mais il a surmonté la honte, parce que l’attraction de Jésus était plus forte. Vous aurez fait l’expérience de ce qui arrive lorsqu’une personne devient si attirante au point d’en tomber amoureux : il peut arriver alors de faire volontiers des choses qui ne se seraient jamais faites. Quelque chose de semblable arrive dans le coeur de Zachée, quand il sentit que Jésus était si important qu’il aurait fait n’importe quoi pour lui, parce qu’il était le seul qui pouvait le tirer hors des sables mouvants du péché et du mécontentement. Et ainsi la honte qui paralyse n’a pas eu le dessus : Zachée – dit l’Évangile- « courut en avant », « grimpa » et ensuite quand Jésus l’appela, « il descendit vite » (vv. 4.6). Il a risqué et il s’est mis en jeu. Cela est aussi pour nous le secret de la joie : ne pas éteindre la belle curiosité, mais se mettre en jeu, parce que la vie ne s’enferme pas dans un tiroir. Devant Jésus on ne peut rester assis en attendant les bras croisés ; à Lui, qui nous donne la vie, on ne peut répondre par une pensée ou un simple “petit message” !

Chers jeunes, n’ayez pas honte de tout lui porter, spécialement vos faiblesses, vos peines et vos péchés dans la confession : Lui saura vous surprendre avec son pardon et sa paix. N’ayez pas peur de lui dire “oui” avec tout l’élan de votre coeur, de lui répondre généreusement, de le suivre ! Ne vous laissez pas anesthésier l’âme, mais visez l’objectif du bel amour, qui demande aussi le renoncement, et un “non” fort au doping du succès à tout prix et à la drogue de penser seulement à soi et à ses propres aises. Après la basse stature et la honte qui paralyse, il y a un troisième obstacle que Zachée a dû affronter, non plus à l’intérieur de lui, mais autour de lui. C’est la foule qui murmure, qui l’a d’abord arrêté et puis l’a critiqué : Jésus ne devait pas entrer dans sa maison, la maison d’un pécheur ! Comme il est difficile d’accueillir vraiment Jésus, comme il est dur d’accepter un « Dieu, riche en miséricorde » (Ep 2, 4). Ils pourront vous empêcher, en cherchant à vous faire croire que Dieu est distant, raide et peu sensible, bon avec les bons et mauvais avec les mauvais. Au contraire, notre Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Mt 5, 45) et il nous invite au vrai courage : être plus forts que le mal en aimant chacun, même les ennemis. Ils pourront rire de vous, parce que vous croyez dans la force douce et humble de la miséricorde. N’ayez pas peur, mais pensez aux paroles de ces jours : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde »  (Mt 5, 7). Ils pourront vous juger comme des rêveurs, parce que vous croyez en une humanité nouvelle, qui n’accepte pas la haine entre les peuples, ne voit pas les frontières des pays comme des barrières et garde ses propres traditions sans égoïsmes ni ressentiments. Ne vous découragez pas : avec votre sourire et avec vos bras ouverts, prêchez l’espérance et soyez une bénédiction pour l’unique famille humaine, qu’ici vous représentez si bien !

La foule, ce jour-là, a jugé Zachée, elle l’a regardé de haut en bas ; Jésus au contraire, a fait l’inverse : il a levé son regard vers lui (v. 5). Le regard de Jésus va au-delà des défauts et voit la personne ; il ne s’arrête pas au mal du passé, mais il entrevoit le bien dans l’avenir ; il ne se résigne pas devant les fermetures, mais il recherche la voie de l’unité et de la communion ; au milieu de tous, il ne s’arrête pas aux apparences, mais il regarde le coeur. Avec ce regard de Jésus, vous pouvez faire croître une autre humanité, sans attendre qu’ils vous disent “bravo”, mais en cherchant le bien pour lui-même, heureux de garder le coeur intègre et de lutter pacifiquement pour l’honnêteté et la justice. Ne vous arrêtez pas à la superficie des choses et défiez-vous des liturgies mondaines du paraître, du maquillage de l’âme pour sembler meilleurs. Au contraire, installez bien la connexion la plus stable, celle d’un coeur qui voit et transmet le bien sans se lasser. Et cette joie que gratuitement vous avez reçu de Dieu, donnez-la gratuitement (cf. Mt 10, 8), parce que beaucoup l’attendent !

Enfin, écoutons les paroles de Jésus à Zachée, qui semblent dites spécialement pour nous aujourd’hui : « Descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (v. 5). Jésus t’adresse la même invitation : “Aujourd’hui, je dois demeurer dans ta maison”. Les JMJ, pourrions-nous dire, commencent aujourd’hui et continuent demain, à la maison, parce que c’est là que Jésus veut te rencontrer à partir de maintenant. Le Seigneur ne veut pas rester seulement dans cette belle ville ou dans de chers souvenirs, mais il désire venir chez toi, habiter ta vie de chaque jour : les études et les premières années de travail, les amitiés et les affections, les projets et les rêves. Comme il lui plaît que dans la prière, tout cela lui soit porté ! Comme il espère que parmi tous les contacts et les "chats" de chaque jour il y ait à la première place le fil d’or de la prière ! Comme il désire que sa Parole parle à chacune de tes journées, que son Évangile devienne tien, et qu’il soit ton “navigateur” sur les routes de la vie !

Pendant qu’il te demande de venir chez toi, Jésus, comme il a fait avec Zachée, t’appelle par ton nom. Ton nom est précieux pour Lui. Le nom de Zachée évoquait, dans la langue de l’époque, le souvenir de Dieu. Confiez-vous au souvenir de Dieu : sa mémoire n’est pas un “disque dur” qui enregistre et archive toutes nos données, mais un coeur tendre de compassion, qui se réjouit d’effacer définitivement toutes nos traces de mal. Essayons, nous aussi, maintenant, d’imiter la mémoire fidèle de Dieu et de conserver le bien que nous avons reçu en ces jours. En silence, faisons mémoire de cette rencontre, gardons le souvenir de la présence de Dieu et de sa Parole, ravivons en nous la voix de Jésus qui nous appelle par notre nom. Ainsi prions en silence, en faisant mémoire, en remerciant le Seigneur qui ici nous a voulus et nous a rencontrés."

Homélie donnée sur Témoignage Chrétien

Homélie du pape François : "la voie de l'unité et de la communion"

http://temoignagechretien.fr/articles/homelie-du-pape-francois-la-voie-de-lunite-et-de-la-communion

 

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 17:33

 FLORILÈGE

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J'ai un souvenir ému lorsque je pense à mon professeur de philosophie qui m'a enseigné en classe terminale au Lycée Simone Weil* de Saint-Étienne. Comme j'ai eu la curiosité de parcourir les sites qui ont mentionné son nom, j'ai trouvé quelques jalons qui ont émaillé sa vie, ses oeuvres sur sa discipline de prédilection, ses livres sur Bergson, son amour pour l'art, la transcription de ses conférences.

J'ai été son élève pendant l'année scolaire 1961-62. Il était alors tout jeune professeur, et je me souviens l'enthousiasme qu'exaltaient en moi ses cours passionnants.

Je rentrais chez moi, la tête en feu, électrisée par les notions nouvelles qu'il nous prodiguait dans notre classe de Philo 2. Et je racontais, à ma mère, elle qui n'avait jamais suivi de cours de philosophie, et qui savait si bien m'écouter avec indulgence, tout ce que j'avais retenu du cours, lequel venait de s'achever.

Mes camarades et moi buvions les paroles de notre professeur avec ravissement et il était aussi à notre écoute. Non, je ne craignais pas, pendant le cours, de lui poser des questions pour éclaircir ou approfondir quelques notions qui m'échappaient, et il me répondait avec bienveillance.

Il n'est que de lire sa conférence du 1er décembre 1998 pour mesurer combien il concevait sa mission de professeur de philosophie.

Il y répond à sa question : "Quel sens donner à cette mission qu'à l'instar de Socrate nous avons choisi de remplir ?"

 

> L'enseignement philosophique au lycée, grandeur et humilité

 

J'ai conservé précieusement les cahiers sur lesquels j'ai transcrit les cours de philosophie dispensés par mon professeur, sept cahiers de 96 pages de dimensions 17cm/22cm, chacun d'eux étant consacré à une partie bien précise de la philosophie.

C'est dans le premier cours que nous apprenons que le cours de philosophie ne traite pas seulement de la métaphysique mais concerne aussi d'autres domaines comme la logique, la psychologie, la morale.

Je recopie ici ce premier cours.

 

Ainsi parla Monsieur Bardy :

 

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Qu'est-ce que la philosophie ?

Plan

Introduction

Le double objet de la Philosophie

I Ambition et décadence de la philosophie

a-La philosophie comme science universelle

b-La métaphysique classique

c-L'attitude critique

d-La philosophie positive

II La philosophie devant le monde actuel

a-Le discrédit de la philosophie

b-La revanche de la philosophie

III Les problèmes philosophiques

Lecture : René Descartes Discours de la méthode

...............

Nous ne savons pas exactement ce qu'est la philosophie. Essayons de nous demander le sens de ce mot.

Étymologie - grec ancien : philo-sophos

philein : aimer

sophos : ce qui est sage

le philosophe est l'ami de la sagesse.

De nos jours, la sagesse désigne une certaine attitude morale, un art de vivre (prudence, sens moral, réflexion). Il faut agir conformément à certaines règles morales.

L'idée de sagesse concerne en général l'action.

Idée de vertu

C'est la vertu qui surmonte l'emportement de juger. Alain

Ne pas se laisser aller à ses premières impulsions.

Vigilance de l'esprit

Celui qui n'est pas sage s'empresse de croire que son ennemi s'est déhonoré.

La sagesse est une précaution toujours éveillée contre tous les genres de précipitation et de prévention. Alain

Définition de la vertu

C'est la puissance de vouloir agir contre ce qui plaît et ce qui déplaît, C'est une puissance acquise contre tous les genres de convulsions, d'emportements, d'ivresse et d'horreurs. Alain

La vertu, tout comme la sagesse, implique un effort envers un jugement trop précipité, trop hâtif.

Chez les Anciens, le terme sagesse avait aussi une autre signification.

Sophia désignait non seulement un art de vivre, mais aussi une connaissance scientifique.

Sophia { vertu & savoir

Chez Descartes, on retrouve ces deux sens pour le mot sagesse.

DESCARTES 1596-1650

1628 Regulae ad directionem ingenii

1637 Discours de la méthode

1641 Méditations métaphysiques

1649 traité des passions

 

Cf. Préface des Principes de la Philosophie

J'aurais voulu premièrement y expliquer ce que c'est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont que ce mot de philosophie signifie l'étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts [...] Descartes

 

La philosophie est amour du Bien et du Vrai. La philosophie veut à la fois nous enseigner à vivre, c'est-à-dire à nous conduire et à nous apprendre à penser.

Elle a un double objet : la Connaissance et l'Action.

Un double problème :

Que dois-je faire ?

Que puis-je savoir ?

Y a-t-il des limites à la connaissance humaine ? Quelle est sa valeur ?

La philosophie doit nous fournir une morale et une vision vraie du monde.

 

1 Ambition et décadence de la philosophie

a-La philosophie comprise comme science universelle

À l'origine sapientia universalis, elle a prétendu assimiler toutes les sciences, toutes les connaissances humaines.

La philosophie est née en Grèce au VIe siècle avant J.C. avec

Thalès, grand astronome,

Platon, grand mathématicien,

Eudoxe de Cnide, astronome, géomètre, médecin et philosophe,

(le Timée, dialogue de Platon qui n'aborde que des considérations astronomiques et biologiques)

Aristote qui fonde le Lycée ; il touche à tous les domaines, c'est un véritable génie encyclopédique.

 

Au XVIIe siècle, on retrouve cette idée chez les philosophes anglais : Philosophie naturelle.

Chez Descartes de même, on retrouve cette idée de science universelle.

Comparaison avec un arbre :

Ainsi toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales : à savoir la médecine, la mécanique et la morale ; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse.

DESCARTES Principes de la Philosophie, lettre-préface

 

Pourquoi la philosophie a-t-elle été comprise comme science universelle ?

-À l'origine, les sciences étaient peu développées. Un même esprit pouvait prétendre tout connaître.

-On a cru que toutes les sciences étaient liées et pouvaient être assimilées par un même esprit.

La philosophie comme science universelle s'est peu à peu désagrégée.

Les sciences se sont les unes après les autres libérées de la philosophie.

 

L'évolution des sciences

Les mathématiques avec Euclide vers 300 avant J.C.

-la géométrie se détache de la philosophie avec les postulats d'Euclide,

-puis l'algèbre avec les Arabes.

-la mécanique avec Galilée

-la géométrie analytique avec Descartes

-le calcul différenciel avec Leibnitz et Newton

-la théorie des ensembles avec Cantor

La physique vers la Renaissance

1543 Système de Copernic : il marque la fin de la période où les hommes se considéraient comme au centre de l'univers (Ptolémée)

Galilée – Kepler – Descartes

Les sciences biologiques au milieu du XIXe siècle

Introduction à la médecine expérimentale par Claude Bernard

Les sciences humaines au début du XXe siècle

Psychologie, histoire, sociologie, etc.

Les sciences se sont dispersées et ont évolué.

À l'heure actuelle, les termes de métaphysique et de philosophie sont synonymes.

 

b-La métaphysique classique

Nous nous référons à la philosophie d'Aristote.

Étymologie - meta : après

origine du mot : traité écrit par Andronicas de Rhodes sur les ouvrages d'Aristote.

Définition donnée par Aristote : la philosophie première, c'est la science des premières causes et des premiers principes.

Trois groupes d'études :

-l'étude de l'être en tant qu'être

-l'étude de la cause première, c'est-à-dire Dieu

-l'étude des causes finales

 

-Qu'est-ce qui fait qu'un être est ce qu'il est ?

Recherche de l'essence même de l'être : ontologie.

-Pourquoi les êtres existent-ils ?

Voir Heidegger

Aristote : la cause matérielle

S'il n'y avait pas d'airain, il n'y aurait pas de statues. Il faut aussi que dans l'esprit du sculpteur, il existe l'idée de la statue qu'il va réaliser. C'est la cause formelle.

Il faut aussi l'intervention d'un agent qui sera la cause motrice.

L'explication d'Aristote consiste à remonter d'un phénomène à sa cause, puis de cette cause à la cause de cette cause. La cause au-delà de laquelle on ne peut pas remonter sera la cause première ou Dieu.

-La cause finale

Aristote se préoccupe de la fin vers laquelle se dirigent les choses.

Quelle est la destinée de l'être ?

Là est la substance de la métaphysique du Moyen Âge.

 

c- L'attitude critique

C'est Descartes qui inaugure ce nouveau genre de philosophie.

Avant Descartes, le philosophe ne doute pas que sa raison puisse lui permettre de résoudre tous les problèmes.

Le philosophe se demande s'il peut apporter une réponse à tous les problèmes. Il procède alors à un examen de son intelligence. Il procède à une attitude critique.

Descartes met en doute toutes les choses qu'on lui a enseignées (Cf. Discours de la Méthode). Certaines choses qu'on lui avaient enseignées pour vraies étaient fausses.

Le doute pour Descartes est le seul moyen d'arriver à la vérité.

 

Le doute cartésien est méthodique, radical, universel.

-méthodique : destiné à permettre l'accès à la vérité.

-radical, tout ce qui est entaché d'erreur est considéré comme faux.

-universel, il concerne la totalité des sciences.

 

Discours de la méthode II

Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Descartes recherche une vérité indubitable. Au moment même où il doute, il se trouve en face de la première évidence : je ne puis pas douter de mon doute.

Je suis certain que je doute durant tout le temps que je doute. Or si je doute, je pense. Je pense, donc je suis.

Tel est le cogito cartésien. L'existence est la première vérité de Descartes.

 

L'attitude critique est l'attitude du philosophe qui revient sur sa propre connaissance pour la juger et pour jauger sa propre valeur.

 

L'attitude critique devient plus nette avec le philosophe Kant.

Kant 1724-1800

Kant remarque que les sciences ont beaucoup évolué mais que la métaphysique n'a pas progressé. Les métaphysiciens n'arrivent pas à s'entendre.

Préface de la 2e édition de la Critique de la Raison Pure de Kant

La métaphysique [...] En elle, il faut sans cesse rebrousser chemin, parce qu’on trouve que la route qu’on a suivie ne mène pas où l’on veut arriver. Quant à l’accord de ses partisans dans leurs assertions, elle en est tellement éloignée qu’elle semble être plutôt une arène tout particulièrement destinée à exercer les forces des lutteurs en des combats de parade et où jamais un champion n’a pu se rendre maître de la plus petite place et fonder sur sa victoire une possession durable.

[...]

Ainsi en allait-il du cours de mon Professeur de Philosophie.

Merci, Monsieur Bardy !


 

Hommage à Jean Bardy - Amoureux d'Art en Auvergne

La création et l'art; Chemins vers la création; Jean Bardy; préface de Paul Eychart

 

*Le Collège Moderne de Jeunes Filles qui se trouvait 24 rue Rouget de Lisle à Saint-Etienne est devenu le Lycée Simone Weil. Le lycée s'est installé à Saint-Priest en Jarez en 1981.

Aujourd'hui c'est le Collège Claude Fauriel qui se trouve rue Rouget de Lisle.

 

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Gabriel Garcia Márquez 1927-2014

Je n'accepte pas de mourir. La seule chose qui compte vraiment, c'est la vie, c'est d'être vivant. Pour moi la mort est un piège, une trahison qui nous tombe dessus sans condition. Pour moi, c'est très grave que la vie se termine et presque à notre insu, hormis le moment venu. Je trouve ça injuste.

- Comment l'éviter ?

- En écrivant.

Extrait de l'interview de Gabriel Garcia Marquez – Écrire pour vivre, Arte Derrière les Portes

Vu le 17 avril 2016 sur Arte – 23 h 05

Gabriel García Márquez | ARTE à voir jusqu'au 17 mai 2016

 

Umberto Eco 1932-2016

La production du faux et la panaroïa dans l'histoire.

J'étais toujours obsédé par le plus important du faux, c'est-à dire celui qui a eu le résultat le plus tragique "Les Protocoles des Sages de Sion" qui, étant tombé dans les mains d'Hitler a produit ce qu'il a produit. "Les Protocoles" parle d'un complot universel, le complot universel des Juifs. Le Protocole a été démontré faux en 1921 par le Times, et depuis ça, on a continué à le prendre au sérieux. Je ne parle pas du monde arabe où on le vend dans tous les coins. Mais même là, je peux t'indiquer des libraires à Paris où tu peux le trouver. Un jeune homme ou une jeune femme qui trouve cela sur Internet ne sait pas si c'est vrai ou faux.

Je suis fasciné par le mensonge parce que je suis un sémioticien. Je m'occupe des et du langage.

La force du langage ce n'est pas de dire ce qu'il y a là, mais ce qu'il n'y a pas. Ce qui m'a toujours fasciné, ce n'est pas la méchanceté de ceux qui commettent des crimes, mais la stupidité de ceux qui les suivent.

Extrait de l'interview de Umberto Eco – 29 février 2016 – Arte, Derrière les Portes

> Interview UMBERTO ECO - DERRIÈRE LES PORTES

D'autres interviews :

Umberto Eco "Le Nom De La Rose" | Archive INA

Umberto Eco - « Vérités et Mensonges à l'heure digitale »

Dans l'univers d'Umberto Eco

Umberto Eco - « Vérités et Mensonges à l'heure digitale »

Umberto Eco ► L’écriture et le souci de la langue

Hommage à Umberto Eco La Grande Librairie

"le Pendule de Foucault", d'Umberto Eco (Alchimie d'un roman)

Umberto Eco in conversation with Paul Holdengräber

Umberto Eco: I Was Always Narrating

Umberto Eco

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

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-44-

 

Léon Tolstoï 1828-1910

Écrivain russe

 

La Mort d’Ivan Ilitch

1886

Traduction : J.-Wladimir Bienstock.

 

Note de Mamiehiou : Il y a bien des années que j'ai lu cette nouvelle de Tolstoï et j'ai voulu la relire pour retrouver cette sensation de malaise que j'avais éprouvée à voir le cynisme des personnages et en assistant à la fin de la vie de Ivan Ilitch, un sentiment mêlé de tristesse et de profonde amertume.

Le vieil homme tombe malade et voit décliner peu à peu ses forces. Qui s'en soucie vraiment ? Ni ses "amis", ni sa famille pourtant présente, ne mesurent sa souffrance et sa solitude.

Seul Guérassim, son domestique attentif et compatissant, lui prodigue ses soins et lui apporte un peu de chaleur humaine.

Durée de la lecture : environ une demi-heure.

« La mort d'Ivan Ilitch reste pour moi le chef d'oeuvre absolu. » Amin Maalouf

Lu dans le magazine Lire de mars 2016 Entretien avec Amin Maalouf page 100

 

Chapitre I

Au Palais de Justice, pendant la suspension de l’audience consacrée à l’affaire Melvinsky, les juges et le procureur s’étaient réunis dans le cabinet d’Ivan Egorovitch Schebek, et la conversation vint à tomber sur la fameuse affaire Krassovsky. Fedor Vassilievitch s’animait en soutenant l’incompétence ; Ivan Egorovitch soutenait l’opinion contraire. Piotr Ivanovitch qui, depuis le commencement, n’avait pas pris part à la discussion, parcourait un journal qu’on venait d’apporter.

— Messieurs ! dit-il, Ivan Ilitch est mort.

— Pas possible !

— Voilà, lisez, dit-il à Fedor Vassilievitch en lui tendant le numéro du journal tout fraîchement sorti de l’imprimerie.

Il lut l’avis suivant encadré de noir :

« Prascovie Fedorovna Golovine a la douleur d’annoncer à ses parents et amis la mort de son époux bien-aimé Ivan Ilitch Golovine, conseiller à la Cour d’appel, décédé le 4 février 1882. La levée du corps aura lieu vendredi, à une heure de l’après-midi. »
 

Ivan Ilitch était le collègue des messieurs présents ; et tous l’aimaient. Il était malade depuis plusieurs semaines déjà, et l’on disait sa maladie incurable ; toutefois sa place lui était restée, mais on savait qu’à sa mort, Alexiev le remplacerait et que la place de ce dernier serait donnée à Vinnikov ou à Schtabel. Aussi, en apprenant la mort d’Ivan Ilitch, tous ceux qui étaient réunis là se demandèrent d’abord quelle influence aurait cette mort sur les permutations ou les nominations d’eux-mêmes et de leurs amis.

« Je suis à peu près certain d’avoir la place de Schtabel ou celle de Vinnikov », pensait Fedor Vassilievitch, « il y a longtemps qu’on me l'a promise, et cette promotion augmentera mon traitement de 800 roubles, sans compter les indemnités de bureau. »

« C’est le moment de faire nommer chez nous mon beau-frère de Kalouga », pensait Piotr Ivanovitch. « Ma femme en sera contente et ne pourra plus dire que je ne fais jamais rien pour les siens. »

— J’étais sûr qu’il ne s’en relèverait pas, dit à haute voix Piotr Ivanovitch. C’est bien dommage.

— Mais quelle était sa maladie, au juste ?

— Les médecins n’ont jamais su la définir, c’est-à-dire qu’ils ont bien émis leur opinion, mais chacun d’eux avait la sienne. Quand je l’ai vu pour la dernière fois, je croyais qu’il pourrait s’en tirer.

— Et moi qui ne suis pas allé le voir depuis les fêtes. J’en avais toujours l’intention.

— Avait-il de la fortune ?

— Je crois que sa femme avait quelque chose, mais très peu.

— Oui, il va falloir y aller. Ils demeurent si loin !

— C’est-à-dire loin de chez vous… De chez vous tout est loin.

— Il ne peut pas me pardonner de demeurer de l’autre côté de la rivière, dit Piotr Ivanovitch en regardant Schebek avec un sourire. Et il se mit à parler de l’éloignement de toutes choses dans les grandes villes. Ils retournèrent à l’audience.

Outre les réflexions que suggérait à chacun cette mort et les changements possibles de service qui allaient en résulter, le fait même de la mort d’un excellent camarade éveillait en eux, comme il arrive toujours, un sentiment de joie. Chacun pensait : Il est mort, et moi pas ! Quant aux intimes, ceux qu’on appelle des amis, ils pensaient involontairement qu’ils auraient à s’acquitter d’un ennuyeux devoir de convenance : aller d’abord au service funéraire, ensuite faire une visite de condoléance à la veuve.

Fedor Vassilievitch et Piotr Ivanovitch étaient les amis les plus intimes d’Ivan Ilitch.

Piotr Ivanovitch avait été son camarade à l’école de droit et se considérait comme son obligé.

Après avoir annoncé à sa femme, pendant le dîner, la nouvelle de la mort d’Ivan Ilitch et lui avoir communiqué ses considérations sur les probabilités de la nomination de son beau-frère dans leur district, Piotr Ivanovitch, sans se reposer, endossa son habit et se rendit au domicile d’Ivan Ilitch.

Une voiture de maître et deux voitures de place stationnaient près du perron. Dans le vestibule, près du porte-manteau, on avait adossé au mur le couvercle en brocart du cercueil, garni de glands et de franges d’argent passés au blanc d’Espagne. Deux dames en noir se débarrassaient de leurs pelisses. L’une d’elles était la sœur d’Ivan Ilitch, qu’il connaissait ; l’autre lui était inconnue. Un collègue de Piotr Ivanovitch, Schwartz, descendait. Ayant aperçu, du haut de l’escalier, le nouveau visiteur, il s’arrêta et cligna de l’œil, comme s’il voulait dire ; « Ivan Ilitch n’a pas été malin ; ce n’est pas comme nous autres ! »

La figure de Schwartz, avec ses favoris à l’anglaise, et sa maigre personne, en habit, conservaient toujours une grâce solennelle ; et cette gravité, qui contrastait avec son caractère jovial, avait en l’occurrence quelque chose de particulièrement amusant. Ainsi pensa Piotr Ivanovitch.

Il laissa passer les dames devant lui et gravit lentement l’escalier derrière elles. Schwartz ne descendit pas et l’attendit en haut. Piotr Ivanovitch comprit pourquoi. Il voulait évidemment s’entendre avec lui pour la partie de cartes du soir. Les dames entrèrent chez la veuve. Schwartz, les lèvres sévèrement pincées, mais le regard enjoué, indiqua d’un mouvement de sourcils, à droite, la chambre du défunt.

Piotr Ivanovitch entra, ne sachant trop, comme il arrive toujours en pareil cas, ce qu’il devait faire. Cependant il était sûr d’une chose, c’est qu’en pareil cas un signe de croix ne fait jamais mal. Mais devait-il saluer ou non, il n’en était pas certain. Il choisit donc un moyen intermédiaire : il entra dans la chambre mortuaire, fit le signe de la croix, et s’inclina légèrement comme s’il saluait. Autant que le lui permirent les mouvements de sa tête et de ses mains, il examina en même temps la pièce. Deux jeunes gens, dont un collégien, probablement les neveux du mort, sortaient de la chambre en faisant le signe de la croix. Une vieille femme se tenait debout, immobile. Une dame, les sourcils étrangement soulevés, lui disait quelque chose à voix basse. Le chantre, vêtu d’une redingote, l’air résolu et diligent, lisait à haute voix, d’un ton qui ne souffrait pas d’objection. Le sommelier Guérassim répandait quelque chose sur le parquet, en marchant à pas légers devant Piotr Ivanovitch. En le regardant faire, Piotr Ivanovitch sentit aussitôt une faible odeur de cadavre en décomposition. Lors de la dernière visite qu’il avait faite à Ivan Ilitch, il avait remarqué dans son cabinet ce sommelier qui remplissait près de lui l’office de garde-malade ; et Ivan Ilitch l’affectionnait particulièrement.

Piotr Ivanovitch continuait à se signer et à s’incliner vaguement ; son salut pouvait s’adresser aussi bien au mort qu’au sacristain, ou aux icones qui se trouvaient sur une table dans un coin de la chambre. Quand ce geste lui parut avoir assez duré, il s’arrêta et se mit à examiner le défunt.

Il était étendu sur le drap de la bière, pesamment, comme tous les morts, les membres rigides. La tête à jamais appuyée sur l’oreiller montrait, comme chez tous les cadavres, un front jaune, cireux, avec des plaques dégarnies sur les tempes creusées, et un nez proéminent qui cachait presque la lèvre supérieure. Il était très changé. Il avait encore maigri depuis que Piotr Ivanovitch l’avait vu ; mais, comme il arrive avec tous les morts, son visage était plus beau et surtout plus majestueux que de son vivant. Son visage portait l’expression du devoir accompli et bien accompli. En outre, on y lisait une sorte de reproche ou d’avertissement à l’adresse des vivants. Cet avertissement sembla déplacé à Piotr Ivanovitch, du moins sans raison d’être vis-à-vis de lui. Mais, soudain, il se sentit gêné. Alors, faisant vivement un nouveau signe de croix, il s’empressa, contre toute convenance, de gagner la porte. Schwartz l’attendait dans la pièce voisine, les pieds largement écartés, jouant avec son chapeau haut de forme qu’il tenait derrière son dos. Un seul regard sur la personne élégante, soignée, réjouie de Schwartz le rafraîchit aussitôt. Piotr Ivanovitch comprit que Schwartz était au-dessus de tout cela et ne se laissait pas impressionner par ce triste spectacle. Toute sa personne paraissait dire : le service religieux sur la tombe d’Ivan Ilitch n’est pas un motif valable pour remettre l’audience, c’est-à-dire, il ne peut nous empêcher, ce soir même, de faire claquer, en le décachetant, le jeu de cartes, pendant que le valet posera quatre bougies entières sur la table ; en somme, il n’y a aucune raison de penser que cet incident puisse nous empêcher de passer agréablement cette soirée. C’est d’ailleurs ce qu’il communiqua à voix basse à Piotr Ivanovitch, lorsqu’il passa devant lui, en lui proposant de se réunir, ce soir même, chez Fédor Vassilievitch. Mais il n’était pas sans doute dans la destinée de Piotr Ivanovitch de jouer aux cartes ce soir-là. Prascovie Fédorovna, une femme petite et grosse, qui, malgré tous ses efforts, allait en s’élargissant depuis les épaules jusqu’à sa base, toute vêtue de noir, la tête couverte d’une dentelle, les sourcils étrangement relevés, comme ceux de la dame qui se tenait debout en face du cercueil, sortit de ses appartements avec d’autres dames et, les ayant accompagnées dans la chambre mortuaire, elle dit : « L’office des morts va commencer ; entrez ».

Schwartz salua d’un air vague et s’arrêta, ne paraissant ni accepter ni refuser cette invitation. Prascovie Fedorovna, ayant reconnu Piotr Ivanovitch, soupira, s’approcha tout près de lui, et lui dit en lui prenant la main : « Je sais que vous étiez un sincère ami d’Ivan Ilitch… » Elle le regarda, attendant de lui quelque chose qui confirmât ses paroles. Piotr Ivanovitch savait, comme il avait su toute à l’heure qu’il fallait se signer, qu’il devait maintenant serrer la main et dire : « Croyez que… » C’est ce qu’il fit, et il sentit que le résultat désiré était obtenu : il était ému, et elle était émue.

— Voulez-vous venir avant que cela ne commence ? dit la veuve. J’ai à vous parler. Donnez-moi votre bras.

Piotr Ivanovitch lui offrit son bras et ils se dirigèrent vers les pièces du fond, devant Schwartz, qui jeta un regard de pitié sur son ami, en clignant de l’œil.

« Adieu le whist, voulait dire son regard enjoué, mais il ne faudra pas nous en vouloir si nous prenons un autre partenaire. Peut-être pourrons-nous organiser une partie à cinq, lorsque vous aurez terminé. »

Piotr Ivanovitch soupira plus profondément et plus tristement encore, et Prascovie Fedorovna lui pressa le bras avec reconnaissance. Ils entrèrent dans son salon tendu de cretonne rose, faiblement éclairé par une lampe, et s’assirent près de la table, elle sur le divan et Piotr Ivanovitch sur un pouf bas, dont les ressorts détraqués cédèrent désagréablement sous lui. Prascovie Fedorovna songea à l’inviter à prendre un autre siège, mais jugeant cette attention déplacée dans la circonstance, elle s’abstint. En s’asseyant sur ce pouf, Piotr Ivanovitch se rappela qu’Ivan Ilitch, quand il avait meublé ce salon, lui avait justement demandé son avis sur cette cretonne rose à feuillage vert. Le salon était rempli de meubles et de bibelots et, en passant devant la table pour gagner le divan, la veuve accrocha la dentelle de sa mantille noire aux sculptures de ce meuble, Piotr Ivanovitch se leva pour l’aider à se dégager ; les ressorts du pouf ainsi allégés se mirent à osciller sous lui et le repoussèrent. La veuve voulut dégager elle-même ses dentelles, et Piotr Ivanovitch se rassit en écrasant sous son poids le pouf tressautant. Mais comme elle n’arrivait pas à se décrocher, Piotr Ivanovitch se leva de nouveau, et pour la seconde fois, les ressorts du pouf s’ébranlèrent en grinçant. Tout étant rentré dans l’ordre, elle sortit un mouchoir propre, en batiste, et se mit à pleurer. Piotr Ivanovitch, calmé par les épisodes du pouf et de la dentelle, était assis, l’air maussade. Ce silence embarrassant fut interrompu par Sokolov, le majordome, qui venait annoncer que le terrain du cimetière choisi par Prascovie Fédorovna, coûterait deux cents roubles. Elle cessa de pleurer, regarda Piotr Ivanovitch d’un air de victime, et lui dit en français que tout cela était bien pénible. Sans mot dire, d’un signe de tête, Piotr Ivanovitch lui exprima sa profonde conviction qu’il n’en pouvait être autrement.

— Fumez, je vous en prie, lui dit-elle d’un air magnanime et abattu ; puis elle se mit à débattre avec Sokolov la question du prix du terrain.

Tout en allumant sa cigarette. Piotr Ivanovitch l’entendit demander le prix des différents terrains et choisir celui qu’elle désirait acheter. Après avoir réglé cette question, elle donna des ordres pour les chantres, et Sokolov se retira.

— Je m’occupe de tout moi-même, dit-elle à Piotr Ivanovitch, en repoussant les albums qui étaient sur la table ; puis, remarquant que la cendre de sa cigarette allait se détacher, elle avança vivement le cendrier du côté de Piotr Ivanovitch et poursuivit : — Je trouve que ce serait de l’hypocrisie de ma part de dire que le chagrin m’empêche de songer aux affaires pratiques. Au contraire, si quelque chose peut sinon me consoler, du moins me distraire, c’est de m’occuper de tout ce qui le concerne.

Elle prit de nouveau son mouchoir, s’apprêtant à pleurer encore ; mais soudain, comme si par un effort elle revenait maîtresse d’elle-même elle reprit avec calme :

— J’ai quelque chose à vous dire.

Piotr Ivanovitch s’inclina sans donner trop de liberté aux ressorts du pouf, qui déjà commençaient à s’agiter sous lui.

— Il a beaucoup souffert les derniers jours…

— Ah ! Il a souffert beaucoup ? fit-il.

— Terriblement ! Il passa non seulement ses dernières minutes, mais ses dernières heures, à crier. Pendant trois jours de suite, il a crié sans s’arrêter. C’était intenable. Je ne puis comprendre comment j’y ai résisté. On l’entendait à travers trois chambres. Oh ! Ce que j’ai souffert !

— Et avait-il toute sa connaissance ? demanda Piotr Ivanovitch.

— Oui, fit-elle à voix basse, jusqu’à la fin. Il nous a dit adieu un quart d’heure avant sa mort. Il nous pria même d’emmener Volodia.

L’idée des souffrances d’un homme qu’il avait si intimement connu, d’abord enfant, puis collégien, puis son partenaire aux cartes, impressionna soudain Piotr Ivanovitch, malgré la conscience désagréable de son hypocrisie et de celle de cette femme. Il revit ce front, ce nez qui retombait sur la lèvre, et il eut peur pour lui-même.

« Trois jours et trois nuits de souffrances atroces, et la mort ! Mais cela peut m’arriver tout de suite, à chaque instant, à moi aussi ! » pensa-t-il. Et, pour un moment, il eut peur. Mais aussitôt, Sans trop savoir comment, l’idée lui revint que tout ceci était arrivé à Ivan Ilitch et non pas à lui, et que lui-même cela ne devait et ne pouvait arriver ; qu’il avait tort de se laisser aller à des idées noires, au lieu de suivre l’exemple de Schwartz. Ces réflexions rassurèrent Piotr Ivanovitch. Il s’enquit avec intérêt des détails touchant la mort d’Ivan Ilitch, comme si la mort était un accident spécial à Ivan Ilitch, mais qui ne l’atteignait nullement lui-même.

Après avoir raconté avec force détails les souffrances physiques vraiment affreuses supportées par Ivan Ilitch (les détails de ces souffrances, Piotr Ivanovitch ne les connut qu’autant qu'elles avaient affecté les nerfs de Prascovie Ivanovna), elle jugea le moment venu de parler affaires.

— Ah ! Piotr Ivanovitch, comme c’est douloureux, terriblement douloureux !

De nouveau elle fondit en larmes.

Il soupira et attendit qu’elle se mouchât.

Quand elle se fut mouchée, il lui dit :

— Croyez-bien…

Elle prit la parole et lui communiqua ce qui était visiblement son principal souci. Il s’agissait d’obtenir de l’argent du Trésor, à l’occasion de la mort de son mari. Elle affectait de demander conseil à Piotr Ivanovitch au sujet de la pension, mais il s’aperçut qu’elle avait déjà étudié la question à fond, qu’elle connaissait des détails que lui-même ignorait sur la meilleure façon d’obtenir de l’argent du Trésor à l’occasion de cette mort, mais qu’elle désirait savoir s’il ne serait pas possible d’obtenir encore davantage.

Piotr Ivanovitch essaya de trouver un biais, mais après un moment de réflexion, il déclara, en blâmant par convenance la parcimonie du gouvernement, qu’il croyait impossible d’obtenir davantage. Alors elle soupira et songea évidemment au moyen de se débarrasser de son interlocuteur. Il le comprit, éteignit sa cigarette, se leva, lui serra la main et se dirigea vers l’antichambre.

Dans la salle à manger, où était accrochée une pendule qu’Ivan Ilitch avait été ravi de dénicher chez un brocanteur, Piotr Ivanovitch rencontra le prêtre et d’autres personnes de connaissance venues pour l’office ; il vit aussi la fille d’Ivan Ilitch, une jolie personne qu’il connaissait. Elle était tout en noir. Sa taille fine paraissait plus fine encore. Elle avait un air morne, résolu, courroucé même. Elle salua Piotr Ivanovitch, comme si elle avait eu à se plaindre de lui. Derrière elle, l’air non moins fâché, se tenait son fiancé, à ce que Piotr Ivanovitch avait entendu dire, un juge d’instruction, riche, qu’il connaissait. Il le salua avec tristesse, et allait passer dans la chambre mortuaire, quand apparut un petit collégien, le fils d’Ivan Ilitch, qui rappelait extraordinairement son père. C’était le même petit Ivan Ilitch que Piotr Ivanovitch avait connu à l’École de droit. Ses yeux étaient larmoyants, comme ceux des enfants vicieux de treize ou quatorze ans. Le garçon se renfrogna d’un air sévère et honteux, en apercevant Piotr Ivanovitch. Celui-ci salua et passa dans la chambre du défunt. L’office commençait. Des cierges, des soupirs, de l’encens, des larmes, des sanglots. Piotr Ivanovitch se tenait debout, l’air maussade, et regardant ses pieds. Il ne jeta pas un seul coup d’œil sur le défunt et lutta jusqu’au dernier moment pour ne pas céder à l’impression déprimante. Il sortit l’un des premiers. Il n’y avait personne dans le vestibule. Guérassim, l’aide sommelier, sortit précipitamment de la chambre mortuaire, remua de ses bras vigoureux toutes les pelisses pour trouver celle de Piotr Ivanovitch, et la lui tendit.

— Eh bien ! l’ami Guérassim, dit Piotr Ivanovitch pour dire quelque chose, quel malheur !

— C’est la volonté de Dieu ! Nous y passerons tous, répondit Guérassim en montrant ses dents blanches et serrées de paysan ; et, de l’air d’un homme surchargé de besogne, il ouvrit vivement la porte, appela le cocher, aida Piotr Ivanovitch à monter, et d’un bond retourna au perron, comme talonné par la pensée de ce qu’il avait encore à faire.

Piotr Ivanovitch aspira avec un plaisir particulier l’air frais, après l’odeur d’encens, de cadavre, et de phénol.

— Où monsieur ordonne-t-il d’aller ? demanda le cocher.

— Il n’est pas encore tard. J’irai chez Fedor Vassilievitch.

Il s’y rendit, et trouva en effet les joueurs à la fin du premier rob, de sorte qu’il put sans inconvénient prendre part au jeu comme cinquième.

 

Chapitre II
 

L’histoire d’Ivan Ilitch était des plus simples, des plus ordinaires, des plus tristes.

Ivan Hitch était mort à quarante-cinq ans, conseiller à la Cour d’appel. Il était fils d’un fonctionnaire qui avait fait sa carrière à Pétersbourg, dans différents ministères, et avait occupé une de ces situations qui prouvent clairement que ceux qui les détiennent seraient incapables de remplir un emploi sérieux. Néanmoins, comme on ne peut les chasser à cause de leurs longues années de services et de leurs grades, ils reçoivent des sinécures créées exprès pour eux auxquelles sont attachés des traitements, nullement fictifs, variant de six à dix mille roubles, et qu’ils touchent jusque dans l’extrême vieillesse.

Tel était le conseiller privé Ilia Efimovitch Golovine, membre inutile de différentes administrations inutiles.

Il avait eu trois fils. Ivan Ilitch était le second. L’aîné avait suivi la même carrière que son père, mais dans un autre ministère, et approchait déjà de l’âge où les fonctionnaires commencent à recevoir des appointements par la seule force d’inertie. Le troisième fils était un raté. Il n’avait su se maintenir dans les divers emplois qu’il avait obtenus, et maintenant il était employé au chemin de fer. Son père, ses frères, et surtout ses belles-sœurs, non seulement n’aimaient pas à se rencontrer avec lui, mais sans une nécessité extrême, on ne se rappelait pas son existence. La sœur avait épousé le baron Gref, fonctionnaire à Pétersbourg, comme son beau-frère. Mais le phénix de la famille, comme on dit, c’était Ivan Ilitch. Il était moins froid, moins méticuleux que l’aîné, moins impulsif que le cadet. Il tenait le juste milieu entre ses deux frères ; c’était un homme intelligent, vif, charmant, poli. Il avait fait ses études, avec son frère cadet, à l’École de droit. Mais le cadet n’avait pas fini ses classes ; il avait été exclu dès la cinquième, tandis qu’Ivan Ilitch avait terminé brillamment ses études. Encore à l’École de droit, il s’était montré tel qu’il demeura toute sa vie : intelligent, gai, bon garçon, de relations agréables, mais strict dans l’accomplissement de ce qu’il considérait comme son devoir ; et le devoir était, pour lui, ce que ses supérieurs hiérarchiques déclaraient tel. Il n’était point d’un naturel obséquieux, mais, dès sa première enfance, et plus tard, il se portait vers les personnages haut placés, comme la mouche vers la lumière, et il s’assimilait leurs manières, leurs vues, et s’insinuait dans leur intimité. Les entraînements d’enfant et de jeune homme ne laissèrent pas de trace profonde dans sa vie. Il sacrifiait cependant à la sensualité, à la vanité, et, vers la fin de ses études, au courant libéral, mais tout cela dans des limites qui prouvaient l’équilibre de sa nature.

Étant à l’École de droit, il avait commis des actes qui lui avaient alors paru indignes et lui avaient inspiré, à ce moment-là, le plus profond mépris pour soi-même ; mais s’étant aperçu depuis, que les mêmes actes étaient commis par des gens haut placés, qui ne les tenaient point pour mauvais, il ne les reconnut pas comme bons, mais il les oublia complètement, et leur souvenir ne l’attristait plus.

Ses études terminées avec le grade de la dixième classe, Ivan Ilitch reçut de son père de l’argent pour son uniforme, se fit habiller chez Scharmer, suspendit en breloque la petite médaille portant l’inscription « Respice finem », fit ses adieux au prince, protecteur de l’École, et au directeur, dîna avec ses camarades chez Donon, et, muni de malles, de linge, d’habits à la mode, de rasoirs et autres objets de toilette, ainsi que d’un plaid, le tout acheté ou commandé dans le magasin à la mode, il partit pour la province en qualité de fonctionnaire en mission extraordinaire auprès du gouverneur, place que lui procura son père.

En province, Ivan Ilitch sut se ménager une situation aussi agréable et facile qu’à l’École de droit. Il s’acquittait de ses fonctions, se poussait dans sa carrière, et, en même temps, s’amusait convenablement, doucement. De temps en temps, ses chefs l’envoyaient en mission dans les districts. Il se tirait d’affaire avec dignité, aussi bien envers les supérieurs qu’envers les subordonnés, et il remplissait ses missions, notamment celles qui lui furent confiées au sujet des schismatiques, avec une ponctualité et une honnêteté scrupuleuse dont lui-même était fier.

Dans son service, malgré son jeune âge et son caractère, il savait être froid, officiel, et même sévère. Mais, en société, il était souvent jovial, spirituel, et toujours convenable et bon enfant, comme disaient son chef et la femme de son chef, chez qui il était reçu en familier.

Il eut même une liaison avec une dame qui s’était jetée au cou de cet élégant magistrat ; il y eut aussi certaine modiste dans sa vie, et des orgies avec les aides de camp de passage et des parties de plaisir dans une rue éloignée, après le souper ; il eut aussi le désir de flatter son chef et même la femme de son chef, mais tout cela gardait un tel cachet de convenance qu’on ne pouvait le qualifier d’un terme sévère, et de tout cela on se contentait seulement de dire, employant l’expression française : il faut que jeunesse se passe. Tout se passait avec des mains blanches, du linge propre, des phrases françaises et, surtout, dans la meilleure société, par conséquent avec l’approbation des grands personnages.

Ivan Ilitch servit ainsi cinq ans, puis il eut son changement. L’institution des tribunaux nouveaux nécessitait des hommes nouveaux. Ivan Ilitch devint l’un des hommes nouveaux. On lui offrit une place de juge d’instruction. Il l’accepta, bien que cela l’obligeât de quitter son ancienne résidence et les relations qu’il s’était faites là, et de s’en créer de nouvelles. Ses amis l’accompagnèrent. On prit un groupe photographique, on lui fit cadeau d’un porte-cigare en argent, et il rejoignit son nouveau poste.

Ivan Ilitch fut un juge d’instruction non moins comme il faut, non moins habile à séparer les devoirs de sa charge d’avec sa vie privée, et sut inspirer à tous un respect égal à celui qu’il avait su s’acquérir précédemment. Quant à sa nouvelle situation, il la trouvait beaucoup plus intéressante et attrayante que l’ancienne. Dans son service d’autrefois, il éprouvait un certain plaisir à passer d’un pas léger, dans son uniforme de chez Scharmer, devant les solliciteurs et les fonctionnaires qui attendaient l’heure de l’audience et qui lui enviaient le privilège d’entrer librement dans le cabinet de son chef, de boire le thé et de fumer avec lui ; mais le nombre des personnes qui dépendaient directement de son bon vouloir était très restreint ; c’étaient des commissaires de police, et, quand il allait en mission, des schismatiques. Il traitait poliment, presque en camarades, ces pauvres diables qui dépendaient de lui, aimant à leur faire sentir que lui, qui était tout-puissant sur eux, les traitait avec douceur et bienveillance. Mais ces gens étaient peu nombreux. Maintenant qu’il était juge d’instruction, Ivan Ilitch sentait que tous sans exception, même les plus grands personnages, les plus importants, les plus orgueilleux, dépendaient de son bon vouloir. Il lui suffisait d’écrire quelques mots sur un certain papier à en-tête, pour que l’homme le plus orgueilleux, le plus important, fut amené chez lui, comme accusé ou témoin, obligé de se tenir debout, à moins que lui-même ne le fasse asseoir, et de répondre à toutes ses questions. Ivan Ilitch n’abusait jamais de ce pouvoir. Il tâchait au contraire d’en adoucir l’usage, mais la conscience de ce pouvoir, et la possibilité de l’atténuer, constituaient précisément l’intérêt et l’attrait particuliers de sa nouvelle fonction. Quant au service lui-même, notamment les instructions, Ivan Ilitch acquit très vite l’art d’en écarter toutes les circonstances étrangères, et de donner à l’affaire, même la plus compliquée, la forme sous laquelle cette affaire devait être présentée sur le papier, et dont sa personnalité était totalement exclue, s’attachant principalement à ce que les formes exigées par la loi fussent observées. C’était là quelque chose de tout nouveau. Il fut l’un des premiers qui mirent en pratique le Code de 1864.

Dans sa nouvelle résidence, Ivan Ilitch fit de nouvelles connaissances ; il se fit de nouveaux amis, et changea de ton. Il se tint à une distance respectueuse des autorités provinciales, et se créa des relations choisies parmi les magistrats et les gentilshommes riches de l’endroit ; il prit un léger ton d’opposition contre le gouvernement, et affecta les dehors d’un libéral modéré, d’un citoyen austère. Mais Ivan Ilitch ne changea rien à l’élégance de sa mise ; il cessa seulement de se raser le menton et laissa pousser toute sa barbe.

La vie d’Ivan Ilitch s’écoulait très agréablement. Les membres de la société frondeuse qui l’avait accueilli étaient étroitement unis entre eux ; il touchait un plus gros traitement et, parmi les distractions nouvelles, il apprécia surtout le whist, qu’il jouait avec finesse et sang-froid, de sorte qu’il gagnait toujours.

Il était depuis deux ans dans sa nouvelle résidence lorsqu’il rencontra celle qui devait devenir sa femme. Prascovie Fedorovna Mickel était la jeune fille la plus attrayante et la plus spirituelle de la société à laquelle appartenait Ivan Ilitch. Parmi les plaisirs qu’il s’était créés pour se reposer de son travail de juge d’instruction, le plus grand était la camaraderie enjouée qui se forma entre lui et Prascovie Fedorovna.

Du temps qu’il était fonctionnaire en mission extraordinaire, Ivan Ilitch était un danseur enragé ; juge d’instruction, il ne dansa guère et seulement pour montrer qu’il y excellait, tout magistrat de cinquième classe qu’il fut. Parfois, il dansait vers la fin de la soirée avec Prascovie Fedorovna, et c’est précisément ainsi qu’il fit sa conquête. Elle devint amoureuse de lui, Ivan Ilitch n’avait jamais pensé sérieusement au mariage ; mais lorsqu’il vit que la jeune fille l’aimait, il se dit : « Pourquoi ne me marierais-je pas ? »

Prascovie Fedorovna était de bonne famille, noble, et son physique était agréable ; en outre elle possédait une petite fortune. Ivan Ilitch pouvait trouver un parti plus brillant, mais celui-là était fort acceptable. Il avait ses appointements, et il espérait que sa femme lui apporterait des rentes équivalentes.

Elle était bien apparentée, charmante, jolie, et tout à fait comme il faut. Il serait tout aussi inexact de dire qu’il se maria par amour et qu’il avait trouvé en sa fiancée des goûts absolument conformes aux siens, que d’avancer qu’il l’avait épousée uniquement parce que dans son monde ce mariage était bien vu. Ivan Ilitch se décida pour deux raisons : en la prenant pour femme il se faisait plaisir à lui-même, et, en même temps, il agissait d’une manière qu’approuvaient les gens haut placés.

Et Ivan Ilitch se maria.

Pendant les fêtes du mariage et les premiers jours qui suivirent, grâce aux tendresses de sa femme, aux nouveaux meubles, à la vaisselle nouvelle et au linge nouveau, tout alla très bien, de sorte qu’Ivan Ilitch commençait à croire que le mariage, loin de troubler sa vie agréable, joyeuse, facile, toujours convenable et approuvée par son monde, ne ferait que la rendre plus agréable encore. Mais dès les premiers mois de la grossesse de sa femme, il survint quelque chose de nouveau, d’inattendu, de désagréable, de pénible, d’inconvenant même, quelque chose à quoi l’on ne pouvait s’attendre, et qu’on ne pouvait éviter.

Sa femme, sans aucune raison de gaieté de cœur, comme se le disait Ivan Ilitch, se mit à troubler l’harmonie et la tranquillité de sa vie : elle se montrait jalouse sans aucun motif, exigeait de lui des prévenances continuelles, lui cherchait des querelles à tout propos et lui faisait des scènes désagréables et de mauvais goût.

Au début, Ivan Ilitch espéra échapper à tous ces ennuis en prenant la vie, comme auparavant, par son côté léger et agréable. Il essayait de ne pas voir la mauvaise humeur de sa femme ; il invitait chez lui ses collègues, organisait des parties de cartes, ou passait ses soirées au cercle ou chez des amis. Mais un jour, sa femme le prit à partie avec une telle violence et si grossièrement, elle répéta ensuite la même scène avec tant d’acharnement chaque fois qu’il refusait de se soumettre à sa volonté, qu’il en fut épouvanté. Elle était évidemment résolue à persister jusqu’à ce qu’il consentît à rester avec elle à la maison et à partager son ennui. Il comprit que la vie de famille, du moins avec sa femme, loin d’ajouter au charme, à l’harmonie de l’existence, ne faisait au contraire qu’y apporter du trouble.

Et Ivan Ilitch songea aux moyens de se soustraire à cette tyrannie. Ses occupations étaient la seule chose qui inspirait du respect à Prascovie Fedorovna. Ivan Ilitch prétexta ses fonction pour lutter contre sa femme et se créer un monde à soi.

Après la naissance de l’enfant, les tentatives infructueuses d’allaitement, d’autres soucis encore, les maladies réelles et imaginaires de l’enfant et de la mère, réclamèrent l’intervention d’Ivan Ilitch, bien qu’il n’y pût rien. La nécessité de se créer une existence à part lui parut plus impérieuse encore.

À mesure que sa femme devenait plus irritable et plus exigeante, Ivan Ilitch reportait de plus en plus sur son service tout l’intérêt de sa vie. Il s’attacha davantage aux soins de sa carrière et devint de plus en plus ambitieux.

Une année à peine après son mariage, il comprit que la vie de famille, tout en présentant quelques avantages, était cependant une chose très compliquée et très pénible, et que, pour mener une vie convenable, approuvée par la société, il fallait une règle dans le mariage comme dans le service.

Cette règle, Ivan Ilitch l’institua dans ses rapports avec sa femme. Il exigea d’elle d’être une bonne maîtresse de maison, de veiller à ce que le lit et le dîner soient bien soignés, et surtout de respecter les convenances imposées par l’opinion publique. D’ailleurs, si elle se montrait de bonne composition, il l’accueillait avec reconnaissance ; au contraire, s’il avait à se plaindre de son humeur, il se réfugiait bien vite dans ses occupations professionnelles, où il trouvait de l’agrément.

Ivan Ilitch était considéré comme un bon magistrat. Au bout de trois ans, il fut nommé substitut du procureur. Ses nouvelles attributions, leur importance, le pouvoir de requérir et de jeter en prison, les discours en public, son succès, tout cela l’attacha davantage à son service.

Il eut d’autres enfants. Sa femme devenait de plus en plus acariâtre et méchante, mais les règles qu’avait établies chez lui Ivan Ilitch le rendaient presque invulnérable.

Après sept ans de séjour dans la même ville, il fut nommé procureur dans une autre province. Toute la famille s’y rendit ; ils avaient peu d’argent et ce nouveau poste ne plaisait pas à sa femme ; le traitement était plus élevé, mais la vie était bien plus chère. En outre, ils perdirent deux enfants, et la vie familiale devint pour Ivan Ilitch encore plus insupportable. Prascovie Fedorovna accusait son mari de tous les malheurs survenus dans leur nouvelle résidence. Presque toutes les conversations entre les deux époux, surtout quand il s’agissait de l’éducation des enfants, ravivaient le souvenir des querelles anciennes, et en provoquaient de nouvelles. À de rares intervalles l’amour se réveillait, mais pour peu de temps. C’étaient des îlots où ils se reposaient un moment, puis ils étaient de nouveau emportés dans un océan de haine latente, qui se manifestait par leur éloignement mutuel. Cet éloignement aurait attristé Ivan Ilitch s’il avait pensé qu’il en pouvait être autrement, mais il trouvait cela tout à fait normal et il en faisait le but de son existence familiale. Ce but était de se débarrasser de plus en plus de ces désagréments, de leur donner un caractère inoffensif et convenable. Il y parvenait en consacrant aux siens le moins de temps possible, et, quand il se trouvait obligé de rester avec eux, il s’entourait d’étrangers. Mais son grand refuge c’était son service. Dans les obligations de sa charge, il concentrait tout l’intérêt de son existence. Et cet intérêt l’absorbait.

La conscience qu’il avait de pouvoir perdre qui bon lui semblerait, sa propre importance qui se manifestait au tribunal où il rencontrait ses subordonnés, ses succès devant ses chefs et ses subordonnés, et surtout sa maîtrise dans les affaires, enfin les conversations entre collègues, les dîners en ville, le whist, tout cela lui plaisait et remplissait sa vie. Ainsi, Ivan Ilitch jugeait que sa vie se passait comme il convient, qu’elle était agréable et bien séante.

Sept années s’écoulèrent de la sorte. La fille, l’aînée, était dans sa seizième année. Ils perdirent un autre enfant ; il leur restait encore un garçon, un collégien, objet de leurs discussions. Ivan Ilitch voulait qu’il fît ses études à l’École de Droit. Prascovie Fedorovna, par esprit de contradiction, l’envoya au collège. La fille, élevée à la maison, étudiait avec zèle. Le garçon aussi travaillait bien.

 

Chapitre III

Ivan Ilitch vécut ainsi durant dix-sept années de mariage. Il était déjà l’un des plus anciens procureurs, et avait refusé plusieurs fois son changement pour attendre un poste plus important, lorsque, tout à coup, survint un incident désagréable qui faillit troubler tout à fait son repos. Il espérait être nommé président du tribunal dans une ville universitaire, lorsque Hoppé, on ne sait comment, lui fut préféré. Ivan Ilitch s’en irrita et fit des reproches à son heureux rival. Il se brouilla avec ses chefs qui lui gardèrent rancune, si bien qu’à la promotion suivante il ne fut pas nommé.

C’était en 1880. Ce fut l’année la plus pénible de la vie d’Ivan Ilitch. Cette année, il s’aperçut, d’une part, que ses appointements ne suffisaient plus à leur vie ; d’autre part, que tout le monde l’oubliait, et que ce qu’il considérait comme une injustice criante semblait aux autres la chose la plus naturelle. Son père même ne se croyait pas obligé de lui venir en aide. Il se sentit abandonné de tous ceux qui semblaient croire qu’une situation de trois mille cinq cents roubles d’appointements était normale et même brillante. Au contraire, en pensant à toutes les injustices dont il était victime, aux scènes éternelles avec sa femme, aux dettes qu’entraînait une vie trop large, il trouvait, lui, que sa situation était loin d’être normale.

Pour faire des économies, l’été il prit un congé, et alla vivre avec sa famille à la campagne, chez le frère de sa femme.

Là, dans l’oisiveté, Ivan Ilitch, pour la première fois, ressentit non seulement de l’ennui, mais une angoisse intolérable ; il décida qu’on ne pouvait continuer à vivre de la sorte et que des mesures énergiques s’imposaient.

Après une nuit d’insomnie, qu’il passa à se promener sur la terrasse, il résolut de se rendre à Pétersbourg, de faire des démarches et, pour punir ceux qui n’avaient pas su l’apprécier, de passer dans un autre ministère.

Le jour suivant, malgré les objections de sa femme et de son beau-frère, il partit pour Pétersbourg.

En partant il avait seulement l’intention d’obtenir une place de cinq mille roubles. Les fonctions qu’il aurait à remplir au ministère lui importaient peu. Il ne voulait qu’une place, une place de cinq mille roubles, soit dans les bureaux, soit dans les banques, soit dans les chemins de fer, soit dans les institutions de l’impératrice Marie, soit dans les douanes, pourvu qu’il touchât les cinq mille roubles et qu’il quittât un ministère où on n’avait pas su l’apprécier.

Le voyage d’Ivan Ilitch fut couronné d’un succès étonnant et inattendu. À Koursk, un de ses amis, F. S. Iline, monta dans le compartiment de première classe qu’il occupait et lui communiqua un télégramme que venait de recevoir le gouverneur de Koursk. On lui annonçait qu’un grand remaniement allait avoir lieu d’ici quelques jours dans le ministère : Ivan Sémionovitch serait nommé à la place de Piotr Ivanovitch.

Outre l’influence que ce changement pouvait avoir pour la Russie, il avait une importance particulière pour Ivan Ilitch. En effet, un nouveau personnage, Piotr Ivanovitch, arrivait au pouvoir, et il protégerait sûrement son ami Zakhar Ivanovitch dont Ivan Ilitch était également l’ami.

La nouvelle lui fut confirmée à Moscou. Arrivé à Pétersbourg, Ivan Ilitch se rendit chez Zakhar Ivanovitch qui lui promit une nomination dans le même ministère.

Une semaine plus tard, il télégraphiait à sa femme : « Zakhar nommé place Mïller, à premier rapport reçois nomination. »

Grâce à ces nouveaux personnages, Ivan Ilitch reçut une nomination qui l’éleva de deux grades au-dessus de ses anciens collègues : cinq mille roubles d’appointements et trois mille cinq cents roubles pour ses frais de déplacement.

Oubliant tout son dépit contre ses anciens ennemis et son ministère, Ivan Ilitch était pleinement heureux.

Il revint à la campagne gai et dispos comme il ne l’avait pas été depuis longtemps. Prascovie Fedorovna se montra également joyeuse, et la paix fut rétablie entre eux. Ivan Ilitch racontait comment on l’avait fêté à Pétersbourg, comment ses ennemis étaient confus et recherchaient maintenant ses bonnes grâces, leur jalousie et surtout à quel point il était maintenant aimé de tout le monde à Pétersbourg. Prascovie Fedorovna l’écoutait, feignait de tout croire, ne le contredisait en rien et se contentait de former des projets pour leur installation dans la ville qu’ils allaient désormais habiter.

Ivan Ilitch vit avec joie que les projets de sa femme étaient conformes aux siens, que l’harmonie revenait dans sa famille, et qu’il pourrait recommencer à mener une vie agréable et décente.

Il n’était revenu à la campagne que pour peu de temps. Il devait prendre possession de son nouveau poste le 10 septembre, et, en outre, il lui fallait le temps de déménager, de faire des achats et des commandes afin de s’installer comme il en avait conçu le projet et comme c’était presque décidé aussi dans l’esprit de Prascovie Fedorovna.

Maintenant que tout était si bien arrangé, qu’il s’entendait si bien avec sa femme, maintenant surtout qu’ils se voyaient rarement, leurs rapports devinrent d’une cordialité qu’ils n’avaient pas connue depuis leur mariage. Ivan Ilitch avait eu d’abord l’intention d’emmener tout de suite sa famille avec lui, mais sa belle-sœur et son beau-frère insistèrent tellement et devinrent subitement si aimables pour Ivan Ilitch et sa famille qu’il partit seul.

Il partit donc et la bonne humeur qui lui venait de son succès et de l’accord avec sa femme, ne le quitta plus. Il trouva un appartement charmant, juste comme ils l’avaient rêvé tous deux, avec des pièces vastes et hautes, dans le style ancien, un cabinet de travail commode et imposant, des chambres pour sa femme et sa fille, une salle d’étude pour son fils. Tout y était distribué comme exprès pour eux. Ivan Ilitch s’occupa lui-même de l’installation ; il choisit les papiers, acheta les meubles, surtout des meubles anciens, d’aspect cossu, et peu à peu l’ensemble s’approcha de l’idéal qu’il avait imaginé. Quand il fut à moitié installé, le résultat obtenu dépassa tout ce qu’il avait espéré. Tout de suite il se rendit compte de l’aspect distingué, élégant, comme il faut, qu’aurait l’appartement quand tout serait terminé. En s’endormant il songeait à son salon. Quand il regardait le salon de réception encore à moitié installé, il voyait déjà en place la cheminée, l’écran, la petite étagère et les petites chaises disposées ça et là, les faïences appendues aux murs, et les bronzes en place. Il se réjouissait en pensant à la surprise de Prascovie et de Lise, qui, elles aussi, aimaient ces choses. Certains meubles, surtout, qu’il avait eu la chance d’acquérir à bon compte, donnaient à l’appartement un cachet particulier de noblesse. Dans ses lettres, il veillait à rester au-dessous de la réalité, afin que la surprise fût plus grande. Ces soins l’absorbaient toujours tellement que même ses nouvelles fonctions, qu’il aimait pourtant, l’intéressaient moins qu’il ne se l’était figuré. Pendant les audiences, il était souvent distrait et se demandait quel ornement, droit ou cintré, il mettrait à ses rideaux. Il en était si préoccupé que souvent il déplaçait lui-même les meubles ou posait les tentures. Un jour, en montant sur une échelle pour expliquer au tapissier, qui ne comprenait pas, comment il voulait draper les rideaux, il fit un faux pas et tomba ; mais comme il était adroit et vigoureux, il se retint et se cogna seulement le côté à l’espagnolette. Il en souffrit pendant quelques jours, puis la douleur disparut. D’ailleurs il se sentait, tout ce temps, particulièrement gai et bien portant. Il écrivait aux siens : « Je me sens rajeuni de quinze ans ». Il comptait terminer l’installation en septembre mais les choses traînèrent jusqu’à la mi-octobre. En revanche tout était parfait, et ce n’était pas seulement son avis, mais celui de tout le monde.

En réalité, l’appartement était comme ceux de toutes les personnes qui, sans être riches, veulent ressembler aux riches, ce qui fait qu’ils ne se ressemblent qu’entre eux : des tentures, de l’ébène, des fleurs, des tapis, des bronzes, d’une tonalité tantôt sombre tantôt brillante, tout ce que des gens d’une certaine classe emploient pour ressembler à des gens d’une certaine classe. Chez lui, cette ressemblance était si parfaitement atteinte que rien ne méritait une attention particulière quoique tout lui parût original. Lorsqu’il fit entrer sa famille dans l’antichambre illuminée, et pleine de fleurs, et qu’un laquais en cravate blanche les introduisit dans le salon et le cabinet, tout rayonnant de plaisir il savourait leurs éloges. Le soir même, pendant le thé, Prascovie Fedorovna lui demanda, au cours de la conversation, comment il était tombé. Il se mit à rire et mima la scène de la chute et l’effroi du tapissier.

— Je ne suis pas en vain un bon gymnaste. Un autre se serait tué sur le coup. Je me suis simplement heurté, ici… Quand je touche ça me fait mal, mais ça passera, ce n’est qu’un bleu.

Et l’on vécut dans le nouvel appartement. Comme toujours, au bout d’un certain temps, on s’aperçut qu’il manquait une pièce, et que les nouveaux appointements étaient insuffisants : cinq cents roubles de plus, et tout eût été parfait.

Au début surtout, tant qu’il resta quelques petits arrangements à faire, tout alla bien : il fallait acheter une chose, déplacer ou ajouter un meuble. Malgré quelques légers dissentiments entre les époux, ils étaient si contents, ils avaient tant à faire, que tout s’arrangeait sans grandes querelles. Lorsque tout fut complètement terminé, ils commencèrent à s’ennuyer un peu ; quelque chose leur manquait. Alors les nouvelles relations, les nouvelles habitudes, vinrent remplir leur existence. Ivan Ilitch rentrait dîner après sa matinée passée au tribunal, et les premiers temps, il était toujours d’excellente humeur, quoiqu’il fût souvent contrarié au sujet de l’appartement. Il suffisait d’une tache sur un tapis ou sur les tentures, d’un cordon de rideau cassé, pour l’irriter. Tout cela lui avait coûté tant de peine, que la moindre chose l’agaçait. Mais, en général, sa vie s’annonçait agréable, facile et convenable, précisément comme il le souhaitait. Il se levait à neuf heures, prenait son café, lisait son journal, et après avoir endossé son uniforme, il se rendait au tribunal. Habitué à ce joug, il s’y pliait sans effort, et tout marchait comme sur des roulettes : les solliciteurs, les requêtes, les renseignements à fournir, le travail de la chancellerie, les séances publiques, et les conférences administratives. Il fallait savoir écarter les préoccupations de la vie vraie, qui troublent toujours la régularité du service ; il fallait avoir, avec le public, uniquement des rapports de service ; les motifs de ces rapports et ces rapports eux-mêmes devaient se rattacher exclusivement au service.

Un monsieur vient, par exemple, demander un renseignement. Si ce renseignement ne concerne que l’homme privé, Ivan Ilitch ne se croit pas tenu de le donner ; mais s’agit-il de quelque chose qui doit être écrit sur papier à en-tête, Ivan Ilitch fera tout ce qu’il pourra, avec toute la courtoisie et l’amabilité possibles. Ceci fait il passe à toute autre chose. Ivan Ilitch possédait au plus haut degré le talent d’établir une ligne de démarcation entre le service et sa vie privée. Cependant, il prenait plaisir à les confondre, ce que lui permettaient sa longue pratique et son habileté consommée. Il déployait à ce jeu, tout en restant correct, non seulement de l’aisance mais une véritable virtuosité. Dans ses moments de loisirs, il fumait, prenait le thé, parlait politique, affaires publiques, cartes, et surtout promotions. Un peu las, fier comme un premier violon qui vient d’exécuter en virtuose sa partie d’orchestre, il rentrait chez lui. La mère et la fille recevaient du monde ou étaient en visites ; le fils était au collège ou préparait à la maison ses devoirs avec des répétiteurs : il travaillait très bien.

Tout allait à souhait. Après dîner, s’il n’y avait pas de monde, Ivan Ilitch lisait le livre dont on parlait, et le soir il se mettait à ses affaires, c’est-à-dire qu’il dépouillait les dossiers, compulsait le code, comparait les dépositions, cherchait la loi à appliquer. Il ne trouvait à ce travail ni ennui ni plaisir. Il eut certes préféré jouer aux cartes, mais à défaut de cartes mieux valait s’occuper de la sorte que de rester oisif, ou en tête-à-tête avec sa femme. Un des plaisirs d’Ivan Ilitch, c’était les petits diners qu’il offrait à quelques personnages importants. Ces réunions rappelaient les distractions de tous les gens de son milieu, comme son salon rappelait les leurs. Une fois même il donna une vraie soirée. On dansa. Ivan Ilitch était ravi, et la joie eût été parfaite sans une brouille qui survint à propos des gâteaux et des bonbons. Prascovie Fedorovna avait son idée, mais Ivan Ilitch insista pour prendre tout chez un confiseur très cher. Il commanda beaucoup de gâteaux qui restèrent, et la note se montait à 45 roubles. La dispute fut vive et désagréable. Prascovie Fedorovna traita son mari d’imbécile. Lui se prit la tête à deux mains et, sous le coup de l’irritation, il prononça le mot de divorce.

La soirée, néanmoins, fut des plus réussies. La meilleure société s’y pressait, et Ivan Ilitch dansa avec la princesse Troufonov, sœur de la fondatrice bien connue de la Société : « Emporte mon chagrin ».

L’exercice de sa charge lui procurait des satisfactions d’amour-propre ; la fréquentation de la bonne société lui donnait celles de la vanité, mais ses vraies joies, il les devait aux cartes. Il avouait que quelque ennui qu’il pût avoir, il goûtait une joie suprême, à s’attabler avec de bons joueurs et des partenaires sérieux devant un whist à quatre, exactement à quatre (à cinq c’est beaucoup moins amusant, quoiqu’on le dise, par politesse), à jouer un jeu serré et intelligent (quand on est en veine), à souper ensuite et boire un verre de vin. Après le whist, surtout quand il s’en tirait avec un petit gain (trop gagner est désagréable), Ivan Ilitch se mettait au lit dans une disposition d’humeur particulièrement heureuse.

C’est ainsi qu’ils vivaient, Leur société était des mieux choisies : des personnages importants et des jeunes gens venaient chez eux.

Le père, la mère, la fille étaient tout à fait d’accord sur le choix de leurs relations, et tous trois, sans se donner le mot, s’entendaient pour éloigner d’eux tous les parents et les amis pauvres qui, pleins d’empressement et de tendresse, venaient les voir dans leur salon orné de poteries japonaises. Bientôt ces petites gens cessèrent de venir ; les Golovine ne reçurent plus qu’une société choisie. Les jeunes gens faisaient la cour à Lise. L’un d’eux, Petristchev, juge d’instruction, fils de Dmitri Ivanovitch Petristchev, et l’unique héritier de sa fortune, se mit à la courtiser si sérieusement qu’Ivan Ilitch demanda à sa femme s’il ne conviendrait pas d’organiser des promenades en troïka ou un spectacle de société.

Ainsi vivaient-ils. Tout marchait régulièrement et tout allait fort bien.

Chapitre IV
 

Tout le monde se portait bien. On ne pouvait attacher d’importance à ce goût bizarre, dans la bouche, dont se plaignait parfois Ivan Ilitch et à cette sensation de gêne qu’il éprouvait dans le côté gauche du ventre.

Mais peu à peu cette sensation de gêne, sans devenir une douleur, prit le caractère d’une lourdeur constante dans le côté, et l’humeur d’Ivan Ilitch s’en ressentit. Sa mauvaise humeur, qui ne fit que croître, ne tarda pas à gâter la vie agréable, facile, insouciante, qu’était devenue celle de la famille Golovine. Les querelles devinrent de plus en plus fréquentes. C’est à peine si l’on parvint à sauver les apparences. Les scènes se multipliaient. De nouveau il ne resta plus que les petits îlots, et encore peu nombreux, où le mari et la femme pouvaient passer quelques moments tranquilles.

Prascovie Fedorovna disait, non sans raison maintenant, que son mari avait un caractère pénible. Avec sa manie de tout exagérer, elle prétendait qu’il avait toujours eu ce caractère, et qu’il avait fallu sa bonté d’âme à elle pour le supporter vingt ans. Il est vrai que, maintenant, dans leurs querelles, c’était toujours lui qui commençait. Régulièrement, il se mettait à grogner au moment de se mettre à table, ou bien, au commencement du dîner, pendant le potage. Tantôt c’était pour une assiette ébréchée, tantôt pour un plat qui ne lui plaisait pas, tantôt parce que son fils avait mis ses coudes sur la table, ou à cause de la coiffure de sa fille. Et toujours c’était la faute de Prascovie Fedorovna. Les premiers temps, elle lui tint tête et lui répondit avec violence, mais à deux reprises, au commencement des repas, il s’emporta si furieusement qu’elle comprit que c’était dû à un état maladif, alors elle décida de ne plus lui répondre et se contenta de presser le dîner. Elle s’en fit un immense mérite. Comme elle avait décidé que son mari avait un caractère affreux et qu’il l’avait rendue extrêmement malheureuse, elle s’apitoya sur elle-même. Et plus elle se trouvait à plaindre, plus elle détestait son mari. Elle eût bien souhaité sa mort, mais alors les appointements auraient manqué, Et cela l’irritait davantage contre lui. Elle se jugeait très malheureuse, d’autant plus que la mort même ne pouvait la délivrer, et elle s’irritait sans en rien laisser voir. Mais cette irritation muette augmentait la colère de son mari. Après une scène où Ivan Ilitch s’était montré particulièrement injuste, ce qu’il reconnut lui-même, mais en mettant son irritabilité excessive sur le compte de la maladie, elle déclara que puisqu’il était malade, il devait se soigner, et elle exigea de lui qu’il allât consulter un médecin célèbre. C’est ce qu’il fit. Tout se passa comme il s’y attendait, et comme cela se passe toujours. Attente prolongée, mine importante du docteur, cette même mine que lui, magistrat, savait si bien prendre, auscultation, questions habituelles, réponses prévues et complètement inutiles, et cet air d’importance qui semble dire : Vous autres, clients, vous n’avez qu’à vous fier à nous ; nous allons arranger tout cela ; chez nous tout est connu d’avance, c’est toujours la même chose avec tous, quel que soit le tempérament.

C’était tout à fait comme au tribunal. Les airs qu’il prenait, lui, vis-à-vis des accusés, le célèbre médecin les prenait vis-à-vis de lui.

Le médecin lui dit :

— Telle et telle chose me font supposer cela et cela, mais si un examen plus approfondi ne justifiait pas ce diagnostic, il faudrait admettre que vous avez cela et cela. Et si l’on supposait cela et cela, alors… Et ainsi de suite.

Pour Ivan Ilitch une seule chose était importante : son cas était-il grave ou non ? Mais le médecin négligea cette question. À son avis, comme médecin, c’était là une préoccupation oiseuse qui ne méritait aucune attention ; il s’agissait seulement de décider à laquelle des hypothèses s’arrêter : rein flottant, catarrhe chronique, lésion du gros intestin.

La question de la vie d’Ivan Ilitch n’existait point ; il fallait décider seulement entre le rein flottant et le gros intestin. Dans cette discussion, engagée en présence d’Ivan Ilitch, la question fut tranchée de la façon la plus brillante par le docteur qui se prononça pour l’intestin, toutefois sous cette réserve que l’analyse de l’urine pouvait infirmer ce diagnostic, et qu’alors, dans ce cas, il faudrait un nouvel examen. Tout cela était exactement ce qu’Ivan Ilitch avait fait lui-même des milliers de fois avec les accusés, et d’une manière aussi brillante. Non moins habilement le médecin débita son résumé, en jetant même, par-dessus ses lunettes, un regard de joyeux triomphe sur le prévenu. Du résumé du docteur, Ivan Ilitch conclut que cela allait mal, qu’il importait peu au docteur, et peut-être à tout le monde qu’il en fût ainsi, mais que pour lui ça allait mal.

Cette conclusion frappa douloureusement Ivan Ilitch et éveilla en lui un sentiment infini de pitié pour lui-même et une haine profonde contre ces médecins si indifférents à une chose si importante. Mais il se leva en silence, mit l’argent sur la table et dit en soupirant :

— Nous autres, malades, probablement nous vous posons souvent des questions déplacées ; mais, en général, mon état est-il dangereux ou non ?

Le médecin lui lança un regard sévère par dessus ses lunettes. Ce regard semblait dire : Accusé, si vous sortez de la question, je serai obligé de vous faire emmener hors de la salle d’audience.

— Je vous ai déjà dit ce que je jugeais nécessaire et convenable de vous dire,… répondit le médecin. Un nouvel examen complétera le diagnostic. Et il le salua.

Ivan Ilitch sortit à pas lents, remonta tristement dans son traîneau et rentra chez lui. Pendant le trajet, il repassa dans sa tête les paroles du docteur, tâchant de débrouiller tout ce fatras pédantesque et de le traduire en un langage simple pour y trouver la réponse à cette question : Suis-je atteint gravement, très gravement, ou n’est-ce encore rien ?

De tout ce qui s’était passé, il conclut que le danger était grave. Et tout, dans la rue, lui parut triste : les cochers étaient tristes, tristes également les passants, les maisons, les magasins. La douleur sourde qu’il ressentait ne lui laissait pas une minute de répit et donnait une signification plus grave aux phrases ambiguës du médecin.

Ivan Ilitch, avec une sensation pénible et nouvelle, se mit à observer son mal. Arrivé chez lui, il raconta tout à sa femme. Elle l’écouta patiemment, mais au milieu de son récit, sa fille entra, le chapeau sur la tête, prête à sortir. Elle s’assit à contrecœur pour entendre le récit de son père, mais ni la mère ni la fille ne purent écouter jusqu’au bout.

— Eh bien ! je suis très contente, dit la femme. J’espère maintenant que tu vas te soigner et suivre ponctuellement les prescriptions du médecin. Donne-moi l’ordonnance ; j’enverrai Guérassim à la pharmacie. Et elle alla faire sa toilette.

Ivan Ilitch s’était essoufflé à parler pendant tout le temps que sa femme était restée là.

Aussitôt qu’elle fut sortie, il poussa un profond soupir en se disant :

— Elle a peut-être raison. Ce ne sera peut-être rien…

Il prit régulièrement les médicaments, et suivi les prescriptions nouvelles données après l’analyse de l’urine. Mais, à la suite de cette analyse et des modifications qu’elle entraîna dans le traitement il y eut confusion.

On ne pouvait pas voir le médecin, dont les instructions avaient été mal comprises ; peut-être aussi, soit oubli, soit négligence, n’avait-il pas indiqué clairement ce qu’il fallait faire ; peut-être avait-il caché quelque chose.

En tout cas, Ivan Ilitch suivit ponctuellement son traitement, et il y trouva une grande consolation. Son principal souci, depuis qu’il avait consulté le médecin, était de suivre scrupuleusement ses prescriptions tant hygiéniques que curatives, et d’observer attentivement sa maladie et toutes les fonctions de son organisme. Les questions de santé et de maladie devinrent les seules qui l’intéressassent. Lorsqu’on parlait devant lui de personnes malades, mortes, convalescentes, surtout lorsqu’on citait des cas qui ressemblaient au sien, il écoutait tranquillement en apparence, en s’efforçant de cacher son émotion, et comparait tout ce qu’on lui disait avec son mal à lui.

Ce mal ne diminuait pas, mais Ivan Ilitch s’appliquait à s’imaginer qu’il allait mieux. Lorsque rien ne le troublait, il pouvait se faire illusion. Mais à la moindre dispute avec sa femme, au moindre ennui dans son service, à une mauvaise partie de cartes, le mal se faisait sentir. Auparavant, chaque fois que survenait une de ces petites misères, il s’en consolait en se disant que les choses s’arrangeraient, que les obstacles finiraient par céder, qu’il réussirait à la première occasion, mais maintenant le moindre accroc le décourageait et le désespérait. Il se disait : « Voilà, je commençais à aller mieux, les remèdes commençaient à agir, lorsque ce maudit malheur, ou ce désagrément… » Et il s’emportait contre les choses ou les gens qui le tracassaient ainsi, et il sentait que cette colère le tuait, mais il ne pouvait se maîtriser. Il aurait dû voir clairement que cette irritation contre les choses et les gens ne faisait qu’accroître son mal, que le mieux était de ne pas faire attention à ces ennuis, mais il faisait juste le contraire. Il se disait qu’il avait besoin de calme, mais il cherchait toutes les occasions d’irritation, et dès qu’il en avait trouvé une, il s’enflammait. Ce qui aggravait encore son état, c’était la lecture des livres de médecine, et ses visites chez les médecins. Son mal suivait un cours si régulier qu’il lui était facile de se faire illusion en comparant un jour avec le précédent, tant la différence était petite. Mais lorsqu’il consultait les médecins, il lui semblait que tout allait plus mal et que les progrès de la maladie étaient très rapides. Malgré cela, il continuait à les consulter.

Dans le courant du même mois, il alla voir une autre célébrité médicale, Cette seconde célébrité s’exprima presque de la même façon que la première, mais en posant ses questions autrement. Cette nouvelle consultation ne fit qu’augmenter les doutes et la crainte d’Ivan Ilitch. Un ami d’un de ses amis, un très bon médecin, diagnostiqua une tout autre maladie, et, tout en promettant la guérison, il embrouilla tellement Ivan Ilitch par ses questions et ses hypothèses, que celui-ci n’en fut que plus anxieux. Un homéopathe trouva encore un nouveau nom à sa maladie et lui ordonna quelque chose qu’il avala consciencieusement, pendant une semaine, à l’insu de tous. Mais au bout de huit jours, ne se trouvant pas mieux, il perdit toute confiance dans ce traitement ainsi que dans les précédents, et il devint encore plus triste.

Un jour, une dame de leurs amies lui raconta une guérison miraculeuse obtenue par les icones. Ivan Ilitch se surprit à l’écouter avec attention et à analyser la possibilité d’un tel fait. Il en fut effrayé :

« Est-il possible que j’aie tellement baissé, pensa-t-il. Ce n’est rien, bêtise que tout cela. Il ne faut pas être aussi pessimiste. Je vais m’en tenir à un seul médecin et suivre rigoureusement son traitement. C’est chose décidée. Je n’y penserai plus, et jusqu’à l’été je suivrai le même traitement. Après nous verrons. Mais maintenant plus d’indécision. »

C’était facile à dire mais difficile à faire. Sa douleur au côté était de plus en plus vive et persistante ; le goût désagréable qu’il sentait dans sa bouche s’accentuait davantage, son haleine devenait fétide et son appétit diminuait en même temps que ses forces. On ne pouvait s’y tromper. Il se passait en lui quelque chose d’inattendu et de mystérieux, quelque chose qu’il n’avait jamais éprouvé jusqu’à présent. Lui seul en avait conscience, et tous ceux qui l’entouraient ne le comprenaient pas ou ne voulaient pas le comprendre, et continuaient à penser que tout allait bien. C’était là ce qui le faisait le plus souffrir. Les siens, surtout sa femme et sa fille, qui étaient en pleine saison mondaine, ne remarquaient rien, et se montraient contrariées de sa mauvaise humeur et de ses exigences comme s’il y avait eu là quelque malignité de sa part. Malgré leurs efforts pour dissimuler, il voyait bien qu’il leur était à charge, que sa femme avait son opinion toute faite sur sa maladie et qu’elle n’en démordrait pas, quoiqu’il pût faire ou dire. Cette opinion, voici comment elle s’exprimait :

— Vous savez, disait-elle à ses amis, Ivan Ilitch ne peut pas, comme le ferait tout homme raisonnable, suivre aucun traitement avec ponctualité. Aujourd’hui, il prend ses remèdes, mange ce qu’on lui a prescrit, se couche de bonne heure, mais demain, si je n’y veille pas, il oubliera ses gouttes, mangera de l’esturgeon (qui lui est défendu) et s’attardera à la table de jeu.

— Mais voyons, quand cela m’est-il arrivé ? répliquait avec humeur Ivan Ilitch. Une fois seulement chez Piotr Ivanovitch.

— Et hier, avec Schebek.

— Ma douleur m’empêchait de dormir.

— Oh ! il y a toujours une excuse… Seulement tu ne guériras jamais et tu ne feras que nous tourmenter.

Prascovie Fedorovna était convaincue, et elle le disait à tout venant et à Ivan Ilitch lui-même, que cette maladie n’était qu’un nouveau moyen choisi par son mari pour lui gâter l’existence. Ivan Ilitch sentait la sincérité de cette conviction, et il ne s’en portait pas mieux.

Au tribunal il lui semblait aussi que la façon d’être à son égard avait changé ; tantôt on le considérait comme un homme dont la place sera bientôt vacante, tantôt on le raillait de son hypocondrie, comme si cette chose épouvantable, inattendue, qui lui rongeait les entrailles et l’entraînait irrésistiblement, n’était qu’un agréable sujet de raillerie. C’était surtout Schwartz avec sa gaieté, son exubérance, ses manières d’homme comme il faut, qui lui rappelaient ce qu’il était lui-même dix années auparavant, qui l’irritait particulièrement.

Des amis se réunissent pour une partie de cartes. On s’assoit, on donne les cartes. Les carreaux sont dans la même main, il y en a sept. Son partenaire annonce sans atout et soutient deux carreaux. Que faut-il de plus pour se sentir d’humeur joyeuse ?… Schelem !… Mais soudain, Ivan Ilitch est repris par sa douleur, par ce goût dans la bouche, et il lui paraît bien puéril de se réjouir de ce schelem. Il regarde Mikhail Milthailovitch son partenaire, il le voit qui frappe la table de sa main d’homme sanguin et lui abandonne d’un air d’amabilité et de condescendance le plaisir de prendre les levées ; il pousse même les cartes vers Ivan Ilitch, afin qu’il ait le plaisir de les prendre sans se fatiguer.

« Me croit-il trop faible pour étendre la main ? » se demande Ivan Ilitch. Et il couvre les atouts, en garde un de trop, et ils manquent le schelem de trois levées. Le plus terrible, c’est qu’il s’aperçoit du mécontentement de Mikhaïl Mikhailovitch, tandis que lui demeure indifférent.

N’est-ce point mauvais signe que cette indifférence ?

Tous remarquent qu’il souffre et lui disent :

— Nous pouvons interrompre la partie, si vous êtes fatigué. Reposez-vous donc.

Se reposer ! Mais il n’est point fatigué ; il finira le rob. Tout le monde est morne et silencieux.

Ivan Ilitch comprend très bien que c’est lui qui est cause de cette gêne, et qu’il ne peut pas la dissiper. On soupe. On se sépare. Ivan Ilitch, resté seul, se persuade de plus en plus que sa vie est empoisonnée, qu’il l’empoisonne lui-même et empoisonne celle des autres, et que ce poison, loin de s’affaib1ir, gagne de plus en plus tout son être.

Avec cette pensée, sa douleur physique, sa frayeur, il fallait se coucher, pour passer la plupart du temps une nuit blanche, à cause de son mal. Le lendemain matin, il fallait se lever de nouveau, s’habiller, aller au tribunal, parler, écrire, ou bien rester à la maison à compter une par une vingt-quatre heures, dont chacune était pour lui un long tourment. Il fallait vivre ainsi, au bord d’un abîme, seul, sans avoir près de soi un être capable de vous comprendre, de vous soulager.

Chapitre V
 

Ainsi s’écoulèrent un mois, deux mois. Avant le nouvel an, son beau—frère vint les voir et resta quelques jours chez eux. Lorsqu’il arriva, Ivan Ilitch se trouvait en ce moment au tribunal, et Prascovie Fedorovna était à faire des courses. En rentrant, Ivan Ilitch trouva son beau-frère, un homme fort et sanguin, occupé à défaire sa malle lui-même. En entendant les pas d’Ivan Ilitch, il releva la tête et, sans mot dire, le regarda une seconde. Il ouvrit la bouche puis retint un cri. Ivan Ilitch comprit.

— Je suis changé ? dit-il.

— Oui… un peu…

Ivan Ilitch eut beau s’efforcer de ramener la conversation sur sa santé, le beau-frère s’arrangea pour éluder ce sujet.

Prascovie Fedorovna rentra, et le beau-frère alla la rejoindre. Ivan Ilitch ferma sa porte à clé et se mit à se regarder dans le miroir, d’abord de face, ensuite de profil. Il prit un portrait de lui, où il était représenté avec sa femme, et le compara avec l’image que lui reflétait son miroir. Le changement était immense. Il releva sa manche de chemise jusqu’au coude, examina son bras, rabaissa sa manche, s’assit sur le divan, et devint plus sombre que la nuit : « Non, non !… Pas ça !… » se disait-il. Il se leva vivement, s’approcha de sa table, prit un dossier et essaya de le lire, mais ne put continuer. Il ouvrit la porte et se dirigea vers le salon. La porte du second salon était fermée. Il s’en approcha sur la pointe des pieds et tendit l’oreille.

— Non, tu exagères ! disait Prascovie Fedorovna.

— Comment, j’exagère ! Tu ne vois donc pas que c’est un homme mort ! Regarde ses yeux, comme ils sont ternes. Mais qu’est-ce qu’il a ?

— Personne ne le sait. Nikolaiev (un nouveau médecin) a dit quelque chose que je ne comprends pas. Leshetitzky (c’était le célèbre docteur) dit le contraire…

— Ivan Ilitch s’éloigna, rentra chez lui, se coucha et se répéta : « Le rein… le rein flottant… »

Il se rappela tout ce que lui avaient dit les médecins, sur la manière dont il s’était détaché, dont il flottait. Par un effort de son imagination, il voulait le saisir, l’arrêter, le fixer. Il y aurait si peu à faire, lui semblait-il.

« Non, je retournerai chez Piotr Ivanovitch (c’était cet ami dont l’ami était médecin).

Il sonna, ordonna d’atteler et s’apprêta à sortir.

— Où vas-tu, Jean ? demanda sa femme avec une expression de tristesse et de bonté inaccoutumée. Cette bonté passagère l’irrita. Il la regarda d’un air morne.

— J’ai besoin de voir Piotr Ivanovitch.

Il alla donc chez l’ami dont l’ami était médecin. Ils se rendirent ensemble chez le docteur. Ils le trouvèrent, et Ivan Ilitch s’entretint longuement avec lui.

Après avoir examiné au point de vue anatomique et physiologique ce que lui avait dit le docteur il finit par comprendre. Il y avait une toute petite chose dans l’intestin aveugle, un rien. Cela pouvait très bien s’arranger. Si l’on renforçait l’énergie d’un organe en diminuant l’activité de l’autre, la nutrition deviendrait normale et l’équilibre se rétablirait.

Il fut un peu en retard pour le dîner. Il mangea, causa gaîment, mais il ne pouvait se résoudre à se retirer dans son cabinet de travail. A la fin il s’y décida, et aussitôt se mit à la besogne. Il lisait des dossiers, travaillait, mais l’idée qu’il avait une affaire urgente, importante, personnelle, dont il s’occuperait ensuite, ne le quittait pas. Quand il eut terminé, il se rappela que cette affaire personnelle était l’état de son intestin. Mais, prenant sur soi, il se rendit au salon, pour le thé. Il y avait du monde. On causait, on jouait du piano, on chantait ; le prétendant de sa fille était là. Comme le remarqua Prascovie Fedorovna, Ivan Ilitch passa la soirée plus joyeusement que d’habitude ; cependant pas un instant il n’oubliait qu’il avait à se préoccuper sérieusement de son intestin. A onze heures, il prit congé de ses hôtes et se retira dans sa chambre. Depuis qu’il était malade, il dormait seul, dans une petite pièce contiguë à son cabinet. Il se déshabilla et prit un roman de Zola ; mais au lieu de lire il se mit à songer. Dans son imagination, il se représentait la guérison si ardemment désirée de son intestin… « Assimilation, sécrétion, fonctionnement régulier, oui, tout est là, se disait-il. Il n’y a qu’à aider la nature. » Il se rappela qu’il avait une potion à prendre. Il se leva et prit son remède, puis il se coucha sur le dos, observant l’effet du remède, et le soulagement qu’il amenait par degrés. « Il n’y a qu’à suivre le traitement avec régularité et à éviter toute influence nuisible. Je me sens déjà mieux… beaucoup mieux. »

— Il toucha son côté et n’éprouva aucune douleur. « Tiens, je ne le sens plus. Je me trouve vraiment mieux ».

Il éteignit la bougie et se coucha sur le côté. « L’intestin va mieux, l’assimilation se fait. » Tout à coup il éprouva la douleur connue, sourde, lancinante, persistante, et, dans la bouche, le même dégoût. Le cœur lui manqua ; un vertige le prit : « Mon Dieu, mon Dieu ! s’écria-t-il. Encore ! Encore !… Cela ne me quittera donc jamais ! »

Subitement, ses pensées prirent une autre orientation : « l’intestin, le rein… se dit-il. Il ne s’agit là ni de rein ni d’intestin ! Il s’agit de la vie et de la… mort… Oui, la vie était, mais elle s’en va ; elle s’en va et je ne puis la retenir. Oui. Pourquoi se faire des illusions ? N’est-ce pas clair pour tout le monde, sauf pour moi, que je me meurs et que ce n’est plus maintenant qu’une question de semaines, de jours… tout à l’heure peut-être. Les ténèbres ont remplacé la lumière. J’étais ici, et maintenant, je m’en vais ! Où ? » Son corps se glaça. Sa respiration s’arrêta. Il n’entendait que les battements de son cœur. « Moi je ne serai plus, mais qu’arrivera-t-il ? Rien ne sera. Où serai-je quand je ne serai plus là ? Serait-ce la mort ? Non, je ne veux pas ! » Il bondit, voulut allumer la bougie, chercha les allumettes d’une main tremblante, fit tomber par terre le bougeoir, et, de nouveau, se rejeta sur ses oreillers. « Pourquoi ? A quoi bon ? » se disait-il les yeux grands ouverts dans l’obscurité. « La mort. Oui, la mort. Et eux tous n’en savent rien ; ils ne veulent pas le savoir, et ne me plaignent pas, ils jouent ! (A travers la porte il entendait un bruit lointain de voix et de ritournelles). Cela leur est bien égal. Pourtant eux aussi mourront. Les imbéciles ! D’abord mon tour, après le leur. Et ils rient, ces brutes ! » La colère l’étouffait. Il souffrait le martyre. « Ce n’est pas possible que tout le monde soit condamné aux mêmes horreurs ! » Il se leva encore une fois. « Il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut se calmer, remonter au commencement. » Il se mit à songer. « Oui, le début de ma maladie. Je me suis donné un coup au côté sans rien éprouver d’extraordinaire seulement une petite douleur sourde. Puis cela s’est aggravé ; puis le médecin, la mélancolie, l’angoisse, de nouveau le médecin ; et je m’approchais de plus en plus de l’abîme. Les forces diminuent. Plus près, plus près. Et me voilà épuisé. Mes yeux sont devenus ternes. C’est la Mort et moi je ne pense qu’à mon intestin. Je ne pense qu’à guérir mon intestin et c’est la Mort ! Mais, est-ce la Mort ? » Il fut repris de terreur. Tout haletant il se baissa, chercha les allumettes, heurta la table de nuit, se fit mal, et, dans un mouvement de colère, la poussa fortement et la renversa. Epouvanté, sans souffle, il se jeta sur le dos, attendant la fin.

En ce moment, les visiteurs se retiraient. Prascovie Fedorovna qui les reconduisait ayant entendu le bruit de la chute entra.

— Qu’as-tu ?

— Rien. J’ai renversé, sans le vouloir…

Elle sortit et revint avec une bougie. Il était couché et soufflait comme un homme qui a fait une verste en courant ; il la regardait d’un œil fixe.

— Qu’as-tu, Jean ?

— Rien… J’ai… lais… se… tom… ber…

« À quoi bon parler, elle ne comprendra pas », se dit-il.

Elle ne comprit pas, en effet. Elle releva la table, alluma une bougie, et s’en alla précipitamment. Lorsqu’elle revint, il était dans la même position, les yeux fixés au plafond.

— Qu’as-tu ? Te sens-tu plus mal ?

— Oui.

Elle secoua la tête et s’assit un instant.

— Sais-tu, Jean, ne faudrait-il pas faire appeler Leschetitzky ?

C’est·à-dire qu’elle voulait faire venir un médecin célèbre, sans regarder à la dépense.

Il sourit amèrement et répondit :

— Non.

Elle demeura un moment encore, s’approcha et lui mit un baiser sur le front.

À ce moment, il la haïssait de toutes les forces de son être. Il dut faire un effort pour ne la pas repousser.

— Bonsoir ! Tu vas dormir un peu.

— Oui.

Chapitre VI

 

Ivan Ilitch se voyait mourir et était désespéré. Au fond de son âme, il savait qu’il allait mourir, et, non seulement il ne pouvait se faire à cette idée, mais il ne comprenait pas et ne pouvait comprendre.

Il avait appris dans le traité de Logique de Kizeveter cet exemple de syllogisme : « Caïus est un homme ; tous les hommes sont mortels ; donc Caïus est mortel. » Ce raisonnement lui paraissait tout à fait juste quand il s’agissait de Caïus mais non quand il s’agissait de lui-même. Il était question de Caïus, ou de l’homme en général, et alors c’était naturel, mais lui, il n’était ni Caïus, ni l’homme en général, il était un être à part : il était Vania, avec maman et papa, avec Mitia et Volodia, avec ses jouets, le cocher, la bonne, puis avec Katenka, avec toutes les joies, tous les chagrins et tous les enthousiasmes de son enfance, de son adolescence et de sa jeunesse. Est-ce que Caïus avait jamais senti l’odeur de la balle en cuir que Vania aimait tant ? Caïus avait-il jamais baisé la main de sa maman ? Avait-il eu du plaisir à entendre le frou-frou de sa robe de soie ? Était-ce lui qui avait fait du tapage pour des petits gâteaux, à l’école ? Était-ce Caïus qui avait été amoureux ? Était-ce lui qui dirigeait si magistralement les débats du tribunal ?

Caïus est mortel, c’est certain, et il est naturel qu’il meure ; mais moi, Vania, Ivan Ilitch, avec tous mes sentiments, toute mon intelligence, moi, c’est autre chose. Il n’est pas du tout naturel que je doive mourir. Ce serait trop affreux.

Il se disait : « Si je devais mourir comme Caïus, je l’aurais su ; une voix intérieure m’en aurait informé ; mais je n’ai jamais rien éprouvé de semblable, et moi, et mes amis, nous comprenions très bien qu’entre nous et Caïus il y avait une grande différence. Et maintenant voilà ce qui arrive ! Non, c’est impossible, impossible, et cela est, cependant. Mais comment, comment comprendre cela ? »

Et en effet, il ne pouvait pas comprendre et s’efforçait d’écarter cette pensée connue, fausse, injuste, maladive, pour la remplacer par d’autres plus saines et plus raisonnables. Mais cette pensée revenait de nouveau et se dressait devant lui, non comme une pensée, mais comme la réalité.

Il appelait à son secours d’autres raisonnements, dans l’espoir d’y trouver un appui. Il s’efforçait de se raccrocher à ses pensées primitives qui lui cachaient l’image de la mort. Mais, chose étrange, tout ce qui dissimulait autrefois l’idée de la mort, l’éloignait, la dissipait, n’avait plus aujourd’hui le même pouvoir. Les derniers temps, Ivan Ilitch s’épuisait à reconstituer la série de ses anciennes sensations qui lui cachaient la mort. Parfois il se disait : « Je vais m’adonner tout entier à mon service. Autrefois il était toute ma vie ». Et, chassant de lui tous ses doutes, il allait au tribunal, causait avec ses collègues, s’asseyait comme jadis, en jetant sur la foule un regard pensif et distrait, ses deux mains amaigries appuyées sur les bras de son fauteuil de chêne ; puis, se penchant comme d’habitude vers l’assesseur, il feuilletait le dossier, parlait à voix basse, et tout à coup il prononçait les paroles habituelles et ouvrait la séance.

Mais soudain, sa douleur au côté le reprenait sans nul souci de l’affaire et commençait son œuvre à elle. Ivan Ilitch, anxieux, essayait d’en écarter la pensée, mais elle ne cédait pas, et surgissait devant lui et le regardait. Il se raidissait, ses yeux s’éteignaient, et il recommençait à se demander : « N’y a-t-il qu’elle de vraie ? » Ses collègues et ses subordonnés considéraient avec un douloureux étonnement ce magistrat si fin, si brillant, qui s’embrouillait et commettait des erreurs. Il se secouait, cherchait à ressaisir le fil de ses idées, et parvenait à grand’ peine à mener l’audience jusqu’au bout. Il rentrait chez lui avec la triste conviction que ses fonctions, que son service ne pouvaient le délivrer d’elle. Ce qui était terrible, c’est qu’elle l’attirait non pour l’occuper, mais seulement pour qu’il la regardât bien en face, sans rien pouvoir faire et en souffrant atrocement.

Pour échapper à cet état, Ivan Ilitch cherchait une consolation, d’autres écrans ; et ces écrans venaient pour un temps à son secours et paraissaient le sauver. Mais aussitôt, sans s’effacer complètement, ils la laissaient transparaître, comme si elle traversait tout et que rien ne pût la cacher.

Les derniers temps il lui arrivait d’entrer dans le salon qu’il avait meublé, dans ce salon où il avait fait cette chute, et pour lequel, comme il se le disait avec amertume, il avait sacrifié sa vie, car il savait que de cette chute datait sa maladie. Il entrait et remarquait une rayure, comme une entaille, sur la table vernie ; il en cherchait la cause ; c’était l’un des coins en bronze de l’album qui était sorti et faisait saillie. Il prenait l’album, ce précieux album composé par lui avec tant d’amour, et se mettait en colère contre sa fille et ses amies, qui, par négligence, abîmaient les coins ou retournaient les photographies, et il remettait tout en ordre et replaçait le coin de bronze. Tout à coup l’idée lui venait de transporter tout cet établissement avec les albums, dans un coin du salon, tout près des fleurs. Il sonnait le domestique ; ou bien sa femme et sa fille venaient à son secours. Elles n’étaient pas de son avis et le contredisaient ; lui, discutait, mais tout allait bien » tant qu’il ne songeait pas à elle, tant qu'elle n’apparaissait pas.

Pendant qu’il déplaçait les meubles, sa femme lui disait :

— Laisse faire les domestiques, toi tu te feras encore mal. Et soudain elle apparaissait à travers l’écran, et il la voyait. Elle apparaissait. Au premier moment, il espérait qu’elle allait disparaître ; mais, malgré lui, il pensait à son mal toujours la même chose, la même douleur lancinante, et il ne pouvait plus l’oublier. Il la distinguait nettement derrière les fleurs. À quoi bon tout cela ? « Oui, j’ai perdu ma vie pour ce rideau, comme dans une bataille. Est-ce possible ? Que c’est terrible et stupide ! Non, cela n’est pas possible ! C’est impossible et cependant cela est ! »

Il revenait dans son cabinet, se couchait et restait seul avec elle, face à face avec elle. Mais il n’avait rien à faire avec elle, que de la regarder et frémir d’épouvante. 

Chapitre VII
 

Comment cela arriva-t-il, on ne saurait le dire, car cela se produisit insensiblement, peu à peu, et sans qu’on le remarquât, mais il advint que le troisième mois de la maladie d’Ivan Ilitch, sa femme, sa fille, son fils, ses domestiques, ses amis, son médecin et surtout lui-même savaient que tout l’intérêt qu’il éveillait se ramenait à cette seule question : quand enfin ferait-il de la place, quand débarrasserait-il les vivants de sa personne gênante, et serait-il lui-même délivré de ses souffrances ?

Il dormait de moins en moins. On lui donnait de l’opium et des injections de morphine, mais rien ne le soulageait. L’état de langueur dans lequel il tombait pendant ses périodes de demi-assoupissement, les premiers temps, était pour lui un soulagement ; mais bientôt le mal devint plus aigu.

Conformément aux prescriptions du médecin on lui préparait des aliments spéciaux, qu’il trouvait de plus en plus mauvais, et de plus en plus écœurants.

Pour ses selles, on avait pris également des dispositions spéciales et chaque fois, c’était pour lui une nouvelle torture, tant à cause de la saleté, de l’inconvenance, de l’odeur, qu’à cause de la nécessité de se faire aider par quelqu’un.

Mais justement de ces ennuis si pénibles, survint pour Ivan Ilitch une consolation.

C’était Guérassim, l’aide sommelier, qui était chargé de nettoyer son vase.

Guérassim était un paysan propre, sain, bien nourri par ses maîtres. Il était toujours gai et content. D’abord la vue de cet homme, toujours propre dans son costume russe, faisant une besogne aussi répugnante, gêna Ivan Ilitch.

Un jour, s’étant relevé de son vase, il n’eut pas la force de tirer son pantalon et tomba sur un fauteuil. La vue de ses cuisses nues, amaigries, l’épouvanta. À ce moment, Guérassim, chaussé de bottes épaisses, entra de son pas léger, assuré, apportant avec lui une odeur agréable de goudron et d’air frais. Il avait un tablier propre, une chemise d’indienne dont les manches retroussées découvraient ses bras jeunes, robustes et nus, et, sans regarder Ivan Ilitch, pour lui cacher la joie de vivre qui éclairait son visage et aurait pu attrister le malade, il s’approcha du vase.

— Guérassim ! lui dit faiblement Ivan Ilitch.

Guérassim tressaillit, craignant sans doute d’avoir commis quelque faute, et, d’un mouvement rapide, il tourna vers le malade son bon visage, frais, naïf, jeune, presque encore imberbe.

— Que désire monsieur ?

— Je pense que cela t’est désagréable. Excuse-moi. Je ne puis faire autrement.

— Oh ! monsieur ! fit Guérassim dont les yeux brillèrent tandis qu’un sourire découvrait ses fortes dents blanches. Pourquoi ne prendrais-je pas cette peine ? Vous êtes malade.

De ses mains adroites et vigoureuses, il s’acquitta de sa besogne habituelle, puis sortit d’un pas léger. Cinq minutes plus tard il revenait du même pas.

Ivan Ilitch était toujours assis sur son fauteuil.

— Guérassim, lui dit-il, lorsque l’autre eut remis à sa place le vase lavé et bien propre, aide-moi, je t’en prie, viens ici.

Guérassim s’approcha de lui.

— Soulève-moi. Je ne peux pas tout seul et j’ai renvoyé Dimitri.

Guérassim s’approcha ; de ses mains robustes, dont l’étreinte était aussi légère que son pas, il le releva doucement, retint d’une main son pantalon et voulut le rasseoir. Mais Ivan Ilitch lui demanda de le conduire jusqu’au divan. Guérassim, sans effort, sans avoir l’air d’y toucher, le porta jusqu’au divan où il le fit asseoir.

— Merci. Comme tu fais cela adroitement… d’ailleurs comme tout ce que tu fais.

Guérassim sourit de nouveau et voulut s’en aller. Mais Ivan Ilitch se sentait si bien avec lui, qu’il ne voulait pas le laisser partir.

— Ecoute-moi. Approche cette chaise, s’il te plaît… Non, l’autre ! Mets-la sous mes pieds. Je ne sens mieux lorsque mes pieds sont soulevés.

Guérassim approcha la chaise et, sans bruit, mit dessus les pieds d’Ivan Ilitch.

Ivan Ilitch se sentait soulagé quand Guérassim lui soulevait les pieds.

— Je me sens mieux lorsque mes pieds sont soulevés, dit-il. Mets-moi ce coussin là.

Guérassim obéit. Il souleva les pieds et mit le coussin. Ivan Ilitch se sentit de nouveau soulagé pendant que Guérassim tenait ses pieds. Aussitôt qu’ils furent abaissés, la douleur le reprit.

— Guérassim, dit-il, es-tu occupé maintenant ?

— Nullement, monsieur, répondit Guérassim qui avait appris à parler aux maîtres.

— Qu’as-tu à faire encore ?

— Mais rien. J’ai tout terminé. Je n’ai plus qu’à fendre du bois pour demain.

— Alors, tiens-moi les pieds un peu plus haut. Peux-tu ?

— Mais pourquoi pas ? C’est très facile.

Guérassim souleva les pieds du malade qui, aussitôt, ne sentit plus aucune douleur.

— Et pour le bois, comment feras-tu ?

— Ne vous inquiétez pas. Nous avons le temps.

Ivan Ilitch lui dit de s’asseoir et de maintenir ses pieds, puis il se mit à causer avec lui. Et, chose étrange, il lui sembla qu’il allait mieux quand Guérassim était avec lui.

À partir de ce jour, Ivan Ilitch appelait de temps en temps Guérassim, pour qu’il lui tint les pieds sur ses épaules, et il aimait à causer avec lui.

Guérassim apportait à cela de l’adresse, de la complaisance, et surtout une bonté qui attendrissait Ivan Ilitch. La santé, la force et la vigueur des autres offensaient Ivan Ilitch ; la force et la vigueur de Guérassim, loin de l’irriter, le calmait.

Ce qui le tourmentait le plus, c’était le mensonge. Le mensonge de tous qui s’accordaient à dire qu’il était simplement malade et non pas mourant, et qu’il n’avait qu’à être calme et continuer son traitement pour se remettre complètement. Mais il savait bien, lui, que tout ce que l’on entreprendrait n’aboutirait qu’à des souffrances encore plus douloureuses et à la mort. Ce mensonge le torturait. Il souffrait de voir qu’on lui cachait ce que chacun savait et qu’il savait lui-même ; il souffrait de prendre part et ce mensonge, le mensonge à la veille de sa mort. Ce mensonge, qui rabaissait l’acte redoutable et solennel de sa mort au même niveau que les visites, les rideaux, les esturgeons pour les dîners… faisait souffrir terriblement Ivan Ilitch. Et, chose étrange, bien souvent, quand ces gens lui mentaient ainsi en face, il était sur le point de leur crier : « Assez mentir ! Vous savez tout aussi bien que moi que je me meurs. Cessez au moins de mentir ! » Mais il n’avait jamais eu le courage de dire cela. Cet acte ininterrompu et terrible qui l’approchait de la mort, il voyait que tous ceux de son entourage le considéraient comme un désagrément accidentel, comme une inconvenance (tel un homme qui, en entrant dans un salon, exhalerait autour de lui une mauvaise odeur). Toujours les apparences qui avaient été le culte de toute sa vie. Il voyait que personne ne le regrettait, que personne ne voulait même comprendre son état. Seul Guérassim le comprenait et avait pitié de lui. C’est pourquoi Ivan Ilitch ne se trouvait à son aise qu’avec lui. Il se sentait heureux lorsque, parfois, Guérassim passait des nuits entières à lui tenir les pieds, et lorsque, ne voulant pas aller se coucher, il lui disait :

— Ne vous inquiétez pas, Ivan Ilitch, j’aurai bien le temps de dormir.

Ou bien lorsque se mettant familièrement à tutoyer son maître, il ajoutait : - Si tu n’étais pas malade… ce serait autre chose ! Mais maintenant pourquoi ne te soignerais-je pas.

Guérassim seul ne mentait pas. On voyait clairement que lui seul comprenait l’état de son maître faible et mourant, et ne croyait pas nécessaire de le lui cacher, mais simplement avait pitié de lui. Une fois, il dit même tout tranquillement à Ivan Ilitch qui insistait pour qu’il allât se reposer :

— Nous mourrons tous. Pourquoi ne prendrais-je pas de la peine ?

Voulant dire par là que la fatigue ne l’effrayait pas du moment qu’il s’agissait d’un mourant et qu’il espérait un jour qu’on en ferait autant pour lui.

Outre ce mensonge, ce qui faisait surtout souffrir Ivan Ilitch, c’est que personne ne le plaignait comme il aurait voulu être plaint. Ce qu’il désirait le plus dans ses moments de souffrances, c’était, quoiqu’il eût honte de l’avouer, qu’on le plaignît comme un enfant malade. Il aurait voulu qu’on le caressât, qu’on l’embrassât, que l’on pleurât sur lui, comme on le fait avec les enfants. Il savait qu’avec lui, haut magistrat à barbe grisonnante, c’était impossible, mais il le désirait quand même. Dans la manière d’être de Guérassim à son égard, il y avait quelque chose d’approchant. C’est là ce qui le consolait.

Au moment où Ivan Ilitch aurait voulu qu’on pleurât avec lui, tout à coup, survenait son collègue Schebek, et, au lieu de pleurer, Ivan Ilitch prenait une mine grave, austère, pensive, puis, entraîné par la force de l’habitude, il émettait son opinion sur un arrêt de la cour de Cassation et la défendait opiniâtrement.

Le mensonge qui l’enveloppait et le gagnait lui-même, empoisonnait plus que tout le reste les derniers jours d’Ivan Ilitch.

 

Chapitre VIII

 

Il faisait déjà jour. C’était le jour puisque Guérassim venait de partir et qu’à sa place était entré le domestique Piotr, qui avait éteint les bougies, ouvert les rideaux, et s’était mis à arranger la chambre sans bruit. Était-ce le matin ou le soir, un vendredi ou un dimanche, cela importait peu, car c`était toujours la même chose : la même douleur lancinante qui ne se calmait pas un seul instant, la conscience d’une vie qui s’en va irrémissiblement mais qui est encore la, et toujours la mort, la seule réalité, effrayante et maudite, qui se rapproche, et toujours le même mensonge. Comment, dans ces conditions, se rendre compte des semaines, des jours et des heures de la journée ?

— Monsieur désire-t-il du thé ?

« Il aime la régularité. Il a besoin que ses maîtres prennent du thé chaque matin », pensa-t-il. Et il répondit simplement :

— Non.

— Monsieur désire-t-il s’asseoir sur le canapé ?

« Il a besoin d’arranger la chambre et je le gêne. Je suis une cause de désordre et de malpropreté », pensa-t-il. Et il répondit simplement :

— Non, laisse-moi.

Le domestique continua sa besogne. Ivan Ilitch étendit la main. Piotr s’approcha avec empressement.

— Que désire, monsieur ?

— Ma montre.

Piotr prit la montre qui était à côté d’Ivan Ilitch et la lui donna.

— Il est huit heures et demie. On n’est pas encore levé ?

— Non, Vassili Ivanovitch (c’était le fils) est déjà allé au collège. Prascovie Fedorovna a ordonné de la réveiller si vous la demandez. Faut-il l’appeler ?

— Non, ce n’est pas nécessaire.

« Si je prenais du thé ? » pensa-t-il.

— Oui, du thé !… Apporte.

Piotr se dirigea vers la porte. Ivan Ilitch eut peur à l’idée de rester seul. « Comment le retenir ?… Ah ! oui, mon remède. »

— Piotr, donne-moi mon médicament.

« Qui sait, peut-être me fera-t-il du bien. » Il prit la cuiller et but.

« Non, c’est inutile d’espérer encore. C’est une sottise », se dit-il, sentant dans sa bouche ce goût fade et désespérant qu’il connaissait. « Non, je ne puis plus croire. Mais la douleur, pourquoi cette douleur ? Si elle pouvait cesser au moins pour un moment ! »

Et il se mit à geindre. Piotr revint.

— Non, va… Apporte-moi du thé.

Piotr sortit. Ivan Ilitch, resté seul, se mit à gémir, et cela moins à cause de ses souffrances, malgré leur violence, que par angoisse. « La même chose, toujours la même chose ; ces nuits et ces journées interminables… Si tout cela pouvait finir plus tôt !… Mais quoi ? plus tôt ?… la mort, les ténèbres… Non, non, tout excepté la mort ! »

Lorsque Piotr revint avec le thé sur le plateau, Ivan Ilitch, tout bouleversé, le regarda longtemps, sans comprendre qui il était et ce qu’il voulait. Piotr se troubla sous ce regard. Ivan Ilitch remarqua ce trouble et revint à lui.

— Ah ! oui. Le thé ? Bien, laisse-le ici. Aide-moi seulement à me lever et à mettre une chemise propre. Ivan Ilitch se mit à faire sa toilette. En se reposant très souvent, il se lava les mains, la figure, les dents, se coiffa et se regarda dans le miroir. Il eut peur surtout en voyant ses cheveux collés à son front pâle.

Tandis qu’on lui changeait de chemise, il savait que sa terreur redoublerait s’il apercevait son corps amaigri, aussi fit-il en sorte de ne pas le regarder. Enfin sa toilette se trouva achevée. Il passa une robe de chambre, s’enveloppa dans un plaid et s’assit dans son fauteuil pour prendre le thé. Il se sentit rafraîchi, mais aussitôt qu’il trempa ses lèvres dans le thé, le même gout, la même douleur reparurent. Il fit un effort pour finir son verre puis se recoucha, les jambes étendues. Il renvoya Piotr.

Et c’était toujours la même chose. C’était tantôt une lueur d’espérance, tantôt un abîme de désespoir et toujours, toujours la même douleur, toujours la même tristesse, le même découragement. La solitude lui pesait effroyablement, il aurait voulu appeler quelqu’un, mais il savait que devant quelqu’un ce serait encore pire.

« Si encore on m’injectait de la morphine, pour oublier ! Je dirai au médecin de m’inventer encore quelque remède. Il est impossible, impossible que cela dure ainsi ! »

Une heure, deux heures s’écoulent. La sonnette retentit. C’est peut-être le médecin ? En effet, c’est lui, frais, fleuri, gras, gai, qui semble dire : « Vous avez tort d’avoir peur, nous arrangerons tout cela. »

Le médecin sait lui-même que cette expression n’est pas de mise ici, mais il l’a prise une fois pour toutes, et il lui est aussi impossible de s’en défaire qu’il serait impossible à un monsieur qui dès le matin a mis son habit pour faire des visites, de s’en débarrasser.

Le médecin se frotta joyeusement les mains pour rassurer son malade.

— Je vous apporte le froid. Il gèle très fort. Laissez-moi me réchauffer un peu, dit-il d’un ton qui signifiait clairement qu’il n’y avait que cela à attendre pour que tout allât bien.

— Eh bien ! Comment cela va-t-il ?

Ivan Ilitch sent que le médecin voudrait lui demander si tout va son petit train-train, mais qu’il trouve lui-même cette question déplacée et qu’au lieu de cela il demande au malade comment il a passé la nuit.

Ivan Ilitch jette au médecin un coup d’œil interrogateur : « Ne cesseras-tu donc jamais de mentir ainsi ? » semble vouloir dire son regard.

Mais le médecin ne veut pas comprendre la question.

Et Ivan Ilitch lui dit :

— Tout cela est effrayant ! La douleur ne disparaît pas, ne cède pas. Ne pouvez-vous me donner quelque chose ?

— Voilà bien les malades ! Tous les mêmes ! Maintenant me voilà réchauffé ; même Prascovie Fedorovna, toute méticuleuse qu’elle soit, n’aurait rien à redire et ne craindrait pas que je vous refroidisse. Eh bien ! bonjour !

Et le docteur lui serre la main.

Tout à coup devenu sérieux, l’air grave, il se met à examiner le malade, son pouls, la température, et l’auscultation recommence. Ivan Ilitch sait très bien que ce n’est là que comédie et mensonge, mais lorsque le médecin, agenouillé, se penche sur lui, appliquant son oreille tantôt en haut tantôt en bas, et exécute autour de lui, d’un air sérieux, différentes évolutions gymnastiques, il s’y laisse prendre comme autrefois lorsqu’il écoutait les plaidoiries des avocats, tout en étant persuadé qu’ils cherchaient à lui en imposer et ne disaient que des mensonges.

Le médecin, toujours à genoux sur le divan, continuait à l’ausculter lorsqu’on entendit à la porte le froufrou de la robe de soie de Prascovie Fedorovna, et les reproches qu’elle adressait à Piotr parce que celui-ci ne l’avait pas prévenue de l’arrivée du docteur.

Elle entre, embrasse son mari et se met à expliquer longuement qu’elle est levée depuis longtemps et que si elle ne s’est pas trouvée la pour l’arrivée du médecin, c’est qu’elle ne l’a pas entendu venir. Ivan Ilitch l’examine, l’observe ; intérieurement, il lui reproche son teint clair, la blancheur de ses mains, son cou potelé, le brillant de sa chevelure, l’éclat de ses yeux pleins de vie. Il la déteste de toutes les forces de son âme. A son contact, la haine qu’il ressent pour elle atteint au paroxysme.

L’attitude de Prascovie Fedorovna à l’égard de son mari et de sa maladie n’avait pas changé. De même que le médecin avait adopté vis-à-vis de ses malades une manière d’être qu’il ne pouvait plus modifier, de même elle s’était imposé une attitude : quoi qu’il fît, il avait tort, et elle le lui reprochait amicalement. Et cette attitude, Prascovie Fedorovna ne pouvait plus s’en dégager : « Que voulez-vous, il n’écoute personne ; il ne prend pas ses médicaments avec exactitude. Surtout il affectionne une posture qui doit lui faire du mal, il tient ses pieds en l’air. »

Et elle raconta qu’il obligeait Guérassim à lui maintenir les jambes levées.

Le docteur eut un sourire de bienveillant mépris : « Que voulez-vous faire, semble-t-il dire, les malades ont toujours des idées si bizarres ; mais il faut leur passer cela. »

L’examen terminé, le médecin regarda sa montre. Aussitôt Prascovie Fedorovna déclara à Ivan Ilitch qu’elle allait aujourd’hui même, qu’il le voulût ou non, envoyer chercher une célébrité médicale pour une consultation avec Mikhaïl Danilovitch (c’était le médecin de la maison).

— Ne t’y oppose pas, je t’en prie… C’est pour moi, ajouta-t-elle ironiquement, lui donnant à entendre qu’elle n’agissait, au contraire, que pour lui et qu’il n’avait pas le droit de s’opposer à ce qu’elle voulait.

Il garda le silence et fronça les sourcils. Il sentait que ce mensonge dont on l’enveloppait se compliquait tellement qu’il devenait impossible de s’y retrouver.

Tout ce qu’elle faisait, c’était dans son intérêt à elle ; ce qu’en réalité elle faisait pour elle-même, elle disait bien le faire pour elle-même, mais elle disait cela d’un ton à lui faire croire, à lui, que c’était le contraire qui était vrai.

Vers onze heures et demie, le célèbre docteur arriva. Les auscultations recommencèrent, de graves conciliabules s’engagèrent devant le malade et dans la chambre voisine, à propos du rein, de l’intestin, et cela avec un tel air d’importance, que de nouveau, au lieu de la question de vie et de mort, la seule importante, parut celle des organes qu’on accusa de ne pas fonctionner comme il faut. Mais Mikhaïl Danilovitch et la célébrité allaient voir à cela et forcer les organes réfractaires à rentrer dans le devoir.

Le célèbre médecin se retira avec une mine sérieuse mais non décourageante. Lorsqu’Ivan Ilitch, les yeux brillants de crainte et d’espoir, lui demanda s’il y avait chance de guérison, il répondit qu’on ne pouvait rien affirmer, mais qu’il y avait des chances.

Il y avait quelque chose de tellement pitoyable dans le regard d’espérance qu’Ivan Ilitch lança au médecin, que Prascovie Fédorovna ne put retenir ses larmes en sortant du cabinet pour remettre ses honoraires au célèbre docteur.

La confiance inspirée par les paroles du médecin ne fut pas de longue durée. Quand il se retrouva seul dans la même chambre, avec les mêmes tableaux, les mêmes rideaux et tentures, les mêmes flacons et son corps malade, endolori, Ivan Ilitch se remit à geindre. On lui fit une piqûre qui le plongea dans un état d’inconscience.

Lorsqu’il revint à lui, il commençait à faire sombre. On lui servit à dîner. Il prit avec effort un peu de bouillon, et de nouveau la nuit revenait.

A sept heures, après le diner, Prascovie Fedorovna entra dans sa chambre, habillée pour une soirée, sa forte poitrine relevée et sanglée dans son corset, et de la poudre de riz sur le visage. Dès le matin, elle l’avait prévenu de leur intention d’aller au théâtre. Sarah Bernhardt venait d’arriver. Elle avait une loge. Ivan Ilitch lui-même avait insisté pour qu’on la prît, mais il l’avait oublié, et cette toilette le choqua. Cependant il n’en laissa rien voir, s’étant souvenu que lui-même avait exigé qu’elle louât une loge car c’était pour les enfants un plaisir à la fois esthétique et instructif.

Prascovie Fedorovna, en entrant, était contente d’elle, mais elle s’assit, l’air embarrassé, et lui demanda des nouvelles de sa santé plutôt pour dire quelque chose, ce dont il se rendait parfaitement compte, que pour apprendre du nouveau. Que pouvait-il lui apprendre ? Elle dit ce qu’il convenait, c’est-à-dire, que pour rien au monde elle ne serait allée au théâtre ce soir si elle n’avait pas eu déjà la loge et si elle pouvait laisser sortir seuls sa fille Lise et son fiancé Petristchev. Elle aurait préféré, disait-elle, lui tenir compagnie, et elle le supplia de suivre au moins en son absence, les prescriptions du docteur.

— A propos, Fedor Petrovitch (le fiancé) voudrait te voir, et Lise aussi.

— Qu’ils viennent !

Sa fille entra, habillée pour la soirée, montrant ses épaules décolletées, son jeune corps à demi nu, tandis que son corps à lui le faisait tant souffrir. Grande, bien portante, visiblement amoureuse, elle semblait s’irriter contre la maladie, les souffrances et la mort qui mettaient un obstacle à son bonheur.

Petristchev entra aussi. Il était en habit, coiffé à la Capoul ; son long cou veineux était serré dans un col d’une blancheur éblouissante, il avait un large plastron blanc ; un pantalon noir collant qui moulait ses fortes cuisses, une seule main gantée de blanc et un claque. Derrière eux se glissa tout doucement le petit collégien, en uniforme tout neuf, ganté, l’air malheureux, et les yeux entourés d’un cercle noir, dont Ivan Ilitch connaissait la signification. Il ressentait toujours de la pitié pour son fils dont le regard effrayé et compatissant lui faisait du bien. En dehors de Guérassim il lui semblait que Vassia seul le comprenait et le plaignait. Tous s’assirent et s’informèrent encore de sa santé. Un silence suivit. Lise demanda à sa mère où était la jumelle. Une discussion s’engagea : elles s’accusaient mutuellement de l’avoir égarée. Fedor Petrovitch demanda à Ivan Ilitch s’il avait déjà vu Sarah Bernhardt. D’abord Ivan Ilitch ne comprit pas sa question, puis enfin il répondit :

— Non ! et vous, l’avez-vous déjà vue ?

— Oui, dans Adrienne Lecouvreur.

Prascovie Fedorovna déclara qu’elle la trouvait bien surtout dans de tels rôles. La fille n’était pas de son avis, et l’on se mit à discuter sur le charme et la vérité de son jeu, et ce furent les propos habituels en pareille occasion.

Au milieu de la conversation, Fedor Petrovitch jeta un regard sur Ivan Ilitch et se tut. Les autres le regardèrent aussi et se turent également. Ivan Ilitch, les yeux brillants, paraissait indigné contre eux. Ils auraient bien voulu réparer leur maladresse, mais comment faire ? Il fallait rompre à tout prix ce silence. Personne ne s’y décidait. Tous se sentaient effrayés à l’idée que ce mensonge tacite allait se dissiper et que la vérité finirait par éclater. Lise se dévoua la première. Elle voulait cacher ce que chacun sentait et ne fit que tout découvrir.

— Si nous voulons arriver à, temps, il faut partir !… dit-elle en regardant sa montre, un cadeau de son père ; puis elle fit au jeune homme un signe imperceptible et compris d’eux seuls, sourit, et se leva en faisant froufrouter sa robe.

Tous se levèrent, dirent adieu et sortirent.

Resté seul, Ivan Ilitch eut un moment de soulagement. Le mensonge était parti avec eux. Mais la douleur restait. Toujours la même douleur, toujours le même effroi, jamais de repos. De nouveau les minutes, les heures s’écoulaient sans apporter de changement ; toujours la même chose, et toujours la certitude de plus en plus atroce de l’inévitable dénouement.

— Envoyez-moi Guérassim ! répondit-il à la question de Piotr.

 

Chapitre IX
 

Assez tard dans la nuit, sa femme rentra. Elle s’approcha de lui sur la pointe des pieds, mais il l’entendit. Il ouvrit les yeux et les referma immédiatement. Elle voulut renvoyer Guérassim et veiller à sa place. Il rouvrit les yeux et murmura :

— Non. Tu peux t’en aller.

— Souffres-tu beaucoup ?

— Qu’importe.

— Prends de l’opium.

Il y consentit ; elle lui en fit prendre et partit.

Jusqu’à trois heures du matin il resta dans un état de torpeur douloureuse, et rêva qu’on le mettait violemment dans un sac noir, étroit et profond, où l’on cherchait à l’enfoncer sans y parvenir. Et cette chose effroyable pour lui était accompagnée d’une autre torture : il avait peur, il voulait y entrer lui-même, et cependant il résistait et, en luttant, s’enfonçait toujours davantage. Soudain il se dégage et tombe. Il se réveilla, Guérassim toujours au pied du lit, doux, patient, s’était assoupi. Et lui est là, ses pieds amaigris, en chaussettes, appuyés sur ses épaules ; et toujours la même bougie avec un abat-jour, et toujours cette douleur interminable.

— Va-t-en, Guérassim ? murmura-t-il.

— Qu’est-ce que cela fait. Je vais rester.

— Non, va-t-en.

Il descendit ses pieds des épaules de Guérassim, se coucha sur le côté, la main sous sa joue, et fut pris de pitié pour soi-même.

À peine Guérassim était-il passé dans la pièce voisine, que, ne se contenant plus, il se mit à sangloter comme un enfant. Il pleurait sa situation désespérée, son affreuse solitude, la cruauté des hommes, la cruauté de Dieu, l’absence de Dieu.

« Pourquoi as-tu fait tout cela ? Pourquoi m’as-tu fait venir ici ? Pourquoi, pourquoi me tourmentes-tu si atrocement ? »

Il n’attendait point de réponse et en même temps se désespérait de n’en pouvoir obtenir. Sa douleur devint plus aiguë, mais il ne fit aucun mouvement, n’appela personne. Il se répétait : « En bien ! encore ! Eh bien ! frappe ! Mais pourquoi ? Que t’ai-je fait ? Pourquoi ? »

Puis il se tut, il suspendit non seulement ses larmes, mais sa respiration même, et devint tout attentif : il semblait écouter non pas une voix terrestre, mais la voix de l’âme et suivre les pensées qu’elle exprimait.

— Que veux-tu ? semblait dire la voix intérieure.

— Que veux-tu ? Que veux-tu ? se répéta-t-il à lui-même. Ce que je veux ? Ne plus souffrir ! Vivre, répondit-il.

— De nouveau il tendit son attention au point qu’il en oubliait sa douleur.

— Vivre ? Et vivre comment ? reprit la voix.

— Mais vivre comme je vivais auparavant, bien, agréablement.

— Aussi bien et agréablement que tu as vécu jusqu’à présent ? redemanda la voix.

Et il se mit à se rappeler les meilleurs moments de sa vie agréable. Mais, chose étrange, ces moments, il les voyait maintenant d’un tout autre œil qu’alors, tous, excepté ses premiers souvenirs d’enfance. Dans son enfance, il retrouvait quelque chose de vraiment bon, dont le retour embellirait la vie. Mais l’homme qui avait eu une vie agréable, facile, cet homme n’existait plus, il n’était plus qu’un souvenir.

Aussitôt qu’il arrivait à cette période de sa vie qui avait fait de lui ce qu’il était actuellement, toutes ses joies de jadis s’évanouissaient, se transformaient en quelque chose de pénible et de vide. Plus il s’éloignait de l’enfance et s’approchait du présent, plus les joies paraissaient insignifiantes et douteuses. Cela commençait à l’École de droit. Là il y eut encore quelque chose de vraiment bon la gaîté, l’amitié, l’espérance. Mais dès les classes supérieures ces bons moments devenaient plus rares.

Plus tard, du temps de son service chez le gouverneur, il y eut encore quelques moments purs : son affection pour une femme. Puis tout s’embrouillait et le nombre des moments heureux allait diminuant, et plus il avançait dans la vie, moins il y en avait. Son mariage… un hasard, gros de désillusions. L’haleine désagréable de sa femme, la sensualité, l’hypocrisie ! Puis cette carrière morne, les soucis d’argent, et ainsi une année, deux, dix, vingt ! et toujours la même chose. Et plus le temps passait, plus sa vie était vide.

« C’est comme si j’avais descendu une montagne au lieu de la monter. Ce fut bien ainsi. Selon l’opinion publique je montais, mais en réalité, la vie glissait sous moi… Et me voilà arrivé au terme… Meurs !

« Mais, qu’est-ce donc ? Pourquoi ? Non, ce n’est pas possible que la vie soit si insignifiante, si vilaine ! Si elle est en effet si vilaine, si absurde, pourquoi mourir et mourir en souffrant ? Il y a là quelque chose que je ne m’explique pas.

« Peut-être n’ai-je pas vécu comme on doit vivre ? se demanda-t-il tout à coup. Mais comment cela serait-il possible puisque j’ai toujours fait ce que je croyais être mon devoir ? » se répondit-il. Et aussitôt il chercha à repousser par cet argument l’énigme de la vie et de la mort, comme quelque chose d’absolument impossible.

« Que veux-tu, maintenant ? Vivre ? Vivre comme tu as vécu étant juge lorsque l’huissier annonçait : La Cour ! La Court ! » se répéta-t-il. « La voilà, la Cour ! Mais je ne suis pas coupable, s’écria-t-il avec colère. Pourquoi ? »

Il cessa de pleurer, tourna son visage vers le mur, l’esprit obsédé par cette unique pensée : Pourquoi, pourquoi tant d’horreur ?

Mais il avait beau y réfléchir, il ne trouvait aucune réponse. Et quand l’idée qu’il n’avait pas vécu comme on doit vivre se dressait devant lui, il chassait cette idée bizarre en se rappelant aussitôt la parfaite correction de sa vie. 

Chapitre X
 

Deux semaines s’écoulèrent encore. Ivan Ilitch ne quittait plus son divan. il ne voulait pas se mettre au lit et restait couche sur le divan. Presque toujours le visage tourné vers le mur, seul il s’abandonnait à ses douloureuses et insolubles pensées ; « Qu’es-tu donc ? Es-tu véritablement la mort ? » Et la voix intérieure lui répondait : « Oui, c’est elle ». — « Mais pourquoi ces souffrances ? » — « Mais comme cela, sans raison aucune ».

C’est tout ce qu’il pouvait obtenir.

Depuis le début de sa maladie jusqu’a sa première visite chez le médecin, deux états d’âme différents s’étaient partagé la vie d’Ivan Ilitch : c’était tantôt le désespoir, l’appréhension de cette chose terrible et mystérieuse, la mort ; tantôt l’espérance et l’attachante étude de ses fonctions organiques. Tantôt il avait devant les yeux le rein et l’intestin, qui, pour un temps, se montraient indociles, tantôt c’était la mort, terrifiante et mystérieuse, qui se dressait devant lui, et remplissait sa pensée.

Les premiers temps, ces deux impressions se succédaient, mais plus la maladie s’aggravait, plus ses préoccupations sur le rein disparaissaient, et plus l’appréhension de la mort prochaine devenait vive. Il lui suffisait de penser à ce qu’il était trois mois auparavant, de comparer ce qu’il était alors avec ce qu’il était maintenant, de se rappeler comment il avait descendu la pente, pour que toute lueur d’espoir s’évanouît.

Dans les derniers temps, le visage tourné vers le dossier du divan, il vivait tellement seul au milieu d’une cité populeuse, de ses nombreux amis, de sa famille, que nulle part, ni sous la terre ni au fond de la mer, on n’aurait pu trouver une solitude aussi complète. Et, dans cette solitude, Ivan Ilitch ne vivait plus que de souvenirs. L’un après l’autre les tableaux de sa vie passée se dressaient devant lui. C’était d’abord les années les plus récentes, puis, peu à peu, les jours les plus lointains de son enfance. Les pruneaux qu’on venait de lui servir lui rappelaient les pruneaux français qu’il mangeait dans son enfance, avec leur goût particulier, et la salivation abondante lorsqu’on arrivait au noyau. Ces réminiscences du goût évoquaient toute une série d’images de ce temps-la : sa bonne, son frère, ses joujoux. « Il ne faut plus penser à ces choses-là. C’est trop pénible ! » se disait Ivan Ilitch, et il se transportait dans le présent. « Les boutons du dossier du divan, et les plis du maroquin… Ce maroquin a coûté très cher et ne vaut rien… Il y a eu une discussion à ce propos… Je me rappelle encore un autre maroquin et une autre discussion : le portefeuille de père que nous avions déchiré et la punition que cela nous valut. Et maman nous apporta du gâteau ». De nouveau il s’abandonne aux souvenirs de son enfance, et de nouveau, il se sent péniblement affecté et s’efforce d’écarter ses souvenirs et de penser à autre chose.

Ces souvenirs en éveillaient d’autres en lui : la marche progressive de sa maladie. Là aussi, plus il regardait en arrière, plus il trouvait de vie et de bonheur ; alors le bonheur et la vie ne faisaient qu’un. « De même que mes souffrances, ma vie n’a fait qu’empirer de jour en jour. La bas, tout au commencement de la vie, un point lumineux, et puis… toujours plus noir, toujours plus noir, toujours plus vite, toujours plus vite. C’est en raison inverse du carré des distances de la mort », pensait Ivan Ilitch.

Et l’image de la pierre tombant avec une vitesse de plus en plus grande se gravait dans son âme. Sa vie, cet enchaînement de souffrances, se précipite de plus en plus rapidement vers sa fin, la suprême souffrance.

« Je me précipite ». Il tressaille, s’agite, veut résister, mais il sait que la lutte est inutile, et de ses yeux fatigués qui ne peuvent plus voir ce qui est devant lui, il regarde le dossier du divan attendant cette chute terrible, ce choc, cette destruction.

« Il est inutile de lutter, se disait-il, mais au moins si je pouvais comprendre pourquoi tous ces tourments ! Je pourrais me les expliquer si ma vie n’avait pas été ce qu’elle devait être ; mais cela n’est pas », se disait-il en songeant à l’équité, à la correction, à la propreté de sa vie, « Cela n’est pas », continuait-il, en souriant, comme si quelqu’un était là pour voir ce sourire et s’y laisser prendre. « Non, il n’est point d’explication possible ! Les tourments, la mort… Pourquoi ? »


Chapitre XI

 

Deux semaines s’écoulèrent ainsi. Pendant ce temps s’accomplit l’évènement désiré par Ivan Ilitch et sa femme : Petristchev se déclara. Cela eut lieu un soir. Le lendemain, Prascovie Fedorovna entra chez son mari en cherchant le moyen de lui annoncer cette nouvelle. Mais précisément cette nuit, l’état du malade avait empiré. Sa femme le trouva comme toujours sur le divan, mais dans une nouvelle position. Il était étendu sur le dos, le regard fixe, et gémissait. Elle essaya de lui parler de ses médicaments ; il porta son regard sur elle. Elle n’acheva pas, tant ce regard était chargé de haine.

— Au nom du Christ, laisse-moi mourir en paix ! dit-il.

Elle voulut sortir, mais à ce moment entra leur fille qui venait dire bonjour à son père. Il la regarda avec la même haine, et quand elle lui demanda des nouvelles de sa santé, il lui répondit d’un ton sec que bientôt il les débarrasserait de sa présence. Elles se turent, restèrent encore un peu et s’en allèrent.

— Mais, en quoi sommes-nous coupables ? dit Lise à sa mère. Ce n’est pourtant pas nous qui l’avons rendu malade ! Je plains beaucoup papa, mais pourquoi nous tourmente-t-il ainsi ?

Le médecin vint à l’heure habituelle. Ivan Ilitch s’obstina à ne lui répondre que par oui et non, et en gardant son expression de haine. A la fin, ne pouvant plus se maîtriser, il lui dit :

— Vous savez bien vous-même que vous ne pouvez rien faire pour moi. Laissez-moi donc tranquille au moins.

— Nous pouvons soulager vos souffrances, dit le médecin.

— Vous ne pouvez pas me soulager. Laissez-moi.

Le médecin sortit, alla au salon et déclara à Prascovie Fedorovna que son mari allait très mal, et que le seul moyen d’apaiser ses souffrances, qui devaient être atroces, c’était de lui administrer de l’opium. Le docteur avait raison de dire que les souffrances physiques d’Ivan Ilitch étaient intolérables. C’était vrai. Mais ses souffrances morales étaient bien plus terribles encore. En elles étaient sa principale torture. Ces souffrances morales provenaient d’une idée qu’il avait eue cette nuit, en examinant le visage ensommeillé, bonasse, aux pommettes saillantes, de Guérassim : « Qu’arrivera-t-il si toute ma vie, ma vie consciente, n’a pas été ce qu’elle devait être ? » Il se mit à songer que cette hypothèse, jugée d’abord par lui inadmissible, pouvait bien être la vérité et que sa vie n’était peut-être pas exempte de reproches. Il se rappela ses rares moments de révolte contre ce que la haute société approuvait. Ces moments de révolte, qu’il refrénait bien vite, étaient peut-être les seuls bons moments de sa vie, alors que tout le reste était vilenie. Et son service, et l’organisation de sa vie, sa famille, ses intérêts mondains et professionnels, qu’y avait-il eu de bon dans tout cela ? Il essaya de défendre son existence passée. Mais il sentit lui-même la faiblesse de ses arguments ; Il n’avait rien à défendre. « Et si c’est ainsi, se dit-il, si je m’en vais avec la ferme conviction d’avoir perdu sans aucun recours tout ce qui m’avait été donné, alors que faire ? » Il se mit sur le dos et se remémora sa vie entière. Le lendemain matin, quand il vit son domestique, puis sa femme, sa fille, le médecin, chacun de leurs mouvements, chacune de leurs paroles, le confirma dans cette terrible réalité qui lui était apparue cette nuit. Il se reconnut en eux. Il vit clairement que tout ce qui avait composé sa vie n’était qu’un effroyable, un énorme mensonge, qui dissimulait et la vie et la mort. Cette conviction ne fit qu’augmenter, décupler ses souffrances physiques. Il se mit à gémir, à s’agiter, à arracher ses vêtements qui l’étouffaient. Voilà donc pourquoi il les haïssait tous.

On lui administra une forte dose d’opium. Il se calma, mais à l’heure du dîner, les douleurs recommencèrent. Il ne permettait à personne de s’approcher de lui, et se démenait furieusement.

Cependant sa femme s’approcha et lui dit :

— Jean, mon ami, fais cela pour moi (pour moi).

Cela ne peut te faire de mal, et cela soulage souvent. C’est peu de chose… les personnes bien portantes le font aussi.

Il ouvrit les yeux démesurément.

— Quoi ? L’extrême-onction ? Mais pourquoi ?… Non, je ne veux pas… Cependant.

Elle fondit en larmes.

— Oui, mon ami. Je vais appeler notre prêtre. Il est si charmant !

— C’est parfait ; c’est bien ! fit-il.

Le prêtre vint, administra le malade qui se calma, sentit diminuer ses doutes, et, par suite, ses souffrances. Il eut même une lueur d’espoir. Il se mit de nouveau à songer à son intestin et à la possibilité de guérir. Il communia avec des larmes dans les yeux.

Lorsqu’après la cérémonie on le recoucha, au premier moment il se sentit mieux et se reprit à espérer. Il se mit entrevoir la possibilité de l’opération qu’on lui proposait. « Je veux vivre ! Je veux vivre ! » se disait-il.

Sa femme vint le féliciter ; elle prononça les paroles d’usage en pareil cas et ajouta :

— N’est-ce pas que tu te sens mieux ?

Sans la regarder il lui répondit :

— Oui.

Son costume, son attitude, l’expression de son visage, tout lui criait : « Ce n’est pas cela ! Tout ce qui remplissait ta vie d’autrefois et ta vie présente n’est que mensonge, que dissimulation, qui cachent à tes yeux la vie et la mort. » A cette pensée, sa haine se ranima, et, avec elle, ses souffrances physiques et la certitude d’une mort prochaine inévitable. Quelque chose de nouveau se produisit en lui ; c’était comme si une vis lui eût troué le corps, comme si des coups de fusil lui eussent déchiqueté les entrailles. La respiration lui manqua.

L’expression de son visage lorsqu’il avait répondu oui à sa femme était vraiment terrible. Aussitôt qu’il eut prononcé ce oui, en regardant sa femme bien en face, il se retourna avec une force extraordinaire pour un homme aussi faible et il s’écria :

— Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Laissez-moi !

 

Chapitre XII

 

Dès ce moment, commencèrent ces cris effrayants, qui continuèrent pendant trois jours, qu’on entendait à travers deux pièces, et qui remplissaient l’âme de terreur. Au moment même où il répondait à sa femme il avait compris qu’il était perdu, qu’il n’y avait plus d’espoir, que cette fois c’était la fin, et que le problème de la vie restait insoluble.

— Ah ! Ah ! Ah ! criait-il sur toutes sortes d’intonations. Il commençait par crier : Je ne veux pas ! et son cri : ah ! ah ! continuait le son final de cette phrase.

Pendant trois jours il cria ainsi. Il se débattait dans ce sac noir où le poussait une force invisible et invincible. Il se débattait comme se débat un condamné à mort entre les mains du bourreau, bien qu’il sache qu’il ne peut échapper au supplice ; et, en dépit de ses efforts désespérés, il se sentait emporté de plus en plus vers ce qui le terrifiait. Il sentait que ses souffrances provenaient de ce qu’il s’enfonçait dans ce trou noir et n’y pouvait pénétrer tout entier. Ce qui l’empêchait d’y entrer, c’est l’idée que sa vie n’avait pas été mauvaise. Cette justification de sa vie le retenait, le tirait en arrière, et le tourmentait le plus. Tout à coup une force quelconque le frappa dans la poitrine et le côté. Il suffoqua. Il était précipité dans le trou noir et là, au fond, quelque chose brillait. Il éprouvait ce qu’on éprouve parfois en chemin de fer, quand on croit avancer tandis qu’on recule et que, tout à coup, on s’aperçoit de son erreur. « Oui, ce n’était pas cela ! » se dit-il. « Mais cela ne fait rien. On peut encore réparer cela. » Quoi « cela » ? » se demanda-t-il et, soudain, il se calma.

C’était à la fin de la troisième journée, deux heures avant sa mort. À ce moment le petit collégien se glissa doucement dans la chambre de son père et s’approcha du lit. Le mourant continuait à crier en agitant les bras. Sa main rencontra par hasard la tête de son fils. Le petit collégien la saisit et la baisa en sanglotant. C’était juste au moment où Ivan Ilitch, précipité dans le trou noir, voyait le point lumineux et comprenait que sa vie n’avait pas été ce qu’elle devait être, mais qu’il pouvait encore réparer cela. Il se demandait : Quoi, « cela » ? et attendait quand il se sentit baiser la main. Il ouvrit les yeux et aperçut son fils. Il s’attendrit. À ce moment sa femme s’approcha. Il jeta les yeux sur elle. La bouche ouverte, le visage couvert de larmes, elle le regardait. Il eut pitié d’elle. « Oui, je les torture, pensa-t-il. Cela leur fait de la peine. Il vaut mieux pour eux que je parte. »

Il voulut leur dire cela, mais il n’en eut pas la force.

« À quoi bon parler. Il faut mieux le faire », pensa-t-il. Il montra des yeux son fils à sa femme et dit :

— Va… J’ai pitié… et de toi aussi…..

Il voulut ajouter : « Pardonne » (Prosti), mais dit « Passé » (Propousti) ; mais n’ayant pas la force de se reprendre, il laissa tomber sa main avec découragement, sûr d’être compris par qui de droit. Soudain, le problème qui l’obsédait s’éclaira de deux côtés, de dix côtés, sous toutes ses faces.

« J’ai pitié d’eux. Je voudrais les voir moins souffrir, les délivrer de moi, me délivrer moi-même de ces souffrances. Comme c’est bien et comme c’est simple, pensa-t-il. Et mon mal, où est-il ?… Où es-tu, mon mal ?… »

Il devint tout attention. « Ah ! le voilà ! Eh bien, tant pis ! Et la mort ! où est-elle ? » Il chercha sa peur accoutumée et ne la trouva pas. « Où est-elle la mort ? » Il n’avait plus peur, car il n’y avait plus de mort. Au lieu de la mort il voyait la lumière. « Ah ! voilà donc ce que c’est », prononça-t-il à haute voix. « Quelle joie ! »

Tout cela ne dura qu’un instant. Mais l’importance de cet instant fut définitive. Pour son entourage son agonie se prolongea encore deux heures. Quelque chose râlait dans sa poitrine, son corps ruiné tressautait. Puis, peu à peu, le râle et les secousses diminuèrent.

— C’est fini ! dit quelqu’un derrière son chevet.

Il entendit ces paroles et se les répéta : « Finie la mort… La mort n’existe plus ! » se dit-il.

Il fit un mouvement d’aspiration, qui demeura inachevé, se raidit et mourut.

 

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

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-43-

 

Texte sur Montaigne recueilli dans

L'Histoire de la littérature française (1920)

par Gustave Lanson 1857-1934

 

Livre:Lanson - Histoire de la littérature française, 1920

https://fr.wikisource.org/.../Livre : Lanson

 

 

Michel de Montaigne 1533-1592

Écrivain, philosophe et moraliste de la Renaissance

LES ESSAIS

"Je suis moi-même la matière de mon livre."

 

Extraits

Page 328

Mais enfin voilà le produit net de sa vaste et curieuse enquête : à travers tous ces faits, témoignages et arguments qui se choquent confusément, ceci seul apparaît, que les hommes ne sont d’accord sur rien, qu'ils ne savent rien : en politique, en législation, en morale, en religion, en métaphysique, les peuples donnent des démentis aux peuples, les siècles aux siècles ; le vulgaire se divise, et les savants s’accusent de rêverie ou d’ânerie. Ni la souple et ployable raison n’a su trouver une vérité constante, ni l’ondoyant et divers instinct n’a pu établir une forme universelle de vie. C’est un chaos de systèmes et de pratiques, où il se manifeste que l’homme ignore ce qu’est son âme, et son corps, et l’univers, et Dieu : l'Apologie de Raimond Sebond, cet immense chapitre de trois cents pages, est le recueil de toutes nos ignorances, erreurs, incohérences et contradictions, et conclut au doute absolu, universel. Logé au centre du livre, il en dégage l’esprit, il en concentre pour ainsi dire toute l’essence. C’est l’impression du moins qu’on en doit d’abord ressentir.

 

Mais, à la réflexion, on se demande si Montaigne est vraiment un sceptique : si son scepticisme est universel. Je remarque que toutes ces choses dont il doute et nous fait douter, sont justement celles pour lesquelles les hommes se cassent la tête, au propre comme au figuré. Je remarque que ce sont celles qui dépassent l’expérience et le raisonnement, sur lesquelles nombre de gens, qui n’étaient pas sceptiques, ont déclaré impossible à l’esprit humain d’acquérir aucune certitude, et que divers dogmatismes très positifs ont dénommé l’inconnaissable. Et dès lors le scepticisme de Montaigne sur les objets métaphysiques est un scepticisme transcendental, très limité par conséquent et circonscrit. Je remarque encore que le doute de Montaigne atteint avec la métaphysique d’autres choses, mais qui sont précisément comme un écoulement de la métaphysique dans la réalité : et je crois bien que son scepticisme transcendental a surtout pour but de couper dans la racine les affirmations métaphysiques dont notre vie sociale reçoit sa forme, et pour lesquelles nous nous coupons la gorge. Et je remarque enfin qu’au delà de la métaphysique et de ses émanations de l’ordre pratique, Montaigne travaille à nous faire douter des formes multiples où nous réalisons nos instincts, à nous persuader

que ces formes, toutes relatives à nous, ne sont pas ces instincts, ni ne leur sont essentielles ; que donc nous ne devons pas nous opposer, nous diviser par là, ni refuser de voir nos semblables dans des hommes qui ne prient pas, ne parlent pas, ne s’habillent pas comme nous : est-ce raison d’assommer des sauvages parce qu’ils ne portent pas de hauts-de-chausses ?

 

Qu’est-ce à dire, sinon que Montaigne donne le scepticisme pour remède au fanatisme ? pas moins, pas plus. Il veut mettre dans le monde tout juste assez de doute pour que le monde vive en paix, pour que Montaigne ne soit tracassé, tourmenté ni par ses passions, ni par les passions de ses voisins : prêcher la tolérance, c’est fort bien ; insinuer le Que sais-je ? est plus sûr. Qui supprime la cause, supprime l’efTet. Son scepticisme, c’est le secret de vivre à l’aise au milieu des guerres civiles, et le secret d’éteindre les guerres civiles, qui empêchent de vivre à l’aise. [...]

 

Page 323

Michel de Montaigne est un aimable homme, quand il parle de soi (et il en parle toujours), mais jamais plus que lorsqu’il parle de cette partie de lui qui est son intelligence, ses idées : alors il devient singulièrement intéressant ; alors il nous parle de nous, en parlant de lui ; il nous confesse, en se confessant ; il nous guide, en s’orientant. Il est parti de ce point de départ, dont chacun de nous, s’il était franc, prendrait bien volontiers l’analogue en lui—même : qu’il n’y avait rien de plus intéressant au monde pour lui que Michel de Montaigne, et que l’objet de son étude devait être ce qu’était, ce que sentait, ce que voulait Michel de Montaigne, pour lui ménager le plus de commodité, d’aise et de bonheur en cette incertaine vie. Mais regardant en lui, il y a trouvé quelque chose de plus que lui-même, l’homme : et il a trouvé aussi qu’il ne se connaîtrait bien lui-même qu’en regardant hors de lui : ses voisins de Gascogne d’abord, ses voisins de France aussi, ses voisins d’Allemagne et d’Italie, ses voisins d’Amérique, ses voisins enfin de tout ce « petit caveau » qui est la terre dans l’univers : et les voisins du temps comme les voisins de l'espace, les gens d'hier et d'avant-hier, et d'autrefois, l’humanité qu’on appelle ancienne.

 

Et voilà qu’en cherchant Montaigne, il a vagabondé de corps et d’esprit, surtout d’esprit, à travers tous les pays et tous les siècles : en cherchant les plus douces assiettes et les plus aisées postures, il a essayé toutes les assiettes et toutes les postures où la pauvre humanité s’est figurée à chaque moment trouver le repos pour l’éternité des siècles. Pour faire rendre le plus de réel bonheur à ses cinq ou six mille livres de rente qu’il mangeait en son castel, il a confronté avec sa Gascogne et sa France les deux mondes découverts depuis un siècle, le monde de la nature, les sauvages de l’Amérique, et le monde de la civilisation. les penseurs opinions, les mœurs, depuis la façon de s’habiller jusqu’à la morale et la religion, le plus universel, épouvantable et grotesque conflit qui se puisse imaginer. Il nous a apporté fidèlement, naïvement, triomphalement les résultats incohérents de son enquête. Il a recueilli de ses conversations, des relations des voyageurs, de

tous les écrits des anciens, le plus volumineux dossier des contradictions humaines. On peut même soupçonner qu’il prend grand plaisir à l’enfler, et regarde au nombre plus qu'au choix : témoin ces amours d’un éléphant et d’une bouquetière en la ville d’Alexandrie, dont il nous fait part gravement, et je ne sais combien d’autres sottises, auxquelles il se donne l’air de croire. Il se moque de nous, au fond : s’en moque-t-il toujours autant qu’on aimerait à le penser ? Prenons bien garde que la critique historique est la dernière née, et que la critique philosophique pendant deux ou trois siècles a fait son œuvre sans elle et même parfois contre elle. Je ne garantis pas du tout dans quelle mesure ce grand douteur de Montaigne savait douter d’un texte.

 

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Le numéro 440 du magazine LIRE de novembre 2015 a été consacré à Michel de Montaigne. > Les magazines LIRE de 2015

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441 décembre 2015 et janvier 2016

J'ai lu, le coeur déchiré le mot n'est pas trop fort le dernier édito de François Busnel. Il quitte le magazine.

Depuis toujours mes lectures m'ont servi de guide. Elles m'ont appris notamment, que nous sommes ce que nous faisons [...]

Le journaliste n'a pas de plan de carrière ; il vagabonde, guidé par sa passion, conscient que le clou qui dépasse appelle tôt ou tard le marteau.[...]

 Amis, lectrices, lecteurs, je vous remercie de votre fidélité.

Nous aurons d'autres rendez-vous...

Il y a tant à vivre, tant à faire.- F. Busnel

Vous avez tant de cordes à votre arc, Monsieur Busnel. Bon vent !

............

Tweets de Julien Bisson du 27 novembre 2015 menu deLIRE

Le nouveau #Lire est en kiosques ! Spécial #20meilleurs et Beaux livres...

Ça y est, il est en kiosques et chez nos abonnés : le numéro de décembre/janvier de Lire, spécial "20 meilleurs livres de l'année" ! Un numéro dans lequel vous trouverez tous nos conseils de lecture et de cadeaux avant les Fêtes de fin d'année...
Au programme de ce numéro :
- Les 20 meilleurs livres de l'année : découvrez les choix de Lire dans chaque genre littéraire, et bien évidemment le meilleur livre de l'année, "2084 - La fin du monde", de Boualem Sansal (Gallimard)
- Grand entretien : Boualem Sansal, justement ! Quelques jours seulement avant ce 13 novembre fatidique, l'écrivain algérien était longuement revenu avec nous sur le péril djihadiste et les mécanismes du fanatisme, mais aussi sur son propre parcours intime et littéraire.
- Spécial Beaux Livres : une sélection de 20 pages qui vous proposera les plus beaux ouvrages en matière de peinture, de photo, d'histoire, de cuisine, de bande dessinée ou de pop culture - vous ne manquerez pas d'idées de cadeaux !
- Enquête : comment la littérature se met sur son 31 pour les Fêtes ? Nous avons interrogé libraires et éditeurs, qui vous dévoilent les petites attentions qu'ils réserent aux lecteurs en cette période de Noël.
- L'Univers : découvrez l'atelier de l'artiste Ernest Pignon-Ernest, en banlieue parisienne, où s'affichent héros littéraires, femmes dénudées, mais surtout une conception de l'art très engagée.
- Rentrée littéraire 2016 : retrouvez en avant-première, et en exclusivité, les premières pages des livres les plus attendus de la rentrée : Edouard Louis, Olivier Adam, Jean d'Ormesson, Philippe Claudel ou encore le premier roman inédit d'Haruki Murakami.
- Jeunesse : Quelques jours avant l'ouverture du Salon du livre de Montreuil, découvrez les coulisses de cette grande messe de la littérature jeunesse. Et plongez-vous dans l'oeuvre de Lewis Carroll, dont le célèbre "Alice au pays des merveilles" fête cette année ses 150 ans...
N'hésitez pas à partager avec vos amis ! Toute la rédaction de Lire est en tout cas engagée, dans ces heures sombres, pour la défense de la culture, de la littérature, bref, de la vie. Bonne(s) lecture(s) à tous !

Ils sont dans le nouveau #Lire : @edouard_louis, @harukimurakami_, @GrandeLibrairie, @paullynchwriter, @SLPJ93, @stephdegroodt ... @officialKeef, @Victordelarbol, @Ryan_Gattis, @galfard, @s_bramly, @DavidFoenkinos, @AnneSophiePic @miles_hyman, @EmmanuelPierrat, @richardhoskins, @phoebelouise, @JaxMillerAuthor, @lawrence_wright ...

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2084 - La fin du monde de Boualem Sansal - Le meilleur livre de l'année pour le magazine #Lire

Voir :http://bit.ly/1kVmEJ0 

Extraits

Histoire de la violence par Edouard Louis

Creusant le noir de l'âme humaine, cette Histoire de la violence n'est sans doute pas un livre "agréable". mais c'est un livre riche, profond, terriblement puissant.[...]- Julien Bisson

La renverse par Olivier Adam

Il sera évidemment tentant de vouloir déchiffrer les clés du roman librement inspiré de l'affaire George Tron  (par ailleurs maire de Draveil, la ville natale de l'auteur). On aurait tort de ne lire la Renverse que sous le prisme du fait divers ou du règlement de comptes politique [...]- Julien Bisson

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle par Jean d'Ormesson

Je ne me suis jamais ennuyé avec moi.- Jean d'Ormesson 

L'arbre du pays Toraja par Philippe Claudel

Ecoute l'histoire du vent - Flipper - 1973 - par Haruki Murakami

C'est un petit évènement : trente-sept ans après leur publication au Japon, les deux premiers ouvrages d'Haruki Murakami vont enfin voir le jour en France.. deux romans courts et intrigants "écrits sur une table de cuisine", comme le raconte l'écrivain nippon dans une préface passionnante [...]- Julien Bisson

Les écrivains du bac Lewis Carrol

 

Sur Wikipédia, on peut lire :

Anciens responsables (direction ou rédaction) de LIRE

Jean-Louis Servan-Schreiber

Bernard Pivot (1975-1993)

Pierre Assouline (1993-2004)

François Busnel (2004-2015)

 

440 novembre 2015

Le menu de LIRE de Julien Bisson sur facebook, le 29 octobre 2015 (sur twitter)

> Lire

Ça y est, il est disponible en kiosques aujourd'hui : le numéro de novembre de LIRE ! Avec un dossier spécial de 22 pages dans lequel nous vous expliquerons pourquoi Montaigne est notre contemporain, un entretien exclusif avec Dennis Lehane, et le meilleur des livres de l'automne, à découvrir sans tarder...

Au sommaire de ce numéro :

- Montaigne, notre contemporain : vous saurez tout sur l'auteur des "Essais" grâce aux analyses d'Antoine Compagnon, Jean-Michel Delacomptée, Jean d'Ormesson, André Comte-Sponville, Alberto Manguel, Stefan Zweig ou Eric-Emmanuel Schmitt...

- Entretien exclusif : nous sommes allées rencontrer Dennis Lehane, chez lui, à Los Angeles, pour un entretien au long cours avec l'auteur de "Mystic River" et "Shutter Island".

- L'univers de Zep : l'auteur de "Titeuf" nous a ouverts les portes de son château, au bord du lac Léman, où il s'est aménagé un large atelier où vivent ses rêves d'enfants.

- Extraits : découvrez en avant-première, et en exclusivité, les premières pages des nouveaux livres de Sandor Marai, Alberto MAnguel, Cédric Villani, sans oublier la nouvelle pièce de théâtre de Yasmina Reza.

- Le débat de Lire : y a-t-il une littérature noire ? Entretien croisé avec deux des meilleurs romanciers actuels, l'Américain James McBride et le Canado-haïtien Dany Laferrière.

- Climat : à quelques semaines de la Cop 21, nous avons fait le tour pour vous des essais qui explorent et dissèquent l'urgence climatique.

- Le témoin du mois : deux semaines après l'attentat qui a frappé Ankara, la grande Oya Baydar évoque pour nous le péril qui plane sur la démocratie turque.

- Sans oublier : les nouveaux livres de Philippe Claudel, Raymond Carver, Yann Queffelec, Diane Ducret, Michel Faber, Alice McDermott, Serge Bramly, et bien d'autres encore...

Bonne(s) lecture(s) à tous ! N'hésitez pas à partager l'annonce de ce nouveau numéro. Et nous vous souhaitons un très bel automne, sous le signe des livres...

Un magnifique numéro sur Montaigne

Dans l'édito de François Busnel (extraits)

La lecture des Essais peut nous procurer ce "supplément d'âme" que cherchent tous ceux qui résistent à cette civilisation du chiffre, du profit, du mensonge, du superflu – cette civilisation où chacun veut régner, thésauriser, bâtir", comme l'écrit l'auteur des Essais.

Lire Montaigne en ces temps où triomphent les fanatismes - religieux et financiers - est plus que nécessaire.[...]

Je gage que les lecteurs de LIRE sont ceux qui préfèrent "une tête bien faite à une tête bien pleine". Qu'ils affectionnent cette définition de l'amitié : "Parce que c'était lui, parce que c'était moi." Et savent bien que "sur le plus haut trône du monde, on n'est toujours assis que sur son cul."

Hommage à Henning Mankell, auteur et citoyen engagé, qui vient de mourir d'un cancer à l'âge de 67 ans.

On peut suivre la série des enquêtes de Wallander, en ce moment, tous les vendredis sur la 12.

Montaigne notre contemporain.

Figure majeure de la Renaissance intellectuelle, l'auteur des Essais connut les guerres de religions, la violence politique et la conquête coloniale. De la contemplation de ce monde chancelant, il tira une oeuvre universelle sur "l'humaine condition", dont les leçons de liberté, de sagesse et de tolérance ont su traverser les siècles pour venir éclairer aujourd'hui notre époque.

Un classique, Montaigne ? Evidemment. Mais un classique à la modernité effarante, à (re)découvrir sans tarder.

Leur Montaigne, par Jean d'Ormesson, André Comte-Sponville, Eric-Emmanuel Schmitt...

L'homme de la tolérance, par Jean d'Ormesson

Comme disait Paul Valéry, je suis rarement de ma propre opinion. Je suis toujours tenté d'être d'accord avec mon adversaire... Pour Montaigne, c'est le principe même de la tolérance. Il faudrait faire lire cela aux Le Pen et aux djihadistes ! D'autant que pour lui, la tolérance va de pair avec la modestie et le courage. Il montre merveilleusement qu'à la racine de la pensée, il y a l'honnêteté. [...] Jean d'O.

Le philosophe fortuit par André Comte-Sponville

Maître de liberté, de lucidité, de tolérance, Montaiegne est une arme contre tout fanatisme, sans jamais tomber dans quelque nihilisme que ce soit. [...]André C-S

Utile car incertain par Eric-Emmanuel Schmitt

Montaigne, c'est l'homme qui cherche, pas celui qui a trouvé. Il ne nous apprend ni sa philosophie, ni la philosophie, mais à philosopher. Auprès de lui, on s'étonne, on analyse, on fouille, on émet des hypothèses, on doute, on recommence, on se confronte aux théories passées ou présentes, on les soupèse, on s'en approche, on s'en éloigne, on reprend le chemin, on marche. [...] E-E Schmitt

L'ami de la raison par Alberto Manguel

Notre temps se délecte de bêtises et fait l'éloge de la banalité.[...]

Borgès, dans un texte de 1957, dit que la décision prise par Montaigne d'écrire les Essais fut "la plus paisible des révolutions françaises" par sa volonté de se mettre lui-même au coeur de ses réflexions sur le monde.[...]A. Manguel

Extrait MONTAIGNE par Stephan Zweig

Introduction de Julien Bisson : [...] Fin psychologue, Zweig y sculpte la statue imposante d'un penseur universel, , héraut de la liberté et de cette fameuse "citadelle intérieure" que chaque homme se doit de bâtir, afin de se protéger des tumultes du monde. Sans doute cherchait-il dans ces lignes un antidote à ses douleurs. Cela ne suffira pas : quelques semaines après avoir achevé le texte, Zweig se suicidera avec son épouse Lotte. Publié à titre posthume, en 1960, ce livre testament, intense et épuré, en dit autant sur l'auteur que sur son modèle. Et vient relier à travers les siècles deux "hommes libres", unis par leurs préoccupations de l'humaine condition.

 

439 octobre 2015

Le menu de Lire d'octobre par Julien Bisson d'après son tweet du 23 septembre 2015

>> fb.me/7H82qeds9

le numéro d'octobre de LIRE, spécial littérature étrangère ! Soit 50 pages de portraits, reportages, critiques et extraits pour vous ouvrir à tous les horizons du monde...

Au programme de ce numéro très international :
- Jim Harrison, le dernier des géants : François Busnel est allé rencontrer l'écrivain américain, chez lui, au coeur du Montana. Il en a ramené un reportage exclusif, où il sera question de parties de pêche, de l'identité américaine, de bons vins français, de l'importance de l'ail dans la vie. Et, surtout, de littérature.

- Univers : Toni Morrison nous a ouvert les portes de sa maison de Grand View, au nord de New York, où elle vit et écrit depuis près de 40 ans. Une rencontre rare, dans l'intimité d'une prix Nobel de littérature.

- Notre sélection des 10 romans incontournables de la rentrée étrangère, des 10 écrivains à découvrir venus des 4 coins du monde, et des meilleurs polars de l'automne.

- Extraits : les premières pages des livres phares de l'automne, signés Ian McEwan, William Boyd, Harper Lee et Henning Mankell.

Mais aussi, dans ce numéro :
- Un grand portrait de Joël Dicker, que nous sommes allés rencontrer sur les bords du Lac Léman pour son nouveau roman, "Le Livre des Baltimore"

- En exclu, quelques planches de la BD la plus attendue de l'automne : le nouveau Corto Maltese !

- Les biographies événements de Louis Aragon, Claude Lévi-Strauss et Robert Musil.

- Sans oublier nos coups de coeur romans, théâtre, BD, sciences, histoire, gastronomie, etc...

L'édito de François Busnel

De toute crise naît un destin. Celui de Jim Harrison est tissé de gloire et de défaites, de rebonds et de drames, de couronnements et d'errances. Sur cet écrivain devenu culte courent bien des anecdotes. Certaines sont totalement farfelues. D'autres sont exagérément vraies. Toutes ont contribué à forger sa légende. Celle de "Poor little Jimmy" comme on l'appelait enfant, devenu "Big Jim" [...]

Extraits

Ian McEwan – L'intérêt de l'enfant

Ouvrir un nouveau roman de Ian McEwan, c'est retrouver, avec une joie non dissimulée, sa prose élémentaire et acérée qui découpe ses personnages au scalpel avec une cruauté raffinée. L'héroïne de l'Intérêt de l'enfant n'est pas médecin, mais elle aussi, pourtant, tient la vie de ses semblables entre ses mains. Juge aux affaires familiales, Fiona Maye doit chaque jour trancher des différends complexes, de l'éducation d'un enfant après un divorce à la séparation nécessaire de deux bébés siamois. Des affaires pénibles qui ne sont pas sans conséquences pour cette femme sensible, cultivée et respectée par ses pairs. Son couple, surtout, est en péril [...] - Julien Bisson

William Boyd – Les vies multiples d'Amory Clay

Au fil de sa carrière, William Boyd a multiplié les portraits d'artistes avec l'Histoire, imaginant les carnets d'un écrivain dans A livre ouvert, ou dressant la monographie d'un peintre (fictif) dans Nat Tate : Un artiste américain. Dans son nouveau roman, l'auteur capture cette fois les" mémoires" d'une photographe de caractère dont le destin épousera celui du siècle dernier. Née en 1908 dans l'Angleterre Edouardienne, Amory Clay se prend de passion pour l'image lorsqu'un séduisant oncle lui offre son premier appareil photo, un Kodak Brownie n°2 . Dans une époque où la photographie reste une activité indécrottablement masculine, la jeune femme devra jouer des coudes pour se faire une place au soleil. Elle découvrira alors le Berlin décadent des années 1920, visitera New York et Paris, avant d'embarquer pour le Vietnam comme photoreporter [...] - Julien Bisson

Harper Lee – Va et poste une sentinelle

Elle n'avait jusqu'ici publié qu'un seul livre. Et non des moindres ! Paru en 1960 le roman culte Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur marqua plusieurs générations de lecteurs américains. Roman culte parce qu'emblématique d'une époque et de son climat politique [...] Mais voilà qu'en février 2015, l'éditeur newyorkais d'Harper Lee annonce la sortie d'un second livre, plus d'un demi-siècle après le premier ! Son retour perpétue avec grand bruit la légende : l'avocate de l'écrivaine aurait par hasard retrouvé le tapuscrit de ce texte inédit accroché à celui du best-seller. Certains suspectent que la vieille dame, manipulée, n'aurait pas donné son accord pour la publication du texte écrit plus tôt dans les années cinquante [...]- Estelle Lenartowicz

Henning Mankell – Sable mouvant Fragments de ma vie

[...] La vie consiste la plupart du temps en hasards qui viennent pour ainsi dire à notre rencontre", écrit-il. Les "hasards" du cancer l'amènent à retrouver le sens des priorités. Ainsi, vivre avec la peur ne l'empêchera pas de relire Robinson Crusoé et Au coeur des ténèbres, d'écouter Miles Davis et Beethoven, de penser à la route de Salamanque, aux ruelles de Maputou ou de retrouver l'émotion ressentie un soir près d'Athènes, en parcourant le théâtre antique. H. M. ne fait jamais son bravache dans ce récit. Et lorsqu'il affirme qu'il "parle de la joie de vivre", nous le croyons.- Christine Ferniot

Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero – Corto Maltese Sous le soleil de minuit

C'est un retour aussi inattendu que redouté ! Vingt ans après la disparition de son créateur Hugo Pratt, Corto Maltese va de nouveau promener sa longue silhouette en librairie [...] Julien Bisson

La chronique de Philippe Alexandre - Le stage est fini par Françoise Fressoz

Tous les auteurs qui écrivent sur la France de François Hollande, qu'ils soient politiques, journalistes ou universitaires, se croiraient déshonorés et peu crédibles s'ils manifestaient la moindre indulgence. La journaliste Françoise Fressoz est la dernière en date de ces critiques impitoyables. Une phrase résume son livre : "En Hollande rien n'est lisible, tout dérape, tout va trop loin comme une mauvaise farce." [...]

Les écrivains du Bac William Faulkner

 

438 septembre 2015

La rentrée littéraire – Les romans qu'il ne faut (surtout) pas rater

Le menu de Lire de juillet & août par Julien Bisson d'après son tweet du 20 août 2015

(tweet du 20 août 2015 lien modifié)
Au programme de ce numéro très touffu :

- "Millénium, les secrets d'un retour" : comment Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist ont-ils fait leur retour en librairie ? Nous avons enquêté.
- Rentrée littéraire : Notre sélection de romans français à ne (surtout) pas rater. Incontournables, découvertes, récits, premiers romans, nous vous dirons tout sur les livres phares de l’automne, de Christine Angot à Laurent Binet, de Delphine de Vigan à Hédi Kaddour, de Sophie Divry à Simon Libérati. Et bien d'autres !
- Grand entretien avec Mathias Enard : cet écrivain majeur fait paraître "Boussole", roman fleuve sur les rapports entre Orient et Occident à travers les siècles. Il nous dit tout sur son parcours, ses angoisses, ses espoirs, et sur les pouvoirs de la littérature.
- Extraits exclusifs : les nouveaux romans de Jim Harrison, Richard Ford, Javier Cercas et Jean-Philippe Toussaint, ainsi que l'essai événement "Sapiens, une brève histoire de l'humanité"
- L'Univers d'un écrivain : dans l'antre japonisant de Jean-Christophe Grangé, la star française du polar, qui revient au sommet avec "Lontano"
- Le Témoin du mois : la romancière indienne Deepti Kapoor revient pour nous sur la difficile révolution sexuelle au pays du Kama-Sutra
- Sans oublier : notre sélection essais, poche, BD, jeunesse, sans oublier les chroniques de Philippe Alexandre et Gérard Oberlé, et l'édito de François Busnel...
Partagez, et lisez ! Bonne rentrée à tous !

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François Busnel

Edito .- Cette rentrée littéraire de 2015 est absolument passionnante.[...]

Pour lire la suite, cliquez sur l'image de l'édito Lire | Facebook

393 romans à paraître d'ici la mi-octobre

L'entretien de Julien Bisson : Mathias Enard

J'aime l'idée que le plaisir du Beau s'oppose à la violence et à la souffrance dans le monde.- M. E.

Je voulais montrer que l'Orient ne saurait être réduit à Daesh et aux islamistes, mais qu'il est aussi source d'une richesse culturelle.-M. E.

Le savoir, en général, et la littérature, en particuler, ont un vrai pouvoir. Lire des livres est une façon d'être libre.-M. E.

Enquête Millénium 4 Les secrets d'un retour

L'Univers d'un écrivain Jean-Claude Grangé

Extraits

Jean-Philippe Toussaint - Football

Le football, qui a d'abord été l'opium du peuple, est désormais aussi l'opium des intellectuels [...] Nul besoin d'être un footeux pour se délecter de la précision technique,de la puissance de frappe et du verbe aérien d'un Jean-Philippe Toussaint en forme littérairement athlétique.- Estelle Lenartowicz

Début de l'extrait : Voici un livre qui ne plaira à personne, ni aux intellectuels qui ne s'intéressent pas au football, ni aux amateurs de football qui le trouveront trop intellectuel. Mais il me fallait l'écrire, je ne voulais pas rompre le fil ténu qui me relie encore au monde.- J.-P. T.

Jim Harrison - Péchés capitaux

Trois ans après Grand Maître, Péchés capitaux est la deuxième aventure du dernier né des personnage "harrisoniens" : l'inspecteur Sunderson, frais retraité de la police du Michigan. Comme le précédent, ce roman est sous-titré Faux roman policier, et l'enquête n'aura qu'un seul but : mettre en situation son savoureux personnage [...] on se réjouit de lire un humour noir, une plume excitée et tournée vers les sens, la luxure et la jouissance. Le grand Jim se rapproche de son plus haut niveau.- Hubert Artus

Note de Mamiehiou : Je me remémore Les grands espaces dans Les Carnets de route de François Busnel où cet amoureux des livres rencontre Jim Harrison. Un grand moment. Quel plaisir de voir et d'entendre l'écrivain qui fait corps avec son décor ! Existe-t-il personnalité plus étonnante ? François Busnel a l'art de donner chair aux auteurs qu'il aime.

Richard Ford - En toute franchise

Javier Cercas - l'Imposteur

L'écrivain espagnol s'intéresse à une figure pour le moins complexe de "grand imposteur" et de "grand maudit. Enrico Marco est cet homme qui, pendant trente ans "s'est fait passer pour un grand déporté dans l'Allemagne d'Hitlmer et un survivant des camps nazis".il a donné des centaines de conférences,présidé l'Amicale de Mauthausen, reçu des distinctions officielles, avant d'être démasqué en 2005 par un historien du nom de Benito Bermejo. [...] Alexandre Fillon

Yuval Noah Harari - Sapiens une brêve histoire de l'humanité

Ecologistes de tous pays, détrompez-vous ; la maltraitance de la planète par l'homme ne date pas d'hier. Ni même d'avant-hier. Il y a cinquante mille ans, un groupe d'homo sapiens débarquait sur les terres de l'actuelle Australie, transformant l'écosystème du continent au point de le rendre méconnaissable. [...] - Estelle Lenartowicz

Et aussi :

Clélia Renucci, - Libres d'aimer : Les Cougars dans la littérature

Une étude ludique de la femme Cougar, vue à travers des personnages tirés des chefs-d'oeuvre de la littérature du XVIIIe au XXIe siècle - BL

Etc.

Les Écrivains du Bac Charles Perrault

 

437 juillet & août 2015

Le menu de Lire de juillet & août par Julien Bisson d'après son tweet du 24 juin

Au programme :
- 50 livres pour votre été : notre sélection de romans et d'essais à dévorer sans modération, classés selon vos goûts et vos envies - envie de sourire, de s'émouvoir, de frissonner, de s'évader, de s'instruire, de vivre d'autres vies, de réfléchir ou de vibrer...
- Extraits exclusifs : les premières pages, à découvrir en avant-première, des 15 romans les plus attendus de la rentrée ! Soyez les premiers à goûter aux nouveaux Toni Morrison, Carole Martinez, Mathias Enard, Christine Angot, Richard Powers, Amélie Nothomb, Boualemn Sansal, David Grossmann, Sorj Chalandan ou Yasmina Khadra...
- Entretien : Guillaume Gallienne nous dit tout de sa passion de la lecture ! En privé ou à voix haute, sur les ondes de France Inter, l'acteur est devenu un passeur de livres incontournable. Et il revient sur son amour de Marcel Proust, Philip Roth, Léon Tolstoï, Victor Hugo, et même...Marc Lévy !
- Portfolio : les 10 plus belles librairies du monde sont à découvrir dans nos pages - à moins que vous ne décidiez d'aller les visiter durant vos vacances...
- L'Univers d'un écrivain : Gay Talese, journaliste dandy et délicieux, nous ouvre les portes de son antre à New York.
Mais aussi : une rencontre avec Anna Todd, l'auteure de la série "After", un portrait de Riad Sattouf, les choix de lecture de Jean-Pierre Coffe, le dictionnaire mensuel des citations, et bien d'autres choses encore...
Bonnes lectures ! Et bel été à tous ! Quant à nous, nous vous retrouverons le 20 août prochain, avec tous nos choix de la rentrée littéraire...

L'édito de François Bunuel

"L'été est la période idéale pour lire et relire. Que nous prenions le large ou que nous restions à quai, le temps s'étire différemment. Et il ménage les interstices où peuvent se glisser nos meilleurs amis : les livres.

[...] tous ces livres qui vous font de l'oeil et n'attendent que la caresse de votre main, le poids de votre regard [...]

Il y a peu de temps, je demandais à quelques romanciers français quels "classiques de la littérature" ils recommandaient aux télespectateurs [...] . Il y eut de belles et surprenantes réponses : Les Fabliaux érotiques [...], l'extraordinaire Misery de Stephen King [...], Adolphe de Benjamin Constant [...], Robinson Crusoe [...], Les Hauts de Hurlevent [...]

L'entretien de François Bunuel : Guillaume Galienne

"La lecture quelle qu'elle soit est bénéfiique. Que ce soit Stendhal, Philip Roth. Ou Marc Lévy."

"Avec Proust, j'ai découvert pour la première fois ce qu'était le style. Avant, je ne savais pas ce qu'était la musique du texte."

"Par mes origines maternelles russes, je vénère particulièrement les auteurs russes :Tchekhov, Pouchkine, Gorki, Dostoïevski."

Extrait Juste avant l'oubli de Alice Zeniter

"Franck avait la malchance de porter son prénom. Certains prénoms vous tuent à l'instant qu'il vous nomme. Franck était persuadé, jusque dans ses moment de bonheur les plus intenses, qu'il aurait pu avoir une vie meilleure sous une autre identité. Les gens ne le regardaient pas de la même manière que s'il s'était appelé Guillaume ou Théo. Les gens le regardaient de la manière dont ils regardaient les Kévin. Il végétait sans grâce au bas de la hiérarchie des prénoms.

Sa mère n'avait jamais expliqué les raisons de son choix. Ou il ne les avait jamais comprises. Elle disait qu'elle trouvait ça joli. Elle citait de nombreuses personnes que le prénom Franck n'avait pas empêchées d'accéder à la réussite, à la joie : Sinatra, Zappa – malgré le grand écart musical que demandait la juxtaposition de ces deux noms -, Provost - qui régnait sur un empire de cheveux – et une horde de footballeurs et de véliplanchistes couverts de titres et de médailles. Curieusement, elle incluait à la liste Benjamin Franklin, comme s'il s'était appelé Benjamin-Franck Lin – ce que Franck crut tout au long de son enfance."[...]

Les écrivains du bac Alphonse de Lamartine

 

436 juin 2015

LIRE A 40 ANS

Le menu de Lire de juin par Julien Bisson d'après son tweet du 28 mai

Le numéro anniversaire des 40 ans de LIRE ! Un numéro exceptionnel de 128 pages à lire et garder précieusement.
Au sommaire de ce numéro pas comme les autres :
- "Mes années LIRE" : Bernard Pivot, Jean-Louis Servan-Schreiber, Pierre Assouline et François Busnel racontent l'histoire du journal, et avec lui les grandes évolutions littéraires des 40 dernières années.
- Les 40 meilleurs livres de l'année : l'intégralité des livres sacrés par LIRE, comme une bibliothèque idéale des dernières décennies
- 40 ans, 40 écrivains : qui sont les écrivains français vivants à lire aujourd'hui ? Nous avons établi une liste de ces auteurs qui comptent, en cherchant leur première apparition dans le journal, et en rappelant pourquoi ils sont incontournables aujourd'hui
- Comment lire dans 40 ans ? Nous avons demandé à trois écrivains versés dans la science-fiction, Bernard Werber, Pierre Bordage et Cécile Coulon d'imaginer des scénarios pour 2055.
- Grand entretien : Michel Serres*. Le philosophe retrace pour nous l'évolution de nos sociétés au cours des 40 ans passés et imagine des pistes pour l'avenir du livre, de la presse et de la langue française.
Mais aussi, dans ce numéro :
- Extraits : les nouveaux livres de Michel Tournier*, Franck Thilliez, Mario Vargas Llosa
- Univers : dans le pied-à-terre parisien de Douglas Kennedy
- Témoin du mois : Giampaolo Musumeci et la question des migrations en Méditerranée
Et bien d'autres choses encore...

Voir aussi https://www.facebook.com/Lire.Magazine

Grand entretien *Michel Serres

"L'irruption du numérique n'a pas tué la civilisation du livre."

"Errare humanum est ne veut pas dire que l'erreur est humaine et qu'il faut la pardonner. Mais que l'homme se trompe parce qu'il pense."
"La civilisation de l'ordinateur et de l'algorythme n'a pas trouvé son originalité et se calque sur le modèle du livre."

Nostalgique, moi ? On était gouvernés par Franco, Mussolini, Hitler... Que de braves gens et près de 150 millions de morts."

Extraits

 Franck Thilliez, Pandémia

Mario Vargas Llosa, Le héros discret

Essais & idées : Waterloo – Textes de Loris Chavanette, Dimitri Casali, Stephen Clarke, Jean-Luc Chappey et Bernard Gainot

Classiques : Le Parapluie de Simon Leys par Pierre Boncenne

Quand vous viendrez me voir aux antipodes par Simon Leys

Extrait : Lettres parlées à son ami allemand Hellmut Waller (1967-1998)

de *Michel Tournier

Samedi 28 décembre à 10h10

"Procession dans le jardin d'un couvent à l'occasion de la fête du Sacré-Coeur. Jeanne (ma femme) conduit nos chères petites en robes blanches. Moi, je reste à cause des dames que je tiens à ne pas renconter. La vue de ces bourgeoises pieuses et implacables me plonge dans les gouffres de l'enfer. Je vais seul à l'église sangloter dans un coin sombre."

40 ans d'écrivains : JMG Le Clézio, Patrick Modiano, Jean d'Ormesson, Annie Ernaux, Jean Echenoz, Erik Orsenna, Pascal Quignard, Daniel Pennac, Christian Bobin, Michel Houellebecq, Charles Juliet, Boualem Sansal, Dany La ferrière, Eric-Emmanuel Schmitt, Milan Kundera, Philippe Claudel, Amélie Nothomb, Emmanuel Carrère, Maryliss de Kerangal, Anna Gavalda, Régis Jauffret, Phippe Djian, Pierre Michon, Yasmina Réza, Laurent Mauvignier,Marie N'Diaye, Olivier Adaml, Jean-Christophe Rufin,, Marc Guqain,, Nancy Huston, Fred Vargas, Jonathan Littell, Virginie Despentes, Lydie Salvayre, Eric Reinhardt, , Christine Angot, Sylvain Tesson, Véronique Ovaldé, Mathias Enard, Marie Darrieussecq.

Ces noms figurent sur la couverture du magazine.

L'édito de François Bunuel

"40 ans, Lire fête ce mois-ci ses 40 ans, et se porte à merveille. Quelle histoire ! Et que de chemin parcouru ! La tentation est forte, à chaque aniversaire, de faire les cent pas sur la promenade du ressassoir. Mais à force de regarder derrière soi, on se brise le cou. Voilà pourquoi nous avons préféré ancrer ce numéro anniversaire dans le présent, et – hommage aux fabuleux pouvoirs de la littérature – nous tourner vers l'avenir. [...]"

Mes Années LIRE par François Busnel

"[...] Etre journaliste à Lire, c'est partager des valeurs, . Résister à la tyrannie du cynisme, au diktat du buzz.

Il s'agit, pour faire bref, de remettre l'admiration, l'enthousiasme, et la curiosité au faîte de toute hiérarchie."

LIRE passe en revue les 40 écrivains et nous donne à lire ou à relire des extraits d'anciens numéros de LIRE, paragraphes intitulés : Ce qu'on disait alors. Pourquoi il est essentiel aujourd'hui. Une phrase à méditer. Le livre à (re)lire.

Exemple pour Jean d'Ormesson :

Le livre à (re)lire : Histoire du Juif errant. Sans doute le plus ambitieux et décoiffant de ses ouvrages, celui qui aspire à contenir tous les autres, et pour cause : son projet est rien de moins que "d'écrire sur la totalité du monde".[...]

La Chronique de Philippe Alexandre

Peut-on crier Vive La France !

La pensée unique, aujourd'hui, c'est le déclinisme.[...]   

 

435 mai 2015

 

Le menu de Lire n°435 par Julien Bisson > http://fb.me/3RjwtPLJd 

Au menu de ce numéro de mai :

- "Faut-il brûler Voltaire ?" : un grand dossier de 24 pages sur le philosophe français le plus controversé. Où on évoquera son destin malmené, ses combats pour la liberté et contre le fanatisme et l'obscurantisme, les concepts clés de sa pensée, mais aussi les faces sombres d'un homme qui aimait l'argent plus que le peuple... Vous retrouverez également un entretien avec André Glucksmann, qui restitue Voltaire dans notre époque, ainsi que les extraits des passages clés de son œuvre maîtresse, "Candide".

- Grand entretien : Erri de Luca, formidable écrivain italien, qui revient sur son destin, celui d'un gamin de Naples devenu leader d'extrême-gauche, avant d'exceller en littérature. Un mois après son accident d'escalade, il évoque aussi son combat contre la ligne de TGV Lyon-Turin et la justice italienne.

- Extraits exclusifs : les nouveaux livres événements de James Ellroy, Umberto Eco, James Salter et Alexis Jenni.

- Portrait : Anthony Doerr, tout récent lauréat du prix Pulitzer pour son formidable "Toute la lumière que nous ne pouvons voir". Nous l'avons rencontré.

- L'univers d'un écrivain : chez George R.R. Martin, au Nouveau-Mexique, dans l'initimité du créateur de "Game of Thrones"

- Focus : 100 ans après le génocide arménien, comment parler aujourd'hui de cette tragédie ?

- Mais aussi : Jean d'Ormesson dans la Pléiade, les 25 ans du festival Etonnants Voyageurs, la Révolution iranienne vue par Sahar Delijani, et les nouveaux livres de Marc Dugain, Irvin Yalom, Eric Chevillard, Jean Anglade, Katarina Bivald, Mona Ozouf, Alexandre Jollien, Jean-Louis Servan-Schreiber, et bien d'autres encore...

Julien Bisson a eu l'amabilité de me permettre de copier-coller son menu.

Note de Mamiehiou

Pourquoi Voltaire nous aide à comprendre notre temps

Le penseur, brillant agitateur d'idées, a eu une vie fort mouvementée. Très tôt applaudi, souvent exilé, retiré à Ferney où il ne cessa de travailler, sa vie est un roman. Portrait.

Jean d'Ormesson au Panthéon littéraire

Auteur de best-sellers, adoubé à la fois par le grand public et le critique, érudit et travailleur acharné,optimiste et bienveillant, l'immortel rejoint Montaigne et Proust dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pleiade. Portrait d'un auteur dont le temps est le meilleur ami [...]

 Il a inventé un genre,à la croisée des Mémoires, du récit historique et de la chronique. qui n'est ni de la biogaphie, ni tout à fait de la fiction.

La chronique de Philippe Alexandre : Histoire de la boîte à chagrin

 Dans une formule joliment désabusée, De Gaulle appelait l'Elysée, qu'il n'aimait guère, "la boîte à chagrins". Pourtant le général y a connu, du moins jusqu'en mai 1968, moins de déceptions et de douleurs que ses successeurs. Les journalistes Ariane Chemin et Vanessa Schneider, racontent, avec force détails et témoignages, le martyre infligé à Nicolas Sarkozy tout au long de sa présidence par un terrible manipulateur qu'elles appellent "son mauvais génie", Patrick Buisson. [...]

Extraits :

Candide ou l'Optimisme, de Voltaire

La Nuit de Walenhammes, de Alexis Jenni (Prix Goncourt 2011 pour L'Art français de la guerre)

Perfidia, de James Elroy

Numéro zéro, de Umberto Eco

Pour la gloire, de James Salter

André Glucksmann, interrogé dans le numéro de #LIRE en kiosque : "L'Europe sera voltairienne ou ne sera pas" http://po.st/nq7cDg

 

434 avril 2015

Le menu de Julien Bisson d'après son tweet du 25 mars 2015

https://www.facebook.com/Lire.Magazine/photos/

Le menu de Julien Bisson d'après son tweet du 25 mars 2015

https://www.facebook.com/Lire.Magazine/photos/

Les 10 meilleurs polars de l'année, de Mo Hayder à Sandrine Collette, de Ian Manook à Sylvie Granotier
- Reportage : à Los Angeles, aux côtés de Michael Connelly, sur les traces de Harry Bosch
- Enquête : Polar et finance, les nouveaux bandits
- Dossier : le renouveau du polar espagnol
- L'arme du crime : Deon Meyer, Elizabeth George, R.J. Ellory, Frank Thilliez ou encore Michel Bussi nous révèlent quelle est leur arme préférée pour tuer
- Extraits : les nouveaux polars de Jo Nesbo et Patricia Cornwell
Mais aussi...
- Grand entretien : Jan-Christophe Rufin évoque son nouveau roman "Check-Point", la question humanitaire et son rapport à l'écriture
- Histoire : les mémoires chocs de Serge et Beate Klarsfeld
- Romans : les nouveaux livres de Muriel Barbéry, Fabrice Humbert, Jorge Volpi, Michael Cunningham, Jhumpa Lahiri...
- Extraits : les dernières chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin, mais aussi Ron Rash et Bernard Maris
- Philosophie : la bombe Onfray
- Prix RTL/Lire : notre coup de coeur pour Léonor de Récondo
Et bien d'autres choses encore !

 

L'édito par François Busnel

"Il fut un temps où le polar était considéré par un peu tout le monde comme un sous-genre littéraire [...]"

L'entretien avec Jean-Christophe Ruffin

"L'écriture est une munition pour affronter l'époque."

Extraits

Du sang sur la glace, de Jo Nesbø

Monnaie de sang, de Patricia Cornwell

Anna Madrigal, de Armistead Maupin

Incandescences, de Ron Rasch

Et si on aimait la France, de Bernard Maris

Extrait du dico (mensuel) des citations

"La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le pays imaginaire de Peter Pan." Tatiana de Rosnay

Ecrivains du bac : Mark Twain

Le 29 mars 2015 @julienbisson Chef de service au magazine LIRE / Associate editor at LIRE magazine a retweeté et mis en favori mon tweet :

Pour en savoir (un peu) plus sur Lire en 2015 http://mamiehiou.over-blog.com/2014/12/les-magazines-lire-de-2005-a-2014.html …

 

433 mars 2015

 Julien Bisson @julienbisson  tweet du 17 février

https://m.facebook.com/Lire.Magazine/photos/a.

Un numéro de mars consacré au rire et à la liberté d'expression dans l'histoire littéraire française, de Rabelais à Desproges, en passant par Voltaire, Jarry ou Prévert.
Dans ce dossier, vous trouverez également :
- "La saga Charlie", ou comment une bande de trublions pétris de culture littéraire ont su repousser les limites du rire, des premiers jours de Hara-Kiri à la triste matinée du 7 janvier
- Un grand entretien avec Elisabeth Badinter, qui vient décrypter les concepts de liberté et de laïcité, essentiels au "vivre ensemble"
- "Le rire a créé Dieu à son image", par Michel Onfray
- Un extrait du "Nom de la rose", l'ouvrage culte d'Umberto Eco sur le rire et l'obscurantisme
- Un hommage à Honoré, notre collaborateur depuis 1981, assassiné le 7 janvier
Mais aussi :
- Les bonnes feuilles exclusives des nouveaux livres de Fred Vargas, Jean Teulé, Régis Jauffret, Kazuo Ishiguro et Gary Shteyngart
- L'univers de Vassilis Alexakis, dans une Athènes bouillonnante après l'élection d'Alexis Alexis Tsipras
- L'Islam, cette grande inconnue : 5 ouvrages essentiels pour répondre à toutes les questions que vous vous posez
- Ecrivains du bac : Roland Barthes, qui aurait eu 100 ans cette année
- Et les critiques des nouveaux livres de Jérôme Ferrari, Patrick Rambaud, Marilynne Robinson, François-Henri Désérable, Robert Misrahi...

Au sommaire du nouveau LIRE : Badinter, Vargas, Teulé, Ferrari, Eco, Onfray, Ishiguro, Shteyngart, Robinson...

 

L'entretien de François Busnel avec Elisabeth Badinter. [Extraits]

"Il faut apprendre à lire et résister au politiquement correct. 

"On va à l'école pour développer sa raison, pour réfléchir par soi-même, pour développer une pensée autonome. Mais aujourd'hui le poids des croyances et des dogmes est devenu si lourd qu'il est de plus en plus difficile d'enseigner, c'est-à-dire de les mettre à distance, et de lutter contre les préjugés. Chez certains élèves, le credo s'oppose au cogito et l'emporte sur lui." E. Badinter

Extraits

Temps glaciaires, de Fred Vargas

Héloïse Ouille, de Jean Teulé

Bravo, de Régis Chauffret

Le géant enfoui, de  Kazuo Ishiguro

Mémoires d'un bon à rien, de Gary Shteyngart

Cela me fait penser à la nouvelle d'Eichendorf : Scènes de la vie d'un propre à rien (Aus dem Leben eines Taugenichts) publiée en 1826. Note de Mamiehiou

Abonnement magazine Lire n° 433 Peut-on (encore) rire de tout

Un hommage à Charlie

Hommage à Honoré qui publiait ses rébus littéraires dans LIRE, le 1er en mai 1983 LIRE n°93

Les figures de la subversion : Rabelais, Voltaire, Jarry, Prevert, Dac, Desproges...

"N'est-il pas honteux que  les fanatiques aient du zèle et que les sages n'en n'aient pas ?"

Voltaire 

Ecrivains du bac : Roland Barthes

432 février 2015

Le menu de Lire n°432 > http://fb.me/31LIR7WN8 (Julien Bisson)

le tweet de Julien Bisson 15 janvier

Ce numéro a été mis sous presse avant les événements tragiques de la semaine passée, c'est pourquoi vous n'y trouverez aucune mention. La rédaction du magazine, touchée directement par ce drame, y reviendra dans une prochaine édition.

D'ici là, retrouvez le contenu de ce premier numéro de l'année :

- Le mystère Shakespeare : qui était le Barde de Stratford-upon-Avon ? Comment un modeste fils de gantier est devenu le plus grand dramaturge de son temps ? Pourquoi ses pièces ont su traverser les siècles et paraître si actuelles aujourd'hui encore ? Décryptage et révélations, avec le concours de plusieurs spécialistes, dont l'historien Stephen Greenblatt, le poète Michael Edwards et le metteur en scène Dan Jemmett.

- Rentrée littéraire 2015 : notre avis sur les romans phares de ce début d'année, de Houellebecq à Despentes, de Jean Rolin à Leonor de Recondo, sans oublier le grand roman étranger de ce début d'année, signé Chimamanda Ngozi Adichie.

- Grand entretien : Sylvain Tesson, miraculé après une chute de dix mètres et quatre mois de convalescence. Il publie "Berezina" et revient pour nous sur ces mois de souffrances, mais aussi le sens qu'il souhaite désormais donner à sa vie.

- Débat : l'Histoire des camps de concentration est-elle encore à écrire, avec Annette Wieviorka. L'historienne revient pour nous sur l'ouverture des camps et la fabrication de l'Histoire qui en a découlé.

- L'Univers d'un écrivain : Jérôme Garcin, dans son refuge normand, auprès de ses chevaux.

- Extraits exclusifs : les premières pages des nouveaux livres d'Arnaldur Indridason, Stephen King, Romain Puertolas, Michèle Lesbre et Phil Klay, récent lauréat du National Book Award.

Et encore beaucoup d'autres choses...

L'édito de François Busnel

On a beau dire, on a beau lire, Will le magnifique est toujours là. [...] Shakespeare ! Il est comme un soleil : doté d'une force de gravitation irrésistible, note Stephen Greenblatt dans un des meilleurs livres écrits sur le maître anglais et astucieusement traduit en français sous ce titre : Will le magnifique [...]

William Shakespeare, l'universel

On a fini par douter qu'un comédien, fils de gantier, ait pu être l'auteur d'une telle oeuvre. (Jean Montenot)

Un magnifique dossier sur Shakespeare

Stephen Greenblatt "Shakespeare était un trangresseur né"

Le théâtre Elizabethain, la noblesse d'un art

Mythe et histoire, les héros shakespeariens

Répliques célèbres

Michael Edwards "Traduire la nature multiple de la réalité et de nos émotions"

Comment jouer Shakespeare

QUIZ Le saviez-vous ?

L'univers d'un écrivain Jérome Garcin

Le mors aux trousses.

Extrait - L'auteur fouille donc dans sa vaste bibliothèque [...]Il sort alors plusieurs livres jaunis – et annotés – d'un certain Jacques Lusseyran. C'est à cet écrivain quelque peu méconnu, que Jérome Garcin rend aujourd'hui hommage avec Le Voyant, récit biographique sobre et juste ...(Batiste Liger)

L'entretien avec Sylvain Tesson

"J'écris pour lutter contre le temps et l'oubli, pour m'assurer un petit supplément de vie."

Extraits :

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, de Romain Puértolas

Chemins, de Michèle Lesbre

Les nuits de Reykjajik, de Arnaldur Indridason

Mr Mercedes, de Stephen King

Fin de mission, de Phil Klay

Abonnement magazine Lire n° 432 (voir la première de couverture)

431 décembre 2014 & janvier 2015

voir l'article précédent > Les magazines LIRE de 2005 à 2014

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> Introduction : Le magazine LIRE - Le rêve d'un classement

> Les magazines LIRE à bâtons rompus

> Les magazines LIRE de 2005 à 2014

 

Vous pouvez retrouver le sommaire des Magazines LIRE

quelques jours avant la fin de chaque mois dans les Tweets de Julien Bisson.

 

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 09:42

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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