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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 11:45

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La lecture de quelques dictionnaires anciens me plonge dans une délectation sans bornes. Leurs auteurs s'y sont dévoilés entre les lignes, comme si chaque mot avait éveillé en eux une histoire mêlée à leur propre histoire, à leur propre vie. On sent la palpitation de leur coeur ; on pénètre dans le secret de leur âme.

Ils nous émeuvent aussi quand on essaie d'imaginer et de mesurer le travail gigantesque accompli, accompagné de recherches sans fin, d'hésitations douloureuses, de corrections innombrables visant à l'excellence, et tout cela parfois dans des conditions exécrables où les jaloux, les rivaux, les aléas de la guerre, toutes sortes d'embûches qu'on a de la peine à imaginer aujourd'hui, retardaient leur travail.

Par delà leurs mots, ils se révèlent tout entiers sans craindre de ne pas sacrifier à la sacro-sainte objectivité que devrait requérir tout dictionnaire.

D'aucuns pourraient sourire en les lisant et me diraient : « Il faut en prendre et en laisser ! » et je leur rétorquerais que c'est justement ce qui fait là tout leur charme, et qu'il s'agit tout simplement d'en sucer la substantifique moelle.

Pour en avoir consulté quelques-uns — consulté, que dis-je, savouré quelques-uns — et m'être attachée à leur auteur, je citerai ici :

 

Le Furetière, qui m'est cher, je l'avoue, lorsque je songe à la souffrance que ce pauvre et cher Antoine a dû subir pour accoucher de son oeuvre dans un climat de malveillance et de jalousie dont il était victime, à preuve qu'il a fallu attendre après sa mort pour que son Dictionnaire soit enfin publié, non pas en France mais à Rotterdam, alors qu'il est reconnu depuis comme le plus grand dictionnaire du XVIIe siècle.

Dictionnaire universel de Furetière XVIIe siècle - 1690

Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots ... 

Titre complet : Dictionaire françois, contenant les mots et les choses,

plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise :

Ses Expressions Propres, Figurées & Burlesques,

la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms,

le Régime des Verbes : Avec Les Termes les plus connus des Arts & des Sciences.

Le tout tiré de l'Usage et des bons Auteurs de la Langue françoise.


Le Dictionnaire de William Duckett, journaliste français comme son nom ne l'indique pas, lequel donne à lire des choses bien étonnantes étayées qu'elles étaient par la grande érudition de son auteur. 

Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture

Inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous

William Duckett1ère édition 1832

 

Le Littré, plus proche de nous, qui répertorie avec bonheur toutes les acceptions des mots et les illustre par d'innombrables citations. L'original en volume papier est de loin plus étoffé. Il offre de très nombreuses citations remontant à l'origine du mot.

Si vous voulez découvrir des mots que vous n'avez jamais rencontrés, cliquez sur "recherche vide". C'est étonnant.

Dictionnaire Littré - Dictionnaire de la langue française

 

Monsieur Émile Littré nous raconte comment il a fait son Dictionnaire dans sa Causerie du 1er mars 1880. On ne peut lire qu'avec émotion la genèse de son oeuvre.

À lire : 

Causerie du 1er mars 1880 - Wikisource

Comment j'ai fait

mon dictionnaire de la langue française -1880

La copie comptait 415 636 feuillets.

Le commencement de la copie fut remis à l’imprimerie le 27 septembre 1859, la fin, le 4 juillet 1872.

La composition n’a été interrompue que pendant la guerre, du 1er août 1870 au 21 février 1871, et, pendant la Commune, du 19 avril au 14 juin.

 

"Il créa ainsi un admirable monument à la gloire de la langue française. Pour la première fois, la définition du mot était complétée par l’image de son passé, de ses racines, de son évolution à travers les siècles. Tandis que les lexicographes s’étaient limités jusqu’alors à un instantané de la langue, Littré racontait la vie des mots depuis leur naissance. Il démontrait qu’on peut en user avec exactitude sans en comprendre la genèse. Et les définitions étaient illustrées de tant d’exemples choisis avec bonheur qu’elles devenaient, à chaque page, le prétexte d’un rendez-vous avec Du Bellay, Christine de Pisan, Molière, Pascal, Bossuet, La Fontaine, Voltaire ou Victor Hugo" - Jean Hamburger de l'Institut

 

 

Je ne saurais oublier de mentionner le Dictionnaire philosophique de Voltaire (1694-1778) dont l'esprit* est inégalable.

Je vous donne ci-dessous l'article Égalité. 

Dictionnaire philosophique ou La Raison par alphabet - 6e ed

Wikisource 

ÉGALITÉ

Que doit un chien à un chien, & un cheval à un cheval ? Rien, aucun animal ne dépend de son semblable ; mais l’homme ayant reçu le rayon de la divinité qu’on appelle raison, quel en est le fruit ? c’est d’être esclave dans presque toute la terre.

Si cette terre était ce qu’elle semble devoir être, c’est-à-dire, si l’homme y trouvait partout une subsistance facile & assurée, & un climat convenable à sa nature, il est clair qu’il eût été impossible à un homme d’en asservir un autre. Que ce globe soit couvert de fruits salutaires, que l’air qui doit contribuer à notre vie ne nous donne point les maladies & la mort, que l’homme n’ait besoin d’autre logis & d’autre lit que celui des daims & des chevreuils ; alors les Gengiskan & les Tamerlan n’auront de valets que leurs enfans, qui seront assez honnêtes gens pour les aider dans leur vieillesse.

Dans cet état si naturel dont jouïssent tous les quadrupèdes, les oiseaux & les reptiles, l’homme serait aussi heureux qu’eux, la domination serait alors une chimère, une absurdité à laquelle personne ne penserait ; car pourquoi chercher des serviteurs quand vous n’avez besoin d’aucun service ?

S’il passait par l’esprit à quelque individu à tête tyrannique & à bras nerveux d’asservir son voisin moins fort que lui, la chose serait impossible, l’opprimé serait à cent lieües, avant que l’oppresseur eût pris ses mesures.

Tous les hommes seraient donc nécessairement égaux, s’ils étaient sans besoins. La misère attachée à notre espèce subordonne un homme à un autre homme : ce n’est pas l’inégalité qui est un malheur réel, c’est la dépendance. Il importe fort peu que tel homme s’appelle Sa Hautesse, tel autre Sa Sainteté ; mais il est dur de servir l’un ou l’autre.

Une famille nombreuse a cultivé un bon terroir ; deux petites familles voisines ont des champs ingrats & rebelles ; il faut que les deux pauvres familles servent la famille opulente, ou qu’ils l’égorgent, cela va sans difficulté. Une des deux familles indigentes va offrir ses bras à la riche pour avoir du pain ; l’autre va l’attaquer & est battue ; la famille servante est l’origine des domestiques & des manœuvres ; la famille battue est l’origine des esclaves.

Il est impossible dans notre malheureux globe que les hommes vivant en société ne soient pas divisés en deux classes, l’une de riches qui commandent, l’autre de pauvres qui servent ; & ces deux se subdivisent en mille, & ces mille ont encor des nuances différentes.

Tous les pauvres ne sont pas absolument malheureux. La plupart sont nés dans cet état, & le travail continuel les empêche de trop sentir leur situation ; mais quand ils la sentent, alors on voit des guerres, comme celle du parti populaire contre le parti du sénat à Rome ; celles des paysans en Allemagne, en Angleterre, en France. Toutes ces guerres finissent tôt ou tard par l’asservissement du peuple, parce que les puissants ont l’argent, & que l’argent est maître de tout dans un État ; je dis dans un État, car il n’en est pas de même de nation à nation. La nation qui se servira le mieux du fer, subjuguera toujours celle qui aura plus d’or & moins de courage.

Tout homme naît avec un penchant assez violent pour la domination, la richesse & les plaisirs ; & avec beaucoup de goût pour la paresse : par conséquent tout homme voudrait avoir l’argent & les femmes ou les filles des autres, être leur maître, les assujettir à tous ses caprices, & ne rien faire, ou du moins ne faire que des choses très agréables. Vous voyez bien qu’avec ces belles dispositions il est aussi impossible que les hommes soient égaux, qu’il est impossible que deux prédicateurs ou deux professeurs de théologie ne soient pas jaloux l’un de l’autre.

Le genre humain tel qu’il est, ne peut subsister à moins qu’il n’y ait une infinité d’hommes utiles qui ne possèdent rien du tout. Car certainement un homme à son aise ne quittera pas sa terre pour venir labourer la vôtre ; & si vous avez besoin d’une paire de souliers, ce ne sera pas un maître de requêtes qui vous la fera. L’égalité est donc à la fois la chose la plus naturelle, & en même tems la plus chimérique.

Comme les hommes sont excessifs en tout quand ils le peuvent, on a outré cette inégalité, on a prétendu dans plusieurs pays qu’il n’était pas permis à un citoyen de sortir de la contrée où le hasard l’a fait naître ; le sens de cette loi est visiblement, Ce pays est si mauvais & si mal gouverné que nous défendons à chaque individu d’en sortir, de peur que tout le monde n’en sorte. Faites mieux, donnez à tous vos sujets envie de demeurer chez vous, & aux étrangers d’y venir.

Chaque homme dans le fond de son cœur a droit de se croire entièrement égal aux autres hommes : il ne s’ensuit pas de là que le cuisinier d’un Cardinal doive ordonner à son maître de lui faire à dîner ; mais le cuisinier peut dire : Je suis homme comme mon maître ; je suis né comme lui en pleurant ; il mourra comme moi dans les mêmes angoisses & les mêmes cérémonies ; nous faisons tous deux les mêmes fonctions animales ; si les Turcs s’emparent de Rome, & si alors je suis Cardinal & mon maître cuisinier, je le prendrai à mon service. Tout ce discours est raisonnable & juste ; mais en attendant que le grand Turc s’empare de Rome, le cuisinier doit faire son devoir, ou toute société humaine est pervertie.

À l’égard d’un homme qui n’est ni cuisinier d’un Cardinal ni revêtu d’aucune autre charge dans l’État ; à l’égard d’un particulier qui ne tient à rien, mais qui est fâché d’être reçu partout avec l’air de la protection ou du mépris, qui voit évidemment que plusieurs Monsignors n’ont ni plus de science, ni plus d’esprit, ni plus de vertu que lui, & qui s’ennuie d’être quelquefois dans leur antichambre, quel parti doit-il prendre ? celui de s’en aller.

Voir aussi entre autres entrées : Fanatisme.

 

*Qu'en est-il de l'esprit de Voltaire ?

Littré :

Esprit : En un sens plus particulier que celui d'ensemble des facultés intellectuelles, vivacité d'esprit qui fait trouver des saillies piquantes, des mots spirituels, des aperçus ingénieux.

L'Encyclopédie – Article de Voltaire :

Le mot esprit, quand il signifie une qualité de l'âme est un de ces mots vagues auxquels tous ceux qui les prononcent attachent presque toujours des sens différents : il exprime autre chose que jugement, génie, goût, talent, pénétration, étendue, grâce, finesse, et il doit tenir de tous ces mérites : on pourrait le définir raison ingénieuse.

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Pour qui veut partir à la recherche d'autres dictionnaires :

Accès facile aux dictionnaires :

Ouvrages de référence qui me sont très utiles

Dictionnaires d'autrefois – Atilf

 

Retrouvez ici quelques articles du blog en lien avec ces dictionnaires :

WILLIAM DUCKETT - Dictionnaire de la conversation et de la lecture – LUCIFER

VOLTAIRE - Dictionnaire philosophique - ZOROASTRE, prophète et fondateur du zoroastrisme

Le A au fil des dictionnaires

L'envie dans tous ses états - L'envie, péché capital - L'envie au fil des dictionnaires

Férir – sans coup férir – féru(e) – un fier-à-bras, des fiers-à-bras

Que les consonnes sonnent !

 

Pour les amateurs de la langue verte :

Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau + QUIZ 80

Sur la toile :

ABC de la langue française  >> Bob ¶

Les Excentricités du langage de Lorédan Larchey- Wikisource

Dictionnaire de la langue verte ; argots parisiens comparés - (2e édition) d'Alfred Delvau 1866 - Gallica...

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
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commentaires

Lily la Plume 17/10/2014 06:14

Bonjour Mamiehiou, voici ce que ton article m'a inspiré : http://www.lilylaplume.com/2014/10/heureux-le-dictionnaire.html je me suis d'ailleurs permise de le mettre en lien sous mon texte ; amicalement Lily la Plume

mamiehiou 17/10/2014 12:05

Merci Lily d'avoir apprécié mon article. J'avoue que je suis un peu timbrée avec les dictionnaires dans lesquels je passe le plus clair de mon temps pour écrire mes articles.
Ton poème chante les mots que nous aimons.
Bonne journée, plume en main !

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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