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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 17:05

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La réverbération des rayons du soleil sur la paroi rocheuse verticale qui nous enserrait nous mettait à l'épreuve. Nous étions dans un four. C'était comme si l'on eût voulu que les plus faibles d'entre nous s'épuisassent dans cette montée au calvaire.

Cependant, n'étions-nous pas là de notre propre volonté ? Ne nous étions pas dit, inconsciemment peut-être, comme aurait pu nous l'enseigner Épictète :

Être libre, c'est vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.

J'entendais derrière moi une jeune fille qui sanglotait et reniflait bruyamment. Je me fis un devoir de me retourner plusieurs fois, de lui sourire et de lui adresser quelques mots d'encouragement. Elle me répondait par un hochement de tête, et le spectacle de son accablement me rendait toute triste. Le jeune homme qui me précédait, successivement, s'arrêtait, se remettait en route, puis allongeait le pas, peut-être pour se donner l'illusion d'aller plus vite que les autres, ce qui cassait le rythme de mon avancée, et j'allais, ralentissant ou accélérant, selon l'espace qu'il me restait à franchir entre lui et moi. Un manque d'attention me fit le heurter plusieurs fois et je lui en voulais de devoir fixer ma pensée sur sa personne, alors que j'avais à découvrir le Château qui s'avançait en grossissant devant moi.

 

Les murailles épaisses, qui avaient dû faire face autrefois à l'assaut des trébuchets et des mangonneaux, barraient la vue, et l'on apercevait, çà et là creusées, des meurtrières derrière lesquelles on pouvait supposer qu'on nous épiait. J'imaginais que les sièges auxquels les habitants de cette forteresse avaient résisté, n'avaient pu aboutir qu'aux fiascos des assaillants. 

 

Nous arrivâmes enfin devant l'entrée. Il fallait encore franchir un pont-levis qui surplombait des douves profondes où l'eau bouillonnante allait et venait à la cadence des jeux du flux et du ressac. Le déferlement de la mer s'engouffrait impétueusement dans cette anfractuosité creusée de main d'homme et celui qui s'y serait risqué s'y fût perdu dans les tourbillons comme un fétu de paille. Les siècles n'avaient pas entamé la roche qui résistait, immuable, à l'offensive des vagues.

 

Au milieu du pont, je m'aventurai à me pencher pour voir tout en bas, au risque du vertige. Le grondement s'accompagnait d'embruns qui montaient jusqu'à nous. Nous reçûmes, comme un rafraîchissement salutaire, le poudrin qui retombait.

Je dus passer sous une herse hérissée et menaçante qui marquait l'entrée. L'état de la machinerie que l'on apercevait à proximité, laissait deviner qu'elle était encore en usage et qu'elle devait baisser et remonter la lourde porte grillée en rythmant la vie dans l'enceinte protégée.

Que craignaient donc les maîtres des lieux au point de s'enfermer ainsi ? Et pourquoi ?

Était-ce simplement une mascarade qui visait à impressionner, ou bien s'y cachait-il une peur véritable ?

 

Je me rendis compte qu'aucun autre que nous n'était venu en touriste et je subodorais que la visite allait nous réserver des surprises.

 

NOTES
C'était comme si l'on eût voulu que les plus faibles d'entre nous s'épuisassent

le verbe vouloir est au subjonctif plus-que-parfait

> Comme si + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

s'épuisassent, subjonctif (imparfait) après vouloir dans la proposition principale

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

dans cette montée aucalvaire

le calvaire

♦ Le crâne, dans la traduction latine de Golgotha, la colline près de Jérusalem où Jésus de Nazareth a été crucifié.

♦ C'est la représentation de la Passion du Christ (peinture, sculpture... ).

Les Calvaires bretons

♦ Ici, c'est un calvaire ! C'est un chemin de croix ! Un supplice ! Une torture !

 

les trébuchets et les mangonneaux étaient des machines de siège, le contre-poids permettait d'envoyer des catapultes par dessus la muraille. Les premiers trébuchets étaient à traction et la force était fournie par des hommes.

 

une meurtrière (ou archère, archière, raière, arbalétrière) est une mince ouverture dans une muraille. Elle permet de surveiller les alentours et d'envoyer des projectiles.

 

les sièges n'avaient pu aboutir qu'au fiasco des assaillants

le fiasco, l'échec

 

un pont-levis qui surplombait les douves 

les douves sont un fossé qui empêche l'accès au château.

 

la cadence des jeux du flux et du ressac

le ressac est le retour violent des vagues lorsqu'elles ont frappé un obstacle.

 

le poudrin qui retombait

le poudrin, la poudre d'eau, les fines gouttelettes.


je subodorais que la visite allait nous réserver des surprises

je soupçonnais... 

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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