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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 08:28

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Parmi la confusion du silence crispé, perçaient par échappées les pleurs et les soupirs. Aucun de ceux qui défilaient n'eût voulu dévoiler le pourquoi ni le comment de la décision qu'il avait prise.

 Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire.*

Il fallait que tous eussent un besoin assez pressant pour se lancer dans une aventure dont ils ne connaissaient pas l'issue exacte. Seul, l'impératif espoir de guérir de leurs maux les y avait poussés. Ne murmurait-on pas que nul ne ressortait de cette forteresse s'il en avait passé par trois fois l'entrée ?

Non ! Je ne pouvais ajouter foi à tout ce que j'avais entendu se murmurer !

J'étais là pour en avoir le cœur net.

 

Le rempart franchi, je traversai une lice barrée par une seconde muraille tout aussi forte et élevée que la première et qui se dressait, jetant son ombre menaçante. Des gardes, en cottes souples de métal, s'escrimaient à l'épée dans cet espace clos. Ils s'arrêtaient parfois, distraits par notre déambulation sans fin, nous jetaient des regards de côté, puis ferraillaient de plus belle. 

 

Au-delà de ce mur fortifié, j'arrivai dans une vaste cour où serpentait la file d'attente jusqu'au donjon circulaire dont la cime se perdait vers le ciel.

Ce n'est qu'à la tombée de la nuit que vint mon tour d'y entrer. On nous avait donné plusieurs fois de l'eau pour nous rafraîchir, faute de quoi, les plus épuisés eussent vu leur dernière heure venir.

 

Lorsque je pénétrai dans le bâtiment insolite, des salles en enfilade, le long d'un couloir en spirale, qui se prolongeait en escalier en colimaçon, laissaient pénétrer le regard par de grandes baies vitrées qui longeaient le parcours. On y pouvait voir d'étranges personnages vêtus tout de blanc, qui se donnaient l'allure et les manières de laborantins au travail. Toutes sortes d'appareils laissaient deviner qu'on y concoctait de savantes tisanes, des mixtures et des panacées.

Je me demandai, l'espace d'un éclair si ce n'était qu'un décorum visant à impressionner nos esprits en état de faiblesse, Mais je me ressaisis en me rendant compte que, à mettre continûment en doute la réalité que je percevais, je m'interdisais de raisonner avec justesse.

C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète ajuste ses lèvres

de la manière la plus propre à tirer le lait de la mamelle.**

 

Quelle lassitude !

Ne pouvais-je pas, au moins jusqu'au lendemain, cesser de ratiociner, prendre les choses telles qu'elles se présenteraient à moi, et, comme l'enfant qui vient de naître, m'adapter, naturellement, à ce qui m'attendait ?

 

.......................................................

*Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire. Wittgenstein

Ce qu'on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l'écrire. Derrida

 

**C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète ajuste ses lèvres de la manière la plus propre à tirer le lait de la mamelle.

Pensée de Jacques-Bégnine Bossuet (1627-1704) qui n'a cessé de vouloir nous montrer le chemin !

Rappelez-vous ses oraisons, et la plus fameuse d'entre elles, l'Oraison Funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, Duchesse d'Orléans, belle-soeur de Louis XIV, prononcée à ses funérailles, à Saint-Denis le 21 jour d'août 1670. Elle avait vingt-six ans.

[... ] Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos coeurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! Ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte !

Pour en savoir + sur ce Sermon, voir l'article : De la rhétorique - De l'éloquence - De la langue de bois - Des périphrases - Appeler un chat un chat

 

NOTES

Le titre LE POLYPTOTE est la répétition d'un même mot revêtant différentes formes grammaticales dans une même phrase (ou dans deux phrases qui se suivent)

Madame se meurt ! Madame est morte !

 

Parmi la confusion du silence crispé

Parmi, préposition, est généralement suivi d'un nom pluriel ou collectif (au milieu de)

Il a un emploi vieilli ou littéraire avec un nom abstrait au singulier, un lieu, un objet non comptable.

Cf. Littré : Par le milieu de, au milieu de, au sein de (ce qui est le sens étymologique), avec le régime au singulier.

Parmi, adverbe. J'avais une trentaine élèves, certains étaient bien dissipés et quelques-uns dociles parmi.


Aucun de ceux qui défilaient n'eût voulu dévoiler le pourquoi

verbe vouloir au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel

> aucun n'aurait voulu dévoiler le pourquoi

 

perçaient par échappées les pleurs

par moments, par intervalles.

 

je traversai une lice barrée par une seconde muraille

Une lice

un espace entre deux murs ou deux clôtures.

une clôture

un champ clos où se passaient les tournois à l'époque médiévale.

Les combattants entraient en lice.

Ils se mesuraient dans la lice.

À partir du XIIIème siècle, le château fort se renforce d'une double enceinte. L'espace entre les deux remparts est appelé lice.

 

le long couloir en spirale qui se prolongeait en escalier en colimaçon

Un couloir en spirale, un escalier en hélice, en colimaçon, à double hélice, hélocoïdal.

> lire la note du texte des Délires n°111

 

on y concoctait des panacées

Une panacée, un remède universel, une formule capable de guérir tous les maux.

 

ce n'était qu'un décorum visant à impressionner nos esprits

Le décorum, les convenances, le protocole, le cérémonial.

Vient du latin decorum

 

Ne pouvais-je pas cesser de ratiociner ?

Ratiociner

1-faire des raisonnements.

2-se perdre en raisonnements interminables

Le ratiocineur, la ratiocineuse. 

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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