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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:26

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En entrant dans le hall — pouvait-on l'appeler ainsi tant il était étroit et presque sombre, ce qui m'étonna pour une bibliothèque digne de ce nom — je me sentis plongée dans un monde qui n'avait rien à voir avec ce que j'avais imaginé. Il me revint soudain en mémoire la description d'une autre bibliothèque qui avait dû donner du fil à retordre° aux lecteurs qui s'y aventurèrent.

 

L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement...*

 

Mais ici, bien qu'on pût voir en enfilade de petites salles carrées en nombre indéfini, infini peut-être, non seulement situées sur le plan horizontal de l'étage où je me trouvais, mais aussi sur un nombre d'étages innombrables puisque l'ascenseur qui y conduisait, au lieu d'inscrire le numéro de chacun d'eux — la place pour écrire tous les numéros aurait manqué — se contentait de trois boutons qui indiquaient, l'un le rez-de-chaussée au cas où l'on aurait voulu ressortir du bâtiment, le deuxième montrait un plus (+) qui permettait d'accéder à l'étage supérieur, et le troisième un moins (–) grâce auquel on pouvait descendre quand le désir se faisait sentir ; on eût pu douter que l'espace fût plus restreint que celui de la bibliothèque borgèsienne.

À la gauche de l'ascenseur se trouvait un escalier en colimaçon qui, aussi loin que le regard se portait, tournoyait jusqu'au fond d'un puits faiblement éclairé, et de moins en moins, au fur et à mesure que l'oeil essayait de franchir la distance la plus éloignée possible ; mais était-ce vraiment le fond que l'on distinguait ou bien l'illusion était-elle si parfaite que l'on croyait s'y abîmer tout entier, et vertigineusement, jusqu'au centre de la terre, ou aux antipodes, qui sait ? Et si le regard se dirigeait vers le haut, la tête tournait, comme on l'a vu dans le film fameux** où Alfred Hitchcock fait monter Scottie dans la tour Coit, qui se révélera infernale pour son personnage acrophobe, incarné par James Steward à la poursuite de la sensuelle et énigmatique Kim Novak ; on sait qu'un judicieux moyen technique, le travelling compensé, fit que la vision de l'escalier étroit, mouvant et élastique que gravit le héros devint un insupportable cauchemar dû au vertige dont il souffrait. Je ressentis le même malaise en projetant mon regard dans la direction qui visait le sommet de l'escalier, lequel me semblait tourbillonner, et je me demandai comment il se faisait que je ne pusse apercevoir la coupole du bâtiment alors que de l'extérieur j'en avais aperçu le dôme doré sans remarquer qu'il était aussi haut.

Peut-être était-ce un effet de mon imagination mais je me convainquis que cet escalier n'avait pas de fin, quelque direction verticale qu'on voulût choisir.

 

De fait, je n'étais pas là pour rester longuement à tergiverser sur les mystères architecturaux de cette bibliothèque particulière mais bien pour en apprécier ses merveilles, à savoir les beaux livres qui s'offraient à portée de main.

.......................................................................

 

*L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque)... interminablement.

Extrait de La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges, 1941, traduction Ibarra

citée dans le texte n°109

Voir sur la toile :  La Bibliothèque de Babel - La page de Zombre

 

**Vertigo, Sueurs froides en français, film américain d'Alfred Hitchcock (1958). Adaptation du roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, D'entre les morts.

Film culte qui se situe dans la liste des dix meilleurs films de toute l'histoire du cinéma.

On remarque dans le film de nombreuses connotations sexuelles qui entourent le personnage de Scottie et Alfred Hitchcock ne laisse pas d'ironiser sur son impuissance.

Un détail : La tour Coit se visite à San Francisco !

 

NOTES

en entrant dans le hall, je me sentis plongée dans un monde

Un hall, anglicisme qui vient du mot français halle, XVIIème siècle.

 

Donner du fil à retordre°, mettre durablement en difficulté.

L'expression provient de ce que les retordeurs de fils de laine au moyen âge avaient beaucoup de difficultés pour faire ce travail qui visait à renforcer la solidité des fils retors.

 

un escalier en colimaçon qui tournoyait jusqu'au fond d'un puits

colimaçon, du normand calimachon qui veut dire escargot, limaçon à coquille, ou escalier à vis. Il a une forme hélicoïdale.

Il existe un escalier à double hélice (double colimaçon) au château de Chambord, fait de telle sorte que deux personnes peuvent monter et descendre en même temps sans se rencontrer jamais  !

Ne pas confondre le mot hélice avec le mot spirale qui est une courbe plane et non pas en trois dimensions.

Faites l'expérience de demander à quelqu'un que vous connaissez bien de décrire une spirale. Immanquablement il fera un geste décrivant une hélice, à moins qu'il ne soit un mathématicien patenté. Il sera dans l'erreur, ce que vous ne manquerez pas de lui dire, histoire d'étaler vos connaissances !

La spirale est une courbe qui commence en un point central puis s'en éloigne de plus en plus, en même temps qu'elle tourne autour.

 

On eût pu douter que l'espace fût moins restreint

On aurait pu douter que l'espace fût moins restreint

eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

fût subjonctif imparfait (concordance des temps)

Et pour en savoir + voir l'article :

> Douter que, douter si, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

jusqu'au centre de la terre, jusqu'aux antipodes, qui sait ?

Les antipodes, nom masculin, employé au pluriel.

Sur terre, point diamétralement opposé à celui où l'on a les pieds. En grec ancien, pod : pied

 

la tour Coit qui se révèlera infernale pour son personnage acrophobe

Acrophobie, phobie des hauteurs et du vide qui provoque angoisse et panique.

 

le dôme et la coupole

Le dôme est, à l'extérieur, un toit circulaire ou elliptique et, comme il est convexe, la coupole en est la voûte concave à l'intérieur.

 

<< 110 Délires imprudents -"Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime"*

>> 112 Délires sur une description qui met à mal la patience du lecteur - Le torche-cul de Gargantua

 

On trouve dans le texte le mot acrophobe.

Quiz sur les phobies

Les phobies – Leurs noms à décrypter – QUIZ

Zoophobie

Homophobie

Xénophobie

Nosophobie

Agoraphobie

Anglophobie

Photophobie

Francophobie

Érythophobie, éreuthophobie

etc.

Voir le quiz :

> Les phobies – Leurs noms à décrypter

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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