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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:29

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Un mois déjà que Marie m'hébergeait. Grâce à elle, j'avais acquis sur certains sujets un savoir encyclopédique. Je ne me lassais de rien et m'intéressais à tout. Marie, en vrai Pygmalion*, s'occupait, avec une rage euphorique, de mon instruction, sinon de mon éducation où il restait beaucoup à faire. Nous ne voyions personne et vivions en autarcie.

 

Un jour que je m'étais enfoncée dans le bois, toujours flanquée de Sissi, pour aller cueillir des fraises sauvages sur la demande expresse de Marie, je revins inopinément pour prendre le panier que j'avais oublié (cela peut vous paraître bizarre, mais ne suis-je pas une tête de linotte  ?) Je compris alors que Marie m'avait éloignée pour recevoir quelqu'un, une dame en l'occurrence, qu'elle ne voulait pas que je croisasse. Si je l'eusse questionnée sur ses fréquentations, elle n'eût pipé mot. Ainsi ne tenait-elle pas à ce que je rencontrasse mes semblables et à ce que je fisse mon entrée dans le monde. Elle voulait m'accaparer, me garder indûment et pour elle seule. J'en conçus du dépit.

 

Je me cachai pour voir ce qu'elle allait fricoter avec la visiteuse. Je pouvais observer l'étrangère tout à loisir par une fente appropriée dans la porte que les insectes xylophages avait grignotée à coeur joie. Je ne saisissais pas les paroles échangées, car le dialogue se faisait à voix basse comme si l'on craignait que quelqu'un pût surprendre un secret.

 

La dame, c'en était une assurément, dont je scrutai l'allure et les manières, forçait mon admiration. C'était une fort belle femme aux gestes mesurés, élégamment vêtue, et je me demandais quel commerce étrange elle avait avec Marie qui s'entretenait avec elle comme si leur relation ne datait pas d'hier. Je pestais de ne pas entendre un traître mot de leur conversation, ce qui excitait ma curiosité au plus haut point, et je me demandais si j'aurais le coeur d'interroger Marie, si grande était ma crainte de déclencher sa colère. Elle m'aurait reproché mon indiscrétion, ou m'aurait cru d'une curiosité malsaine, ou pire encore, si d'aventure elle souffrait d'espionnite (= espionite), m'aurait-elle punie, battue ou condamnée à quitter sa maison. Je ne voulais encourir aucune de ces éventualités. Je me tus, en brûlant néanmoins de découvrir le pot aux roses°, le mystère de cette affaire qui allait dorénavant hanter mes jours et mes nuits.

..............................................................

*What is life but a series of inspired follies ? The difficulty is to find them to do. Never lose a chance : it doesn't come every day.

Pygmalion de George Bernard Shaw, 1856 - 1950

Qu'est-ce que la vie, sinon une série de folies inspirées ? La difficulté vient de ce qu'il faut les trouver pour les faire. Ne laissez pas passer une seule chance ; cela n'arrive pas tous les jours.

Traduction de Mamiehiou

 

NOTES

Pygmalion. Dans la mythologie grecque, Pygmalion était le roi de Chypre. Il avait sculpté une statue dont il était tombé éperdument amoureux. Il supplia Aphrodite (>Vénus à Rome) de lui donner une femme qui ressemblât à son oeuvre. Aphrodite anima la statue, ce fut Galatée. Pygmalion l'épousa.

Pygmalion est une pièce du dramaturge irlandais Bernard Shaw. Son histoire a donné lieu à un film My fair Lady avec la merveilleuse Audrey Hepburn.

 

Nous ne VOYIONS personne.

Attention à ne pas oublier le I. Rappel de la conjugaison de l'imparfait aux 1re et 2e personnes du pluriel, toujours IONS IEZ.

Nous copiiions, nous riiez, Vous rayiez, vous craigniez, nous appareillions.

De même pour le présent du subjonctif.

Il faut que vous daigniez, que vous essuyiez, que nous pliions, que nous cueillions...

Voir :

> Ne pas confondre l'indicatif imparfait et le subjonctif présent de certains verbes - Quiz 55

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Nous vivions en autarcie

Nous n'avions pas d'échanges extérieurs, nous nous suffisions à nous-mêmes, nous ne faisions de commerce avec personne.

 

Si je l'eusse questionnée sur ses fréquentations, elle n'eût pipé mot

eusse espionnée, eût pipé, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (emploi littéraire)

> Si conjonction de subordination.

Ne pas piper, ne rien dire, ne pas souffler mot.

 

Je me cachai pour voir ce qu'elle allait fricoter avec la visiteuse.

Fricoter. Familier.

Mais qu'est-ce que tu fricotes ? Qu'est-ce que tu manigances ?

 

la porte que les insectes xylophages avaient grignotée à coeur joie

Les insectes xylophages se nourrissent de bois.


Si d'aventure elle souffrait d'espionite

Espionite, espionnite, maladie de celui qui croit être constamment espionné.

 

Je me demandais si j'aurais le coeur d'interroger Marie.

 discours indirect

Discours direct : Aurai-je le coeur d'interroger Marie ?

> La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

Si, adverbe interrogatif qui introduit une subordonnée interrogative indirecte (de même pour les adverbes quand, pourquoi, comment, où).

Proposition principale au présent

Ai-je le coeur de l'interroger ? me demandé-je. (style direct)

Je me demande si j'ai le coeur de l'interroger.(style indirect)

Aurai-je le coeur de l'interroger ? (direct)

Je me demande si j'aurai le coeur de l'interroger (indirect)

Proposition principale au passé, attention à la concordance des temps.

Ai-je le coeur de l'interroger ? (direct, présent).

Je me demandais si j'avais le coeur de l'interroger. (indirect, imparfait)

Aurai-je le coeur de l'interroger ? (direct, futur).

Je me demandais si j'AURAIS le coeur de l'interroger (indirect, conditionnel à valeur de futur du passé)

ATTENTION : On ne distingue pas, à l'oral le futur de l'indicatif AURAI du conditionnel présent AURAIS

Un truc : remplacez le sujet JE par TU.

au futur : Tu auras le coeur de l'interroger..

au futur du passé ou conditionnel présent : Je me demandais si tu aurais le coeur de l'interroger.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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