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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 17:09

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Je voulais en avoir le coeur net. Ainsi décidai-je, sans l'ombre d'une hésitation, consciente du danger et cependant prête à y faire face, de retourner à mon poste d'observation. Là, figée, retenant mon vent, n'osant même pas ciller, j'attendis le temps qu'il fallut pour voir s'ébranler devant moi la colonne de miséreux, bancals et tortus, une pouillerie dont nul n'eût pu se faire une idée avant que de l'avoir vue. La gale, la rogne, la teigne, la fièvre, la peste, quoi encore, les avait défigurés, décharnés, estropiés. Qui ou quoi les avait ainsi mésaventurés ?

Je me sentis immergée dans un ailleurs qui me semblait ne pas exister. Était-ce un ailleurs compréhensible ? Je craignis d'en douter. Si nombreux étaient les moments qui m'avaient plongée naguère dans la plus grande stupéfaction que je me convainquis, tout étant possible en ce monde, que je n'aurais qu'à progresser dans le mystère, fût-ce pas à pas  mystère qui eût fait sombrer quiconque dans le plus grand désarroi  afin d'y découvrir quelque chose de la vérité, pour le moins, une cohérence vraisemblable à quoi me rattacher, un fil d'Ariane peut-être, qui m'aurait emmenée jusqu'au coeur de ce que je pressentais qui se dévoilerait un jour ou l'autre. Bien que ma curiosité, dont vous me savez coutumière, fût près de me tenailler douloureusement, je forçais ma patience. Mes yeux se dessilleraient le moment venu ; j'en avais la certitude.

Quels que fussent les obstacles que j'avais à franchir, je ne reculerais pas. Avais-je peur ? Je n'aurais su le dire : mon esprit était trop occupé, chambardé qu'il était par les ressorts de la logique  induction, déduction, extrapolation, supputation, hypothèses, prévisions, et j'en passe  dans un univers où se mouvait mon imagination. On aurait pu la croire délirante ; elle ne l'était point.

 

NOTES

Titre : Délires tapis dans "des fourrés impénétrables de buis, de myrtes, de lentisques et de genévriers"

Sur l'autre pente, poussent des fourrés impénétrables de buis, de myrtes, de lentisques et de genévriers (Bosco, Mas Théotime,1945)

tapis, singulier tapi, participe passé du verbe se tapir, se cacher.


Ainsi décidai-je,

passé simple, le temps du récit.

L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

 

Là, figée, retenant mon vent, n'osant même pas ciller,

retenir son vent, son souffle, son haleine.

ciller, faire des battements de cils, même involontaires.

Je ne bronche ni ne cille. (Colette, Claudine à l'école)

 

la colonne de miséreux, bancals et tortus

tortu, qui n'est pas droit, qui est de travers.

Elle n'est ni tortue ni bossue, se dit pour vanter la taille d'une femme. Littré

 

une pouillerie dont nul n'eût pu se faire une idée avant que de l'avoir vue

une pouillerie, extrême pauvreté d'un lieu ou de personnes

Étymologie : pou, anciennement pouil

n'eût pu, conditionnel passé 2e forme : n'aurait pu (1re forme)

avant que de l'avoir vue, avant de l'avoir vue

Locutions suivies d'un infinitif : devant que de, avant que de (littéraire)

> Avant que

Tournez donc sept fois fois votre langue dans la bouche avant que de parler !

l'avoir vue

le participe passé vue, employé avec l'auxiliaire avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant : l' représente pouillerie

 

La gale, la rogne, la teigne, la fièvre, la peste, quoi encore

La rogne : gale invétérée, Littré.

Le médecin malgré lui [Molière]

Mon remède guérit, par sa rare excellence

Plus de maux qu'on en peut nombrer dans tout un an ;

La gale,

La rogne,

La teigne,

La fièvre,

La peste,

La goutte,

Vérole,

Descente,

Rougeole,

O grande puissance

De l'orviétan !

quoi encore non suivi d'un point d'interrogation

> Cas où l'on peut omettre le point d'interrogation dans une phrase interrogative

 

Qui ou quoi les avait ainsi mésaventurés ?

mis en péril

Mésaventurer, verbe transitif, rare. Mettre dans une mésaventure; mettre en péril, hasarder. Littré

 

Je me sentis immergée dans un ailleurs qui me semblait ne pas exister

immerger, plonger dans l'eau, dans un liquide ou dans autre chose

émerger sortir de l'eau, etc.

un ailleurs, un lieu situé ailleurs, un autre lieu que celui auquel Oli se trouve en réalité - emploi substantivé de l'adverbe ailleurs

qui me semblait ne pas exister

OU qui ne me semblait pas exister

> On peut choisir la place de la négation dans la phrase, dans certains cas


Si nombreux étaient les moments qui m'avaient plongée naguère dans la plus grande stupéfaction que je me convainquis...

Le participe passé plongée conjugué avec avoir s'accorde avec le pronom m', COD placé avant lui.

La proposition subordonnée corrélative que je me convainquis [que je n'aurais qu'à progresser dans le mystère] est complément de conséquence > Remarque n°3

je craignis, verbe craindre - je me convainquis, verbe convaincre

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

naguère : il y a peu de temps

jadis : autrefois

 

je n'aurais qu'à progresser dans le mystère, fût-ce pas à pas, ne fût-ce que pas à pas, 

ne fût-ce que, ne serait-ce que, quand ce ne serait que. Locution à valeur restrictive et conditionnelle, toujours au singulier, ici dans une incise.

même si c'était pas à pas, quand bien même ce serait pas à pas.

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

 

 mystère qui eût fait sombrer quiconque dans le plus grand désarroi 

le tiret, signe typographique, joue le rôle de la parenthèse dans un contexte littéraire.

> Règles typographiques à respecter pour que votre texte soit agréable à lire

mystère qui eût fait sombrer, aurait fait sombrer, conditionnel passé

 

La métaphore filée, suite de métaphores sur un même thème, ici le thème de l'eau, de la mer :

je me sentis immergée, m'avait plongée, aurait fait sombrer

 

un fil d'Ariane qui m'aurait emmenée

Mythologie - Ariane, amoureuse de Thésée lui donne un fil qui lui permettra de se diriger dans le labyrinthe de Dédale après avoir tué le terrible Minotaure qui y était retenu prisonnier. Mais son amour sera trahi. Thésée préfèrera sa soeur Phèdre, "la fille de Minos et de Pasiphae" [Racine]. Cette dernière le trahira à son tour en tombant éperdument amoureuse de son beau-fils Hippolyte, qui la dédaignera.

Le fil d'Ariane, expression qui signifie un guide, un moyen pour parvenir à se sortir d'une situation difficile.

 

Bien que ma curiosité [...] fût près de me tenailler douloureusement,

proposition subordonnée concessive introduite par la locution conjonctive bien que.

> Bien que est suivi du subjonctif - fût, subjonctif imparfait du verbe être.

 

Quels que fussent les obstacles que j'avais à franchir

proposition subordonnée concessive

quel... que (suivi du subjonctif) à ne pas confondre avec quelque

> Quel que

> Quelque... que

 

Je n'aurais su le dire : mon esprit était trop occupé, chambardé qu'il était par les ressorts de la logique

les deux points : la phrase qui suit n'a pas de majuscule, elle comporte une idée de cause, une explication à ce qui précède.

chambardé, familier, mis en désordre.

chambardé qu'il était , chambardé, attribut de il (en position inversée)

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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