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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 07:26

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C'était sans compter Sissi qui s'était morfondue dans l'attente de mon retour. Quand elle m'aperçut, comme j'étais radieuse, exultant de joie d'avoir cueilli les herbes que je rapportais chez Marie Cratère, quand elle entendit les explications que, jeune novice, j'avais écoutées avec une attention toute particulière, quand elle me regarda disposer avec soin mes précieuses trouvailles, puis, quand elle me vit glisser lentement dans l'eau fraîche, et barboter, et m'ébrouer avec délices, le corps diaphane et écumant, quand enfin je revêtis ma chemise toute parfumée de lavande, la laie éblouie sentit son thorax se resserrer jusqu'à l'étouffer, son coeur battre la chamade et, malgré qu'elle en eût, une secrète rage l'envahir.

 

Elle aurait voulu me crier qu'elle ne consentait pas que la vieille s'emparât de moi. Elle seule, Sissi, pouvait me comprendre et m'aimer. Mais elle était une bête, noire et sauvage, qui sentait le plus souvent la charogne, et, bien qu'elle ressentît au fond du coeur quelque humanité, comment aurait-elle rivalisé avec Marie la sorcière qui savait si bien ensorceler ?

Elle ne pouvait avouer son amour, elle aurait craint que je ne me risse d'elle. Et elle se remémora les instants si précieux qu'elle avait passés ces dernières heures, où je m'étais laissé aller aux confidences comme si nous eussions été des amies de longue date. La passion l'avait prise dans ses rets. Non, elle ne renoncerait pas à laisser la place.

 

Et, un moment après, la voilà qui me guettait, éperdue, alors que je m'affairais dans la masure toute réchauffée par la soupe qui mijotait et clapotait dans le chaudron suspendu dans l'âtre. Je bavardais, inconsciente du drame qui se jouait là, tout près de moi, sans voir le groin humide collé à la fenêtre, et les petits yeux vifs qui me dévisageaient.

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*"O, beware, my lord, of jealousy ; It is the green-eyed monster which doth mock. The meat it feeds on."

William Shakespeare, Othello 

"Attention, monseigneur, à la jalousie ; c'est le monstre aux yeux verts qui tourmente la proie dont il se nourrit."

 

NOTES

comme j'étais radieuse

LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS SE TERMINANT PAR EUX S'ECRIVENT EUX (féminin euse)

précieux, douloureux, calamiteux, faramineux, capiteux...

SAUF bleu (bleue, bleus), hébreu (hébraïque).

Feu dans le sens de décédé récemment, (feu, feus, feue, feues). Invariable, Feu Monsieur, Feu Madame.

Varie lorsque l'adjectif est placé entre le déterminant et le nom, la feue Princesse d'York, les feus enfants du Roi.

> Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

Attention ! Les substantifs se terminant par EU ne prennent pas forcément un X au singulier : adieu, aveu, bleu, camaïeu, cheveu, essieu, émeu, feu, hébreu, enjeu, jeu, lieu, neveu, pieu, voeu...

 

quand elle me vit... barboter

VERBES SE TERMINANT PAR OTER, UN SEUL T.

barboter, clapoter, papoter, roter, chuchoter, tapoter, siroter...

SAUF ballotter, botter, calotter, carotter, crotter, culotter, frisotter, flotter, frotter, garrotter, grelotter, marmotter, trotter.

Voir sur Mots et sons : études grapho-phonétiques

> https://sites.google.com/site/motsetsons/verbes-en--otter

Il existe (ou existait) 28 verbes en -otter.

La réforme de 1990 par souci de cohérence avec les 90 verbes en -oter préconise de supprimer un t... sauf pour les verbes qui sont de la famille d'un mot en -otte.(Ajoutons cette incohérence : un fayot (= celui qui fait du zèle pour se faire bien voir),

la laie éblouie sentit son thorax se resserrer et, malgré qu'elle en eût, une secrète rage l'envahir.

QUELQUES MOTS OÙ L'ON TROUVE TH : thorax, thym, anthracite, anthropophage, athée, chrysanthème, asthme, isthme, posthume, mythologie, térébenthine, jacinthe, rythme, pléthore, etc.

Malgré qu'elle en eût, malgré qu'elle en ait, malgré elle.

L'expression littéraire malgré que j'en aie signifie malgré moi, malgré mes réticences. La personne et le temps peuvent varier : malgré qu'on en ait, malgré qu'il en eût etc.

- L'emploi de MALGRÉ QUE est critiqué. On l'entend souvent dans la langue parlée,

à éviter.

Et pourtant des écrivains comme André Gide, Marcel Proust, George Sand et d'autres encore ont employé malgré que. "J'ai la tête froide malgré qu'on en dise."  George Sand

On peut rapprocher malgré que de quoi que, quoi qu'on en dise.

L'expression synonyme en dépit que j'en aie est très rare.

Voir : Malgré que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ? 

Malgré est une préposition qui introduit un groupe nominal. elle marque la concession, l'opposition.

Malgré les efforts, il n'arrivait pas à se dominer.

Bien qu'il fît des efforts, il n'y arrivait pas.

Synonyme : en dépit de

Malgré moi, à mon corps défendant.  

Pour en savoir plus sur la CONCESSION, voir les emplois du subjonctif

 

bien qu'elle ressentît au fond du coeur quelque humanité

> Bien que, locution conjonctive suivies d'une idée de concession, d'opposition.

Le verbe est au subjonctif.

 

comme si nous eussions été des amies de longue date

Subjonctif plus-que parfait après la locution conjonctive > Comme si

comme si nous avions été des amies de longue date 

Voir l'article sur les conjonctions de subordination

 

comment aurait-elle rivalisé avec Marie la sorcière qui savait si bien ensorceler

Ensorceler : voir note du texte 12, j'ensorcelle, j'ensorcelais, ensorcellement, ensorcelant, ensorceleur.

 

Je m'étais laissé aller aux confidences

le participe passé laissé est invariable lorsqu'il est suivi d'un infinitif.

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...  

 

La passion l'avait prise dans ses rets.

Prendre dans des rets, prendre dans un piège, comme dans un filet.

 

je m'affairais dans la masure toute réchauffée par la soupe

TOUT : Tout feu tout flamme, tout yeux, tout oreilles, tout ouïe, un vêtement tout laine, tout soie.

Pour en savoir + sur tout

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

<< 19 Délires de la vieille Marie toute bouleversée -" L'amour n'a point d'âge : il est toujours naissant."

>> 21 Délires que l'on pourrait croire sans grandes conséquences - There's always tomorrow

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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