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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 08:54

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QUIZ N°22

 

Une phobie est la haine ou la crainte excessive de quelque chose.

Étymologie : Du grec ancien φόβος, phóbos (« effroi, peur »).

Exemple :

La katagélophobie est la peur du ridicule.

Le katagélophobe est celui qui en souffre

 

Retrouvez ou devinez le sens des mots ci-dessous

contenant l'élément PHOBIE.

Les réponses suivent.

1 Zoophobie

Homophobie

Xénophobie

Nosophobie

 

5 Agoraphobie

Anglophobie

Photophobie

Francophobie

Érythophobie, éreuthophobie

 

10 Germanophobie

Cancérophobie

Claustrophobie

Acrophobie

Bacillophobie

 

15 Apiphobie

Cuniculophobie

Coulrophobie

Autophobie

Aviophobie

 

20 Bélénophobie

Bitrochosphobie

Brontophobie

Cheimophobie

Astraphobie

 

25 Acarophobie

Ablutophobie

Anuptaphobie

Cumulophobie

Achluophobie

 

30 Aérodromphobie

Arachnophobie

Arénaphobie

Asthénophobie

Buticulaphobie

35 Aérophobie

Aichmophobie

ou Achmophobie

Algophobie

Anthelmophobie

ou Vermiphobie

Pyrophobie

 

40 Sidérodromophobie

Squalophobie

Ailurophobie

Akousticophobie

Cynophobie

 

45 Dysmorphophobie, dysmorphophie

Émétophobie

Entomophobie

Apopathodiaphulatophobie

Automysophobie

 

50 Phobophobie

Galactophobie

Hypégiaphobie

Ithyphallophobie

Katagélophobie

 

55 Kénophobie

Leucosélophobie

Myrmécophobie

Ophiophobie

Ornitophobie

 

60 Pantophobie

Aquaphobie

Autocheirothanatophobie

Ethylophobie

Gymnophobie

 

65 Gynéphobie

Mysophobie

Mycophobie

Ochlophobie

Paraskevidékatriaphobie

70 Phasmophobie

Graphophobie

Plangonophobie

Placomusophobie

Pruritanophobie

 

75 Hématophobie

Psychopathophobie

Stasophobie

Suiphobie

Taijin kyofusho, (terme japonais)

 

80 Hexakosioihexekontahexa-

-phobie

Hippopotomonstrosesquipedalio-

-phobie

Tératophobie

Thalassophobie

Thanatophobie

 

85 Toxicophobie,

Triskaïdekaphobie

Alopophobie

Hydrophobie

Hylophobie

 

90 Américanophobie

Biphobie

Dyspondéromorphophobie

Calciphobie

Chromophobie

 

95 Nomophobie, mot récent

Anthropophobie

Paraskevidékatriaphobie

Athazagoraphobie

Tokophobie

 

100 Théophobie

 

 

La liste n'est pas exhaustive.

 

Voici les réponses si vous n'avez pas tout trouvé :

1 Zoophobie, angoisse liée à la présence d'animaux

Homophobie, hostilité à l'homosexualité

Xénophobie, détestation des étrangers

Nosophobie, crainte d'attraper une maladie

 

5 Agoraphobie, crainte des grands espaces, crainte de la foule

L'agora était la place publique dans la Grèce antique

Anglophobie, détestation des Britanniques

Photophobie, crainte de la lumière

Francophobie, détestation des Français

Érythophobie, éreuthophobie, peur pathologique de rougir en public

 

10 Germanophobie, détestation des Allemands

Cancérophobie, peur d'avoir un cancer

Claustrophobie, crainte d'enfermement dans un lieu clos

Acrophobie, crainte de se trouver sur une hauteur

Bacillophobie, peur des bacilles et des bactéries

 

15 Apiphobie, peur des abeilles, des insectes qui piquent

Cuniculophobie, peur des lapins

Coulrophobie, peur des clowns

Autophobie, peur de soi-même, de la solitude

Aviophobie, peur de prendre l'avion

 

20 Bélénophobie, peur des aiguilles

Bitrochosphobie, peur des bicyclettes

Brontophobie, peur du tonnerre

Cheimophobie, peur des tempêtes et des orages

Astraphobie, peur des éclairs

 

25 Acarophobie, peur des parasites de la peau, des acariens

Ablutophobie, peur de se noyer

Anuptaphobie, peur de rester célibataire

Cumulophobie, peur des nuages

Achluophobie, peur de l'obscurité

 

30 Aérodromphobie, peur de l'avion, des voyages en avion

Arachnophobie, peur des araignées

Arénaphobie, peur du sable

Asthénophobie, peur de la faiblesse

Buticulaphobie, peur des bouteilles

 

35 Aérophobie, peur de l'air et du vent

Aichmophobie ou Achmophobie, peur des aiguilles et des objets pointus (ciseaux, couteaux, seringue etc)

Algophobie, peur de la douleur

Anthelmophobie ou vermiphobie, peur des vers

Pyrophobie, peur du feu

 

40 Sidérodromophobie, peur de voyager en train

Squalophobie, peur des requins

Ailurophobie , peur des chats

Akousticophobie, peur des sons

Cynophobie, peur des chiens

 

45 Dysmorphophobie, dysmorphophie peur des difformités physiques

Émétophobie, peur de vomir

Entomophobie, peur des insectes

Apopathodiaphulatophobie, peur d'être constipé ou de la constipation

Automysophobie, peur d'être sale ou de sentir mauvais

 

50 Phobophobie, peur d'avoir peur

Galactophobie, peur du lait

Hypégiaphobie, peur des responsabilités

Ithyphallophobie, peur de voir des pénis en érection

Katagélophobie, peur du ridicule

 

55 Kénophobie, peur du noir et de l'obscurité

Leucosélophobie, peur de la page blanche

Myrmécophobie, peur des fourmis

Ophiophobie, peur des serpents

Ornitophobie, peur des oiseaux

 

60 Pantophobie, peur de tout

Aquaphobie, peur de l'eau

Autocheirothanatophobie, peur du suicide

Ethylophobie, peur de l'ivresse, de l'alcool

Gymnophobie, peur de la nudité

 

65 Gynéphobie, peur des femmes

Mysophobie, peur de la saleté, de la contamination par les microbes

Mycophobie, peur des champignons

Ochlophobie, peur de la foule

Paraskevidékatriaphobie, peur du vendredi 13

 

70 Phasmophobie, peur des fantômes

Graphophobie, peur de devoir écrire

Plangonophobie, peur des poupées

Placomusophobie, peur des bouchons de champagne

Pruritanophobie, peur de se gratter en public

 

75 Hématophobie, peur du sang

Psychopathophobie, peur de devenir fou

Stasophobie, peur de devoir rester debout

Suiphobie, peur de soi-même

Taijin kyofusho, (terme japonais) peur d'offenser autrui par l'odeur ou le regard

 

80 Hexakosioihexekontahexaphobie, peur du nombre 666

Hippopotomonstrosesquipedaliophobie, peur des mots trop longs

Tératophobie, peur des monstres

Thalassophobie, peur de la mer

Thanatophobie, peur de la mort

 

85 Toxicophobie, peur de l'empoisonnement

Triskaïdekaphobie, peur du nombre 13

Alopophobie, haine ou crainte des chauves

Hydrophobie,

a- peur morbide de l'eau

b- non-solubilité dans l'eau Des substances dont les molécules ne se lient pas aux molécules d'eau sont dites hydrophobes

Hylophobie, peur des forêts

 

90 Américanophobie, haine des Américains

Biphobie, crainte envers les bisexuels

Dyspondéromorphophobie, peur du poids

Calciphobie, une plante qui ne pousse pas en sol calcaire est dite calciphobe (plus couramment calcifuge)

Chromophobie : une cellule qui ne prend pas de colorant est dite chromophobe

 

95 Nomophobie, peur d'être privé de son téléphone portable

Anthropophobie, peur des gens, peur d'être en compagnie des autres

Paraskevidékatriaphobie, peur du vendredi 13

Athazagoraphobie, peur d'être oublié ou ignoré par quelqu'un à qui vous étiez attaché

Tokophobie, peur d'accoucher

100 Théophobie, peur de Dieu

 

Vous trouverez sur Wikipédia la liste des phobies. Voir ci-dessous.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0.

 

Vous voulez, entre autres, connaître l'origine du mot ? Cliquez sur le nom de la phobie qui vous intéresse.

 

Ablutophobie – Peur de se baigner. Cette phobie est plus une peur de la noyade qu'une peur de l'eau.

Acarophobie – Peur des parasites de la peau, des acariens3.

Acérophobie – Peur de ce qui a un goût sur (acide).

Achluophobie – Peur de l'obscurité et du noir.

Achmophobie / Aichmophobie – Peur des aiguilles et des objets pointus (ciseaux, couteaux, seringues par exemple).

Acrophobie – Peur des hauteurs ; s'accompagne souvent de vertiges.

Aérodromophobie – Peur de l'avion, des voyages en avion4.

Aérophobie – Peur de l'air et du vent5.

Agoraphobie – Peur des espaces publics et, par extension, de la foule ; plus généralement, des espaces où la fuite est rendue difficile (foule, mais aussi lieux déserts).

Algophobie – Peur de la douleur.

Amatophobie – Phobie de la poussière.

Amaxophobie – Peur de la conduite.

Anginophobie – Peur de l’étouffement, notamment par des angines de poitrine.

Angrophobie – Peur de se mettre en colère en public.

Anthropophobie – Peur des gens ou d'être en leur compagnie, une forme de phobie sociale6.

Anuptaphobie – Peur du célibat7.

Apéirophobie – Peur de l'infini.

Apopathodiaphulatophobie – Peur d'être constipé ou de la constipation en elle-même8.

Aquaphobie – Peur de l’eau9.

Arithmophobie – Peur des chiffres.

Asthénophobie – Peur de s'évanouir

Astraphobie – Peur du tonnerre.

Athazagoraphobie – Peur d'être oublié ou ignoré.

Atychiphobie – Peur de l’échec.

Aurophobie – Peur de l'or/de l'aube.

Automysophobie – Peur d'être sale, de sentir mauvais10.

Autophobie – Peur de la solitude11.

Aviophobie – Peur de prendre l'avion12.

Bacillophobie – Peur des bacilles, des bactéries13,14.

Basophobie – Peur de marcher.

Bélénophobie – Peur des aiguilles (cf. achmophobie).

Blemmophobie – Peur du regard des autres.

Borbophobie – Peur des gargouillements.

Brontophobie – Peur du tonnerre.

Cancérophobie – Peur du cancer15.

Cardiophobie – Peur du cœur ou peur d'un développement d'une maladie cardiovasculaire.

Carpophobie – Peur des fruits.

Catapédaphobie – Peur de grimper en hauteur.

Cherophobie – Peur de la gaieté.

Chorophobie – Peur de danser.

Claustrophobie – Peur des espaces confinés16.

Climacophobie – Peur d'utiliser des escaliers, surtout de les descendre.

Coulrophobie – Peur des clowns17.

Cyclophobie – Peur de monter sur une bicyclette ou tout autre véhicule à deux roues.

Dentophobie – Peur du dentiste.

Dysmorphophobie / Dysmorphophie – Peur des anomalies physiques.

Ecclesiophobie – Peur des églises[réf. souhaitée].

Émétophobie – Peur de vomir.

Epistaxiophobie – Peur des saignements de nez.

Éreutophobie – Peur de rougir en public.

Fumiphobie – Peur de la fumée (tabac par exemple)

Géphyrophobie – Peur des ponts (ou de traverser les ponts).

Gérascophobie – Peur de vieillir.

Glossophobie – Peur de parler en public.

Graphophobie – Peur de l'écriture (fait d'écrire).

Gymnophobie – Peur de la nudité.

Halitophobie – Peur d'avoir mauvaise haleine.

Haptophobie (ou Aphenphosmophobie) – Peur d'être touché.

Hématophobie – Peur du contact et de la vue du sang.

Hylophobie – Peur des forêts.

Hypégiaphobie – Peur des responsabilités.

Ithyphallophobie / Medorthophobie – Peur de voir des pénis en érection18.

Katagélophobie – Peur du ridicule.

Kénophobie – Peur de l'obscurité.

Laxophobie – Peur d’être pris de diarrhées impérieuses en public, en dehors de chez soi, et de ne pas arriver à se retenir.

Leucosélophobie – Peur de la page blanche (blocage de l'écrivain) 19.

Maskaphobie – Peur des masques20.

Musicophobie – Peur de la musique.

Mycophobie – Peur des champignons.

Mysophobie – Peur de la saleté, de la contamination par les microbes.

Nécrophobie – Peur des cadavres21.

Nomophobie – Peur d'être séparé de son téléphone portable22. Cette phobie désignerait aussi la peur excessive des lois.

Nosocomephobie – Peur des hôpitaux, cliniques et centres de soin en général.

Nosophobie – Peur de la maladie, d'être malade23.

Nyctophobie – Peur du noir.

Ochlophobie – Peur de la foule.

Odontophobie – Peur du chirurgien-dentiste / des actes médicaux ou chirurgicaux en bouche.

Pantophobie – Peur de tout24.

Pédiophobie :

Pédiophobie – Peur des poupées25

(aussi : peur des enfants).

Phagophobie – Peur de s'étouffer avec des aliments.

Phasmophobie – Peur des fantômes26.

Phobie de type sang-injection-blessure – Sous-type de phobies spécifiques classifié dans le DSM-IV.

Phobie sociale – Peur des ou de certaines situations sociales.

Phobophobie – Peur d'avoir peur (d'être surpris).

Pogonophobie – Aversion envers les barbes / phobie des poils du menton et des joues.

Psychopathophobie – Peur de devenir fou.

Pyrophobie – Peur du feu27.

Scatophobie – Peur des excréments.

Scopophobie – Peur du regard des autres.

Sélénophobie – Peur de la lune.

Sidérodromophobie – Peur de voyager en train.

Spectrophobie – Peur des miroirs (des reflets).

Stasophobie – Peur d'avoir à rester debout28.

Taphophobie – Peur des tombes ou d'être enterré vivant.

Téléphonophobie – Peur de répondre au téléphone.

Tératophobie – Peur des monstres.

Thalassophobie – Peur de la mer.

Thanatophobie – Peur de la mort.

Théophobie – Peur de Dieu.

Tokophobie – Peur d'accoucher.

Trichophobie – Peur des poils et de la pilosité.

Trypophobie (en) – Peur des trous.

 Phobies animales

Article détaillé : Zoophobie.

Ailurophobie – Peur des chats.

Alektorophobie – Peur des poulets.

Anthelmophobie – Peur des vers.

Apiphobie – Peur des abeilles ; par extension, peur des insectes possédant un dard ou pouvant piquer.

Arachnophobie – Peur des araignées.

Chiroptophobie – Peur des chauves-souris

Cuniculophobie – Peur des lapins.

Cynophobie – Peur des chiens.

Entomophobie – Peur des insectes.

Herpétophobie – Peur des reptiles ou amphibiens.

Hippophobie – Peur des chevaux, des équidés.

Ichthyophobie – Peur des poissons.

Lépidophobie – Peur des papillons29 qui sont des lépidoptères (Lepidoptera), d'où le nom.

Musophobie – Peur des souris ou rats.

Myrmécophobie – Peur des fourmis.

Ophiophobie – Peur des serpents.

Ornithophobie – Peur des oiseaux.

Squalophobie – Peur des requins.

Affections non-psychologiques

Hydrophobie rabique – Peur morbide de l'eau, en tant que symptôme de la rage.

Osmophobie – Hypersensibilité aux odeurs.

Phonophobie – Hypersensibilité au son.

Photophobie – Hypersensibilité à la lumière.

Superstitions

Hexakosioihexekontahexaphobie – Peur du nombre 666 (30).

Paraskevidékatriaphobie – Peur du vendredi 13.

Tétraphobie – Peur du chiffre 4.

Triskaïdékaphobie – Peur du nombre 13

Préjugés et discriminations

Article principal : Liste des termes anti-ethniques et anti-nationaux.

Le suffixe -phobie est utilisé pour créditer les termes qui dénote un sentiment particulier d'anti-ethnicité ou anti-démographique, par exemple américanophobie, europhobie, francophobie et hispanophobie. Souvent un synonyme avec le préfixe « anti- » est dénoté (ex. antiaméricanisme). Des sentiments antireligieux sont exprimés par des termes tels que christianophobie et islamophobie. Souvent, les termes eux-mêmes peuvent être considérés comme racistes, par exemple « négrophobie ». D'autres préjugés incluent :

Acéphobie - Peur ou rejet des asexuelles

Androphobie – Peur de l'homme (sexe masculin).

Biphobie – Peur ou rejet des personnes bisexuelles.

Christianophobie – Peur ou rejet de la religion des chrétiens.

Gérontophobie – Peur ou rejet des personnes âgées.

Gynéphobie ou gynécophobie – Peur ou rejet des femmes.

Hétérophobie – Peur ou rejet des hétérosexuels.

Homophobie – Peur ou rejet de l'homosexualité ou des homosexuels.

Islamophobie – Peur ou rejet de la religion des musulmans

Judéophobie – Peur ou rejet de la religion des juifs.

Lesbophobie – Peur ou rejet des lesbiennes.

Pédophobie / Pédiophobie – Peur ou rejet des enfants (aussi : peur des poupées).

Psychophobie – Peur ou rejet des maladies mentales.

Technophobie – Peur ou rejet du progrès scientifique et technologique (voir : luddisme).

Transphobie – Peur ou rejet des personnes transidentitaires.

Xénophobie – Peur ou rejet des étrangers en général.

Biologiques / chimiques

Les biologistes utilisent un nombre de termes -phobie / -phobe pour décrire des prédispositions de plantes et animaux dans certaines conditions.

Acidophobie / Acidophobe – Préférence aux conditions non-acides.

Chemophobie - Peur des produits chimiques.

Héliophobie – Sensibilité à la lumière du soleil.

Hydrophobie – Sensibilité à l'eau.

Lipophobicité – Sensibilité aux corps gras.

Myrmécophobie – Action répulsive de plantes vis-à-vis des fourmis.

Photophobie – Réponse phototropiste, ou tendance à rester hors de la lumière.

Superhydrophobe – Propriété donnée aux matériaux difficilement humidifiables.

Thermophobie – Peur de la chaleur

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:26

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En entrant dans le hall — pouvait-on l'appeler ainsi tant il était étroit et presque sombre, ce qui m'étonna pour une bibliothèque digne de ce nom — je me sentis plongée dans un monde qui n'avait rien à voir avec ce que j'avais imaginé. Il me revint soudain en mémoire la description d'une autre bibliothèque qui avait dû donner du fil à retordre° aux lecteurs qui s'y aventurèrent.

 

L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement...*

 

Mais ici, bien qu'on pût voir en enfilade de petites salles carrées en nombre indéfini, infini peut-être, non seulement situées sur le plan horizontal de l'étage où je me trouvais, mais aussi sur un nombre d'étages innombrables puisque l'ascenseur qui y conduisait, au lieu d'inscrire le numéro de chacun d'eux — la place pour écrire tous les numéros aurait manqué — se contentait de trois boutons qui indiquaient, l'un le rez-de-chaussée au cas où l'on aurait voulu ressortir du bâtiment, le deuxième montrait un plus (+) qui permettait d'accéder à l'étage supérieur, et le troisième un moins (–) grâce auquel on pouvait descendre quand le désir se faisait sentir ; on eût pu douter que l'espace fût plus restreint que celui de la bibliothèque borgèsienne.

À la gauche de l'ascenseur se trouvait un escalier en colimaçon qui, aussi loin que le regard se portait, tournoyait jusqu'au fond d'un puits faiblement éclairé, et de moins en moins, au fur et à mesure que l'oeil essayait de franchir la distance la plus éloignée possible ; mais était-ce vraiment le fond que l'on distinguait ou bien l'illusion était-elle si parfaite que l'on croyait s'y abîmer tout entier, et vertigineusement, jusqu'au centre de la terre, ou aux antipodes, qui sait ? Et si le regard se dirigeait vers le haut, la tête tournait, comme on l'a vu dans le film fameux** où Alfred Hitchcock fait monter Scottie dans la tour Coit, qui se révélera infernale pour son personnage acrophobe, incarné par James Steward à la poursuite de la sensuelle et énigmatique Kim Novak ; on sait qu'un judicieux moyen technique, le travelling compensé, fit que la vision de l'escalier étroit, mouvant et élastique que gravit le héros devint un insupportable cauchemar dû au vertige dont il souffrait. Je ressentis le même malaise en projetant mon regard dans la direction qui visait le sommet de l'escalier, lequel me semblait tourbillonner, et je me demandai comment il se faisait que je ne pusse apercevoir la coupole du bâtiment alors que de l'extérieur j'en avais aperçu le dôme doré sans remarquer qu'il était aussi haut.

Peut-être était-ce un effet de mon imagination mais je me convainquis que cet escalier n'avait pas de fin, quelque direction verticale qu'on voulût choisir.

 

De fait, je n'étais pas là pour rester longuement à tergiverser sur les mystères architecturaux de cette bibliothèque particulière mais bien pour en apprécier ses merveilles, à savoir les beaux livres qui s'offraient à portée de main.

.......................................................................

 

*L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque)... interminablement.

Extrait de La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges, 1941, traduction Ibarra

citée dans le texte n°109

Voir sur la toile :  La Bibliothèque de Babel - La page de Zombre

 

**Vertigo, Sueurs froides en français, film américain d'Alfred Hitchcock (1958). Adaptation du roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, D'entre les morts.

Film culte qui se situe dans la liste des dix meilleurs films de toute l'histoire du cinéma.

On remarque dans le film de nombreuses connotations sexuelles qui entourent le personnage de Scottie et Alfred Hitchcock ne laisse pas d'ironiser sur son impuissance.

Un détail : La tour Coit se visite à San Francisco !

 

NOTES

en entrant dans le hall, je me sentis plongée dans un monde

Un hall, anglicisme qui vient du mot français halle, XVIIème siècle.

 

Donner du fil à retordre°, mettre durablement en difficulté.

L'expression provient de ce que les retordeurs de fils de laine au moyen âge avaient beaucoup de difficultés pour faire ce travail qui visait à renforcer la solidité des fils retors.

 

un escalier en colimaçon qui tournoyait jusqu'au fond d'un puits

colimaçon, du normand calimachon qui veut dire escargot, limaçon à coquille, ou escalier à vis. Il a une forme hélicoïdale.

Il existe un escalier à double hélice (double colimaçon) au château de Chambord, fait de telle sorte que deux personnes peuvent monter et descendre en même temps sans se rencontrer jamais  !

Ne pas confondre le mot hélice avec le mot spirale qui est une courbe plane et non pas en trois dimensions.

Faites l'expérience de demander à quelqu'un que vous connaissez bien de décrire une spirale. Immanquablement il fera un geste décrivant une hélice, à moins qu'il ne soit un mathématicien patenté. Il sera dans l'erreur, ce que vous ne manquerez pas de lui dire, histoire d'étaler vos connaissances !

La spirale est une courbe qui commence en un point central puis s'en éloigne de plus en plus, en même temps qu'elle tourne autour.

 

On eût pu douter que l'espace fût moins restreint

On aurait pu douter que l'espace fût moins restreint

eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

fût subjonctif imparfait (concordance des temps)

Et pour en savoir + voir l'article :

> Douter que, douter si, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

jusqu'au centre de la terre, jusqu'aux antipodes, qui sait ?

Les antipodes, nom masculin, employé au pluriel.

Sur terre, point diamétralement opposé à celui où l'on a les pieds. En grec ancien, pod : pied

 

la tour Coit qui se révèlera infernale pour son personnage acrophobe

Acrophobie, phobie des hauteurs et du vide qui provoque angoisse et panique.

 

le dôme et la coupole

Le dôme est, à l'extérieur, un toit circulaire ou elliptique et, comme il est convexe, la coupole en est la voûte concave à l'intérieur.

 

<< 110 Délires imprudents -"Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime"*

>> 112 Délires sur une description qui met à mal la patience du lecteur - Le torche-cul de Gargantua

 

On trouve dans le texte le mot acrophobe.

Quiz sur les phobies

Les phobies – Leurs noms à décrypter – QUIZ

Zoophobie

Homophobie

Xénophobie

Nosophobie

Agoraphobie

Anglophobie

Photophobie

Francophobie

Érythophobie, éreuthophobie

etc.

Voir le quiz :

> Les phobies – Leurs noms à décrypter

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 19:11

 UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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Ah ! Ces Normands !  

 

Un siècle et demi après que Rollon, le Viking, eut obtenu du roi de France les terres qui allaient devenir La Normandie, Guillaume Le Conquérant, Duc de Normandie, battit Harold, le dernier roi anglo-saxon, à Hastings en 1066.

Il fut couronné roi et devint Guillaume 1er d'Angleterre. Il apportait avec lui, dans la fière Albion, sa langue, un dialecte local roman, mêlé de picard, de francien (dialecte de l'Île-de-France), et de poitevin, qui devint l'anglo-normand.

 

Le vieux norrois scandinave, la langue des ancêtres normands, n'avait pas survécu. Seule une cinquantaine de mots de cette langue, pour la plupart se référant à la mer, se retrouvent dans le français d'aujourd'hui : grès, banquise, crique, écume, étrave, hauban, hune, quai, quille, sauna, ski, tangage, varech, etc.

 

Ainsi donc s'installèrent en Angleterre environ soixante-mille Franco-Normands. Les classes dirigeantes de la société normande ne prirent pas la peine d'apprendre la langue du pays. On raconte que Guillaume commença à quarante-trois ans l'étude de l'anglais pour y rendre la justice.

 

Il va sans dire qu'un bon nombre de mots d'origine française se retrouvent dans la langue anglaise d'aujourd'hui. Ils correspondent souvent à une langue plus recherchée que les mots d'origine anglo-saxonne.

On citera comme exemples :

to perish, to die.

to combat, to fight.

to finish, to end.

Cf. Claude Hagège

 

L'anglo-normand, langue des rois Plantagenêts et des grands seigneurs, fut la langue officielle de l'Angleterre jusqu'au XIVe siècle.

 

"Dieu est mon droit" peut-on lire encore aujourd'hui sur les armes de Grande Bretagne. Et  "Honni soit qui mal y pense" reste la distinction la plus haute de la noblesse anglaise, la devise de l'Ordre de la Jarretière.

C'est ainsi qu'en 1347 s'était exclamé Édouard III lorsqu'il avait renoué la jarretière de sa maîtresse lors d'un bal.

 

Les Normands ne se contentèrent pas de poser le pied dans les îles Britanniques, ils essaimèrent partout en Europe et au-delà. Ils s'installèrent durablement en Italie du Sud et en Sicile et devinrent des comtes, des princes et des rois.

 

 UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 20:42

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Je craignis que, aussitôt que manifesté, mon empressement à suivre Alcofribas ne me portât préjudice. Qu'avais-je à lui témoigner tant d'inclination ? Je le connaissais encore si peu ! Ne m'étais-je pas promis de garder les distances nécessaires afin qu'il ne se fît pas beaucoup d'illusions sur les sentiments que je lui portais ? Et voilà que je me surprenais à laisser éclater mon enthousiasme à la première suggestion qu'il me faisait ! Je ne me pardonnerais pas de si tôt de lui avoir montré ainsi le plaisir que j'éprouvais d'être en sa compagnie.

 

Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime, c'est la spontanéité du vouloir.*

Mais le voulais-je vraiment ou plutôt voulais-je m'en défendre ? C'est le dilemme douloureux qui me déchirait le cœur.

Éprouverais-je un jour assez de confiance et de sérénité pour me donner tout entière à une personne digne d'être aimée ?

Ce fut avec ces sentiments tourmentés que je me laissai conduire à la bibliothèque dont Alcofribas m'avait laissé entendre qu'elle renfermait des ressorts énigmatiques.

 

Prétatou, la queue entre les jambes, voyait d'un mauvais œil que je me laissasse embarquer dans des péripéties dont je ne connaissais ni les tenants ni les aboutissants, d'autant plus que je lui enjoignis de ne point pénétrer dans ce lieu, mais plutôt de m'attendre sagement à l'entrée. Il craignait de ne pouvoir m'aider à sortir des griffes de prédateurs éventuels et il sentit cruellement son impuissance à me venir en aide.

 

« Tu sais combien je te suis dévoué, petite Oli, grogna-t-il. Et voilà que tu m'empêches de te venir en aide si d'aventure un prédateur sortait ses griffes. Qu'es-tu venue te fourrer dans cette galère ? »

.................................................................

*Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime, c'est la spontanéité du vouloir.

Fénélon, François de Salignac de La Mothe Fénelon

 

NOTES

Je craignis que, aussitôt que manifesté, mon empressement à suivre Alcofribas ne me portât préjudice.

Aussitôt que manifesté, proposition adverbiale averbale.

Averbal : sans verbe.

Voir les articles :

> Valeurs et emplois du subjonctif

craindre, verbe exprimant un sentiment est suivi du subjonctif

> NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

a : préfixe privatif = sans

amnésie, amoral, anonyme, aphasique, apolitique, asexué, asymétrique, athée...

Les autres préfixes privatifs

in qui devient im, il ou ir voir la note du texte Les Délires n°4

anti, antiviral, antipodes...

dé, dés, démotivé, désorganisé...

 

C'est le dilemme douloureux qui me déchirait le coeur

Un dilemme et non pas un dilemne.

Mots contenant MN voir la note du texte n°47

 

je lui enjoignis de ne point pénétrer dans ce lieu

Enjoindre, ordonner, imposer.

On enjoint à quelqu'un de faire quelque chose.

On enjoint quelqu'un de faire quelque chose.

On enjoint quelqu'un à faire quelque chose.

Les trois constructions se pratiquent mais seule la première est correcte.

 

<< 109 Délires de bibliolâtre

>> 111 Délires hitchcockiens - QUIZ 22 - Mots contenant l'élément phobie

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 09:26

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« Je n'ai point surpris mon esprit avec un moment de plaisir tranquille, depuis que je suis hors d'auprès de vous »*

C'est avec ces mots inattendus qu'Alcofribas m'accueillit le lendemain sitôt que j'eus franchi le portail du Jardin des Délices.

Si je n'eusse point aimé sa manière, je m'en fusse allée sur le champ, mais je trouvai la formule exquise bien que surannée.

Avait-il flairé, tel un chien d'arrêt, que je n'étais pas une jeune fille ordinaire et qu'il lui faudrait s'appliquer beaucoup pour que je m'intéressasse à lui. Je craignis un instant qu'il en voulût faire un peu trop. Le style du XVIIème siècle n'était plus de rigueur et La Carte du Tendre avait fait long feu.

Cela me fit chaud au coeur, malgré tout.

 

« S'il vous plaît, madame, de me laisser vous guider dans ce jardin comme je le fis hier, me proposa-t-il, permettez à votre serviteur de vous prendre la main. Je vous fais la promesse que vous ne serez pas déçue. »

Je lui répondis du tac au tac.

« Je ne puis empêcher à une galante personne telle que vous de me suggérer le meilleur choix possible. Vous me connaissez peu, mais assez pour savoir me distraire. Je me fie à vous. »

J'aurais bien ajouté : « tout en gardant les yeux ouverts. » ou bien : « je me tiens tout de même sur mes gardes. », mais j'aurais eu peur de l'indisposer à mon égard.

 

« J'imagine que vous aimez les bibliothèques, dit-il d'un ton qui n'admettait aucune contestation. Il en est une dans ce jardin qui ne laisse de surprendre. On y voit des choses qui tiennent du merveilleux. Vous m'en direz des nouvelles !

Certes j'avais entendu parler de bibliothèques peu ordinaires : comme celle d'Alexandrie dont les ouvrages précieux et irremplaçables s'étaient consumés par accident, la Bibliothèque de Babel dont la description laisse pantois, la bibliothèque du monastère du Nom de la Rose qui devait renfermer le tome 2 de La Poétique d'Aristote, ouvrage soi-disant perdu à jamais, la Bibliothèque de Diderot qu'acquit Catherine de Russie, admiratrice de notre philosophe des Lumières, la bibliothèque dublinoise de Trinity Collège où sont exposées les merveilles médiévales : The Book of Dimma, The Book of Armargh en gaélique, et l'incontournable Book of Kells dont l'enluminure de l'Évangile selon Saint-Matthieu est inégalée. Je m'arrête ici de dérouler la liste des bibliothèques fameuses dont tu n'auras de cesse, cher lecteur, d'en connaître les curiosités, si tant est que cela soit possible.

 Pour ce qui était de celle dont me parlait Alcofribas, je demandais à voir. 

...............................................................

*Je n'ai point surpris mon esprit avec un moment de plaisir tranquille, depuis que je suis hors d'auprès de vous. Mademoiselle de Scudéry

Langage précieux. En clair : Je n'ai pas eu un seul moment de plaisir tout le temps où je n'ai pas été auprès de vous.

 

NOTES

Titre : Délires de bibliolâtre

Un bibliolâtre est celui qui idolâtre les livres.

Un bibliomane, un bibliophile.

 

sitôt que j'eus franchi le portail

eus franchi, passé antéreur

dès que j'eus franchi le portail

aussitôt que que j'eus franchi le portail

après que j'eus franchi le portail

la locution conjonctive > Sitôt que 

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

La Carte du Tendre avait fait long feu

Mademoiselle Madeleine de Scudéry, dite Sappho, 1607-1701, femme de lettres qui fréquenta l'Hôtel de Rambouillet où se réunissaient chaque samedi les écrivains et les célébrités.

Elle écrivit des romans précieux, notamment Clélie, histoire romaine, où l'on peut se promener grâce à la Carte du Tendre (oeuvre collective) qui figure un pays imaginaire et allégorique dont la géographie est propice à l'amour :

L'amoureux recherche sa dame dans des villes, Tendre-sur-Estime, Tendre-sur-Reconnaissance, Tendre-sur-Inclination et des villages Jolis Vers, Générosité, Grand Cœur, Billet doux, Sensibilité, mais aussi et pour son malheur Négligence, Oubli, Perfidie, Orgueil… Il traverse des fleuves Estime, Reconnaissance, Inclination, mais les mers ont pour noms Dangereuse ou d'Inimitié, et attention à ne pas choir dans le lac d'Indifférence !

 

Si je ne n'eusse point aimé sa manière, je m'en fusse allée sur le champ.

subjonctif plus-que-parfait dans les deux propositions

Voir la conjonction de subordination > Si

 

je trouvai la formule exquise bien que surannée

Suranné, archaïque, vieilli, démodé. qui date d'une autre époque.

 

Je ne puis empêcher à une galante personne telle que vous de me suggérer le meilleur choix possible.

ou

Je ne puis empêcher une galante personne telle que vous

On trouve parfois dans la littérature empêcher à quelqu'un de faire quelque chose au lieu de la construction courante empêcher quelqu'un de faire quelque chose. D'après Grevisse.

 

des bibliothèques

La bibliothèque d'Alexandrie était la plus célèbre bibliothèque de l'Antiquité à Alexandrie en Égypte fondée en -288 . Elle brûla en 642.

La Bibliothèque de Babel  nouvelle de Jorge Luis Borges, 1899-1986, une métaphore très remarquable de la littérature.

Vue dans Le Nom de la Rose, la bibliothèque du roman de Umberto Eco, italien, né en 1932, à la fois romancier, essayiste, philosophe, linguiste, spécialiste de la sémiotique. Et un homme d'un humour, d'un humour, je ne vous dis que ça !

Cette bibliothèque s'inspire de la précédente.

 

Elle ne laisse de surprendre, elle ne cesse pas de surprendre.

Ne pas laisser de + infinitif, (littéraire) ne pas cesser de, ne pas manquer de, n'être pas sans.

J'énonce là des idées qui ne laissent pas de vous étonner, n'est-il pas vrai ?

 

<< 108 Délires qui me torturent

>> 110 Délires imprudents -"Il est vrai qu'on veut aimer l'objet qu'on aime"*

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 18:55

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Alcmène me regarda, étonnée, lorsque je rentrai ce jour-là.

« C'est étrange me fit-elle observer, on dirait que tu as quelque chose de changé. Dis-moi un peu comment s'est déroulée ta promenade. Je t'envie de pouvoir t'éclipser ainsi sans avoir de compte à rendre à personne. Mais ma parole, ajouta-t-elle en scrutait ma mine épanouie, tu aurais vu s'ouvrir devant toi la caverne recélant les merveilles des Mille et une nuits que tu n'aurais pas la mine plus radieuse. Sont-ce les secrets de l'univers que tu as découverts avec Roboland1 ? »

J'hésitai. N'était-il pas trop tôt pour dévoiler un sentiment qui venait de naître ? Étais-je assurée de ne pas me fourvoyer encore une fois dans un labyrinthe d'émotions qui précipiterait ma perte ?

 

L'aveuglement se dissipa soudain comme vapeur et je me mis à réfléchir à ce qui m'arrivait. La vie m'avait appris que je ne devais en aucun cas succomber au premier numéro de charme qui aurait quelque impact sur ma personne, a fortiori s'il venait d'un inconnu dont je ne savais rien. Je me remémorai par le menu les étapes qui m'avaient enchantées lors de cette première rencontre. S'était insinuée dans mon esprit une perverse fasciole qui commençait à me dévorer. Était-ce à ce point douloureux qu'il me faudrait renoncer à revoir ce jeune homme plein de séduction ? J'avais eu, jusqu'à ce jour, une vie bien éprouvée. Ne devais-je point lutter contre un feu dévorant qui, si je le laissais prendre le pas sur ma raison, consumerait toute clairvoyance ?

« Alcofribas, murmurai-je dans un souffle. Il s'appelle Alcofribas2.  

Tu m'as l'air bien harponnée, se désola Alcmène. Je t'ai dit mille fois : " Prends garde !" »

 

C'était une situation dont rien, ni personne, n'auraient su empêcher qu’elle fût rude et grave.3

 

Prétatou, qui n'avait rien perdu de ce qui m'arrivait, acquiesça.

« Elle lutte contre le feu dévorant qui est près de consumer sa clairvoyance, aboya-t-il en écho »

...................................................................

1Pour en avoir plus sur Roboland, voir les Délires n°96 et n°97

 

2-Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais.

L'écrivain publie Pantagruel sous ce pseudonyme en 1532 ainsi que Gangantua en 1534. Grand bien lui fait puisque ses écrits suivants seront interdits.

 

3- Une situation dont rien, ni personne, ne sauraient empêcher qu’elle soit rude et grave. Charles de Gaulle.

 

NOTES

Alcmène me regarda, étonnée

Étonné et surpris 

"Chacun a ses faiblesses. Littré en avait pour sa bonne. Un jour qu’il la lutinait, Madame Littré poussa la porte et s’écria : « Ah, monsieur, je suis surprise ! » Et le regretté Littré, se rajustant, lui répondit : « Non, madame, vous êtes étonnée. C’est nous qui sommes surpris. » 

 

La caverne recélant les merveilles des Mille et une nuits

Les Mille et Une Nuits est un recueil anonyme de contes populaires en arabe, d'origine persane et indienne.

L'origine des Contes des Mille et Une Nuits est difficile à connaître car ils ont été transmis oralement, probablement de l'Inde à l'Iran, et au monde arabe.

Leur première version écrite date du XIIIème siècle. 

Résumé

Le sultan Schahriar, trahi par son épouse, la condamne à mort. À partir de ce jour-là, il assassine chaque matin la femme qu'il a épousée la veille, sûr ainsi de ne plus être trompé. Il se marie avec Shéhérazade, la fille du Grand Vizir. Elle a l'idée de raconter à son mari une histoire qu'elle laisse en suspens chaque nuit. Le sultan, avide de connaître la suite de l'histoire lui laisse la vie sauve, et ainsi de suite chaque soir. Au bout de mille et une nuits, il renonce à vouloir la tuer.

 

Dans ce texte des Délires, la caverne remplie de merveilles renvoie au conte de Ali Baba et les quarante voleurs. Le héros est stupéfait de découvrir les trésors lorsque la porte s'ouvre quand il prononce la fameuse phrase « Sésame, ouvre-toi. »

 

a fortiori s'il venait d'un inconnu dont je ne savais rien

a fortiori ou à fortiori

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

s'était insinuée dans mon esprit une perverse fasciole

Une fasciole, ver qui parasite le foie et les voies biliaires de certains animaux.

Synonyme, la douve (du foie) qui peut contaminer l'homme lorsqu'il mange du cresson sauvage. On ne peut s'en défaire, et l'on meurt, grignoté de l'intérieur.

 

tu m'as l'air bien harponnée

Harponner - Ce terme est parfois employé par certains banquiers qui usent et abusent de moyens visant à faire acheter à leurs clients des produits dont ces derniers n'ont nul besoin mais qui rapportent gros à la banque.

Ils harponnent les clients crédules souvent ignorants et peu argentés et leur font parfois perdre beaucoup d'argent. Méfiance !

 

<< 107 Délires suaves et foudroyants

>> 109 Délires de bibliolâtre

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 19:06

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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 « Dis-moi pourquoi le vent... »
 

L'autre jour, Victor, mon petit-fils de deux ans a posé, à sa maman, une question :« Dis-moi, pourquoi le vent ? » C'était son premier pourquoi.
Cette interrogation qui peut paraître anodine et naturelle, serait la première d'une longue liste d'autres pourquoi :
« Dis-moi, pourquoi la France ?* »
Et comme son chinchilla est originaire du Chili :
« Dis-moi, pourquoi le Chili ? »
Et voilà qu'on lui donne à qui mieux mieux des explications à sa mesure.

Un jour peut-être, lorsqu'il sera plus grand, me demandera-t-il :
« Dis-moi, pourquoi le français ? »
Je ne me déroberai pas devant sa petite frimousse tout éclairée de curiosité. Et je lui raconterai, comme un conte passionnant, plein de rebondissements, l'histoire de la Langue Française.
.....................................

Il faut remonter en des temps très anciens où la France ne s'appelait pas encore la France et où le français, qui se déclinait en de multiples dialectes, n'était pas encore une langue écrite.

À la tête d'un vaste empire qui s'étend du Danemark à la Lombardie, de l'Elbe à l'Ebre, Charles Ier le Grand, dit  Charlemagne, laisse, à sa mort en 814, son empire à son fils Louis le Pieux ou le Débonnaire.
Louis le Pieux, pour satisfaire ses fils qui se querellent au sujet de sa succession, partage cet empire en trois parts pour ses trois fils : son aîné Lothaire, Louis le Germanique et Charles Le Chauve.
À la mort de son père en 840, Lothaire veut s'emparer du pouvoir mais ses frères se liguent contre lui. Une sanglante bataille défait Lothaire qui s'enfuit.
En 842, les deux princes, Louis et Charles, se rencontrent à Strasbourg, non seulement pour conclure une alliance contre Lothaire, mais pour que chacun des deux reconnaisse à l'autre son droit à un royaume.
Comme on parle le tudesque, une langue germanique, dans le royaume de Louis, et une langue romane dans le royaume de Charles, les Serments de Strasbourg sont écrits dans les deux langues. Louis le Germanique prête serment dans la langue romane et Charles le Chauve dans la langue germanique.
Ainsi sont fondés deux royaumes, chacun sur le critère le plus naturel, celui de la langue.

Jusqu'alors, on consignait les écrits en latin.
Le « Serment » rédigé en langue romane fut le premier texte en langue vernaculaire et la chose était si sacrilège que cet écrit aurait bien disparu s'il n'avait été sauvé par un cousin des princes.
Les termes qu'on relève dans le « Serment » sont en langue d'oïl, la langue d'oc ou occitane étant parlée dans le sud de la France.

C'est ainsi que naquit la langue française.

NOTES

Louis le Débonnaire.
Débonnaire signifie extrêmement bon, clément, paternel.
La débonnaireté, la bonté, la bienveillance, la mansuétude.

Le latin est une langue indo-européenne.

Du latin vulgaire sont issues les langues romanes comme le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le romanche, etc.
Le latin vulgaire (l'adjectif, ici, n'a aucun sens péjoratif) était le latin que parlaient les populations, le latin populaire par opposition au latin écrit, laquelle était la langue savante, la seule autorisée par l'Église à cette époque.
Le latin écrit a eu le mérite de permettre les échanges entre  les érudits de toute l'Europe.

Une langue vernaculaire, une langue propre à un pays.

...........................

*Jacqueline de Romilly, Académicienne, ne s'est-elle pas posé la question, ou ne nous l'a-t-elle pas posée dans son livre : "Pourquoi la Grèce ?" Je ne vous saurais trop vous recommander la lecture de ce texte tout à fait passionnant .

Mamiehiou

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Article connexe → Mots d'enfant – Les perles de Victor

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 15:42

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Fascinée par cette étrange table circulaire où s'étalaient en rayons divergents les couloirs du temps*, je me complus à étudier, inscrites en des signes le plus souvent cabalistiques, alphabets improbables qui se perdaient dans la nuit du passé, les civilisations. Et ce fut un plaisir visible pour mon accompagnateur de m'en expliquer les imbrications.

La leçon dura ce qu'il fallait pour que, lassée de l'interroger, je craignis qu'il ne se lassât, lui aussi, de me répondre. Mais il se faisait fort d'exercer une amabilité toute bienveillante et il s'appliquait en souriant. Il aurait pu me faire sentir que tout dans ma conduite était d'une puérile naïveté, à voir l'ébahissement que je montrais à chaque fois qu'il me donnait l'explication demandée, mais la délicatesse dont il faisait preuve, l'indulgence qu'il montrait dans ses considérations traitant des causes et des conséquences de chaque point abordé, alors qu'il aurait pu se moquer de mon ignorance et de ma candeur, lui donnaient un air charmant comme celui que l'on voit sur le visage des pères soucieux d'instruire leurs enfants encore ignorants des choses de ce monde.

Ma reconnaissance était telle que j'aurais voulu la lui témoigner d'une façon peu ordinaire, mais le seul mot qui sortit de ma bouche, lorsque notre conversation prit fin, fut un merci à peine audible, si grande était l'admiration que je portais à mon interlocuteur. Moi qui, d'ordinaire, n'étais pas sujette à des accès de timidité, je sentais confusément que la situation où je me trouvais ne ressemblait à aucune de celles que j'avais connues.

L'émotion que j'avais éprouvée lorsqu'il m'avait saisi la main, la douceur et la patience qui animaient ses propos didactiques, exercèrent sur moi un effet tout à fait imprévisible. J'aurais voulu que cette heure n'eût pas de fin.

Savais-je à ce moment-là que s'éveillaient des sens encore tout embrouillés dans le désert de mon cœur ?

D'aussi loin qu'il m'en souvienne, c'était la première fois qu'un jeune homme s'intéressât à ma personne, et ce fut ce jour-là.

 

Nous restâmes quelques instants silencieux, pour jouir plus profondément de la sensation délicieuse d'être ensemble.

Ô prodige ! Sublime brûlure ! Douceur ineffable ! Euphorie fulgurante ! Séisme cérébral où se révèlent à la fois tout ce qui est possible et son contraire !

.................................................................

*Les Couloirs du Temps, 1998. Les Visiteurs 2, film français réalisé par Jean-Marie Poiré. Suite du film Les Visiteurs,1993.

 

NOTES

Titre : Délires suaves et foudroyants

antithèse qui opposent les deux adjectifs.

suave, délicieux, doux, exquis, délicat, gracieux, harmonieux.

Peut qualifier un parfum, une musique, un sentiment.

La suavité, suavement.

 

je me complus à étudier les civilisations

Complaire se conjugue comme plaire.

+Acquiescer aux idées, aux goûts d'autrui pour lui faire plaisir, pour lui plaire.

Il aime plaire et complaire.

Quel flatteur!  Il cherche toujours à me complaire.

Se complaire, prendre un plaisir personnel à faire quelque chose.

Il se complaît à vous être agréable.

Ce verbe peut avoir un sens péjoratif.

Il se complaît dans ses mensonges, dans sa veulerie.

La Nouvelle orthographe donne : il plait, il déplait, il complait

Réforme de l'orthographe

Plu, complu, déplu.

Ces participes passés sont invariables.

Elle s'est plu (complu, déplu) à me raconter cette histoire.

Mais, on précise dans le Bon usage de Grevisse qu' il y a une tendance à accorder ces participes comme ceux des autres verbes pronominaux.

Cette forme n'est pas considérée comme correcte.

Elle s'était plue à me la raconter. 

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26

 

inscrite en des signes le plus souvent cabalistiques

Des signes cabalistiques

sens figuré : des signes incompréhensibles.

 

alphabets improbables qui se perdaient dans la nuit du passé

L'alphabet, mot formé sur les deux premières lettres grecques alpha et bêta.

On estime que les premiers signes à caractère symbolique comme le sont ceux d'un alphabet, motifs retrouvés récemment chez des bushmen d'Afrique du Sud, remonte à 60 000 ans, des incisions sur des coquilles d'œuf d'autruche !

Les grottes françaises recèlent des signes datant de 30 000 à 12 000 ans.

Au XVème siècle avant J.C. on utilise un alphabet consonantique, ancêtre du nôtre, dont on a retrouvé la trace dans le Mont Sinaï.

Les alphabets arabe et latin comme la plupart des alphabets, découlent de l'alphabet phénicien.

D'autres écritures ne comportent pas d'alphabet, l'antique écriture cunéiforme des Assyriens, des Chaldéens et des Perses (signes en forme de clous ou de coins), les idéogammes (chinois ou japonais, les hiéroglyphes de l'Egypte antique), symboles graphiques représentant des mots ou des idées.

 

la douceur et la patience qui animaient ses propos didactiques

didactique, qui se rapporte à l'enseignement.

 

d'aussi loin qu'il m'en souvienne

Voir l'article Aussi loin que

Loin que, si loin que, aussi loin que, d'aussi loin que, du plus loin que, bien loin que, au plus loin que, de si loin que

 

Ô prodige ! Sublime brûlure ! Douceur ineffable !

Ô : INTERJECTION suivie d'un nom propre, d'un syntagme nominal (groupe nominal) sans article, ou d'un pronom.

1- sert à interpeller, à invoquer,

Ô ciel ! Ô Dieu de l'univers !

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! Baudelaire

2- ou traduit un sentiment vif : joie, admiration, crainte, colère, douleur.

Ô rage ! Ô désespoir ! Molière.

 

<< 106 Délires où je me retrouve enfin

>> 108 Délires qui me torturent

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 12:06

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Nous traversâmes le jardin des roses. L'air s'embaumait.

Toute une collection des plantes les plus précieuses nous faisait une haie d'honneur ; les vigoureux rosiers grimpants aux feuilles denses et luisantes escaladaient des arbustes palissés ; les rosiers buissons balançaient mollement leurs larges fleurs solitaires perchées sur leur haute tige épineuse ; d'autres supportaient avec grâce leurs bouquets d'une vingtaine de petites fleurs serrées, suspendues sur des rameaux tout hérissés ; les rosiers lianes, souples et dociles, s'étaient laissés suspendre sur des arceaux et des pergolas.

Je vous épargnerai la liste du nom des roses que l'on s'était appliqué à inscrire sur de petits panneaux discrets pour instruire le curieux. Je ne vous parlerai pas de la Compassion, de la Dublin Bay Macdub, de la Handel macha, de la Gloire de Dijon, ni de la Buff beauty, de la Céleste, de la Complicata, de la Constance Spry, encore moins de la Bobbie James, de la Veilchen Blau, de la Seagull, de la Félicité Perpétue. Je ne vous dirai rien d'elles, ni de leur couleur, ni de leur parfum, ni de leur délicate architecture.

Mes sens enivrés me plongèrent dans une muette rêverie.

 

Quelqu'un, soudain, me surprit. Venant de derrière moi sans crier gare, on me chuchota à l'oreille :

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin...*

Je fronçai le sourcil. Passe encore qu'un jeune homme osât m'aborder aussi cavalièrement en usant de la poétique, mais qu'il m'arrachât à la contemplation des merveilles de la nature, quelle impudence !

 

« Je vois, monsieur, que vous voulez entrer en conversation avec moi. Je vous y autorise à la condition que vous me serviez d'éclaireur dans ce labyrinthe où il n'est point aisé de se retrouver.

Qu'y a-t-il que je puisse faire pour vous être agréable, madame ?

Je cherche la table des calendriers, et je n'ai trouvé personne pour me l'indiquer. »

Sans attendre que j'émisse un soupir de protestation, le jeune inconnu me prit par la main, et je me laissai conduire en silence jusqu'à un vaste plateau circulaire où des aiguilles pivotaient, en des rythmes divers qui se télescopaient, les unes marquant les années, les autres les mois, d'autres encore les jours. Les minutes et les secondes n'étaient pas oubliées et les trotteuses sautillaient à vous donner le vertige. Le tout dans un kaléidoscope étourdissant qui marquait les civilisations et les pays, imbriqués les uns dans les autres, à vous faire perdre le nord.

« Quelle confusion ! m'exclamai-je. À y regarder trop, je n'y vois goutte. »

 

Et c'est ainsi que, grâce à la patience de mon sauveur pédagogue, je sus enfin que 6780 était l'année hébraïque où nous étions, 6112, l'année des Hindous, 5707 concernait les Bouddhistes,1098, les Chinois depuis l'avènement de leur République, 3056, ceux qui en étaient restés au calendrier Julien, 3763 donnait l'année ab urbe condita, les Persans étaient dans leur 2389ème année, et les nostalgiques de la Révolution Française en était restés à 1217.

Le seul repère que j'avais, la seule date que je connaissais, était l'An I de la République en 1792. Pour me situer dans mon année, moi qui étais française de souche, habitant dans un coin de France, je fis le calcul facile qui était d'additionner 1217 à 1792 et d'y ajouter 1, ce qui me donna l'année 3010.

« Ah, fis-je mine de m'écrier, voici l'année du calendrier grégorien, 3010. »

Et, triomphante, je pointai du doigt le nombre qui figurait sur l'immense ronde des dates.

Je venais enfin de me situer dans le temps des hommes.

 

Les années passent. Les hommes passent. L'humanité perdure. Jusqu'à quand ?

..............................................................  

*Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin...

François de Malherbe, 1555-1628.

Le poète avait écrit :

Et Rosette a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin...

Mais une faute de copiage de l'imprimeur a donné ce vers ineffable :

Et Rose, elle a vécu ce que vivent les roses...

Mais peut-être n'est-ce qu'une légende...

Pour en savoir + sur Malherbe Une petite histoire de la langue française - Chapitre 12 - XVIIe siècle (1) - À L'AUBE DE LA LANGUE CLASSIQUE - Les grammairiens façonnent notre langue - Malherbe - Vaugelas - L'Académie Française

 

NOTES

L'air s'embaumait

Embaumer, remplir d'une bonne odeur.

S'embaumer, être imprégné d'une bonne odeur. cf. Littré

 

Note de mamiehiou : Vous l'aurez compris, cette histoire se passe dans mille ans puisque nous sommes encore en 2010.

Plus que quelques jours et nous passerons en 2011. Bon Noël à tous !

 

Je vous épargnerai... Je ne vous parlerai pas...

La Prétérition, figure de style. On affirme qu'on ne va pas vous parler de quelque chose pour ensuite vous en parler quand même.

 

m'aborder aussi cavalièrement en usant de la poétique

Une Poétique, un traité de l'art de la poésie. Cf. La Poétique d'Aristote.

 

à y regarder trop, je n'y vois goutte

voir la note sur les adverbes de négation archaïques

> Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

 

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 09:36

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Flanquée de mon robotus amoureux et de mon Prétatou qui trottinait, la queue raide et dressée comme l'arborent les chiens sûrs d'eux et qui veulent en remontrer, je déambulais dans le Jardin* qui, malgré l'heure matinale, était envahi de promeneurs. Certains flânaient, semblait-il, sans but précis, goûtant la douceur tiède de l'été sur le déclin, d'autres, pressés, couraient en tous sens à la recherche probable de connaissances.

 

    « Mon cher Roboland, demandai-je, pourrais-tu m'indiquer où se trouve la carte des calendriers ? Il me tarde de débrouiller une liste sibylline de dates variées que Robobert m'a donnée sans m'éclairer.

   — Que veux-tu donc savoir, ma petite Oli ? », murmura-t-il d'une voix de crécelle qu'il s'efforçait en vain d'adoucir. « Et parle-moi un peu de cette liste qui te turlupine. »

   — Je l'ai notée quelque part, dis-je en fouillant jusqu'au tréfonds de mes poches. La voilà : 6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217*.

 

Je pus lire dans le regard de mon guide un éclair d'affolement. Ses doigts grincèrent quand ils se mirent à gratter son front avec application.

    « 6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217... reprit-il, comme absorbé par des calculs qui semblaient ne plus devoir finir. Voyons voir,  6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217... »

 

J'avais compris depuis longtemps qu'il ne servait à rien de montrer son impatience et  je rongeais mon frein° en gardant l'espoir que le temps de la réflexion remettrait en place les idées de Roboland. Mais comme les minutes s'écoulaient sans qu'aucun son nouveau ne sortît de la bouche de mon robotus pétrifié, j'en déduisis que la confusion de ses idées, sans aucun doute possible, venait de sa timidité excessive doublée de l'envie de ne pas me décevoir, ce qui le paralysait définitivement.

 

Prétatou fit un bond en arrière quand Roboland se mit à hoqueter.

Nous avions déjà vécu la chose et il eût été inutile de nous affoler. Je n'allais tout de même pas me laisser tournebouler sous prétexte qu'un robotus se déglinguait. Je décidai donc de le planter là, en proie à ses soubresauts intempestifs.

Prétatou m'approuva.

    « Laissons-le donc là, en proie à ses soubresauts intempestifs. Qu'il se déglingue donc à sa guise ! Nous n'allons quand même pas nous faire avoir une seconde fois ! »

Et, tout en lançant à Roboland un regard de biais, ce docte penseur ajouta une sentence sans appel : « On est timide parce qu'on voudrait paraître mieux que ce que l'on est de crainte d'être jugé. La timidité cache un orgueil démesuré. »

    « Tout n'est pas si simple, ajoutai-je, sans vouloir trouver des excuses à qui que ce fût. Tout n'est pas si simple... »

 

Sur ce, nous continuâmes notre chemin à la recherche d'un guide plus performant.

...........................................................

* 6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217. cette liste de nombres est censée nous donner la date où nous sommes dans l'histoire. Voir le texte Les Délires n°99. Si l'on fait un calcul savant, en consultant les calendriers, on doit pouvoir la trouver. La solution sera dans le prochain texte.

 

NOTES

Le Jardin des Délices et de la Connaissance

 voir le texte n°95

 

comme l'arborent les chiens sûrs d'eux et qui veulent en remontrer

Arborer, montrer ostensiblement.

On veut en remontrer quand on se croit supérieur aux autres.

 

une suite sibylline de dates variées

Sibyllin, incompréhensible.

 

Une voix de crécelle, une voix aiguë et désagréable.

Une crécelle, instrument en bois, sorte de tourniquet qui sert à faire du bruit. On s'en servait dans les rues, il y a très longtemps, du jeudi saint au samedi saint, avant le jour de Pâques, quand les cloches ne sonnaient plus.

 

Ronger son frein°, contenir son impatience sans rien laisser paraître.

 

en proie à ses soubresauts intempestifs

Intempestif, inopportun.

 

ce docte penseur ajouta une sentence sans appel

Une sentence - Ici, un aphorisme, une maxime, une pensée morale qui a pour dessein d'édifier le lecteur.

 

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Michel de Montaigne (1533-1592) l'auteur des ESSAIS, avait fait peindre sur les poutres de sa librairie (sa bibliothèque où il écrivait), plusieurs sentences qu'il aimait méditer.

 

Les voici, traduites du grec et du latin :

1. Le bout du savoir pour l'homme est de considérer comme bon ce qui arrive, et pour le reste d'être sans souci. (Ecclésiaste)

2. Dieu a donné à l'homme le goût de connaître pour le tourmenter. (Ecclésiaste)

3. Le vent gonfle les outres vides, l'outrecuidance les hommes sans jugement. (Stobée)

4. Tout ce qui est sous le soleil a même fortune et loi. (Ecclésiaste)

5. La vie la plus douce, c'est de ne penser à rien. (Sophocle)

6. Ce n'est pas plus de cette façon ou de celle-là ou que d'aucune des deux. (Sextus Empiricus)

7. Du grand et du petit monde des choses que Dieu a faites en si grand nombre, la notion est en nous. (Ecclésiaste)

8. Car je vois que tous, tant que nous sommes, nous ne sommes rien de plus que des fantômes ou une ombre légère. (Sophocle)

9. Ô malheureux esprit des hommes ! Ô coeurs aveugles ! En quelles ténèbres de la vie, et dans quels grands périls s'écoule ce tout petit peu de temps que nous avons ! (Lucrèce)

10. Celui qui d'aventure se prend pour un grand homme, le premier prétexte l'abattra complètement. (Euripide)

11. Toutes les choses, avec la terre, le ciel et la mer, ne sont rien auprès de la totalité du grand tout. (Lucrèce)

12. As-tu vu un homme qui se figure sage ? Un dément donnera plus que lui à espérer. (Proverbes)

13. Puisque tu ignores comment l'âme est unie au corps, tu ne connais pas l'oeuvre de Dieu. (Ecclésiaste
)

14. Cela peut être et cela peut ne pas être. (Sextus Empiricus)

15. Le bon est admirable. (Platon)

16. L'homme est d'argile

17. Ne soyez point sages à vos propres yeux. (
Ad Rom)

18. La superstition obéit à l'orgueil comme à son père. (Stobée)

19. Dieu ne laisse personne d'autre que lui-même s'enorgueillir. (Hérodote)

20. Ne crains ni ne souhaite ton dernier jour. (Martial)

21. Homme, tu ne sais si ceci ou cela te convient plus, ou l'un et l'autre également. (Ecclésiaste)


22. Je suis homme, je considère que rien d'humain ne m'est étranger. (Térence)

23. Ne sois pas plus sage qu'il ne faut, de peur d'être stupide. (Ecclésiaste )


24. L'homme qui présume de son savoir ne sait pas encore ce que c'est que savoir. (Corinthiens)

25. L'homme qui n'est rien, s'il pense être quelque chose, se séduit soi-même et se trompe. (
Ad Galates)

26. Ne soyez pas plus sages qu'il ne faut. (Romains)

27. Aucun homme n'a su, ni ne saura rien de certain. (Xénophane)

28. Qui sait si vivre est ce qu'on appelle mourir, et si mourir c'est vivre ? (Euripide, cité par Stobée)


29. Toutes les choses sont trop difficiles pour que l'homme puisse les comprendre. (Ecclésiaste)

30. On peut dire beaucoup de paroles dans un sens et dans l'autre. (Homère)

31. Le genre humian est excessivement avide de récits. (Lucrèce)

32. Quelle inanité dans les choses ! (Perse)

33. Partout vanité ! (Ecclésiaste
)

34. Garder la mesure, observer la limite et suivre la nature. (Pharsale)

35. Pourquoi te glorifier, terre et cendre ? (Ecclésiaste)

36. Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux ! (Isaïe)

37. Jouis agréablement du présent, le reste est en dehors de toi.

38. À tout raisonnement on peut opposer un raisonnement d'égale force. (Sextus Empiricus)

39. Notre esprit erre dans les ténèbres et ne peut, aveugle qu'il est, discerner le vrai. (Michel de l'Hospital)


40. Dieu a fait l'homme semblable à l'ombre, de laquelle qui jugera quand, par l'éloignement de la lumière, elle sera évanouie ?(Ecclésiaste)

41. Il n'y a rien de certain que l'incertitude, et rien plus misérable et plus fier que l'homme. (Pline)

42. De toutes les oeuvres de Dieu, rien n'est plus inconnu à n'importe quel homme que la trace du vent. (Ecclésiaste)

43. Chacun des dieux et des hommes a ses préférences. (Euripide)

44. L'opinion que tu as de ton importance te perdra, parce que tu te crois quelqu'un. (Ménandre, dans Stobée)

45. Les hommes sont tourmentés par l'opinion qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes. (Épictète)

46. Il est bien que le mortel ait des pensées qui ne s'élèvent pas au-dessus des hommes. (Euripide)

47. Pourquoi fatiguer ton esprit d'éternels projets qui te dépassent ? (Horace)

48. Les jugements du Seigneur sont un profond abîme. (
Psaume)

49. Je ne décide rien. (Sextus Empiricus)

50. Je ne comprends pas. (Sextus Empiricus)

51. Je suspends mon jugement. (Sextus Empiricus)

52. J'examine. (Sextus Empiricus)

53. En ayant pour guides la coutume et les sens.

54. Par le raisonnement alternatif.

55. Je ne puis comprendre. (Sextus Empiricus)

56. Rien de plus.

57. Sans pencher d'un côté.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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