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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 08:28

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Parmi la confusion du silence crispé, perçaient par échappées les pleurs et les soupirs. Aucun de ceux qui défilaient n'eût voulu dévoiler le pourquoi ni le comment de la décision qu'il avait prise.

 Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire.*

Il fallait que tous eussent un besoin assez pressant pour se lancer dans une aventure dont ils ne connaissaient pas l'issue exacte. Seul, l'impératif espoir de guérir de leurs maux les y avait poussés. Ne murmurait-on pas que nul ne ressortait de cette forteresse s'il en avait passé par trois fois l'entrée ?

Non ! Je ne pouvais ajouter foi à tout ce que j'avais entendu se murmurer !

J'étais là pour en avoir le cœur net.

 

Le rempart franchi, je traversai une lice barrée par une seconde muraille tout aussi forte et élevée que la première et qui se dressait, jetant son ombre menaçante. Des gardes, en cottes souples de métal, s'escrimaient à l'épée dans cet espace clos. Ils s'arrêtaient parfois, distraits par notre déambulation sans fin, nous jetaient des regards de côté, puis ferraillaient de plus belle. 

 

Au-delà de ce mur fortifié, j'arrivai dans une vaste cour où serpentait la file d'attente jusqu'au donjon circulaire dont la cime se perdait vers le ciel.

Ce n'est qu'à la tombée de la nuit que vint mon tour d'y entrer. On nous avait donné plusieurs fois de l'eau pour nous rafraîchir, faute de quoi, les plus épuisés eussent vu leur dernière heure venir.

 

Lorsque je pénétrai dans le bâtiment insolite, des salles en enfilade, le long d'un couloir en spirale, qui se prolongeait en escalier en colimaçon, laissaient pénétrer le regard par de grandes baies vitrées qui longeaient le parcours. On y pouvait voir d'étranges personnages vêtus tout de blanc, qui se donnaient l'allure et les manières de laborantins au travail. Toutes sortes d'appareils laissaient deviner qu'on y concoctait de savantes tisanes, des mixtures et des panacées.

Je me demandai, l'espace d'un éclair si ce n'était qu'un décorum visant à impressionner nos esprits en état de faiblesse, Mais je me ressaisis en me rendant compte que, à mettre continûment en doute la réalité que je percevais, je m'interdisais de raisonner avec justesse.

C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète ajuste ses lèvres

de la manière la plus propre à tirer le lait de la mamelle.**

 

Quelle lassitude !

Ne pouvais-je pas, au moins jusqu'au lendemain, cesser de ratiociner, prendre les choses telles qu'elles se présenteraient à moi, et, comme l'enfant qui vient de naître, m'adapter, naturellement, à ce qui m'attendait ?

 

.......................................................

*Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire. Wittgenstein

Ce qu'on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l'écrire. Derrida

 

**C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète ajuste ses lèvres de la manière la plus propre à tirer le lait de la mamelle.

Pensée de Jacques-Bégnine Bossuet (1627-1704) qui n'a cessé de vouloir nous montrer le chemin !

Rappelez-vous ses oraisons, et la plus fameuse d'entre elles, l'Oraison Funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, Duchesse d'Orléans, belle-soeur de Louis XIV, prononcée à ses funérailles, à Saint-Denis le 21 jour d'août 1670. Elle avait vingt-six ans.

[... ] Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos coeurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! Ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte !

Pour en savoir + sur ce Sermon, voir l'article : De la rhétorique - De l'éloquence - De la langue de bois - Des périphrases - Appeler un chat un chat

 

NOTES

Le titre LE POLYPTOTE est la répétition d'un même mot revêtant différentes formes grammaticales dans une même phrase (ou dans deux phrases qui se suivent)

Madame se meurt ! Madame est morte !

 

Parmi la confusion du silence crispé

Parmi, préposition, est généralement suivi d'un nom pluriel ou collectif (au milieu de)

Il a un emploi vieilli ou littéraire avec un nom abstrait au singulier, un lieu, un objet non comptable.

Cf. Littré : Par le milieu de, au milieu de, au sein de (ce qui est le sens étymologique), avec le régime au singulier.

Parmi, adverbe. J'avais une trentaine élèves, certains étaient bien dissipés et quelques-uns dociles parmi.


Aucun de ceux qui défilaient n'eût voulu dévoiler le pourquoi

verbe vouloir au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel

> aucun n'aurait voulu dévoiler le pourquoi

 

perçaient par échappées les pleurs

par moments, par intervalles.

 

je traversai une lice barrée par une seconde muraille

Une lice

un espace entre deux murs ou deux clôtures.

une clôture

un champ clos où se passaient les tournois à l'époque médiévale.

Les combattants entraient en lice.

Ils se mesuraient dans la lice.

À partir du XIIIème siècle, le château fort se renforce d'une double enceinte. L'espace entre les deux remparts est appelé lice.

 

le long couloir en spirale qui se prolongeait en escalier en colimaçon

Un couloir en spirale, un escalier en hélice, en colimaçon, à double hélice, hélocoïdal.

> lire la note du texte des Délires n°111

 

on y concoctait des panacées

Une panacée, un remède universel, une formule capable de guérir tous les maux.

 

ce n'était qu'un décorum visant à impressionner nos esprits

Le décorum, les convenances, le protocole, le cérémonial.

Vient du latin decorum

 

Ne pouvais-je pas cesser de ratiociner ?

Ratiociner

1-faire des raisonnements.

2-se perdre en raisonnements interminables

Le ratiocineur, la ratiocineuse. 

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 17:05

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La réverbération des rayons du soleil sur la paroi rocheuse verticale qui nous enserrait nous mettait à l'épreuve. Nous étions dans un four. C'était comme si l'on eût voulu que les plus faibles d'entre nous s'épuisassent dans cette montée au calvaire.

Cependant, n'étions-nous pas là de notre propre volonté ? Ne nous étions pas dit, inconsciemment peut-être, comme aurait pu nous l'enseigner Épictète :

Être libre, c'est vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.

J'entendais derrière moi une jeune fille qui sanglotait et reniflait bruyamment. Je me fis un devoir de me retourner plusieurs fois, de lui sourire et de lui adresser quelques mots d'encouragement. Elle me répondait par un hochement de tête, et le spectacle de son accablement me rendait toute triste. Le jeune homme qui me précédait, successivement, s'arrêtait, se remettait en route, puis allongeait le pas, peut-être pour se donner l'illusion d'aller plus vite que les autres, ce qui cassait le rythme de mon avancée, et j'allais, ralentissant ou accélérant, selon l'espace qu'il me restait à franchir entre lui et moi. Un manque d'attention me fit le heurter plusieurs fois et je lui en voulais de devoir fixer ma pensée sur sa personne, alors que j'avais à découvrir le Château qui s'avançait en grossissant devant moi.

 

Les murailles épaisses, qui avaient dû faire face autrefois à l'assaut des trébuchets et des mangonneaux, barraient la vue, et l'on apercevait, çà et là creusées, des meurtrières derrière lesquelles on pouvait supposer qu'on nous épiait. J'imaginais que les sièges auxquels les habitants de cette forteresse avaient résisté, n'avaient pu aboutir qu'aux fiascos des assaillants. 

 

Nous arrivâmes enfin devant l'entrée. Il fallait encore franchir un pont-levis qui surplombait des douves profondes où l'eau bouillonnante allait et venait à la cadence des jeux du flux et du ressac. Le déferlement de la mer s'engouffrait impétueusement dans cette anfractuosité creusée de main d'homme et celui qui s'y serait risqué s'y fût perdu dans les tourbillons comme un fétu de paille. Les siècles n'avaient pas entamé la roche qui résistait, immuable, à l'offensive des vagues.

 

Au milieu du pont, je m'aventurai à me pencher pour voir tout en bas, au risque du vertige. Le grondement s'accompagnait d'embruns qui montaient jusqu'à nous. Nous reçûmes, comme un rafraîchissement salutaire, le poudrin qui retombait.

Je dus passer sous une herse hérissée et menaçante qui marquait l'entrée. L'état de la machinerie que l'on apercevait à proximité, laissait deviner qu'elle était encore en usage et qu'elle devait baisser et remonter la lourde porte grillée en rythmant la vie dans l'enceinte protégée.

Que craignaient donc les maîtres des lieux au point de s'enfermer ainsi ? Et pourquoi ?

Était-ce simplement une mascarade qui visait à impressionner, ou bien s'y cachait-il une peur véritable ?

 

Je me rendis compte qu'aucun autre que nous n'était venu en touriste et je subodorais que la visite allait nous réserver des surprises.

...................................................................

NOTES
C'était comme si l'on eût voulu que les plus faibles d'entre nous s'épuisassent

le verbe vouloir est au subjonctif plus-que-parfait

> Comme si + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

s'épuisassent, subjonctif (imparfait) après vouloir dans la proposition principale

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

dans cette montée au calvaire

le calvaire

♦ Le crâne, dans la traduction latine de Golgotha, la colline près de Jérusalem où Jésus de Nazareth a été crucifié.

♦ C'est la représentation de la Passion du Christ (peinture, sculpture... ).

Les Calvaires bretons

♦ Ici, c'est un calvaire ! C'est un chemin de croix ! Un supplice ! Une torture !

 

les trébuchets et les mangonneaux étaient des machines de siège, le contre-poids permettait d'envoyer des catapultes par dessus la muraille. Les premiers trébuchets étaient à traction et la force était fournie par des hommes.

 

une meurtrière (ou archère, archière, arbalétrière) est une mince ouverture dans une muraille. Elle permet de surveiller les alentours et d'envoyer des projectiles.

 

les sièges n'avaient pu aboutir qu'au fiasco des assaillants

le fiasco, l'échec

 

un pont-levis qui surplombait les douves 

les douves sont un fossé qui empêche l'accès au château.

 

la cadence des jeux du flux et du ressac

le ressac est le retour violent des vagues lorsqu'elles ont frappé un obstacle.

 

le poudrin qui retombait

le poudrin, la poudre d'eau, les fines gouttelettes.


je subodorais que la visite allait nous réserver des surprises

je soupçonnais... 

 

<< 78 Délires qui promettent d'étranges rencontres - QUIZ 16 Rends à César ce qui est à César

>> 80 Délires d'une ratiocineuse invétérée

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 06:24

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L'HÉRITIER

14 septembre 1981

 

Maître Valance de Lancogne avait envoyé une lettre à Paul Malmaison. Décacheter une lettre venant d'un notaire n'était pas chose courante pour Paul. Il la lut. Il fut frappé de stupeur.

Était-il possible qu'un jeune homme triste et solitaire, qui n'avait jamais eu un sou vaillant, prît connaissance d'une nouvelle aussi invraisemblable qu'inespérée  ?

 

On lui parlait d'un oncle dont il était l'héritier ! Quel oncle ? Son père avait quitté sa mère lorsqu'il était tout petit et il n'avait jamais entendu parler de sa famille paternelle. Sa pauvre maman abandonnée, avait gardé, enfoui au fond de son coeur, un secret douloureux qu'elle ne voulut jamais raviver en donnant au jeune garçon des explications qu'elle jugeait vaines. Elle avait réussi à élever son enfant tant bien que mal, avec beaucoup d'amour il est vrai, mais l'argent avait toujours cruellement manqué. Un soir glacé de décembre, alors qu'elle avait lutté désespérément pour ne pas le laisser seul au monde, une pneumonie l'avait emportée.  

 

Ainsi donc Gaspard Malmaison avait-il fait de Paul son héritier, non qu'il l'eût voulu délibérément, s'en était-il un seul instant soucié ? mais le destin avait voulu que la seule personne qui restât de la famille fut son neveu, Paul, qu'il n'avait jamais rencontré. 

 

Le jeune homme ne pouvait pas croire à cette chance, et, sans savoir encore de quels biens il s'agissait, il se surprit à éprouver une joie hésitante et une certaine tendresse envers cet homme défunt. Il ne pourrait jamais le rencontrer pour le remercier. Le remercier ! Pourquoi d'ailleurs ?

....

 

Paul alla au rendez-vous fixé par le notaire. Il l'entendit lui lire des textes divers : des articles, des actes, des droits, en langue sibylline et à une vitesse peu commune. Il comprit peu de choses, si ce n'est l'essentiel : il devenait le propriétaire d'une maison, et un pécule assez coquet lui resterait après qu'il aurait payé les frais. Il signa et parapha un nombre incalculable de pages que le notaire tournait à une vitesse étonnante au fur et à mesure des signatures et des paraphes.

On lui remit des clefs.

Interloqué, il n'osait s'en saisir.

    « Elles sont à vous, il ne vous reste plus qu'à prendre possession des lieux.  »

Et on l'attira poliment vers la sortie.

....

 

Un vieux car poussif longea une route de campagne interminable et s'arrêta à une croisée de chemins. 

      « C'est ici ! Vous pouvez descendre, dit aimablement le chauffeur à qui le jeune propriétaire avait demandé où se trouvait la Combe de l'Homme ».

 

Paul se rappela un conte de Charles Nodier qu'il avait lu naguère et qui s'intitulait La Combe de l'Homme Mort. Un frisson furtif le parcourut.

      « Suis-je bête, pensa-t-il.  »

....

 

      « Vous allez chez qui comme ça ? J'peux vous renseigner ?  »

Le jeune voyageur s'entendit répondre : « Chez monsieur Malmaison.  »

Le chauffeur fronça le sourcil : « Vous ne le trouverez pas. Il est mort.  »

Comme Paul se taisait, le chauffeur ajouta :  « C'est tout droit, là-haut, au bout du chemin, derrière le petit bois.

 

Dès que Paul fut descendu du car, il reçut en plein visage une bouffée d'air frais et odorant qui le fit presque tituber.

Il était persuadé qu'il venait de tourner définitivement une page de son passé. Il en ressentit un vertige mêlé de plaisir. La ville ne lui avait jamais apporté de joies. Il avait dû toujours batailler pour survivre et il ne laissait derrière lui ni amour, ni travail.Ses joues creuses son teint blême, ses longs membres osseux témoignaient d'une fatigue depuis longtemps installée dans son grand corps efflanqué. À partir de ce jour-là pourtant, sa vie basculait. L'avenir ne pouvait que lui sourire.

 

Les arbres aux couleurs chatoyantes lui firent une haie d'honneur. Il avança au milieu d'un tourbillon de feuilles qui dansaient pour lui. La bise lui fouetta le sang. Soudain, alors qu'il suivait le chemin qui faisait le tour du bois, il sursauta. Une vieille maison de granit avait surgi devant lui.

     « C'est ma maison ! » pensa-t-il. 

À peine s'il pouvait y croire. 

Le jardin était rempli de fleurs automnales. Les chrysanthèmes pourpres et dorés faisaient de vastes tapis de lumière, les volubilis géants grimpaient le long de la barrière et offraient l'éclat de leurs clochettes blanches et roses, les hibiscus mauves n'avaient pas encore perdu leurs fleurs veloutées. Dans les deux grands érables rouge sang qui ponctuaient les limites du jardin, voltigeaient, joyeuses et agiles, de petites mésanges bleues.

      « C'est le paradis, pensa le jeune homme, stupéfait et ravi.  »

Et il respira profondément

 

Il ouvrit le portail et contempla un long moment ce spectacle qu'il ne pouvait quitter du regard. Soudain, il détourna les yeux. N'avait-il pas senti une présence derrière lui ? Sur le chemin, une toute jeune fille l'observait en souriant. Il fit quelques pas pour s'approcher d'elle. Aussi vive que l'éclair elle disparut on ne sait où. À ce moment-là, il aurait bien aimé ne pas être seul pour partager toutes ses joies.

     « Je l'apprivoiserai, se dit-il.  »

 

Il entra dans la maison et il s'étonna qu'elle ne fût pas fermée à clef. Les murs étaient épais et il y faisait froid, mais la vaste cuisine lui sembla chaleureuse avec sa grande cheminée au manteau de chêne buriné. Paul n'avait jamais rien vu de pareil. Il allait faire un bon feu avec les bûches qu'il avait vues dehors, sur le côté de la maison. La chambre contiguë était petite et confortable. Il aimerait l'édredon de duvet qui faisait un gros ventre sur le lit.

Il était comblé.

     « Demain, je visiterai le village.  »

....

 

Les rayons du soleil réveillèrent Paul Malmaison. Il n'avait pas fermé les volets et il avait regardé, des heures durant, avant de s'endormir, les chauves-souris voleter dans la nuit claire. La lumière dansait maintenant dans les voilages de guipure blanche.

     « Tout cela est à moi. Même le soleil s'invite dans ma chambre.  »

Il tira l'édredon très haut sous le menton. Quelle jouissance de ne plus avoir peur du lendemain ! La petite fortune de son oncle le mettrait à l'abri pour quelque temps.

Il rêva à tout ce qu'il allait faire : mettre de l'ordre dans la maison, débarrasser le jardin de ses quelques fleurs fanées, descendre au village, rencontrer des gens à qui il se promettait de faire force sourires ; peut-être pourrait-il engager une conversation avec certains d'entre eux ! Il reverrait la jolie demoiselle qu'il avait aperçue la veille. Il marcherait longtemps dans la campagne et cela l'amusait d'imaginer qu'il prendrait des couleurs. Il mangerait des produits sains et délicieux ; il savourerait le lait bourru, les oeufs tout frais, les bons fromages, la cochonnaille, les légumes qu'il aimerait à faire pousser dans son jardin, les fraises sauvages et les airelles qu'il chercherait dans les bois ; il élèverait peut-être des poules et des lapins ; il s'instruirait en recettes paysannes ; il se voyait déjà se couper de larges tranches de gros pain de campagne et les tartiner de beurre frais.

Il prit faim, se leva, se vêtit. Il lui sembla que le regard que lui réfléchissait le miroir terni était gai, comme jamais encore il ne l'avait été.

...

 

Dehors, l'air, plus vif que la veille, lui fouetta le visage. Paul dévala le chemin caillouteux et s'approcha du village. Il avançait contre le vent et ne se sentait pas très solide sur ses jambes, ce qui le faisait vaciller parfois de droite ou de gauche. Deux paysans qui avaient l'air pressés le croisèrent sans lui adresser un regard.

Sur la place du village, — oh ! c'était un tout petit village ! — il eut plaisir à voir la boulangerie, l'épicerie et le petit café qui se côtoyaient. Il entra dans le café pour y commander un petit déjeuner. Les trois clients assis à une table cessèrent de bavarder.

     « On ne sert pas de petit déjeuner ici !  »

Paul voulut expliquer qu'un bol de lait aurait suffi, mais il ne put ajouter un mot : le regard d'acier du cafetier le mit mal à l'aise. Il sortit en s'excusant.

 

Une bouffée parfumée de pain chaud le saisit quand il ouvrit la porte de la boulangerie. Il acheta une grosse miche de pain qu'il serra fort contre lui. Il demanda à la boulangère peu affable où il pourrait se procurer du bon lait. Elle lui répondit que tous les fermiers donnaient leur lait à la coopérative et qu'ils ne vendaient pas le lait comme ça. Déçu, Paul se dirigea vers l'épicerie. La porte était close. Il insista pour l'ouvrir. Elle était bien verrouillée. Pourtant il lui semblait avoir vu bouger quelqu'un tout à l'heure, derrière les victuailles de la vitrine.

     « C'est trop fort ! s'exclama-t-il.  »

Les larmes lui montèrent aux yeux. Il sentit confusément qu'on l'observait derrière les volets à demi clos des maisons sur la place. Il s'en retourna vite.

.....

 

Les langues allaient bon train au village depuis que Paul y avait mis les pieds. Personne n'avait su, à la mort du vieux Malmaison, qui hériterait du domaine, de ses champs et de ses bois. Il n'avait pas d'héritier, c'était sûr. Tout serait vendu aux enchères, c'était couru. Et les plus riches du village voyaient cela d'un très bon oeil. Ils s'étaient déjà mis d'accord pour se partager l'affaire en limitant les prix. Puis on avait appris, Dieu sait comment ! qu'il y avait un héritier, un homme de la ville, qui viendrait s'emparer de tout. Chaque jour, on avait guetté les voitures que l'on ne connaissait pas, on avait épié le car et ses voyageurs. Et il était arrivé.

 

Sans même qu'il s'en doutât, on l'avait observé, on l'avait regardé s'installer à la Combe. Voilà maintenant qu'il y restait ! Il faisait du feu. Il achetait de quoi manger. Et, en ce moment même, il arrangeait le jardin, il arrachait les mauvaises herbes.  

     « Mais, vous l'avez vu vu ce jeune homme, si maigre, si décharné que c'en n'est pas possible ?  »

     « Vous savez qu'il a essayé de parler à la Corinne, la petite de la Combe ? Elle sait pas ce qu'elle risque la Corinne, de s'approcher d'un homme de la ville.    »

      « Il est si pâle. Il est malade, c'est sûr. Une de ces maladies qu'on n'attrape pas chez nous.   »

       « Vous avez vu à la télé ? Y en a qui ont le sida. Ils sont maigres comme lui. Ils n'ont que la peau sur les os. Il est venu ici pour se soigner, pour respirer notre bon air. Il va nous l'empoisonner.  » 

     « On va pas se laisser faire.   »

.....

 

On se persuada de la maladie du jeune Malmaison. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre.

     « On va se débarrasser de lui, vous allez voir. Il va pas moisir chez nous.   »

      « Il va vite comprendre qu'on veut pas de lui ici, ça doit être un homo. Il doit être drogué. Faut pas croire qu'il va nous infecter.   »

       « Vous avez entendu la Corinne comme elle prendrait pitié ?  » 

     « Ah ! Si nos filles se mettent à le fréquenter, quel malheur pour not' village !  »

.....

 

Quand il fut revenu chez lui, Paul se dit qu'il ne se découragerait pas si vite, qu'après tout, il se faisait peut-être des idées. Les gens d'ici n'étaient pas aimables parce qu'ils répugnaient à voir s'installer chez eux un étranger. En fait, il ne se sentait pas vraiment un étranger puisqu'il était le neveu de Malmaison. On s'habituerait sûrement à lui. Ce n'était qu'une question de temps. Il descendrait tous les jours au village pour essayer de faire la connaissance de gens plus bienveillants. À force d'être salués aimablement, il y en aurait bien quelques-uns qui se rendraient compte qu'ils n'avaient rien à craindre de lui.

     « Avec le temps, se dit-il, avec le temps... »

Il s'assit à la grande table de chêne polie par les ans. Il la caressa un instant. La patine l'avait rendue douce comme une peau de femme. Il revit en pensée le visage de la jeune fille dont il eût bien aimé connaître le nom, et le seul regard humain qu'on lui eût jamais adressé ici.

     « Je la rencontrerai, et je lui parlerai, et nous deviendrons amis. »

Il se décida à entamer son très frugal repas, quelques  tranches de pain et un peu d'eau fraîche de son puits. Lorsqu'il coupa la miche de pain, horreur ! la croûte recouvrait une moisissure pestilentielle. Paul poussa un cri, un cri de rage.

     « C'en est trop ! Ces paysans sont des sauvages. Ils veulent me faire partir d'ici. Mais non, je ne céderai pas, je ne céderai jamais. Ils pourront me faire ce qu'ils voudront. Je suis chez moi. J'en ai vu d'autres. Ils n'arriveront pas à leurs fins ! »

.....

 

Il décida de réfléchir à une stratégie pour faire face. Il irait faire ses provisions au village voisin. Ce n'était pas si loin. Il y avait bien un vélo dans la remise. Cela lui ferait du bien de faire un peu de sport. Il se constituerait une petite réserve.

Il s'achèterait des livres aussi.

 

Il se prit à rêver à des plaisirs jusque-là impossibles. Plus tard, il aurait même la télévision. Il inviterait des amis, ses amis de mauvaise fortune qui viendraient bien le voir s'il leur payait le voyage. Ils parleraient de leurs jours de misère en buvant du champagne et en dégustant du foie gras. Il se réjouissait à l'avance de ces soirées chaleureuses où ils riraient, ils riraient...

.....

 

Il enfourcha le vieux vélo, et quelques heures plus tard, il revint, les sacoches pleines et un grand panier sanglé sur le porte-bagages. En passant dans le village, il vit des ombres qui s'esquivaient. Il avait envie de rire et de crier quelque chose, comme s'il leur avait joué un bon tour, mais il choisit de ne pas attiser leur méfiance. Il s'enivrait de l'air froid qui lui cinglait le visage, du soleil que buvaient les nuages, du paysage qui resplendissait de couleurs. Il n'avait jamais rien vu d'aussi beau. Et sa joie revint.

Arrivé chez lui, il eut le sentiment d'être en état de siège. Toutes ces victuailles achetées ! N'était-il pas devenu fou ? Cette histoire ne tenait pas debout.

     « On verra bien, on verra bien, murmura-t-il. »

.....

 

Le calme ne régna pas, ce soir-là, au village. La veillée fut agitée. On réunit un véritable conseil. Un conseil d'hommes, bien sûr, d'hommes bien-pensants et déterminés.

      « Il nous nargue.

      «  Avez-vous vu ce qu'il avait sur son vélo ? »

      « De quoi se nourrir pour un mois ! »

      « Il s'incruste. Rien ne pourra le faire changer d'avis. »

      « Il faut faire quelque chose. Pourquoi attendre ? »

.....

 

Une semaine passa, solitaire pour Paul. Il se familiarisait avec la campagne alentour qui le distrayait de son amertume. Ses longues marches lui faisaient du bien. Lorsqu'il s'approvisionnait au village voisin, les gens de là-bas ne le regardaient pas d'un mauvais oeil.

Comme il avait fort à faire à tenir sa maison, à préparer le jardin pour l'hiver, — cette activité nouvelle l'amusait beaucoup —  à casser du petit bois pour la cheminée, et surtout à rêver, à échafauder des projets pour l'avenir, à souffler un peu, enfin, il en aurait presque oublié la présence du village, si proche pourtant.

.....

 

Un matin, il n'y eut pas de soleil pour réveiller Paul Malmaison. Il avait mal dormi. De drôles de cauchemars l'avaient assailli. Il eut le sentiment qu'il n'arriverait jamais à être heureux tout à fait. Elle était comme ça, sa vie, sa pauvre vie. 

Il faisait froid. Les bûches, dans la haute cheminée, s'étaient depuis longtemps consumées.

Il se leva et s'approcha de la fenêtre, attiré par d'étranges bruits. Il n'en crut pas ses yeux. Un homme était là, qui le regardait, un fusil à son côté. Paul ouvrit la fenêtre pour lui parler. L'homme mit en joue. Paul, sidéré, fit un bond en arrière. Il entendit un remue-ménage, des chars et des brouettes que l'on traînait sur le gravier.

 

Paul voit empilées devant lui, dans l'encadrement de la porte qu'il a ouverte pour s'enfuir, de grosses pierres scellées de mortier. Saisi d'horreur, il regarde fixement l'homme qui le vise. Il n'ose bouger. Il doit encore faire un mauvais rêve. Tous les hommes du village semblent s'être rassemblés autour de la maison. Personne ne dit mot. Inutile d'essayer de fuir par les fenêtres. Chacune est gardée par un homme armé. Paul les voit une à une se boucher sans qu'il puisse se défendre. Il est pétrifié. Aucun son ne peut sortir de sa bouche.

.....

 

Combien de jours a-t-il passé dans sa prison ? Il ne saurait le dire. Il ne lui reste plus rien à manger depuis des heures interminables.

Il a longtemps hurlé. Puis il s'est tu. Personne ne passe sur ce chemin perdu en haut de la colline.

     « Je vais mourir... Je vais mourir... »

.....  

 

Des mois passent.

Un promeneur égaré s'étonne de voir une maison sans porte, aux volets clos, et ceinturée de belles glycines en fleurs.

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 18:31

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Alcmène me serra si fort dans ses bras que je crus à un adieu. Je la rassurai : ma prudence n'aurait pas de faille. Et je la quittai promptement pour ne pas trop m'attendrir, ni m'amollir au point de revenir sur ma décision.

 

Lorsque je parvins à proximité du roc où s'ancrait le Châteauje vis que les remparts formaient avec la falaise une sorte de promontoire qui s'avançait dans la mer en en dominant les vagues monstrueuses qui venaient s'écraser en grands flocs. La vue de ce nid d'aigle° me donna un frisson. J'ignorais que la mer fût si proche.

Je m'apprêtais à gravir la crête par un chemin étroit, lorsque je fus bientôt arrêtée par une file impressionnante de gens qui me précédaient et progressaient avec lenteur. Je me sentis soudain prisonnière, lorsque d'autres personnes vinrent se positionner derrière moi. Je me rendis compte qu'il n'y avait alors plus d'issue hors de l'étroit couloir rocheux qui nous confinait.

On ne pouvait ni reculer ni s'enfuir, si grande qu'en eût été l'envie. Ceux-là même qui hésitaient n'avaient plus le loisir d'hésiter, les indécis n'avaient plus le loisir de rebrousser chemin, les claustrophobes n'avaient plus le loisir de s'évader, ni même de s'évanouir, au risque d'être piétinés.

Une embuscade appropriée nous eût décimés en un éclair.

Je chassai ces idées inopportunes et décidai de distraire mon attention en arrêtant mon regard sur l'étrange forteresse médiévale qui nous dominait, droit devant.

 

Mais les pensées sont têtues qui ne se font pas chasser si vite.

Elles reprirent le dessus, me forçant mordicus à détourner mon attention.

« Si ces gens craignaient de rencontrer Marie-Loup de Saint-Ange ou quelque autre personne vivant là-haut, il ne pourrait y avoir d'attente aussi longue », me dis-je.

Qu'est-ce qui poussait irrésistiblement tous ces individus, qui, au premier abord paraissaient en bonne santé, à vouloir se jeter dans la gueule du loup°, si loup il y avait ?

 

Un instant, je doutai d'Alcmène qui m'avait laissé entendre qu'il était trop dangereux de s'approcher de cet endroit sans y réfléchir à deux fois.

Le nom de Marisa-Loup et la légende incroyable qui s'attachait à sa famille* avaient peut-être fait surgir dans l'inconscient collectif, du fond des âges, des peurs ancestrales.

 

Fallait-il que je sois assez naïve pour prendre argent comptant° tout ce que cette pauvre Alcmène me racontait ? Elle m'avait donné mille signes qui trahissaient une sensibilité le plus souvent poussée à son paroxysme.

Peut-être étais-je son jouet ? Peut-être voulait-elle m'assujettir à ses fantasmes et faire de moi sa chose ?

Il me faudrait être sans cesse sur le qui-vive pour me défaire de cette faiblesse qui me désarmait devant la puissance de persuasion dont je commençais à la supposer capable, lorsqu'elle faisait appel à ma compassion la plus sincère, à l'instant même où elle me donnait le spectacle de son désarroi.

Je soupirai.

Et cependant, je savais que, bien que doutant d'elle, je ne laisserais pas d'être son amie.

 

L'aveuglement librement consenti obscurcit d'autant plus le chemin qui mène à la vérité.**

................................................................... 

*Le bal de Madame de Saint-Ange (44 Délires en abyme* Un conte dans le conte)

** La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

 

NOTES

J'ignorais que la mer fût si proche.

fût, subjonctif imparfait.

Ignorer suivi de l'indicatif ou du subjonctif

> Le fait que - Je ne dis pas que - Cela ne veut pas dire que - Ce n'est pas que, ce n'est point que - ignorer que, j'ignore que - Il n'empêche que + indicatif ou subjonctif ?

 

hors de l'étroit couloir rocheux qui nous confinait.

Confiner, enfermer.

 

si grande qu'en eût été l'envie

subjonctif plus-que-parfait

pour grande qu'en eût été l'envie

quelque grande qu'en eût été l'envie

aussi grande qu'en eût été l'envie

Voir les deux sens de Si... que

 

Ceux-là même qui hésitaient n'avaient plus le loisir d'hésiter

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes – cela même, ici même, là même, par là même, aujourd'hui même... QUIZ 64

 

une embuscade nous eût décimés...

>> nous auraient décimés

conditionnel passé

 

mais les pensées sont têtues qui ne se laissent pas chasser aussi vite.

Il y a ici disjonction : le pronom relatif QUI est éloigné de son antécédent pensées.

 

Soutenir mordicus

affirmer obstinément.

mordicus, familier, en latin : en mordant.

 

Je ne laisserais pas d'être son amie

je ne cesserais pas de l'être, je ne m'abstiendrais pas de l'aimer.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

L'aveuglement librement consenti obscurcit d'autant plus le chemin qui mène à la vérité

L'aveuglement, Ensaio sobre a cegueira, 1995, roman de l'écrivain portugais José Saramago, Prix Nobel de Littérature. L'auteur imagine l'humanité frappée de cécité et décrit les conséquences d'un tel drame. En 2008, Fernando Meirelles en a tiré un film, Blindness.

 

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QUIZ 16 - Jeu littéraire

Rends à César ce qui est à César

Il s'agit de retrouver les auteurs des oeuvres suivantes.

Leurs nom commencent par A.

1 Colombe

2 Orgueil et Préjugés

3 La Jument Verte

4 Les Yeux d'Elsa

5 Les Oiseaux  

6 La Princesse au Petit Pois

7 Les Confessions

8 Sous le Pont Mirabeau

9 Les Chemins de la Faim

10 Les Tragiques

11 Le Jardin des Délices

12 Organon

13 des Corps Flottants

14 La Divine Comédie

15 On n'est pas des Boeufs

16 Paolo-Paoli

17 le Jeu de la Feuillée

18 L'homme à l'Oreille Cassée

Mais qui donc a dit que ce serait facile ?

 

Réponses ci-dessous

V

 1 Jean Anouilh 2 Jane Austen 3 Marcel Aymé 4 Louis Aragon 5 Aristophane 6 Hans Christian Andersen 7 Saint Augustin 8 Guillaume Apollinaire 9 Jorge Amado 10 Agrippa d'Aubigné 11 Fernando Arrabal 12 Aristote 13 Archimède 14 Dante Alighieri 15 Alphonse Allais 16 Arthur Adamov 17 Adam de la Halle 18 Edmond About  

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:17

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UNE HISTOIRE DE COQ

 

Ce matin, je suis descendue dans mon jardin pour profiter de la douceur de l'été indien qui s'est installée depuis peu. J'aime y rester assise sur le banc et contempler les minuscules avancées du temps qui, de jour en jour, transforment les formes et les couleurs.

 

Planté au milieu de la pelouse, un coq est là qui me regarde.

« Je ne te connais pas », lui dis-je, « Que fais-tu donc chez moi ? »

 

Un murmure plaintif sort de son bec. Il reste figé, devant moi, et n'avance ni ne recule, m'observant avec méfiance mais sans crainte.

« Comme tu es beau ! » m'exclamé-je, sans croire vraiment que la flatterie puisse avoir sur lui quelque effet.  N'es-tu pas le coq que j'ai entendu plusieurs fois crier dans le jardin voisin et que j'ai entrevu par delà la haie, à courir, les ailes feu déployées, poursuivi par le chien et puis par le chat peu amènes qui te disaient leur désapprobation de t'être installé chez eux ? À coup sûr c'est bien toi. Qui d'autre ? Et ainsi te voilà réfugié chez moi, en quête d'un havre de paix, d'un paradis improbable. Tu as raison, qui ne tente pas sa chance n'a rien en ce vaste monde. Tu mérites ma protection si tant est que ton maître ne vienne te prendre pour te remettre dans son enfer. »

Il m'écoute avec attention. Je sens un piège : je l'aime déjà.

 

Mais voilà monsieur mon voisin qui arrive et pointe le nez par dessus le portail ajouré.

« Entrez donc, lui dis-je, vous venez chercher votre coq ? »

Il me raconte qu'on lui a fait ce cadeau, un cadeau bien encombrant, précise-t-il, parce qu'il a rendu service à un fermier. Ce dernier a pensé lui faire plaisir en lui offrant en retour le volatile innocent, qu'on destinerait probablement à la casserole.

« Lui couper le cou ? Le plumer ? Ah, je ne le pourrai pas, me dit le propriétaire du coq. Voyez comme il est heureux chez vous. En paix. Je vous le laisse. »

Comment supporter l'idée qu'on puisse rayer de la surface de la terre une créature aussi magnifique pour le plaisir d'un coup de fourchette ? Quelle abomination ! Quelle horrible pensée — vous en êtes d'accord, lecteur sensible, qui frémissez déjà — que d'imaginer ce bel animal, si vif, si fier, réduit misérablement à un tas d'os rongés et à une inutile plumée !

Mais comment accepter de l'adopter ? Chez moi ? Non, non, je ne puis m'y résoudre, ce n'est pas sa place.

Je voudrais protester, donner des arguments à mon voisin qui a su s'imposer de façon aussi cavalière, pour qu'il reprenne son coq. Mais peut-être sent-il dans ma voix une certaine réticence, une insistance sans conviction, une molle opposition. Il n'écoute pas et coupe court.

« Gardez-le, je sais qu'il sera heureux ici. »

Et le voilà qui s'en va et me laisse dans la plus grande perplexité.

 

Je contemple l'animal et ne peux que fondre de plaisir à sa vue. Son attitude noble et orgueilleuse force le respect ; la multitude des couleurs de son plumage, l'admiration. Son corps luit, comme recouvert de fines lames d'or et de cuivre qui miroitent au soleil, Sa longue queue noire dressée retombe en éventail, brillant d'une moire digne d'une soie orientale. Sa crête charnue lui donne un air royal. Ai-je jamais vu de coqs ? En ai-je jamais vraiment regardé un ? Je croyais l'avoir fait dans plus d'une basse-cour mais jamais je n'ai été ainsi saisie par une telle beauté.

 

Il ne me reste qu'une chose à faire : aller chercher pour le nouveau venu de quoi manger et boire.

J'ai tôt fait de mettre à sa disposition un récipient d'eau et de lui donner ce dont je dispose : de la mie de pain frais trempée, des grains de riz (bluté, dommage !) et des graines de lin bio, brillantes à souhait, bien faites pour restaurer sa santé, à croire que je veux faire de lui un produit bleu blanc coeur. Je passerai tout à l'heure à Jardiland pour acheter des aliments adéquats.

Il a tout compris, tout de suite, quand j'appelle : « Petit, petit, petit... »

« Je te nommerai Nestor. À présent, tu n'es plus seulement un coq, mais mon coq. »

À mon âge, qui donc eût dit que je succomberais à l'attrait d'un gallinacé !

 

Victor, mon petit fils est venu admirer Nestor. À quinze mois on est curieux de tout. Les animaux le fascinent. Chats, chiens, pigeons, chinchillas lui sont familiers, mais un coq ! Il veut l'attraper. Le coq court parmi les fleurs, il bat des ailes mais sans grande conviction pour prendre son envol.

 

« Attention, Victor ! On ne court pas après un coq ! On le regarde, c'est tout. »

 

Victor lui adresse des cocoricos comme il les a entendus sur quelque DVD qui énumère, pour les enfants, des cris d'animaux, et il est étonné de n'entendre en réponse que des gloussements. Drôle de dialogue.

Je m'afflige que le petit ne pourra décidément pas continuer à s'amuser sur une pelouse parsemée de fiente malodorante et collant aux semelles. Son père me propose de bâtir une cabane pour le coq et même d'y inviter quelques poules. Soyons raisonnable, ne nous laissons pas succomber au pouvoir de séduction de Nestor. Non, on ne pourra pas le garder. Mais, comment faire pour se séparer de lui tout en lui préservant la vie, tout en lui trouvant un lieu où il puisse être heureux ?

 

Voilà déjà plus d'un mois que j'habite chez mon coq. Il domine la situation de son allure altière. Je ne cesse de l'admirer, de lui parler doucement, de lui faire découvrir les choses intéressantes de mon jardin. Chaque matin, il me demande de soulever les grosses pierres qui servent de bordures et de décoration. Oui ! Il me le demande. À voir l'excitation qui le prend lorsqu'il m'aperçoit — il se précipite à ma rencontre, les ailes battantes, poussant même de petits cris — à voir l'insistance qu'il prend à vouloir marcher tout près de moi, sur mes pieds s'il le pouvait, je ne peux résister et je cède à ses désirs. Nous faisons le tour du jardin. Sous chaque pierre soulevée, on s'extasie devant la découverte de toute une faune qui affectionne les lieux sombres et humides. L'insecte ou le crustacé débusqué ne fait pas un pli, Nestor l'avale goulûment (entre autres mille-pattes, vers blancs, et cloportes), ou c'est une grosse limace gluante qui est aussitôt déchiquetée pour être gobée elle aussi, ou un énorme lombric ou des vermisseaux qui n'ont pas le temps de dire ouf, toute une nourriture savoureuse gorgée de protéines qui fait de mon volatile préféré un modèle du genre ; il gagnerait des médailles, j'en suis sûre. Vrai, il a doublé de volume depuis que nous avons fait connaissance. Fier comme Artaban, il se promène selon sa fantaisie, projetant d'un coup sec sa tête à chaque pas, arborant une assurance souveraine, en maître des lieux.

 

Mon chat langoureusement s'étire sur le banc tout chaud de soleil. Couché sur le dos, Caramel donne son ventre miel à admirer. L'oeil mi-clos, il ne perd pas de vue ce qui se passe autour de lui. J'aime savoir qu'il fait bon ménage avec Nestor. Deux merveilleux êtres intelligents qui vivent en bonne intelligence. Le Paradis dans mon jardin ! Ils ont compris qu'ils pouvaient tirer le meilleur parti en se côtoyant sans se jalouser trop, à faire comme si l'autre n'existait pas ou presque. Ils s'observent discrètement sans que je m'en aperçoive, mais je me doute bien que rien de ce que fait l'un n'échappe à l'autre. Et voilà mon Nestor qui, faisant semblant de picorer on ne sait quoi, s'approche du chat à demi-sommeillant, sans en avoir l'air, à petits pas, et il dresse le col pour se mettre la tête à la hauteur du banc, l'oeil rond et curieux. La distance diminue dangereusement entre mes deux chéris, et j'observe. Soudain, alors que le bec est près d'effleurer le joli ventre rond, un coup de patte vif et précis assène une gifle sur le coq ébaubi qui fait quelques pas en arrière, vexé je vous l'assure, de n'avoir pu éviter le rappel à l'ordre intempestif du chat : on ne plaisante pas avec une trop grande familiarité. Et voilà Nestor reparti un peu plus loin, sans avoir sourcillé, sachant bien qu'il ne doit s'en prendre qu'à lui-même s'il a reçu la semonce, faisant comme si de rien n'était, déambulant inlassablement dans l'herbe à la recherche de proies invisibles aux yeux du commun des mortels, et décidant qu'à tout prendre il vaut mieux ne pas tenir rigueur au félin, d'ordinaire accommodant, et qui l'a si bien accepté sur son territoire.

 

Les jours se raccourcissent. Nestor va se coucher vers les six heures et demie et chacune de ses soirées perd quelques minutes quotidiennes. Il a déniché dans la haie d'arbustes une place, sur une branche, qui lui convient, où il se sent à l'abri dans le feuillage. Mais une nuit, la pluie est si violente que, lorsque je le vois au matin, le plumage détrempé, l'air piteux, je ressens une immense pitié.

 

C'est urgent, il faut agir avant les mauvais jours, il ne peut rester ainsi à la rigueur des intempéries. Il faut que je case mon coq.

Comment faire pour trouver une personne qui respectera son intégrité et renoncera à le dévorer, maintenant qu'il est bien gras et appétissant à souhait ? Je me mets à la recherche d'un amoureux des coqs, d'une personne qui aura de préférence une volée de poules (histoire de gâter Nestor !) mais sans coq déjà installé dans la basse-cour, car on sait bien que le plus souvent deux coqs ensemble ne font pas bon ménage.

Je me remémore alors Jean de La Fontaine :

Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,

Et voilà la guerre allumée.

[...]

 

Je veux que mon coq soit heureux, un point c'est tout.

Après avoir supplié mon voisin de rechercher lui aussi une famille accueillante, — hélas sans succès —  j'ai l'idée, un dimanche matin, de demander à une bonne dame de ma petite ville, que je connais pour avoir fait partie d'une famille paysanne, et à ce titre, j'ai bon espoir qu'elle trouve quelque fermier qui fasse l'affaire. Pendant la messe où je la rencontre (ô sacrilège !), j'ose lui murmurer discrètement : 

 

« Jeannette, j'ai un coq dont je voudrais me défaire. Verriez-vous une bonne personne qui pourrait l'adopter ? Plusieurs conditions cependant : qu'elle ne le mange pas, qu'elle ait des poules, qu'elle n'ait pas déjà un coq, et qu'on puisse lui faire confiance. »

 

Toujours prête à rendre service, elle réfléchit. Après l'ite missa est, lorsque les fidèles s'ébranlent pour sortir de l'église, voilà que ma Jeannette se poste au milieu de la nef principale, et arrête les paroissiens, les uns près les autres en leur demandant : « Ne voulez-vous pas un coq ? » On entend pouffer, on entend lui répondre que ce serait une bonne idée pour le dîner. Notre curé se propose en plaisantant de prélever une taxe sur la vente. L'essai est un fiasco lamentable. Personne ne veut adopter mon coq.

 

Je demande à mes connaissances. Sans succès.

Jusqu'à mon kiné qui veut bien essayer de résoudre mon problème.

« Je crois que j'ai votre homme, me dit-il. Faisons une tentative. »

Il décroche le téléphone :

« Allô, c'est toi ma chère amie. J'aurais quelque chose d'exceptionnel à te proposer...

Non, je t'assure, c'est très sérieux. C'est un coq. Un coq à adopter.

 Ce n'est pas une plaisanterie, c'est un coq magnifique, il faut que tu le voies. Tu ne résisteras pas.

 Écoute, je te fais une proposition honnête : tu prends le coq, et je garde ton fils pendant les vacances.

 Sais-tu que tu ferais une très bonne affaire. Il parle anglais. Il serait un excellent répétiteur pour ton...

»

Pince-sans-rire, mon kiné se tourne vers moi, l'air contrit.

« Rien à faire, me dit-il, rien à faire ! »

 

Il faut me rendre à l'évidence, l'objectif que je me suis fixé sera dur, très dur à atteindre. Il ne me reste qu'une solution : faire du porte à porte.

J'ai repéré les fermes qui bataillent contre l'invasion urbaine, celles qui sont disséminées autour de ma petite ville, au milieu des prés et des champs, celles, héroïques, qui résistent, qui n'ont pas encore été grignotées par l'avidité des promoteurs de lotissements nouveaux et des grandes surfaces.

Je ne veux pas faire cette démarche toute seule, et Jacques, mon mari, va m'accompagner. Il aime bien faire des connaissances nouvelles, mon mari.

 

On roule sur la route de campagne et l'on aperçoit de loin un fermier qui sort de chez lui pour regarder sa boîte aux lettres. Le temps d'arriver dans la cour de sa ferme, il a disparu. On sonne, on frappe. Personne ne répond. Ne voit-on pas bouger un rideau, ou est-ce une illusion ? Pourtant nous savons qu'il est là, à nous guetter. Le couple que nous formons fait figure de fâcheux qui viennent le déranger. Des Témoins porteurs de la Bonne Nouvelle ? Peut-être ? Que croit-il ? Nous ne nous avouons pas vaincus.

Voyons plus loin. Une dame fort sympathique nous ouvre sa porte. Elle est stupéfaite d'entendre la demande que nous lui faisons et l'on sent qu'elle a vraiment envie de rire.

Jacques l'interroge : 

« Votre nom me dit quelque chose, n'êtes-vous pas la soeur de la dame qui porte le même nom que vous et qui vit à la maison de retraite ? »

 

Et voilà, c'est parti pour des bavardages interminables. On n'a pas fini si on fait ainsi la conversation à tous les fermiers des environs !

Il y a bien une ferme éloignée que nous apercevons d'ici. Je n'ai pas envie de faire des kilomètres. Nous demandons alors à notre interlocutrice si elle ne connaîtrait pas le nom des gens qui habitent là-bas, et nous lui montrons du doigt la maison sur la colline. Chouette, elle le connaît ! On se contentera de téléphoner.

Quand on demande à la brave dame au bout du fil s'il lui plairait d'adopter notre coq, elle nous rit au nez — façon de parler — et elle nous répond, en colère :

« Mais mangez-le donc ! »

 

Nous ne nous décourageons pas.

Le lendemain, nous poursuivons nos investigations en prenant une direction nouvelle. Il y a bien à quelque deux ou trois kilomètres de chez nous une jolie ferme au bord de la route. Nous y passons devant à chaque fois que nous descendons en ville et longeons un grand pré où s'ébattent des poules, qui, ma foi, ont l'air bien heureuses d'être au grand air. Allons-y !

Un aimable monsieur nous accueille, qui semble à peine étonné de notre requête. Il a bien eu un coq autrefois, qu'il aimait bien, mais il a dû s'en séparer à cause d'un voisin qui ne supportait pas ses cocoricos intempestifs ; il est vrai que le pauvre animal inconscient se mettait à chanter à trois heures du matin, quel bêta ! Nous suggérons de faire l'expérience avec notre coq. Peut-être le voisin sera-t-il aujourd'hui plus accommodant.

 

Notre Nestor, pendant les deux premières semaines de son séjour chez nous, ne chantait pas. Une aubaine pour les voisins. Puis un jour, à notre grand étonnement, il a chanté une fois. J'ai bien cru m'arracher les cheveux dans mon lit, alors que je n'étais pas encore levée. C'était sept heures vingt du matin. Le lendemain, c'était sept heures vingt-deux, le voilà qui se remet à chanter, et trois fois. « Aïe, j'ai bien peur que nous ayons bientôt des plaintes du voisinage », ai-je pensé. Mais rien. De jour en jour, et au fur et à mesure que notre coq se sentait plus heureux chez nous, les cocoricos se sont multipliés. Jusqu'à onze fois. Je les comptais, anxieuse, au fond de mon lit, priant que ces cris cessent vite. J'espérais que tout le monde alentour était déjà réveillé, le chant se faisant entendre de plus en plus tard chaque jour, suivant l'heure du lever du soleil.

Comme nous avons bon espoir que l'aimable personne à laquelle nous vantons la beauté et l'intelligence de notre coq, se laissera tenter, nous lui affirmons que l'animal n'est pas un lève-tôt, et que ses poules seront assurément ravies d'avoir un beau mâle à leur disposition. Nous sentons que sa résistance fléchit, les arguments font mouche. C'est fait. Nestor est adopté.

 

Le jour de la séparation arrive et je suis toute triste. Le futur propriétaire vient pour chercher Nestor. Dès qu'il l'aperçoit, il tombe sous le charme. Son admiration n'est pas feinte. « C'est un beau coq, dit-il, et bien gros ! » Il enfile des gants épais pour se protéger des ergots puissants et des grosses pattes griffues.

Nous voilà, le monsieur, mon mari et moi entourant le coq qui commence à se douter que quelque chose de désagréable va lui arriver. Il s'affole et semble me dire : « Que me fais-tu là ? Toi que j'ai aimée, toi en qui j'avais toute confiance. Veux-tu me livrer à des mains étrangères ? Quelle trahison ! » J'ai envie de pleurer, de lui demander pardon, et je me sens vaguement ridicule. Nous n'arrivons à rien, car l'animal risque de s'envoler à chaque fois que nous nous approchons de lui pour le saisir et j'ai bien peur qu'il n'aille dans la rue.

 

« Attendons qu'il se décide à aller se coucher, » propose le monsieur.

J'ajoute : « Il est bientôt l'heure. »

 

On voit alors mon bel oiseau se jucher dans l'arbuste qu'il affectionne. C'est un jeu d'enfant que de s'emparer de lui lorsqu'il est près de s'endormir. On le met dans une petite cage. Je le caresse pour la première et la dernière fois. « Adieu, Nestor, je t'aime. » Le nouveau propriétaire, qui semble ravi, insiste pour nous l'acheter, mais Nestor n'a pas de prix ! Il nous apportera, pour nous remercier, des oeufs de ses poules.

 

Je ne t'ai pas perdu de vue, mon cher Nestor. Chaque fois que je longe le pré où tu passes une vie heureuse, je te vois, au milieu de tes compagnes. Tu les domines de toute ta hauteur, toujours digne et majestueux, portant avec ostentation tes couleurs flamboyantes, et je ralentis ma voiture, si aucune autre ne me suit de près, pour t'admirer encore, et encore. Et mon coeur se serre d'émotion, et je me traite de bête, pour être aussi sensible. Tout juste si je n'essuie pas une larme, heureuse que je suis d'avoir pu te sauver de l'indifférence des hommes.

 

Ô coq ! Emblème gaulois de mon pays ! Je comprends à présent pourquoi tu fus choisi parmi toute la gent animale pour le représenter, pourquoi on t'a préféré au lion, ou même à l'aigle qui t'a détrôné un temps, celui des empires des Napoléon, mais que tu as su chasser, et tu es revenu, tel le phénix qui renaît de ses cendres, plus glorieux que jamais ! Les Français se souviennent-ils que depuis le Moyen-Age où ils t'ont adopté comme symbole religieux — Ne trônes-tu plus en girouette sur le clocher de nos églises ? —  puis, à la Renaissance où tu t'es attaché à l'idée de notre Nation, tu as accompagné l'effigie de nos rois au fil des siècles. On te trouvait parfois, sur les pièces de monnaie, sur les timbres, sur les gravures, et tu te dresses toujours, bien visible, sur certains monuments fameux. Tu restes au fond de nous comme une certaine image de la France, la France profonde et paysanne, et tu apparais encore, exaltant les coeurs, sur les terrains où nos sportifs rêvent de la victoire.

Ô mon coq ! Je t'ai découvert, dans toute ta splendeur et avec un coeur qui ressent des choses dont je ne me serais jamais douté, avec une intelligence et une délicatesse qui m'étaient inconnues jusqu'alors. Je ne t'oublierai jamais, Nestor, toi dont le cocorico retentit encore dans mon souvenir !

 

Une voisine m'interpelle l'autre jour : « Ah ! Comme votre coq chantait le matin ! » Je crois à un reproche qu'elle va me faire.

« Comme il me manque, me dit-elle, comme il me manque de l'entendre ! »

.................................

Notes

Les moindres détails de cette histoire sont vrais, le croiriez-vous ?

 

m'exclamé-je ou m'exclamè-je (Nouvelle orthographe): je m'exclame avec le sujet inversé.

 

Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:21

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Tout en haut du piton rocheux qui dominait la ville, se dressait, impressionnant et grave, le Château. On ne pouvait tourner la tête dans sa direction sans le voir et il rappelait, à tout un chacun, la puissance qu'il exerçait sur le mental. Les carcasses les moins robustes tremblaient, les esprits les plus résolus fléchissaient devant le symbole glacé et mortel. On faisait tout ce qu'il était possible pour éviter de lever les yeux sur lui, à tel point qu'on en oubliait le plus souvent de regarder les divines beautés du ciel changeant qui se moquait bien de ce qui se passait ici-bas.

 

Avant de nous extirper de la cache où nous nous étions dissimulées, bien à l'abri des ondes indiscrètes, je prévins Alcmène de ma décision de pénétrer dans cette forteresse.

Elle me traita d'intrépide et de téméraire et me pressa de lui dire de quel mal je me plaignais pour vouloir ainsi aller quérir un remède au Château, au risque de ne pas me porter mieux, ou même d'encourir un blâme. Elle ne put me décrire lequel exactement, car on craignait de parler librement de ces choses. Des rumeurs couraient, chuchotées imprudemment à l'oreille, quand on croyait se trouver dans un lieu sûr. Je ne lui dis pas un mot de mes intentions exactes, pour la préserver, au cas où on la presserait d'avouer ce qu'elle savait sur moi.  

Je me serais bien laissé convaincre de n'y point aller, si forts étaient les arguments de ma chère Alcmène, mais la curiosité qui m'animait était trop intense pour lui céder. Je saurais désormais qu'il me fallait me tenir sur mes gardes.

N'étais-je pas tout fraîchement arrivée dans ce monde d'inquisiteurs ? Je me doutais bien qu'on m'avait à l'oeil°.

 

Sitôt que je fus sortie à l'air libre, je respirai de toute ma capacité pectorale comme si une hyper oxygénation pouvait me délivrer de mes peurs. Il me fallait les vaincre pour affronter l'inconnu. Il me fallait les vaincre pour éclaircir le mystère.

 

     « À vouloir trop savoir, qu'y gagne-t-on ? dit le sot. Si tu m'apprends que l'architecture des pommes de pin fait que l'air virevolte autour d'elles, les pignes en seront-elles meilleures ? »

..........................................................

NOTES

Première phrase : ..........................le Château

LA SUSPENSION - Procédé de style qui veut produire un effet : rejet en fin de phrase du groupe nominal le Château.

 

Les carcasses les moins robustes tremblaient

Cf. TURENNE (1611-1675) Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, fut l'un des meilleurs généraux de Louis XIII et de Louis XIV. Il frissonnait devant le danger et se parlait à lui-même en disant : Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je vais te mener.

 

à tel point qu'on en oubliait le plus souvent de regarder les divines beautés du ciel

conséquence après la locution conjonctive à tel point que

> À un tel point que, à un point tel que, au point que

 

il rappelait, à tout un chacun, la puissance qu'il exerçait

Tout un chacun, n'importe qui.


Je me serais bien laissé convaincre de n'y point aller

♦ Place de Y : Lorsque le verbe à l'infinitif est précédé d'un adverbe (bien, trop, toujours...) ou de la 2e partie de la négation (pas, point, rien, jamais...) Y précède le groupe adverbe + infinitif 

> La place de Y et de EN dans la phrase. Vous recherchez des difficultés dans cet exercice ? Vous finirez bien par Y EN trouver. + QUIZ 67

♦ laissé, participe passé suivi d'un infinitif : invariable.

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...


Je me doutais bien qu'on m'avait à l'oeil°.

on me surveillait

 

Sitôt que je fus sortie à l'air libre

langue soignée, emploi de la locution conjonctive > Sitôt que

passé antérieur

 

je respirai de toute ma capacité pectorale

pectoral, de la poitrine.

 

les pignes en seront-elles meilleures ?

Une pigne, c'est la graine de la pomme de pin mais c'est aussi parfois la pomme de pin elle-même. 

Dans la Loire on appelle une pomme de pin un babet.

 

Les babets ! Ce mot résonne dans ma mémoire et me plonge dans mon enfance. Comme les promenades dans les bois du Pilat fleuraient bon les résineux ! On y ramassait les babets, précieux butin qui devenait jouets. Les babets femelles avaient notre préférence, c'étaient les plus gros. Je sens encore sous mes doigts le rugueux contact de leurs écailles. Certains d'entre eux, cônes presque fermés, d'autres, cônes éclatés, que la nature artiste avait sculptés dans une inégalable perfection.

 

BABET : mot gaga

> Dictionnaire Gaga – Le parler stéphanois

 

<< 76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

>>78 Délires qui promettent d'étranges rencontres - "Rends à César ce qui est à César" QUIZ 16 

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:32

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La matriarche susnommée avait décrété moult ordonnances, et Alcmène était prête à m'en donner tous les détails qui régissaient la cité. Elle fit appel à ma prudence.

« Ton ignorance, me dit-elle, est le pire de tous les maux. Et si tu veux préserver ta vie, il te faudra apprendre par le menu ce qui est autorisé et ce qui est interdit ici. Rien n'est plus précieux qu'une bonne connaissance de La Règle à laquelle tu dois te soumettre. Si tu l'enfreins, tu es perdue.

Tu as vu comme il est facile de tomber dans le piège des émotions qu'on ne doit en aucun cas laisser paraître. À chacun de tes manquements, des limiers à l'affût sont prêts à fondre sur toi. Et si tu veux avoir la vie sauve, il te faut payer des pots-de-vin qui te mettent sur la paille° pendant des décennies. Tu en as été le témoin. Amphi m'a fait un cadeau dont tu ne peux à peine imaginer le prix. Il n'en était aucunement contraint. Sans sa générosité, c'en était fait de moi... Je sais ce que tu penses. Tu te demandes pourquoi je n'ai pas moi-même payé sur mes propres deniers. Sache que ma bourse s'est vidée depuis fort longtemps. Je suis à sec. J'ai tant de fois manqué à La Règle, tant de fois violé ses commandements impitoyables — et cela sans le vouloir, tu peux bien me croire — qu'à chacune de mes erreurs, il m'a fallu me dépouiller un peu plus. L'impétuosité de mon caractère indocile, mon incapacité à brider les intempestifs mouvements de mon âme, mon humeur inconstante, mon comportement d'extravertie que je ne puis juguler, voilà ce dont je devrais me défaire, Amphi m'en fait le reproche chaque jour. Et si je continue ainsi, à être déraisonnable, irréfléchie, impulsive, inconséquente, écervelée... »

 

Alcmène ne put continuer. Elle éclata en sanglots. Je ne pouvais croire qu'elle était comme elle se décrivait elle-même, Mais une chose était sûre, elle s'acheminait lentement vers le désespoir.

Je jurai de mettre tout en oeuvre pour l'aider à sortir de ce cercle infernal. Il en allait de sa vie, et de la mienne aussi.

Comme j'étais naïve ! Il eût fallu une révolution pour le moins.

Je décidai d'aller au Château.

.....................................................................

NOTES

La matriarche susnommée avait décrété moult ordonnances

la matriarche : il s'agit de Marisa-Loup. Voir les épisodes précédents.

susnommé, nommé ci-dessus.

susdit, susmentionné. 

moult ordonnances ou moultes ordonnances, synonymes : beaucoup de

MOULT, adverbe moult, vieux ou plaisant

 

il te faudra apprendre par le menu

par le menu, en détails.


Sans sa générosité, c'en était fait de moi

> Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – Sans suivi d'un singulier ou d'un pluriel ?


Si tu l'enfreins

verbe enfreindre

les verbes en DRE font à l'indicatif présent -DS -DS -D

les verbes en INDRE et SOUDRE font -S-S-T

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

des limiers à l'affût sont prêts à fondre sur toi

Un limier, un chien de chasse ou un détective, c'est selon.

Rappelez-vous les limiers que nous avons rencontrés au texte Les Délires  63  et suivants.

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz 58


des pots-de-vin qui te mettent sur la paille° pendant des décennies

Je suis à sec

être sur la paille, être à sec, ne pas avoir d'argent.


mon comportement d'extravertie que je ne puis juguler

♦ Extravertie ou extrovertie, qui a une facilité à exprimer ses sentiments, qui aime les contacts avec autrui, qui est ouverte sur le monde.

Contraire, introvertie.

L'extraversion ou extroversion, l'introversion.

♦ je ne puis, je ne peux pas

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

♦ juguler, arrêter que la chose se développe.

 

Il eût fallu une révolution

subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

il aurait fallu - conditionnel passé (1re forme)

 

<< 75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

>> 77 Délires qui vont m'amener à affronter l'inconnu + Les babets

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:37

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Les digressions suivantes, qui sont des analyses psychiques tout droit sorties du courant romantique qui veut qu'on s'attache à regarder son nombril plutôt que celui des autres, t'agaceront peut-être cher lecteur, toi qui est si impatient de connaître la suite des événements. Mais il faut en passer par là pour mieux appréhender ce qui se passe dans ma tête. Et je n'ai pas l'intention de m'excuser en quoi que ce soit quand je te dis cela ex abrupto !

Ta petite Oli qui s'autoflagelle parfois.
.................................................................                                                                                                                              

Ma curiosité devint insatiable. Je voulais tout savoir et j'interrogeai Alcmène sur mille détails.

La crispation qui l'avait rendue si dure à mon égard dans les premières minutes de notre entretien, s'effaça peu à peu. Je lui pardonnai, car j'avais compris à quel point, successivement, l'angoisse l'avait paralysée, et la nervosité s'était installée à fleur de peau, a pedibus usque ad caput°, puisqu'il lui avait été impossible de dominer l'effet des giclées de noradrénaline qui l'avaient assaillie, et qui lui avaient si injustement ôté tout libre arbitre,

 

Je sais d'où le sais-je ? qu'il est indispensable de garder son calme et de ne pas vouloir à tout prix raisonner une personne sous l'emprise d'une émotion forte. Ce serait peine perdue. Toute sa volonté et sa capacité à faire travailler son intelligence sont annihilées par un processus cérébral implacable, la réduisant à être la proie de ses instincts primitifs.

 

Peu à peu s'effaça l'agressivité démesurée dont Alcmène avait fait preuve à mon égard alors que je lui avais seulement fait part de mon étonnement, Mais peut-être ne m'eût-il pas fallu rire ou même sourire, c'est cela qu'Alcmène avait ressenti comme insupportable.

 

Quand le calme fut revenu, elle dut reconnaître, en son for intérieur qu'il n'avait pas été dans mes intentions de me moquer d'elle, ni même de mettre en doute ses dires un seul instant. — Suis-je vraiment sincère en disant cela ?  Une fois de plus, je dus faire mon mea-culpa, j'étais trop impulsive et je devrais à l'avenir  tourner sept fois ma langue dans ma bouche° avant de m'exclamer. Ce faisant, et j'enfonçais là une porte ouverte°, je m'appliquerais à réfléchir aux conséquences éventuelles que pourraient entraîner mes paroles trop hâtives et je pèserais le pour et le contre pour les prononcer ou me taire. Cette attitude difficile irait à l'encontre de mon naturel que j'avais maintes fois décidé de chasser, et qui menaçait toujours de revenir au galop.

.................................................................

NOTES

Titre - La psyché, ici, ensemble des phénomènes psychiques d'une personne

 

a pedibus usque ad caput, des pieds à la tête (en latin)

 

les digressions suivantes t'agaceront peut-être

une digression - Cf. L'Académie : Ce qui dans un exposé, dans une conversation, un discours s'écarte du sujet principal. Faire une digression. Se perdre dans des digressions.

 

Pardonne-moi si je te dis cela ex abrupto !

Ex abrupto, sans préambule, brusquement. 

 

pour mieux appréhender ce qui se passe dans ma tête.

appréhender

1 -ici, comprendre

2 -craindre.

 

Ta petite Oli qui s'autoflagelle parfois

C'est Oli, la narratrice et l'héroïne de l'histoire qui parle.

S'autoflageller, s'auto-flageller, se critiquer très durement. 

 

impossible de dominer les giclées de noradrénaline

La noradrénaline, neurotransmetteur qui joue un rôle dans les émotions, entre autres.

 

peut-être ne m'eût-il pas fallu rire

verbe au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

Ne m'aurait-il pas fallu rire

 

Je dus faire mon mea-culpa (mea culpa - des mea culpa)

Faire son mea-culpa, avouer une faute avec contrition.

battre sa couple

Mea culpa ! C'est ma faute !

 

Ce faisant, en faisant cela.

 

Enfoncer une porte ouverte° 

J'enfonce une porte ouverte, je dis une vérité évidente, une banalité à faire pleurer.

Mais tu me pardonnes, cher lecteur, n'est-ce pas ?

 

Chassez le naturel, il revient au galop.°

Naturam expelles furca, tamen usque recurret, Horace, poète latin, vers 50 avant JC.

 

accord des participes passés, paralysée, installée, assaillie, avec le COD qui les précèdent

Pour en savoir plus sur les participes passés :

> Règles de l'accord des participes passés

et  > QUIZ 26 

 

le passé simple et l'imparfait, interrogeai, pardonnai, etc.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

le futur du passé, je devrais, je réfléchirais, etc. 

> Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur antérieur du passé - Le futur antérieur hypothétique

 

<< 74 Délires kafkaïens* - QUIZ 15 Trouvez les hommes et les femmes célèbres dont le nom commence par PA

>> 76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 11:13

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J'étais bien décidée désormais à être tout ouïe et à ne plus interrompre celle qui était à même de me donner les clefs de ce monde. Alcmène me promit que chaque tour d'écrou que je donnerais m'ouvrirait une porte pour progresser dans le labyrinthe inextricable dans lequel j'avais jusque-là erré sans guide. Peut-être pourrais-je un jour trouver le fil d'Ariane qui me permettrait de m'évader du piège où j'étais prise sans que je l'eusse voulu.

 

Ma nouvelle amie se fit fort de m'initier aux us et coutumes de cette contrée dont les exigences me paraissaient insupportables.

La première chose qu'elle m'apprit, quant à l'âge de ses concitoyens, me glaça : ils n'avaient pas d'âge. Tout au plus, pas d'âge visible, pas d'âge qu'on pût supputer, à voir les visages lisses, les allures alertes, les mouvements souples et aisés, les voix claires et sonores, les chevelures fournies des têtes nues.

« On ne vieillit pas ici, me déclara Alcmène d'une voix blanche. Les rides n'ont pas cours, les calvities sont interdites, on ne chevrote pas...   

 Est-il possible... ? Je croyais que seul le bonheur supprimait la vieillesse*, me hasardai-je à dire... 

Il est formellement interdit de tomber gravement malade, coupa-t-elle. »

Cette phrase tomba comme un couperet.

Elle continua :  

« S'il advenait qu'une petite indisposition fondît sur toi, il te la faudrait chasser sur l'heure.  

 Cela se peut-il ? balbutiai-je. Mais pourquoi m'as-tu dit que je devais me rendre au château quand je t'ai parlé de pharmacie ce matin ? Tu me fais craindre le pire, murmurai-je. »  

Me voyant bouleversée par les explications d'Alcmène, Prétatou me donna un coup de lèche rapide sur la main et glapit : « Ne te laisse pas impressionner ainsi, ma chère, tout n'est pas perdu ! »

Je ne fus pas plus rassurée. 

................................................................

*Le bonheur supprime la vieillesse.

de Franz Kafka, l'incontournable Kafka, 1883–1924.

 

NOTES

Titre "Délires kafkaïens"

kafkaïen, adjectif dérivé de Kafka, auteur pragois.

> incompréhensible, absurde, cauchemardesque. 

 

J'étais décidée à être tout ouïe

à écouter avec la plus grande attention

Tout ouïe > Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

chaque tour d'écrou que je donnerais

Le Tour d'Ecrou. The Turn Of The Screw, 1898. Roman anglais d'Henry James. Chef d'oeuvre de la littérature fantastique. Il est à l'origine de films, de téléfilms et d'opéras.

 

pourrais-je un jour trouver le fil d'Ariane

le fil d'Ariane, ce qui sert à guider pour sortir de circonstances difficiles, en référence au fil d'Ariane qui permit à Thésée de sortir du labyrinthe (mythologie). Voir plus bas

 

sans que je l'eusse voulu

subjonctif plus-que-parfait de vouloir

> Sans que

 

quant à l'âge de mes concitoyens

quant à, quant au, quant aux, en ce qui concerne.

au, contraction de à le.

aux, contraction de à les.

 

On ne chevrote pas

chevroter, parler avec une voix tremblante.

♦ mot dérivé de chèvre

♦ Voir les mots en OTER et OTTER, la note du texte  20
 

pas d'âge qu'on pût supputer

supputer, calculer indirectement.


S'il advenait qu'une petite indisposition fondît sur toi

♦ advenir - Cf. L'Académie, 8e édition : Arriver par accident, par surprise. Il n'est employé qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes. Les choses étant dans cet état, il advint que...; s'il advenait que...

♦ fondît, subjonctif imparfait. >>Valeurs et emplois du subjonctif

 

Prétatou glapit

♦ glapir, japper, pour un petit chien, pousser des cris aigus.

♦ Pour retrouver les cris des animaux, se reporter au QUIZ 3 texte 15.  

 

Le labyrinthe. Mythologie grecque.

Pasiphaé, l'épouse de Minos, roi de Crète s'accouple avec un Taureau blanc et donne naissance au Minotaure, hybride au corps d'homme et à la tête de taureau. Le roi ordonne que le monstre soit enfermé dans un labyrinthe. L'architecte Dédale le construit. Thésée pénètre dans le labyrinthe et tue le Minotaure. Pour qu'il puisse en sortir, Ariane, amoureuse de Thésée, lui a donné l'idée de Dédale de s'attacher un fil à la cheville. Le fil d'Ariane. Mais Minos enferme Dédale et son fils Icare dans le labyrinthe. Ils s'enfuient grâce à des ailes confectionnées de plumes et de cire. Bien que Dédale mette en garde son fils de ne pas s'approcher du soleil, Icare, enivré par le vol, prend trop d'altitude, la cire fond, et le voilà précipité dans la mer qui portera son nom.

Thésée, infidèle, abandonnera Ariane. Et il épousera sa soeur, Phèdre.

 

On trouve dans Phèdre de Racine :

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! 

(Phèdre, acte 1, scène 1)

 

Rappelez-vous l'un des vers les plus beaux, célèbre pour sa métrique parfaite :

La fille de Minos et de Pasiphaé.

(Hippolyte parlant de Phèdre, l'épouse de son père Thésée, acte I, scène 1)

 

<< 73 Délires à décrypter sans plus attendre

>> 75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

 

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QUIZ 15

Trouvez des personnages célèbres

dont le nom commence par PA

 

1- Médecin alchimiste suisse, (1493-1541) dont les recherches sur la chimie aidèrent à son développement. Dommage qu'il ne fût pas d'accord avec les théories de Galien ! 

 

2- Inventeur de la machine à piston en 1687. Le pauvre, il fut chassé de France pour se réfugier en Angleterre au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV.

La France ne reconnaît souvent ses génies que trop tard. Il mourut miséreux.

 

3- Ah ! Si elle n'avait pas ouvert la fameuse jarre*  comme l'avait bien prévu Zeus, comme nous serions heureux !
*jarre ou boîte

 

4- La dopamine fait défaut à la maladie qu'il a décrite.

"Cesse donc de trembler ainsi, Papi !"

 

5- Mathématicien, physicien, biologiste, inventeur, philosophe, moraliste et théologien. Un des plus grand maîtres de la littérature française. Il nous a fait voyager, entre autres, dans l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, dans l'infiniment petit et l'infiniment grand. Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

 

6- Ah ! Le bon chirurgien qui remplaça la cautérisation des plaies à l'huile bouillante par la ligature des artères !

 

7- L'ami intime d'Achille

 

8- Quand on n'a pas d'enfant, on est jaloux de ceux qui en ont et quand on en a, ils vous font devenir chèvre ! La Sainte Vierge, peuchère, elle n'en a eu qu'un et regarde un peu les ennuis qu'il lui a fait ! Et encore, c'était un garçon. Citation de Pa...

 

9- Fils de Gargantua, héros éponyme d'Alcofribas Nasier.

 

10- Personnage d'Henri Charrière dans son roman autobiographique. Incarné au cinéma par Steve Macqueen. Le bagne, quelle galère !

 

11- L'Évangile selon Saint Matthieu, c'est de lui. Sa mère y incarne la Vierge Marie.

 

12- C'était au temps du cinéma muet. Les femmes se prenaient pour Loulou (1929) grâce à PA...

 

13- Célèbre flûtiste. Avec ses cornes et ses pieds de bouc, il n'a rien pour séduire et les dieux se moquent de lui. Il est le protecteur des bergers et des troupeaux. Mais aussi de la foule. Il donne un nom dérivé du sien à la foule en délire. Il meurt un jour, ce que ne font jamais les autres dieux !

 

14- Son amour a eu de bien tragiques conséquences, la guerre de Troie.

 

15- Il se suicide en 1950 dans une chambre d'hôtel de Turin et il laisse son dernier texte : La mort viendra et elle aura tes yeux. On considère qu'il est le plus grand écrivain italien du XXème siècle.

En1955 Michelangelo Antonioni donne d'après une de ses nouvelles, le film Tra donne sole, Femmes entre elles.

 

16- Une famille qui a fait beaucoup de voitures.

 

17- Prix Nobel de médecine en 1904. Champion des réflexes conditionnels. On se souvient de son chien.

 

18- Capitaine de l'Armée des Etats-Unis pendant la Première guerre mondiale, Old blood and guts, le vieux sang et tripes comme l'appelaient ses hommes obtint le grade de Général de Division pendant la Seconde Guerre Mondiale,

 

19- Couturier et fabricant de parfums, 1887-1936.

 

20- 1782-1840 Violoniste, altiste, guitariste et compositeur italien. Le plus grand violoniste qui ait jamais existé. En 1987, Klaus Kinski adapte sa jeunesse à l'écran sous le titre de Kinski-Pa...

 

21- Il donna un coup mortel à la théorie de la génération spontanée. A faire enrager ses pairs !

 

22- Encore heureux que nous ne fassions pas tous partie de son troupeau !


La solution est ci-dessous.

 

1- Paracelce Philippus

2- Papin Denis

3- Pandore

4- Parkinson James

5- Pascal Blaise

6- Paré Ambroise

7- Patrocle

8- Pagnol Marcel (citation extraite de Fanny)

9- Pantagruel, héros éponyme (qui a le même nom que le titre du livre). Alcofribas Nasier pseudonyme et anagramme de François Rabelais.

10- Papillon

11- Pasolini Pier paolo

12- Pabst Georg Wilhelm

13- Pan (nom dérivé, panique)

14- Pâris (Troyen, fils de Priam, il enlève Hélène, femme de Ménélas qui est grec et le frère du Roi des Rois, Agamemnon.)

15- Pavese Cesare

16- Panhard

17- Pavlov Ivan

18- Patton George

19- Patou Jean

20- Paganini Niccolò

21- Louis Pasteur qui découvrit l'existence des microbes. Et il soigna la rage illico !

22- Panurge, ami de Pantagruel. Il jette d'un bateau un mouton qui sera suivi par tous les autres, dans le Quart-Livre. Personnage de Rabelais

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 15:40

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« Tu sembles n'avoir aucune idée sur notre gouvernement, commença mon Alcmène encore tout émotionnée. »

J'étais touchée qu'elle eût abandonné le voussoiement, ce qui me donna à penser qu'elle voulait que nous fussions proches. Proches jusqu'à quel point ?

« Ne m'as-tu pas déjà dit que j'étais tombée de la dernière averse ? lui répondis-je en souriant. 

Écoute, m'assura-t-elle avec le plus grand sérieux. Sache, qu'à notre tête, une matriarche a tous les pouvoirs. » 

 

Je ne m'en étonnai nullement. Pourquoi cela m'eût-il semblé étrange ?  

Alcmène suspendait ses phrases comme si j'eusse dû réagir à chacune d'elles.  

« Elle a pour nom Marisa-Loup de Saint-Ange, continua-t-elle. Ne m'as-tu pas laissée entendre que tu l'avais vue chez Marie Cratère ?

  J'éclatai de rire.

Marisa-Loup ! Une matriarche ? Le mot est plaisant ! Est-ce un titre ou un sobriquet ? »


Prétatou me rappela à l'ordre et me fit comprendre, par le truchement d'un aboiement qui n'admettait pas de réplique, que la raillerie était hors de saison. L'heure était grave.

 

« Comment dois-je prendre tes propos ? m'invectiva mon interlocutrice qui sembla soudain d'une susceptibilité exacerbée. Puis-je continuer à te parler sans entendre tes sarcasmes ? As-tu décidé de m'interrompre à chaque fois que quelque chose te semble bizarre ? Dans ces conditions, nous ne pourrons pas nous entendre et tu ne sauras rien ! J'avais cru que tu étais impatiente de savoir ce que j'avais à te dire. Je me suis trompée. Restons-en là ! 

Pardonne-moi Alcmène. Je t'en prie. Je suis prête à apprendre la grille de lecture de ce monde qui m'est encore inconnu, et à m'appliquer à le déchiffrer sous ta dictée. Je n'ai pas voulu me moquer, je te le jure. Je te promets qu'à l'avenir je t'écouterai avec tout le sérieux que tu exiges. Mais comprends-moi. Marisa-Loup ne peut être à mes yeux une matriarche. Elle a tout juste trente ans ! 

C'est ce que tu crois. Il faut, dès à présent, que ta grille de lecture comporte un logiciel lié aux âges.»

 

C'est alors qu'il me revint en mémoire les propos étranges de Marie Cratère auxquels je n'avais accordé aucun crédit. Ne m'avait-elle pas dit qu'elle avait, jadis, fréquenté Paracelse ?

..............................................................................

NOTES

Titre : Délires à décrypter

Décrypter, décoder, déchiffrer.

 

mon Alcmène tout émotionnée

 ♦ L'adverbe tout n'est pas toujours invariable.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif 

♦ Émotionner et Émouvoir, voir la note du texte 21

 

J'étais touchée qu'elle eût abandonné le voussoiement, ce qui me donna à penser qu'elle voulait que nous fussions proches.

eût abandonné, subjonctif plus-que-parfait 

Le voussoiement, le vouvoiement.

Voussoyer, vouvoyer.

Voir la conjugaison des verbes en YER, texte 5
♦ que nous fussions poches, subjonctif imparfait

> Valeurs et emplois du subjonctif 

 

Ne m'as-tu pas déjà dit que j'étais tombée de la dernière averse

allusion à la réflexion d'Alcmène, voir le texte 57

"On pourra se goberger... se goinfrer... et partir sans payer quand les poules auront des dents°, hoqueta-t-elle. Êtes-vous donc tombée de la dernière averse°, ou bien voulez-vous mourir à tout prix ? "

 

Matriarche, patriarche, personne à la tête d'un groupe.

Cela implique que la matriache ait un certain âge.


pourquoi cela m'eût-il semblé étrange ? 

subjonctif plus-que parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme)
pourquoi cela m'aurait-il semblé étrange ? (1re forme)


comme si j'eusse dû réagir

♦  Comme si

♦  Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

et QUIZ 65 - Texte à trous "Du coeur et de l'ardeur d'apprendre"

 

Un sobriquet, surnom familier, pas toujours apprécié par la personne ainsi nommée qui pense qu'on se moque d'elle.

 

une susceptibilité exacerbée, mots commençant par EX, EXH, voir la note du texte 9

 

Un truchement, un interprète, un porte-parole, un intermédiaire qui traduit des pensées et des sentiments.

 

C'est hors de saison, c'est déplacé.

 

les propos étranges de Marie Cratère auxquels je n'avais accordé aucun crédit.

accorder du crédit à quelqu'un ou à quelque chose, le croire.

le participe passé accordé ne s'accorde pas, pas de complément d'objet direct placé avant lui

Voir L'accord des participes passés - QUIZ 26

 

Paracelce, médecin alchimiste de la Renaissance, voir la note du texte 16

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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