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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 10:32

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Dès potron-minet j'étais sur pied. Je sentis avec bonheur que je n'avais rien perdu de mon enthousiasme vital lorsque j'aperçus, après avoir poussé la porte du réduit qui m'était alloué, que la forêt avait conservé son pouvoir de séduction. Je respirai profondément les senteurs subtiles exsudant des résineux, mêlées aux effluves sucrés de l'humus nourricier. Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèles*, et dans le bois flottaient les souffles de la nuit.

Sissi m'accueillit.

Je m'attendais à la voir, penaude, déconfite et repentante de m'avoir si lâchement abandonnée. Que nenni. Elle jubilait. N'avait-elle pas rameuté tous ses congénères pour menacer Marie Cratère ?

Une harde hurlante et hardie, hérissée de mâles, défenses acérées, dagues aiguisées pour la circonstance, s'était présentée, telle une armée conquérante, devant la maison qui — Sissi peut en témoigner — fut la proie d'une secousse irraisonnée. Marie en perdit de sa superbe. L'impressionnant envahissement des lieux, la troupe soldatesque qui faisait brusquement irruption, tout laissait supposer un service de transmissions parfaitement organisé par un génie militaire digne de la Grande Armée napoléonienne**. La vieille Marie, assiégée, eut peur. Cette soudaine posture rédhibitoire coupa court à toute riposte. On la fit s'agenouiller et jurer qu'elle me délivrerait sur l'heure. Pas étonnant qu'elle eût oublié de se vanter de cette misérable reddition.

 

Les pouvoirs de Marie étaient donc limités. Je sentis les miens renforcés.

............................................................... 

*Noter l'allitération dans les vers : le son [f]  

"Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèles ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile."

Victor Hugo, La Légende des siècles, Booz endormi

Extrait

 

**La Grande Armée napoléonienne, c'est UN PLEONASME (pardon pour le pléonasme !) puisque La Grande Armée (avec les majuscules) est unique, c'est celle de Napoléon.

 

NOTES

Dès potron-minet j'étais sur pied

Dès potron-minet, à l'aube. à l'heure où l'on voit le postérieur des chats qui disparaissent. On dit aussi potron-jaquet (ou potron-jacquet, jacquet étant l'écureuil)

 

Les senteurs subtiles exsudant des résineux, mêlées aux effluves sucrés de l'humus nourricier 

Exsuder (de suer) Les résineux exsudent leur résine qui suinte de leur tronc.

mêlées s'accordent avec senteurs

aux effluves sucrés, effluve est masculin

Féminin ou masculin ? Le genre des noms dont on n'est pas sûr + Quiz 4

humus, terre végétale (terreau) provenant des matières organiques en décomposition.

Dérivé > homme

 

Que nenni, que non.

Comment dire non > Non ! Ah ça non ! Mais non ! Non mais ! Pourquoi non ? p'têt ben qu'non. Que nenni !

 

dagues aiguisées pour la circonstance

les dagues, les défenses des sangliers.

 

Marie en perdit de sa superbe

Perdre de sa superbe, perdre son attitude orgueilleuse.

Il est plein de superbe. / Il a perdu de sa superbe, il est devenu humble.

 

L'impressionnant envahissement des lieux

ou l'invasion.

 

Cette soudaine posture rhédibitoire coupas court à toute riposte

Rhédibitoire, qui empêche absolument d'agir à cause d'un défaut. 

 

Pas étonnant qu'elle eût oublié de se vanter de cette misérable reddition

la proposition principale est elliptique de il n'était pas

Il n'était pas étonnant qu'elle eût oublié...

eût oublié,  

> mode subjonctif, le verbe de la principale est impersonnel,

> temps plus-que-parfait, pour la concordance des temps, la principale est à l'imparfait de l'indicatif.

La phrase au présent serait : Il est étonnant qu'elle ait oublié...  (ait oublié, passé du subjonctif)

 

Une reddition, une capitulation.

Se rendre, capituler.

 

Pour en savoir +

*La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

**Suite de l'article sur la concordance des temps

 

<< 38 Délires d'une ressuscitée ou c'est tout comme + QUIZ 4 Noms masculins ou féminins? à vous de le dire.

>> 40 Délires remplis de bonnes résolutions

 

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 02:20

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QUIZ 4 - FEMININ OU MASCULIN ?

Dans le texte précédent (38 Délires d'une ressuscitée), vous avez peut-être hésité sur le genre des mots SYLPHE et ELFE, ces mots sont masculins comme vous l'avez vu avec l'accord du participe passé ATTENTIONNÉS.

Faites un petit exercice et voyez si vous savez le genre des mots suivants.

On notera que certains mots peuvent avoir les deux genres avec la même signification, d'autres avec des significations différentes (homonymes).

  Pourriez-vous citer des noms

qui sont au masculin ou au féminin avec des sens différents ?

Vous pouvez en trouver au moins vingt*

 

pupille

acné

barde

algèbre

acrostiche

crêpe

ambre

anagramme

emblème

esclandre

ecchymose

greffe

foudre

garenne

manoeuvre

mémoire

ombre

pendule

solde

oriflamme

impasse

écritoire

amour

silicone

souris

vapeur

anthracite

apogée

immondices

penne

enseigne

appendice

antre

aigle

amalgame

aune

armistice

asphalte

astérisque

augure

anicroche

ébène

camée

coryphée

edelweiss

éphémérides

arcane

épithète

élytre

haltère

hémisphère

hyménée

hymne

après-midi

ivoire

pétale

planisphère

tentacule

ankylose

atmosphère

autostop

autoroute

épître

paillasse

parallèle

réglisse

scolopendre

oasis

odyssée

équinoxe

espèce

alvéole

 

Et si vous avez un doute sur la signification d'un mot, prenez votre courage à deux mains et jetez un coup d'oeil sur votre dictionnaire.

Une référence, le CNRTL crée par le CNRS :

Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. Vous y trouverez  Le Dictionnaire de l'Académie, Le Trésor de la Langue française, etc.

 

La solution est ci-dessous

Les noms féminins sont en rose, les noms masculins en bleu.

*Noms au masculin ou au féminin avec des sens différents

 

*pupille pupille

acné 

*barde barde

algèbre

acrostiche

*crêpe crêpe

ambre

anagramme

emblème

esclandre

ecchymose

*greffe greffe

*foudre foudre

*garenne..garenne

*manoeuvre manoeuvre

*mémoire..mémoire

*ombre ombre

*pendule..pendule

*office office

*solde solde

oriflamme

impasse

écritoire

amour amour

*silicone silicone

*souris souris

*vapeur vapeur

anthracite

apogée

immondices

penne

*enseigne..enseigne

appendice

antre

*aigle aigle

amalgame

*aune aune

armistice

asphalte

astérisque

augure

anicroche

ébène

camée

coryphée

edelweiss

éphémérides

arcane

épithète

 

élytre

haltère

hémisphère

hyménée

*hymne hymne

après-midi après-midi

ivoire

pétale

planisphère

tentacule

ankylose

atmosphère

autostop

autoroute autoroute

épître

*paillasse paillasse

*parallèle parallèle

*réglisse réglisse

scolopendre

oasis

odyssée

équinoxe  

espèce

alvéole° alvéole°

 

UNE ESPÈCE : Je suis bien sûre qu'aucun d'entre vous n'a hésité un instant sur le genre du substantif espèce.

ET POURTANT, on entend tous les jours ce mot au masculin sous prétexte que le complément de nom qui le suit est au masculin. Même dans la bouche des gens qui ont à coeur d'employer une langue châtiée !

Il faut dire :

Je vis arriver une espèce de fanfaron. 

Au lieu de : un espèce de fanfaron

Vous parlez d'une d'espèce d'abruti !

Au lieu de : un espèce d'abruti.

Eh oui !

Voir à ce sujet la note des Délires 119 sur la syllepse.

 

DES GENS : l'adjectif ou le participe passé qui précède le mot gens se met au féminin. Les vieilles gens, les petites gens...

Ceux qui suivent sont au masculin. Les gens malheureux...

On aura la phrase bizarre : Les petites gens sont courageux.

Quant à la gent trotte-menu (La Fontaine), c'est une autre histoire...

> la gent, les gens...  

 

DES AMOURS : peut s'employer au féminin pour exprimer la passion amoureuse, ou bien en poésie.

"Le vert paradis des amours enfantines" (Baudelaire)

 

Des noms au genre qui pose un problème

Sont au féminin le plus souvent dans l'usage :

Agave se trouve au féminin dans la plupart des dictionnaires.

°Alvéole, voir ce mot ci-dessous au masculin.

Anagramme, le masculin apparaît dans plusieurs articles du Petit Larousse. Le Robert l'emploie deux fois, une fois au féminin, une autre fois au masculin.

Antique, oeuvre d'art de l'Antiquité, s'emploie aussi au masculin.

Clope était autrefois masculin dans le sens de mégot. Il est devenu féminin pour désigner la cigarette, dans le Dictionnaire de l'Académie.

Disparate est aussi bien féminin (Dict. de l'Académie) que masculin.

Drupe, féminin dans la plupart des dictionnaires.

Enzyme, la plupart du temps féminin, mais l'usage donne enzyme parfois au masculin., de moins en moins souvent.

Génitoires, au pluriel, a un genre indécis.

Mérule a les deux genres, le féminin l'emporte aujourd'hui.

Moufle est féminin dans le sens de gant, mais masculin dans d'autres sens.

Palabre est des deux genres mais le féminin prend le pas sur le masculin.

Parasange se trouve au masculin dans les dictionnaires, mais on peut le rencontrer au féminin.

Réglisse est féminin dans la plupart des cas (plante, racine, pâte) disent les dictionnaires. Littré le donne au masculin pour la pâte.

Relâche est au féminin mais le dict. de l'Académie de 1935, le donne au masculin sauf dans les termes de marine.

Steppe, très rarement rencontré au masculin.

Vanne, parole incongrue, quolibet ou blague, son masculin est vieux.

 

Au masculin le plus souvent :

°Alvéole, masculin selon l'Académie, de plus en plus employé au féminin. Le dictionnaire le Robert considère même comme vieux de l'employer au masculin. Larousse le donne au féminin.

Wiktionnaire nous dit que l'usage hésite.

Wikipédia préfère le masculin dans la plupart des acceptions sauf en géographie pour désigner une cuvette humide à fond plat (voir + de détails sur le site).

Automne, est parfois employé au féminin (emploi littéraire des auteurs classiques).

Bastringue est parfois employé au féminin. (musique instrumentale).

Effluve est masculin mais on le trouve parfois au féminin vu sa consonance finale.

Office, autrefois féminin dans le sens de la pièce à côté de la cuisine, là où l'on prépare de service de la table.

Pamplemousse, nom de l'arbre (ou pamplemoussier) peut avoir les deux genres. Pour le fruit, certains dictionnaires le donnent au masculin, Littré le donne au féminin.

Silicone peut être masculin dans le sens du composé du silicium, et féminin dans celui du polymère que l'on utilise en cosmétologie et en chirurgie (pour les seins).

Synopsis aujourd'hui pratiquement toujours au masculin

 
Revenons aux Délires :

<< 37 Délires d'une rescapée -"Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient folle."

<< 38 Délires d'une ressuscitée ou c'est tout comme

 >>39 Délires libérateurs - "Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèles."

 

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 02:18

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Après avoir passé quelques heures à entendre des billevesées doublées de sornettes et de balivernes censées me démontrer qu'il me fallait entrer dans le rang° et me conformer à l'éthique improbable de mon bourreau, je fis mine d'acquiescer pour qu'on en finît, une fois pour toutes.

Je bâillai.

L'abattement qui me submergea n'était pas loin de me faire tomber en pâmoison. Je luttai, acharnée, contre la syncope imminente. Je n'avais pas dormi tout le temps de mon incarcération, toujours à l'affût d'un imperceptible bruit auquel je donnais, illico, une signification fantasmagorique et démentielle, et le repas, qui me pesait à présent, m'empêchait toute réflexion lucide.

 

Après m'avoir semoncée avec une sévérité sans pareille, en m'assurant qu'elle garderait un œil sur moi, Marie Cratère, la bien nommée, m'envoya dormir dans le cagibi cité et décrit précédemment. À peine m'étais-je étendue sur ma couche fétide, qu'un marchand de sable pressé fondit sur moi sans se présenter.

Je dormis tout mon saoul (soûl).

 

Ma nuit fut peuplée de rêves charmants. Qui l'eût cru après le martyre enduré ? Des elfes et des sylphes attentionnés se posaient près de moi et, tout en caressant tendrement mon corps brisé, me juraient une protection sans faille.

Il ne manquaient que les trolls, qui, s'ils avaient eu vent de la chose° eussent accouru assurément.

.................................................................

*Soûl, saoul prononcer SOU, sans le L

 

NOTES

entendre des billevesées doublées de sornettes et de balivernes

billevisées, paroles inintéressantes, vides de sens, sornettes, balivernes.

 

censées me démontrer qu'il fallait entrer dans le rang

censées, supposées (et pas sensées) me démontrer qu'il fallait que je renonce à mes prétentions

> Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

 

Je fis mine d'accepter pour qu'on en finît

Verbes du 2e groupe comme finir  

pour qu'on en finît ou pour qu'on en finisse ?

Subjonctif présent

Subjonctif imparfait

pour que j'en finisse

pour que j'en finisse

pour que tu en finisses

pour que tu en finisses

pour qu'il en finisse

pour qu'il en finît

les personnes du pluriel sont semblables

Attention à l'accent circonflexe de la 3e pers. du singulier de l'imparfait.

Voir la locution conjonctive Pour que

Pour en savoir plus sur le subjonctif, reportez-vous aux articles

Valeurs et emplois du subjonctif

La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

et

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

Je bâillai, passé simple du verbe bâiller.

Ne pas confondre

bâiller, ouvrir grand la bouche quand on est fatigué, qu'on a l'envie de dormir, qu'on s'ennuie, etc.

bailler, donner. Je vous baillerai bien un conseil. Il m'a baillé cent coups de bâton pour mon impertinence.

bayer, regarder la bouche ouverte quand on admire quelque chose, quand on est étonné.  Bayer aux corneilles. Se prononce comme railler et non comme rayer.

Paronymes – Paronomase + QUIZ N°27 - agonir et agoniser, anoblir et ennoblir, bâiller, bailler et bayer, conjecture et conjoncture, ablation et ablution, recouvrer et recouvrir...

 

L'abattement n'était pas loin de me faire tomber en pâmoison

Se pâmer, s'évanouir.

Pâmoison, littéraire. Évanouissement, syncope.

Être pris de pâmoison, tomber en pâmoison.

 

toujours à l'affût

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux...

 

sur ma couche fétide

fétide, nauséabond, malodorant.

 

Le marchand de sable, personnage imaginé pour les enfants à l'heure du coucher, au moment où les yeux picotent de sommeil.

 

des elfes et des sylphes attentionnés se posaient près de moi [...] les trolls

Un elfe, un sylphe, génies de l'air que l'on rencontre, le premier dans la mythologie scandinave (comme le troll), le second dans les mythologies celtes (gauloises et germaniques).

 

Il ne manquait que les trolls, qui, s'ils avaient eu vent de la chose, eussent accouru assurément

s'ils avaient eu vent de la chose, s'ils avaient su

eussent accouru, fussent accourus, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme)

auraient accouru, seraient accourus, conditionnel passé (1re forme)

Littré : Accourir se construit avec l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être. L'on se sert du premier quand on a particulièrement l'intention d'exprimer l'action d'accourir ; et du second, quand on a l'intention d'exprimer l'état d'une personne qui est accourue. Elles ont accouru en hâte nous porter secours ; elles sont accourues et ont contemplé ce triste spectacle.

ÊTRE ou AVOIR ?

>> Vous hésitez entre l'auxiliaire être et l'auxiliaire avoir ? QUIZ

 

Peut-être ne connaissiez-vous pas le genre des noms SYLPHE et ELFE, ces mots sont masculins comme vous l'avez vu avec l'accord du participe passé ATTENTIONNÉS.

Féminin ou masculin ? 

>> Le genre des noms dont on n'est pas sûr + QUIZ

 

<< 37 Délires d'une rescapée -"Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient folle."

>> 39 Délires libérateurs - "Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèles."

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 06:32

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M'étant rassasiée, je vis plus clair dans cette situation qui pourrait paraître inextricable au lecteur lambda qui d'aventure se trouverait parmi vous, chers lecteurs.

Je rassemblai mes pensées et me promis, d'un commun accord avec mes cellules grises — celles-là mêmes qui avaient coutume de me mettre des bâtons dans les roues°—  que je ne m'en laisserais point conter.

Nonobstant les efforts que je faisais pour lutter contre l'écœurement qui contractait mon diaphragme, à chaque mot que vomissait mon interlocutrice  abhorrée, je parvenais à garder un visage lisse et tranquille. Il jaillissait de la bouche de la mégère des légions de crapauds et de serpents, comme ce phénomène apparaît dans certains contes que vous connaissez à coup sûr.

Mais comme il était impossible qu'elle pût à l'avenir m'effrayer davantage que dans la situation où elle m'avait mise, à savoir dans l'abîme où elle m'avait jetée, il en résultait que je me sentais devenue comme imperméable à toute agression, même à la plus intolérable, et la cuirasse qui me protégeait dorénavant me rendit mon naturel d'autrefois, puisque j'étais guérie, libérée à tout jamais de mes peurs.

 

Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient [folle]. Mais s'ils se montraient à moi ce qu'ils sont, peut-être les croirais-je fous aussi.*

Et je ne prétends pas vous en remontrer.

 

Ainsi donc décidai-je une fois pour toutes que j'épaterais mon adversaire en paraissant me plier à tous ses caprices.

........................................................................................ 

*Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient  fou. Mais s'ils se montraient à moi ce qu'ils sont, peut-être les croirais-je fous aussi.*

Je ne peux vraiment pas donner tort à l'auteur de cette pensée qui traduit l'évidence, je cite Benjamin Constant.

Le monde est plein de cinglés qui s'ignorent. Et de vaniteux. Ce qui est bien pire. Quelle misère !

 

NOTES

situation qui pourrait bien paraître inextricable au lecteur lambda

lambda, 11e lettre grecque, elle est devenue le L chez les Romains.

le terme lambda désigne quelque chose de banal.

un lecteur lambda, un lecteur ordinaire 

un citoyen lambda, un quidam, monsieur tout le monde...

 

Celles-là mêmes qui avaient coutume de me mettre des bâtons dans les roues° 

Celles-là même, celles même, même celles

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes – cela même, ici même, là même, par là même, aujourd'hui même... QUIZ 64

Mettre des bâtons dans les roues. Empêcher ou retarder une affaire. mettre des obstacles pour qu'elle ne se réalise pas facilement.

 

nonobstant les efforts que je faisais pour lutter

nonobstant, préposition ou adverbe

ici : malgré, voir > Nonobstant, ce nonobstant, nonobstant que.

 

à chaque mot que vomissait mon interlocutrice abhorrée

abhorrer, détester, abominer, haïr.

 

des légions de crapauds et de serpents

Ils sont légion (pas de S), ils sont nombreux.

Un grand nombre, une multitude, une cohorte.

Des légions de démons.

 

la situation où elle m'avait mise

Le participe passé mise s'accorde avec ME élidé (M') COD placé avant lui.

l'abîme où elle m'avait jetée

Même chose.

Voir > Règles de l'accord des participes passés 

L'accord des participes passés + Quiz 26 

 

Il était impossible qu'elle pût m'effrayer

Subjonctif dans la subordonnée quand la principale est : Il est possible, impossible...  Ici, subjonctif imparfait.

Voir l'article : Valeurs et emplois du subjonctif

 

Je ne prétends pas vous en remontrer

En remontrer à quelqu'un, c'est se croire supérieur à lui.

 

Je me promis que je ne m'en laisserais point conter

LE FUTUR DU PASSE (pour la concordance des temps) 

Présent : Je décide que j'épaterai mon adversaire (futur puisque le verbe de la principale est au présent)

Passé : Je décidai que je l'épaterais (conditionnel présent, autrement dit futur du passé puisque la principale est au passé)

Présent :Je me promets que je ne m'en laisserai point conter.

Passé : Je me promis que je ne m'en laisserais point conter.

*La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect  

**Suite de l'article sur la concordance des temps

***La concordance des temps - Exercices d'application - Quiz 44

Les modes et les temps - Ne pas les confondre - Le conditionnel est-il un mode ?

 

<< 36 Délires de la pauvre enfant que je suis, près de mourir d'inanition -La faim justifie les moyens*

>> 38 Délires d'une ressuscitée ou c'est tout comme

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 18:25

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Je restai prostrée pendant trois jours, attendant mon heure. C'est le temps maximal pendant lequel on peut subsister sans avoir de quoi ni se sustenter, ni boire. Marie devait bien le savoir puisqu'elle se décida, à ce moment crucial, et au-delà duquel toute tentative de retour en arrière eût été vaine, à ouvrir la porte pour me libérer. Oui, vous avez bien lu, chers lecteurs, me libérer.

 

Épicure n'a-t-il pas dit que le plaisir est l'absence de souffrance ? C'est vrai, j'en témoigne. Et plus on a souffert, plus le plaisir est grand quand cesse la douleur.

En outre, si toujours du plaisir n'est pas du plaisir**, à cette minute même, je n'en avais cure. C'en était le summum.

Surtout lorsque je m'assis devant une table garnie de mets que les gourmets les plus exigeants n'eussent pu imaginer, et qui embaumaient, de leur délicat arôme et de leur fumet grisant, l'air que je respirais.

Je respirais, loin de l'abîme infect, nauséabond, pestilentiel et répugnant que je venais de quitter, enfin.

 

Marie allait faire son cinéma° pour me reconquérir, sans aucun doute, mais je ne serais pas dupe, et je ne tomberais pas, une fois de plus, dans ses rets. J'étais bien décidée à me conformer à ses exigences, ou tout au moins à le lui faire croire.

À malin, malin et demi°. Il fallait bien qu'elle trouvât plus futée qu'elle.

 

Je ne pipai mot et m'attablai comme si ce fût chose toute naturelle et que j'eusse, en un instant, repris mes habitudes de fille de la maison. Marie m'observait, attentive, du coin de l'oeil, et le rictus ignoble de sa bouche se contractait par instants en un spasme effrayant.

Je ne pouvais lui faire aucun reproche : la prudence me tenaillait. De quoi aurait-elle été capable encore si je m'étais révoltée ? Par ses agissements inqualifiables, elle m'avait fait comprendre que toute rébellion de ma part me plongerait dans un monde sans retour.

 

   « C'en est fait de sa désobéissance », pensa ma tortionnaire, mon bourreau inflexible. « Je la tiens à ma merci. »

..................................................................................  

*La faim justifie les moyens, mais on a rarement les moyens quand on a faim.

Jacques Sternberg, Dictionnaire des idées revues.

Proverbe. La fin justifie les moyens.

On utilise des moyens condamnables si le but à atteindre est noble.

 cf.  "À l'extrême, la fin, c'est-à-dire la réalisation même du projet, s'efface devant les moyens : la fin justifie les moyens et tous les moyens sont bons, c'est la réussite à tout prix, sans scrupule, voire au dépens d'autrui. André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus, 1995

 

 **Toujours du plaisir n'est pas du plaisir.

Une maxime de Voltaire.

   

NOTES

Titre : mourir d'inanition, mourir de faim.

 

C'est le temps maximal pendant lequel on peut subsister

Maximal ou maximum ?

+Maximal (e-es, maximaux) est un adjectif. 

La peine maximale.

+Maximum est un nom. Pluriel, des maximums ou des maxima.

Le maximum de plaisir.

Idem pour minimal et minimum.

 

on peut subsister sans avoir de quoi se sustenter

Se sustenter, se nourrir.

 

Je n'en avais cure

Je ne m'en souciais pas, cela ne me préoccupait pas.

 

c'en était le summum

Le summum du plaisir,  le plus haut point.


une table garnie de mets que les gourmets les plus exigeants n'eussent pu imaginer

exigeant adjectif verbal

Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, en fatiguant fatigant – en convainquant convaincant – en émergeant émergent – en résidant résident...

n'eussent pu imaginer, subjonctif plus-que parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme)

> n'auraient pu imaginer

 

ce moment crucial, et au-delà duquel toute tentative de retour en arrière eût été vaine

eût conditionnel passé 2e forme, aurait été vaine.

au-delà, au delà, en arrière...

QUELQUES ADVERBES ET PRÉPOSITIONS DE LIEU

(ou locutions adverbiales et prépositives)

Rappel, la préposition est suivie du complément circonstanciel de lieu.

Noter les traits d'union :

sur, sous, dessus, dessous, ici, là,

par-dessus, par-dessous, par-ci, par- là, par-delà,

au-dessus (de), au-dessous,

là-dessus, là-dessous, là-dedans, là-haut, là-bas,

 de ci de là, ci-dessus, ci-dessous,

au-delà ou au delà (de)

au-delà, contraire : en deçà =de ce côté-ci,  

de dedans,  de dessus, de dessous, de dehors

en dedans (de), en dessus, en dessous, en dehors,

en avant, en arrière,

etc.

AUTRES

Un pardessus, des dessous chics, le dessus du panier,

sens dessus dessous (= tout en désordre..)

Voir : Y a-t-il un trait d'union ou pas ? Au delà ou au-delà ? Par delà ou par-delà ? AU ou PAR ou EN etc. + deçà, delà, devant, derrière, avant, arrière, dessus, dessous, dedans, dehors, haut, bas.

 

À malin, malin et demi°

proverbe : On trouve toujours plus rusé que soi.

 

Je ne pouvais lui faire aucun reproche : la prudence me tenaillait

UN SIGNE DE PONCTUATION - LES DEUX POINTS

On les emploie pour annoncer :

+ une énumération.

+ des paroles, avant d'ouvrir les guillemets.

+ une explication 

 

MERCI

 Remerciements

Merci Patron !

Mille mercis !

Voir : Peut-on dire : merci, remercier, féliciter, complimenter, savoir gré + de, pour, sur ?

Je la tiens à ma merci, en mon pouvoir.

Au Moyen Âge, les serfs étaient corvéables et taillables à merci. (ils devaient la corvée et la taille à leur seigneur)

Pitié, miséricorde (vieux)

Vous êtes sans merci.

Frères humains qui après nous vivez

N'ayez les coeurs contre nous endurciz,

Car, se pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tost de vous merciz.

   François Villon, La Ballade des pendus.

Pour en savoir + sur Villon

Petite histoire de la Langue Française – Chapitre 8 - LE MOYEN FRANÇAIS DU XIVe AU XVIe SIÈCLE – 1re PARTIE : Les misères de la France - L'évolution de la langue - Villon 

 

<< 35 Délires inattendus à l'adresse d'une compagne fidèle -" Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel.*"

>> 37 Délires d'une rescapée -"Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient folle."

 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 10:37

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« Hou ! Hou ! Oli, es-tu là ? »

Qui m'appelle au tréfonds de mon sommeil ? Quel souffle tombe du ciel pour m'animer ? Quel grognement familier me berce comme une sérénade, ou une aubade ? — Qu'importe l'heure !  Des accents de tendresse au rythme apaisant m'enivrent. Serais-je déjà au paradis ? Un séraphin — pas moins ! — m'entoure de sa demi-douzaine d'ailes si douces et si chaudes qu'on les dirait capitonnées de baisers. Je me laisse emporter sur la toupie volante de Totoro2 — rêverais-je ? — et je m'envole en parcourant l'azur. Je croise Chatbus2 qui me fait un clin d'oeil, et des petites filles penchées à ses fenêtres agitent leurs gracieuses mains telles de petits papillons roses.

Me voici retombée en enfance, mon beau pays perdu.

 

Je ne restai pas longtemps habitée par ces réminiscences fugaces ; mon rêve s'évanouit. J'ouvris les yeux et distinguai une ombre mouvante devant la chatière inaccessible.

« C'est donc toi, ma Sissi. Ton odorat sophistiqué exercé à capter les effluves les moins perceptibles t'a permis de me retrouver ? Oh, chère Sissi, vois-tu dans quel imbroglio3 je me suis fourvoyée ?

Imbroglio ?

Oui, dans quelle embrouille je me suis égarée.

Tu l'as bien voulu, reconnais-le. À vouloir se rendre indispensable on a pieds et poings liés°. Ta Marie se délecte à présent de la douceur de sa vengeance après t'avoir choyée et adulée.

Cesse ce caquetage stérile. Cette parlote (parlotte) m'assassine. Agis ! ».

Je regrettai la rudesse de mon langage. Sissi, sans ajouter un mot, avait disparu.

«Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse° », murmurai-je, persuadée que j'en avais un peu trop dit.

.................................

*Titre - Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel, et non plus s'il existe une différence entre rêver et vivre

Jorge Luis Borges

 

2-Totoro. Animal à l'allure effrayante, et d'une adorable nature, du film d'animation japonais Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki. Délicieux. À conseiller à tous les enfants, même les plus petits. Et à vous aussi, cher lecteur qui aimez la fantaisie, puisque vous êtes arrivé jusque-là.

Chatbus, bus volant en forme de chat.

 

3-Imbroglio, on peut prononcer ce mot à la française mais aussi imbrollo avec le son mouillé  puisque ce mot vient de l'italien et l'on sait qu'en italien on ne prononce pas le g dans gl.

   

NOTES

INTERJECTIONS

Hou ! Hou ! L'interjection double est un appel.

Un seul Hou ! marque le mépris.
Eh : On écrit Eh bien... Eh oui ! Eh, pauvre imbécile !

Ah ! ou Oh ! On est surpris ou désespéré, selon le ton.

Ah ! J'en ai vu des vertes et des pas mûres°. Le Ah ! renforce l'idée.

Hi ! Hi ! On rit. Ou bien on pleure.

Ho ! Hé ! Holà ! Hep ! Ohé ! On appelle. Ho ! Toi, là-bas !

Brrr... On a froid, ou on a peur.

Grrr... On menace

Euh...On hésite. 

Hue ! Huhau ! On fait démarrer un cheval.

Hue cocotte !

Tirer à hue et à dia°. C'est faire vraiment n'importe quoi si on tire à droite et à gauche. Ou si l'on use de moyens contradictoires

Olé ! ou Ollé ! Vient de l'espagnol. On le crie dans l'arène.

Elle est un peu olé olé, elle n'est pas piquée des vers°.

Allô ! J'écoute !

Hein ? On est surpris.  

Il vaut mieux ne pas employer hein pour faire répéter quelqu'un, c'est vraiment trop familier. On dit alors Pardon ? Vous dites ?

Plaît-il ? est un peu précieux.

Pouah ! C'est vraiment dégoûtant !

Aïe ! Ouille ! Ce n'est pas drôle du tout. Cela fait mal.

Chut ! Silence !

Ouf ! On est soulagé.

Kss ! Kss ! On est excité.

Pst ! est un appel discret.

Hum, interjection qui marque doute, réticence, impatience. Cf. Littré

Pour en savoir + > Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

 

Les homophones : > ou où hou ouh houe houx août

 

Qui m'appelle au tréfonds de mon sommeil ?

Le tréfonds, c'est vraiment tout au fond.

 

Une sérénade ou une aubade, qu'importe l'heure ?

La sérénade se chante le soir, l'aubade, à l'aube.

 

Je ne restai pas longtemps habitée par ces réminiscences fugaces

Réminiscences, images d'un souvenir.

 

Et je m'envole en parcourant l'azur.

en parcourant : Le gérondif est un mode impersonnel.

On le trouvait autrefois sans EN. Nous disons encore quelques expressions comme chemin faisant, tambour battant, ce disant, ce faisant, à son corps défendant etc.

Le gérondif a le même rôle qu'une subordonnée circonstancielle

-de temps (simultanéité). Il chante en se rasant, il est bon pour une estafilade.

-de cause. Je suis tombé en voulant courir trop vite.

-de concession. Il a réussi ses études en travaillant le moins possible.

-de condition. Tu lui plairais peut-être en étant plus aimable.

ATTENTION. Le gérondif, s'il n'a pas un sujet exprimé, doit avoir le même sujet que celui de la proposition où il se trouve.

On écrira : En espérant une réponse favorable, je vous prie de bien vouloir... (=j'espère une réponse..)

C'est une faute si l'on écrit : En espérant une réponse favorable, veuillez agréer...

> Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, (en) fatiguant fatigant – (en) convainquant convaincant – (en) émergeant émergent – (en) résidant résident...

 

après t'avoir choyée et adulée

les deux participes passés employés avec avoir s'accordent avec le COD te (t') placé avant.

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26 

 

Avoir pieds et poings liés°, ne rien pouvoir faire, en être empêché.

 

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.° 

Proverbe : À force de braver le danger, il pourrait bien arriver que cela se passe mal pour vous.

 

<< 34 Délires d'une prisonnière en sursis -"Cogito ergo sum"

>> 36 Délires de la pauvre enfant que je suis, près de mourir d'inanition -La faim justifie les moyens*

  

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 07:28

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Au plus fort de mon désarroi, au plus profond de ma désespérance, il advint qu'un éclair minuscule, infime, microscopique, en un mot d'un riquiqui pas possible, illuminât mon hippocampe un instant assoupi — je signale que l'hippocampe n'est pas ici le petit poisson vertical que l'on connaît et dont la représentation vient de surgir devant vos yeux, cheval à demi ichtyoïde que l'on ne rencontre que rarement, mais, présentement, la circonvolution cérébrale qui me sert à stocker en mémoire.

 

Je n'étais pas seule sur terre, je pouvais compter sur quelqu'un, sur le seul être qui m'eût jamais témoigné une attention affectueuse, le seul qui m'eût vraiment écoutée dans mes instants les plus pénibles, les situations les plus inextricables où naissaient les questions les plus embrouillées, les plus embarrassantes, les plus obscures et les plus ardues, traduites dans les formules les plus absconses (abstruses, si vous voulez). Et que dire des solutions ? La tête me tourne à tel point que je ne puis réfléchir davantage. Il me semble que je me liquéfie. Je vacille. Je ne suis plus qu'une ombre, l'ombre d'un doute*. Et cependant, tandis que je doute, je sais que j'existe*. Embrassant le doute hyperbolique cartésien telle une consolation fugace, je m'imprègne de l'évidence, cogito ergo sum*.

 

L'espace étouffant de mon cachot tournoie comme un carrousel. Je m'effondre soudain sur le sol humide et glacé.  

.........................................................  

*cogito ergo sum le cogito de Descartes : je pense, donc je suis. 

 

**L'ombre d'un doute, Shadow of a doubt d'Alfred Hitchkock, 1943.   

 

NOTES 

Au plus profond de ma désespérance,

désespérance, sentiment de quelqu'un qui a perdu toute confiance dans la vie, toute espérance, au sens religieux du terme.

 

Il advint qu'un éclair minuscule illuminât

il advint, il arriva

qu'un éclair illuminât : le verbe est au subjonctif imparfait.

> Valeurs et emplois du subjonctif :

 

d'un riquiqui pas possible

riquiqui, familier, pour : tout petit. On le prononce avec une nuance de moquerie. 

Il m'a offert un bouquet bien riquiqui.

 

cheval à demi ichtyoïde, qui ressemble à moitié au poisson.

 

traduites par les formules les plus absconses, les plus abstruses

abscons, abstrus, difficile à comprendre.

 

L'EXPRESSION DE LA CONSEQUENCE

La tête me tourne à tel point que je ne puis réfléchir davantage.

Si la subordonnée contient la conséquence, la principale contient forcément la cause (et vice versa)

Dans les propositions subordonnées consécutives introduites par les locutions conjonctives : de (telle sorte) que, de (telle) façon que, à tel point que, au point que, tant (...) que, tellement (…) que, si... que, trop/assez/trop peu/suffisamment (…) pour que, après les verbes impersonnels il faut, il suffit... pour que, si bien que, après une proposition interrogative... pour que, sans que, ou la conjonction que.

Il était malade de sorte qu'il ne sortait plus de chez lui, et c'était tant pis pour lui !

Elle a agi avec moi de telle façon que je n'irai plus la voir, la cruelle.

Il avait neigé à tel point que qu'on ne distinguait même pas les ours blancs.

Elle avait tant de peine que je ne pouvais la consoler, la pauvre cocufiée.

Vous m'avez fait assez de mal pour que je ne puisse vous pardonner, petit péteux.

Il suffisait de lui parler pour qu'elle se fâchât, l'irascible.

Il se trouvait bien à l'aise chez moi, si bien qu'il est resté, hélas !

Mais que t'ai-je donc dit pour que tu te mettes en colère ?

Elle avait mal agi sans qu'on en sût rien.  

Sois discrète, qu'il n'en sache rien.

> Conjonctions de sub. et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

La proposition subordonnée de conséquence suit en général la principale, mais elle peut la précéder ou bien la couper.

Pour qu'il arrive le premier, il lui faudrait se remuer un peu plus.

Il te suffit, pour que je t'aime, d'être tendre avec moi, eh oui !

Des conjonctions ou locutions conjonctives gouvernent le subjonctif. Repérez-les dans les exemples ci-dessus.

La conséquence dans une RELATIVE  voir la note du texte 23

 

EXPRESSIONS MARQUANT LA CONSEQUENCE

par conséquent, en conséquence, c'est pourquoi, c'est la raison pour laquelle, partant (littéraire), ainsi, aussi, donc.

Plus d'amour, partant, plus de joie. (La Fontaine)

Vous m'avez menti, aussi vais-je vous quitter.

 

> Exercice grammatical en guise de jeu : Variations sur des phrases 1-Tu m'as menti, je ne suis pas restée. 2-Tu m'as menti, je suis restée.

 

Embrassant le doute hyperbolique cartésien telle une consolation fugace, je m'imprègne de l'évidence, cogito ergo sum*.

tel peut s'accorder avec l'un ou l'autre terme de la comparaison : le doute > tel, ou une consolation > telle. Il est d'usage de le faire accorder avec le terme qui suit.

 

<< 33 Délires sur les"orages désirés"- J'ai pris un purgatif et je suis allé.

>> 35 Délires inattendus à l'adresse d'une compagne fidèle -" Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel.*"

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 05:08

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Devais-je expier, condamnée par le ciel, des fautes dont je n'avais pas souvenance ? Quel crime avais-je donc perpétré que j'ignorais, pour être ainsi martyrisée ? Se pouvait-il que je méritasse un tel châtiment ?

 

Languissante et meurtrie, je murmurai, pour bercer ma mélancolie, comme un leitmotiv lancinant :

Je puis avoir fait

Des choses dont j'aurais regret

Et dont je n'ai nulle mémoire.1

J'étais abasourdie par le comportement schizophrénique de ma geôlière2, que je ne pouvais prévoir, et je sentis que ma vie allait me quitter.

« Pour sûr, elle a une araignée au plafond° », murmurai-je pour m'exonérer de tout reproche envers moi-même.

Je me demandai comment la passion pouvait conduire à de telles extrémités. Il semblait qu'elle n'eût ni Dieu ni maître°.

Je sentis alors grandir en moi un désespoir incommensurable. Je voulus mourir et exhortai le ciel de m'envoyer un orage si violent qu'il aurait emporté avec moi, l'habile envoûteuse, ses maléfices, la masure enchantée, la forêt et... et... le monde entier !

Il me fallut des heures pour me calmer, sans pourtant me résigner.

 

Je restai là, stupéfiée, prisonnière d'un temps qui semblait ne plus devoir finir, empêtrée dans une solitude où seules mes narines trouvaient quelque distraction, ce dont j'aurais pu me passer à dire vrai, à humer... étaient-ce les miasmes qui se dégageaient d'un cadavre de quelque muridé à museau pointu en putréfaction, ou des relents de fèces, de crottes et de fientes à proximité de la mince bouche d'aération, ou les spores des moisissures voletant dans l'air et que je voyais distinctement dans le rayon ténu qui filtrait ? Je ne sais. Pouah ! Il me fallait bien respirer pourtant !

    

« Je veux que tout cela finisse ! » criai-je, simplement pour entendre le son de ma voix, puisque j'avais perdu tout espoir d'en entendre jamais aucune autre.

........................................................................... 

*Titre

Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !

Exclamation traduisant le désespoir de René, le héros de François-René de Châteaubriand.

Lire : CHATEAUBRIAND - Mémoires d'Outre-Tombe - À Combourg

 

1-… Je puis avoir fait

Des choses dont j'aurais regret

Et dont je n'ai nulle mémoire. **

Dans Amphitryon de Molière.

 

2-geôlière, prononcer jo.

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

NOTES

Se pouvait-il que je méritasse un tel châtiment ?

je méritasse subjonctif imparfait

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

je murmurais comme un leitmotiv fascinant

un leitmotiv, pluriel des leitmotiv - OU pluriel allemand, des leitmotive.

Une phrase qui se répète dans une oeuvre littéraire ou musicale.

 

j'étais abasourdie

le s entre deux les voyelles se prononce [z]

> Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

le comportement schizophrénique de ma geôlière

Une geôle, une prison. Le geôlier (ou la geôlière) garde le prisonnier.

 

Avoir une araignée au plafond

être cinglée. Le plafond, c'est la tête.

À rapprocher de :

Avoir un petit vélo dans sa tête. Un peu moins grave.

 

N'avoir ni Dieu ni maître

devise de ceux qui refusent toute autorité. Propre à l'esprit anarchiste.

 

je sentis alors grandir en moi un désespoir incommensurable

que l'on ne peut mesurer.

 

j'exhortai le ciel de m'envoyer un orage

Exhorter, pousser par des paroles quelqu'un à faire quelque chose.
Voir la règle des mots qui commencent par ex-exh, note du texte n°9.

 

l'habile envoûteuse, ses maléfices, la masure enchantée, la forêt et... et... le monde entier.

L'AMPLIFICATION est une gradation dans les termes d'une énumération. Elle peut l'être dans une succession de paragraphes.

 

quelque muridé à museau pointu en putréfaction,

quelque au singulier, littéraire : un certain, une certaine.

un muridé, un rat ou une souris

 

ou des relents de fèces, de crottes ou de fèces

La note suivante ne convient pas aux âmes délicates, mais il faut bien appeler un chat un chat.

À chacun son excrément, ses déjections, ses matières fécales.

Merde, selles, fèces toujours un peu dures (d'homme, de femme aussi), fiente (d'oiseaux) bouse (de la vache et de sa famille) crotte (de chèvres et autres) chiure toute petite (d'insectes) guano (amas d'excréments de chauve-souris, d'oiseaux marins), diarrhée (selles molles ou liquide), étron (moulé)

Je laisse là, chiasse, caca et autres expressions familières ou vulgaires qu'il me dégoûte d'écrire.

Une acception du verbe ALLER, aller à la selle, déféquer.

J'ai pris un purgatif et je suis allé.

Comment allez-vous ?

Cette expression aurait son origine au Moyen Âge où l'on s'enquérait de la santé de son prochain en voulant savoir quel aspect avaient ses selles. Étonnant, non ?

Même sens pour le verbe FAIRE.

Arrête donc de faire dans ton froc !

Il faut savoir que les eaux sulfatées aident à faire. On peut même les utiliser quand les bébés sont constipés. (de l'Hépar par exemple)

Conseil, lisez donc les étiquettes !

Et attention aux nitrates d'une façon générale !

 

Il faut que tout cela finisse !

ON entend dire trop souvent la faute : Il faut que cela se finisse.

Ou bien : Cela va se finir, pour Cela va finir.

Le verbe est très rarement à la forme pronominale de sens passif.

Exemple littéraire :

"Il ne lui restait ensuite qu'un immense étonnement qui se finissait en tristesse" (Flaubert, Mme Bovary) 

= qui se transformait pour finir en tristesse.

 

L'EXPRESSION DE LA CAUSE 

Je criai, simplement pour entendre le son de ma voix, puisque j'avais perdu tout espoir.

 

Dans les propositions subordonnées introduites par :

parce que, puisque, comme, du fait que, vu que, attendu que, étant donné que, sous prétexte que, du moment que.

Il est aimé de vous parce qu'il est digne de l'être.

Il est aimé de vous parce que digne de l'être. (subordonnée elliptique de son verbe et de son sujet)

Comme tu me quittes, tu ne pourras plus compter sur moi. Puisque tu me quittes... NUANCE avec puisque : la cause est évidente et logique.

Voir les conjonctions introduisant la cause :

> Conjonctions de sub. et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

 

Deux indépendantes coordonnées ou juxtaposées, l'une contient la cause, l'autre la conséquence.

Je suis partie, (car, tant, tellement) j'en avais assez.

 

Une proposition participiale. L'orage menaçant, nous nous mîmes à l'abri.

 

Un complément contenant un infinitif : pour + infinitif passé

J'ai été bien puni pour vous avoir désobéi.

 

Un groupe nominal introduit par les prépositions ou les locutions prépositives :

de, par, de par, à cause de, en raison de, sous prétexte de, grâce à, à force de, du fait de, faute de, par suite de...

Il est mort de faim par sa faute (ou de par sa faute).

Je m'en suis tirée grâce à Dieu.

 

<< 32 Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer -"Es la libertad de tiranizar, que es lo contrario de la libertad."

>> 34 Délires d'une prisonnière en sursis -"Cogito ergo sum"

 

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 08:56

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Elle tenta de m'entraîner de force, mais je refusai obstinément de continuer cette déambulation improbable, et de me livrer, soumise, à sa volonté. Cependant, je n'étais pas en position de ruer dans les brancards, je craignais une réaction trop violente de sa part. À quoi bon me rebiffer si je devais souffrir des représailles qu'elle exercerait sur moi sans que je pusse me défendre, ni me prémunir contre sa tyrannie ? Je dus composer avec elle et décidai de lui parler avec aménité.

Je réitérai ma question d'un ton qui masquait mon angoisse pour savoir si je n'étais pas la proie d'illusions.

« Non. Ce n'est pas un rêve, m'assura-t-elle, toutes ces choses sont à moi et j'invite chez moi qui je veux. Ma petite Oli, ajouta-t-elle d'un ton doucereux, tu n'as pas vu le millionième de mes trésors. Je te donnerai tout ce qui m'appartient si tu restes avec moi.

Tu ne pourras jamais m'acheter, Marie. Laisse-moi partir, je veux rester libre. »

À ce moment précis, la terre se serait ouverte sous mes pas, tous les démons de l'enfer, grimaçant, gesticulant et ricanant auraient fondu sur moi, que je n'aurais pas été plus terrifiée, à voir la furie dressée devant mes yeux.

 

La passion qui animait Marie Cratère était si véhémente que rien n'aurait eu de prise sur son emportement. Je l'eusse menacée de lui tirer dessus à brûle-pourpoint que sa réaction n'eût pas été plus démesurée. Elle eut un sursaut et se jeta inopinément sur ma personne sans que je pusse réagir, me maintint fermement, d'une poigne que je n'aurais pu concevoir, et elle m'entraîna dans un réduit sombre, à demi enterré sous la maison.

J'étais anéantie.

À peine un rai de lumière pouvait-il filtrer par un soupirail, trop haut pour que je pusse l'atteindre et qui laissait pénétrer chichement l'air du dehors.

 

Telle Antigone** ensevelie vivante pour avoir tenu tête à Créon, je me sentis la victime d'une injustice innommable.

.............................................................. 

*Es la libertad de tiranisar que es lo contrario de la libertad.

C'est la liberté de tyranniser qui est le contraire de la liberté.

Fernando Antonio Nogueira Pesso, écrivain et poète portugais 1888 - 1935 

 

**Antigone fut condamnée pour avoir sauvé l'honneur de son frère Polynice en ordonnant ses funérailles, et transgressant ainsi l'ordre établi. Elle est devenue le symbole du héros, de l'héroïne en l'occurrence, capable de se dresser contre la raison d'état pour faire triompher la conscience morale. Voir Sophocle, Cocteau, Anouilh...

 

NOTES

Titre - Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer

Atrabilaire, irascible, irritable, voir note du texte 28 : le champ lexical de la colère

Le tempérament bilieux, la bile noire.

Il y a  quatre tempéraments différents :

NERVEUX - SANGUIN - BILIEUX - LYMPHATIQUE.

Le Misanthrope ou l'Atrabilaire Amoureux, pièce de Molière.  

Roideur, raideur

Roideur d'esprit, trait de caractère de Marie qui ne cède pas.

 

des représailles qu'elle aurait exercées sur moi,

le participe passé exercées s'accorde avec le complément d'objet direct que placé avant lui. (antécédent représailles)

 

sans que je pusse me défendre ni me prémunir contre sa tyrannie

sans que, locution conjonctive suivie du subjonctif

Rappel : sans que est déjà négatif, le ne explétif n'est pas nécessaire, il est toléré : sans que je ne pusse me défendre

> NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne..

sans que je pusse ni me défendre ni me prémunir contre sa tyrannie

>Sans que  

On peut répéter l'adverbe de négation NI

se prémunir, se protéger, se donner des armes pour résister.

 

je réitérais ma question

réitérer, répéter, recommencer, refaire. Réitération, réitératif.

 

Ma petite Oli, ajouta-t-elle d'un ton doucereux

douçâtre, ou douceâtre. d'une douceur fade, sans saveur.

doucereux, comme douçâtre, mais peut aussi qualifier un caractère, des paroles doucereuses, mielleuses, mièvres, affectées, peu agréables. 

 

La passion qui animait Marie Cratère était si véhémente

véhément, impétueux, fougueux.

 

Je l'eusse menacée

subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

je l'aurais menacée - L'eussé-je menacée....

 

À brûle-pourpoint, à bout portant, le pourpoint étant un habit ancien. Aujourd'hui l'expression signifie brusquement, sans qu'on s'y attende.

 

Ruer dans les brancards, comme un cheval en colère, ou indocile.

 

telle Antigone ensevelie vivante

ensevelie, enterrée, mise en terre, au tombeau.

 

Cependant, je n'étais pas en position de ruer dans les brancards. 

L'EXPRESSION DE LA CONCESSION OU OPPOSITION

La concession (l'opposition) peut s'exprimer par

-des adverbes, cependant, pourtant, néanmoins, toutefois, nonobstant.

J'étais impétueux, néanmoins je dus garder mon calme.

-des groupes nominaux précédés de prépositions ou locutions prépositives, malgré, en dépit de, nonobstant, avec, sans.

Il vit comme un rat, avec tout son fric.

-des propositions subordonnées concessives ou oppositives introduites par les conjonctions de subordination ou locutions conjonctives bien que, quoique, si... que, quand dans le sens de quand même et quand bien même, pour (quelque, tout)...que, quel (qui, quoi, où)... que, sans que, tandis que, alors que, pendant que, au lieu que, loin que, bien loin que malgré que, etc. Voir : La clef des modes dans les conjonctives

Je sors bien qu'il pleuve des cordes.

Si fort au golf qu'il soit, je peux le battre.

Quand (OU quand même OU quand bien même) tu me haïrais, je te poursuivrais de mes assiduités.

Quelque malin qu'il soit, je le mets dans ma poche.

Il est rusé comme un renard sans qu'on s'en doute.

Quelles que soient mes préoccupations, je reste sereine.

Quoique bien malade, il reste enjoué (la subordonnée est ici elliptique de il soit).

Quelques moyens qu'il utilise, je serai toujours plus forte que lui.

On peut dire : si beau qu'il soit / si beau soit-il.

Exercice, repérer le mode des verbes des subordonnées ci-dessus.

-un infinitif précédé de : pour, au lieu de, loin de, bien loin de.

Pour être si jeune, tu n'en es pas moins homme.

Loin de faire amende honorable, il s'amuse à me faire des pieds de nez.

Il est odieux avec moi au lieu de m'être reconnaissant.

-une proposition participiale.

Son mal empirant, il continuait à faire des galipettes.

-une apposition

Scientifique émérite, il met en avant sa modestie.

-deux indépendantes, l'une contient la concession.

Dussé-je mourir de honte, ,j'avouerais ma faute. concession + condition.

Même si je devais mourir... Voir note du texte 1. Eussé-je...

Avec la locution verbale Avoir beau.  

J'ai beau lui prouver que j'ai raison, il s'entête, le bougre.

>> Les locutions adversatives – l'opposition, la concession, la réserve, la restriction,

l'exclusion.

 

<< 31 Délires sur la suite de la visite singulière -" Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?"

>> 33 Délires sur les"orages désirés"- J'ai pris un purgatif et je suis allé.

 

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 08:06

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La deuxième salle offrait un aspect si différent de la précédente que je crus, sans l'ombre d'un doute, avoir été droguée, ou hypnotisée, ou envoûtée que sais-je  pour voir des choses aussi incohérentes et défiant les lois de la raison. J'aurais perdu le sens si ma volonté ne s'était pas arc-boutée (arcboutée) pour résister à l'absurdité de la situation qu'il m'était donné de vivre.

Je ne pus rester qu'un instant dans l'immense et luxueuse salle de bal où miroitaient les lustres aux gouttes de cristal, les miroirs gigantesques et les ors des boiseries. Sur les consoles et les meubles précieux de Boulle** et de ses disciples, s'étalaient à profusion des vases de Gallé, de Daum et de Lalique, des porcelaines de Saxe, de Sèvres, de Limoges et de Chine, des verres multicolores soufflés à Murano, des cratères antiques, aux figures peintes en noir sur fond brique ou en brique sur fond noir***, sur lesquels s'activaient les héros de la guerre de Troie ; Agamemnon y sacrifiait sa fille Iphigénie* ; Ulysse y construisait son cheval ; Achille suppliciait Hector ; Stentor, les mains en porte-voix avertissait ses compagnons comme l'eussent fait cinquante guerriers à la fois.

 

Je suppliais Marie de me faire sortir du cauchemar où elle s'était plu à me plonger. Vous m'auriez vue croiser les doigts en prière et tendre les bras vers elle.

« Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?* »

 

Elle me dit que j'extravaguais et insista pour que je pusse continuer l'aventure, trop contente d'étaler en pleine lumière ses pouvoirs. Qu'attendait-elle de moi ? Pourquoi prenait-elle tant de plaisir à me persécuter ?

Il me fallait savoir si tout ce qui m'entourait était chose réelle, si je n'étais pas la proie d'hallucinations. Je l'implorai. Mais sa bouche était scellée. Seul un sourire sardonique errait vaguement sur ses lèvres.

Méchante comme une teigne !

.................................................................

*Titre « Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?* »

« Cet ennemi barbare, injuste, sanguinaire,

Songez, quoi qu'il ait fait, songez qu'il est mon père »

Iphigénie de Jean Racine

Iphigénie, sur ordre de l'oracle de Delphes, exprimé par les cris de la Pythie qui transmettait les volontés des dieux, fut sacrifiée pour que les Grecs soient vainqueurs.

Cf. Homère, Euripide, Racine...

 

**-André Charles Boulle (1642-1732) célèbre ébéniste de Louis XIV.

L'École Boulle fut fondée au XIXème à Paris.

 

***-Décorations  sur les céramiques attiques (selon l'époque de la Grèce antique) à figures rouges ou à figures noires sur les cratères, vases, coupes, etc. 

 

NOTES

je crus, sans l'ombre d'un doute, avoir été droguée

sans aucun doute possible.

 

- que sais-je -

> Cas où l'on peut omettre le point d'interrogation dans une phrase interrogative

 

si ma volonté ne s'était pas arcboutée

Arc-bouter, arcbouter et ses dérivés, avec ou sans trait d'union. Rendre plus solide au moyen d'un arc-boutant, arc-boutant.

Le corps s'arc-boute pour mieux résister à une force, pour être plus fort.


J'aurais perdu le sens si ma volonté ne s'était pas arc-boutée pour résister à l'absurdité de la situation qu'il m'était donné de vivre.

 ACCORD DES PARTICIPES PASSÉS

Le participe passé d'un verbe impersonnel est toujours invariable.

Goûtez de ces cerises qu'il m'a fallu cueillir.

Pour en savoir plus sur les participes passés : > QUIZ 26

 

des cratères antiques aux figures peintes en noir

Un cratère, vase antique à deux anses où l'on versait le vin et l'eau.

 

Stentor, les mains en porte-voix, avertissait ses compagnons

Stentor, héros grec à la célèbre voix. Une voix de Stentor.

 

me faire sortir du cauchemar où elle s'était plu à me plonger
Le participe passé plu est invariable.
> Participes passés invariables : ils se sont succédé, parlé, souri, menti, nui, plu déplu, complu, ri, fait mal/tort/justice - rendu compte, donné rendez-vous - ils se sont fait/laissé mordre..

 

Vous m'auriez vue croiser les doigts.

Le participe passé est suivi d'un infinitif

> Règles de l'accord des participes passés

Ici, accord du participe passé avec le complément d'objet direct me (m') mis pour Oli : me fait l'action de l'infinitif croiser. 


Vous m'auriez vue tendre les bras vers elle

Liaisons concernant les prépositions

On lie généralement les prépositions avec le mot qui suit.

Dès hier, en automne,  sans un sou, sous un arbre, avant elle...

Pas de liaison après certaines prépositions : hormis, non compris, ci-inclus, selon, vers, à travers, envers, hors.

Vers elle, vers eux (on prononce verelles, vereux)

HOMONYMES VER, VERS, VERT, VAIR / et VERTE

Un ver blanc, un ver de terre. Tu te tortilles comme un ver.

Je tendais les bras vers elle. Elle recula vers son amant, la friponne !

Je la priai envers et contre tous de me lire ces vers de Verlaine.

Cendrillon, rappelez-vous, avait perdu, pour son bonheur, sa pantoufle de vair. (fourrure)

On disait d'Henri IV qu'il était un vert galant.

Vous voilà bien gaillard et bien vert, monsieur, vous n'affichez pas vos cent cinq ans !

Ces fruits sont verts. (pas mûrs)

Il n'y avait aucun espoir, le ver était dans le fruit. (c'était perdu d'avance.)

Ôtez donc ce vert-de-gris des objets en cuivre et en bronze, boniche !

Elle m'en a dit, des vertes et des pas mûres, la gaillarde !

Elle s'y connaissait en langue verte (en argot), cette dévergondée !

La chlorophylle donne le vert des plantes, je ne vous apprends rien !

Téléphonez gratuitement, c'est un numéro vert.

"Toto est académicien ! cria Adèle, l'épouse de Victor Hugo, le jour où il fut permis au grand homme de porter l'habit vert.”

Quelles belles plantes ! Vous avez la main verte.

Ah ! l'Amérique ! Le billet vert ! (le dollar, sans S au singulier))

Vous pourrez parler quand je vous aurai donné le feu vert.

La liste des expressions n'est pas exhaustive, évidemment.

> Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

 

Sa bouche était scellée

bien fermée. Marie ne parlait pas.

Un sceau, un cachet d'un roi, d'un état, etc. qui authentifie un acte.

Autrefois on apposait son sceau sur une lettre, on marquait d'une empreinte personnelle un cachet de cire qui scellait le document.

J'ai confié cette histoire à mon ami sous le sceau du secret.

 

Seul un sourire sardonique errait vaguement sur ses lèvres

sardonique, froid et cruel.

 

Méchante comme une teigne

> Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52

 

<< 30 Délires à ne pas mettre sous les yeux des enfants -"Double, double toil and trouble"

>> 32 Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer -"Es la libertad de tiranizar, que es lo contrario de la libertad."

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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